Germaine Greer demande à ce que la peine pour viol soit réduite

La féministe universitaire a dit au festival de Hay que « la plupart des viols sont simplement paresseux, négligents et insensibles »

Germaine Greed

Germaine Greer a appelé à un abaissement de la punition pour le viol et déclaré que la société ne devrait pas y voir un « crime spectaculairement violent », mais plutôt le considérer comme « paresseux, négligent et insensible ».

Elle a suggéré qu’une peine appropriée pour l’infraction pourrait être 200 heures de service d’intérêt général et peut-être un tatouage « r » (pour « rapist (violeur) ») sur la main, le bras ou la joue du violeur.

Prenant la parole au festival littéraire de Hay, l’universitaire féministe a soutenu que le viol était endémique dans la société et que le système juridique ne pouvait y faire face parce qu’il revenait toujours à la question du consentement, les victimes ne devenant rien de plus que des « bouts de preuves ».

Elle a dit que le système ne fonctionnait pas et qu’un changement radical était nécessaire. « Je veux renverser le discours sur le viol. Nous n’aboutissons à rien dans le tunnel de l’histoire », a-t-elle dit.

« La plupart des viols ne comportent aucune blessure », a déclaré Greer. « On nous dit que c’est un crime sexuellement violent, un expert comme Quentin Tarantino nous dira que lorsque vous utilisez le mot « viol », vous êtes en train de parler de violence, de forçage… c’est un des crimes les plus violents dans le monde. Bullshit, Tarantino ! ».

« La plupart des viols sont juste paresseux, négligents, insensibles. Chaque fois qu’un homme roule sur sa femme épuisée et insiste pour jouir de ses droits conjugaux, il la viole. Cela ne finira jamais devant un tribunal ».

Au lieu de penser que le viol est un crime spectaculairement violent, et certains viols le sont, voyez-le comme non consensuel… C’est du mauvais sexe (« bad sex« ). Du sexe où il n’y a pas de communication, pas de tendresse, pas de marques d’amour. »

Les procès pour viol s’écroulent et ne se terminent pas par des condamnations, comme le plaident les avocats, sur la question du consentement, a-t-elle dit. Pourquoi ne pas croire la femme et abaisser la peine ? « Si nous disons faites-nous confiance, croyez-nous, si nous disons que notre accusation devrait être considérée comme une preuve, alors nous devons réduire le tarif pour le viol. »

Greer a reconnu que sa thèse serait controversée. « Ce sont des moments comme ça, je peux entendre les féministes me hurler dessus, ‘vous êtes en train de banaliser le viol !’ »

« Eh bien, je vais vous dire quoi … Vous pouvez vouloir croire que le pénis est une arme mortelle et que toutes les femmes vivent dans la peur de cette arme mortelle, eh bien ce sont des conneries. Ce n’est pas vrai. Nous ne vivons pas dans la terreur du pénis… Un homme ne peut pas vous tuer avec son pénis. »

Elle a dit que, dans les cas de viols manifestement violents, les tribunaux devraient se concentrer sur la violence, qui devrait attirer des peines plus lourdes, plutôt que d’avoir de longs procès dans lesquels les femmes sont humiliées pendant de longues périodes.

Greer va publier son argumentation complète sur le viol dans un nouveau livre qui sortira en Australie en septembre.

Elle a dit que certains pourraient voir son attitude envers le viol comme désinvolte, mais elle a rappelé au public silencieux de Hay sa propre expérience quand elle avait 18 ans et a été violée. Elle a été battue à plusieurs reprises par un homme qui lui a demandé une douzaine de fois : « Dis : ‘baise-moi’ ». L’a-t-elle dit ? « Je ne pense pas que je l’ai fait, mais peut-être que je l’ai fait. Cela ressemblerait à quoi, sur mon téléphone portable, de dire au tribunal « baise-moi » ? Greer n’a pas porté plainte à la police.

Elle a remis en question une statistique selon laquelle 70% des victimes de viol auraient souffert de stress post-traumatique contre 20% des vétérans de guerre.

« Que diable racontez-vous ? Quelque chose qui ne laisse aucun signe, aucune blessure, rien du tout, serait plus dommageable pour une femme que de voir son meilleur ami explosé par un engin explosif, comme peut l’être un vétéran ? »

La société voudrait que les femmes croient que le viol les a détruites, a-t-elle dit. « Nous n’avons pas été détruites, nous avons été sacrément ennuyées, voilà ce que nous avons été. »

Greer a longtemps divisé l’opinion, depuis qu’elle a publié son ouvrage phare, The Female Eunuch, en 1970, et son discours à Hay ne montre aucun signe de changement.

Elle a dit que le monde était rempli de bad sex, que les gens ne se parlaient pas et ne s’aimaient comme ils le devraient. « Faire l’amour n’est pas une affaire d’organe, c’est une affaire de communication et, d’une manière ou d’une autre, nous devons le sauver. L’hétérosexualité est dans une crise profonde. »

C’est davantage une crise pour les femmes, a-t-elle ajouté. « Les femmes aiment les hommes, plus qu’ils [les hommes] ne les aiment. Nous sommes plus conscientes de nos hommes, plus qu’ils ne sont conscients de nous. Nous sommes plus facilement contraintes de les satisfaire ou d’essayer de leur plaire. Nous avons tendance à aimer nos fils plus que nos filles, nous espérons que cela ne se voit pas, mais c’est presque toujours le cas. »

Greer est pessimiste quant à l’affaire Harvey Weinstein, prédisant que les seuls gagnants seront les avocats. « Ils vont démolir les témoignages ».

[Traduction de l’article du Guardian :  Germaine Greer calls for punishment for rape to be reduced, 30 mai 2018]

Mon avis :

La pensée de G. Greer est rapportée de manière parfois confuse ou incomplète, dans l’intention probable de la caricaturer ou la charger.
Je suis d’accord avec elle quand elle propose de ne pas confondre le bad sex avec les violences graves ou quand elle dit qu’un pénis ne tue pas et ne peut être comparé à une mine anti-personnel. 
Qu’il faut donc repenser les peines afin que la plupart des procès pour viol ne s’écroulent pas comme ils le font actuellement.
Elle parle aussi de sauver l’amour et l’hétérosexualité, en crise.
Beaucoup de thèmes qui gagneront donc à être présentés de manière plus approfondie dans son prochain livre.

Et pour aller plus loin…  

Mon propre témoignage sur le sujet :

Je peux témoigner que du viol, on s’en sort

Les inégalités en défaveur des hommes passent à la trappe !

Texte intégral de l’interview de Laetita Strauch-Bonart par Eugénie Bastié parie (parue dans Figaro Vox du 26 mai 2018)

GRAND ENTRETIEN – On évoque sans arrêt les inégalités entre hommes et femmes en défaveur de ces dernières. Et si l’inverse était aussi vrai ? C’est ce que démontre magistralement l’essayiste dans son nouveau livre Les hommes sont-ils obsolètes ? .

Dans son nouveau livre Les hommes sont-ils obsolètes? (Fayard), Laetitia StrauchBonart s’appuie sur de nombreuses études scientifiques, où elle prouve le déclin irréfutable de la condition masculine à l’école, dans la famille et sur le marché du travail. Les hommes ont perdu le contrôle de la procréation, sont en retard dans les salles de classe, et la force physique qui était leur apanage n’a plus d’utilité sociale. À mille lieues des discours idéologiques convenus sur une discrimination systémique à l’égard des femmes, elle montre que l’asymétrie entre les sexes n’est pas le fruit d’un constructivisme social mais s’enracine dans des différences biologiques. Elle fournit un plaidoyer précis et stimulant contre la guerre des sexes et le féminisme victimaire.

Eugénie Bastié – LE FIGARO.- Alors que l’on évoque quotidiennement la lutte pour les droits des femmes, vous avez choisi de parler dans votre livre de l’obsolescence des hommes. Qu’est-ce qui vous fait croire que la condition masculine serait menacée?

Laetitia STRAUCHBONART. – À cela, il y a d’abord une raison structurelle: l’évolution des conditions du pouvoir des hommes. À ce sujet, les réflexions contemporaines sont souvent trop court-termistes. Elles oublient que dans un monde où la force physique et le contrôle de la procréation, qui étaient la source du pouvoir des hommes, ont bien moins d’importance que par le passé, la place des hommes est en train de changer radicalement.

La force physique d’abord: elle est moins importante sur le marché du travail. La violence ensuite: je m’appuie sur les travaux du chercheur Steven Pinker, qui a montré, dans La Part d’ange en nous, quel’usage de la violence a considérablement régressé depuis des siècles, ce qui est contre-intuitif.

Ensuite, les femmes ont pris le contrôle de la famille. Elles détiennent aujourd’hui entièrement celui de la procréation. En cas de séparation, ce sont elles qui obtiennent la garde quasi systématiquement.

L’école ensuite: c’est flagrant. Je me suis plongée dans les études Pisa. En France, le retard des garçons de 15 ans sur les filles est de trois quarts d’année scolaire en moyenne en «compréhension de l’écrit». En bout de classe, dans les très mauvais, il y a une majorité de garçons. Dans l’OCDE, cet écart atteint trois ans entre un garçon issu des classes populaires et une fille issue des catégories supérieures! C’est très préoccupant, et je suis sûre que si c’était l’inverse, si les filles étaient à la traîne, ce serait un sujet de société – ce qui serait bien évidemment légitime. Mais les inégalités en défaveur des hommes, quand elles existent, passent à la trappe! On préfère parler des «stéréotypes de genre» et de la place occupée par les garçons dans les jeux à la cour de récré plutôt que de l’inégalité criante des résultats!

Enfin, vous ne pouvez pas nier que sur le marché du travail, les femmes sont encore perdantes…

La photographie actuelle est certes en défaveur des femmes: il y a des écarts de salaires, moins de femmes PDG et plus de femmes à temps partiel. Mais la tendance de long terme va dans le sens d’une ascension spectaculaire des femmes, qu’on ne célèbre pas suffisamment. Il y a des secteurs où les femmes deviennent majoritaires: presse, communication, magistrature, médecine, enseignement. On ne parle que des dirigeants d’entreprise, mais il s’agit d’une petite minorité! Or quand on regarde l’ensemble du tableau, en excluant les dirigeants, on voit autre chose: beaucoup des métiers qui tendent à disparaître aujourd’hui, notamment en raison de la mécanisation, sont des métiers plus «masculins», tandis que les nouveaux métiers et les métiers en croissance (services à la personne, commerce) sont traditionnellement occupés par des femmes. Dans un monde moins violent, physique, et plus collaboratif et relationnel, l’économie devient féminine.

On évoque souvent les différences de salaires pour prouver l’existence d’une discrimination systémique entre hommes et femmes. Quelle est la réalité de cet écart?

La première chose qu’il faut dire, c’est qu’un écart ne signifie pas forcément une discrimination.

Aucune étude ne dit que la différence salariale est entièrement due à la discrimination. Il existe des discriminations, mais elles sont loin d’être la seule explication. Le monocausalisme, voilà l’essence de l’idéologie! Les différences de salaire ont des facteurs multiples: le secteur d’activité, la fonction, l’expérience, l’âge, le temps de travail, le pouvoir de négociation, les interruptions de travail liées à la grossesse… Ensuite, il faut analyser chacun de ces facteurs.

Oui, les femmes travaillent en moyenne moins que les hommes, mais il est faux de dire que ce temps partiel est toujours subi: il est choisi à 68 %. Oui, elles s’occupent davantage de leurs enfants, mais c’est souvent un choix! Oui, les femmes préfèrent en moyenne les métiers relationnels, où on gagne moins d’argent que les métiers techniques, comme celui d’ingénieur. Mais si ces métiers sont moins lucratifs, c’est parce que dans une société capitaliste et technologique, la richesse va à ceux qui produisent la technologie. C’est donc bien moins le résultat d’un «système patriarcal» que celui de la rationalité économique. Ne faudrait-il pas d’ailleurs reconsidérer les filières du soin?

En réalité, ce sont les choix des femmes que l’on critique. Avec à la clé, une question de valeurs: on dresse une équivalence entre le fait de réussir sa vie et de gagner de l’argent. Pourquoi travailler à son compte aurait-il moins de valeur que d’être PDG? Pourquoi être juge ou responsable des ressources humaines serait-il moins valorisant que d’être ingénieur chez Google? Nous prétendons «déconstruire la société patriarcale», mais nous avons en réalité intériorisé les valeurs masculines. Je m’interroge sur la volonté de certaines féministes de nier les aspirations des femmes – des aspirations qui ressortent des études sur le sujet et qui ne sont que des moyennes, mais qui n’en sont pas moins éclairantes. Beauvoir disait dans une interview américaine: «Aucune femme ne devrait être autorisée à rester chez elle pour élever ses enfants. La société devrait être totalement différente. Les femmes ne devraient pas avoir ce choix, précisément parce que si ce choix existe, trop de femmes vont le faire» N’est-ce pas terriblement liberticide? Ou encore, j’entends souvent les responsables politiques afficher leur volonté que dans l’enseignement supérieur, la proportion de femmes dans les matières mathématiques et technologiques augmente. Mais ils ne s’interrogent jamais sur leurs désirs profonds! Et si les femmes, même quand elles sont, très bonnes en sciences, n’avaient pas envie d’en faire leur métier? Les études sur lesquelles je m’appuie dans mon livre le prouvent: les femmes qui sont aussi bonnes ou meilleures en lettres qu’en sciences, choisissent d’abord les lettres, même quand elles sont meilleures que les garçons en sciences!

On se souvient de l’affaire du mémo de Google, où un ingénieur avait été renvoyé pour avoir expliqué les différences de carrières entre hommes et femmes. Pourquoi hommes et femmes font-ils des choix de carrière différents?

Hommes et femmes embrassent des carrières différentes, en moyenne, parce qu’ils ont en moyenne des intérêts différents – leurs choix sont donc libres et authentiques. Les «stéréotypes de genre» jouent certainement un rôle, mais certainement bien plus faible qu’on ne le dit: ils ne peuvent expliquer l’entièreté de ces différences.

On constate que les femmes se dirigent davantage, en moyenne, vers des métiers relationnels et liés au langage, et les hommes davantage vers des métiers techniques. Cela correspond à une distinction très importante observée et validée par les psychologues cognitivistes et comportementaux, celle entre l’intérêt des femmes pour les «personnes» et celui des hommes pour les «choses». Alors qu’ils ont l’opportunité de faire les mêmes études, et que les filles sont souvent meilleures que les garçons! Dans une étude récente (G. Stoet, D. C. Geary, «The Gender-Equality Paradox in Science, Technology, Engineering, and Mathematics Education», Psychological Science, 2018), des chercheurs parlent même d’un «paradoxe de l’égalité»: les différences entre les choix des deux sexes sont d’autant plus marquées que les pays sont développés et égalitaires! Plus il y a d’égalité, plus les choix sont genrés! C’est une réfutation magistrale du constructivisme social: quand on donne aux femmes le choix, elles affichent leurs différences.

Mais d’où proviennent ces différences?

C’est là qu’il faut prononcer le mot qui fâche: la nature! Je ne défends en aucun cas un déterminisme biologique, mais l’idée que les comportements des deux sexes sont en partie le résultat de différences naturelles. Ces différences sont corroborées par d’innombrables études scientifiques – psychologie cognitive et comportementale, étude des hormones et du cerveau, anthropologie et psychologie évolutionniste -, la distinction «choses/personnes» étant présente dès le plus jeune âge.

La théorie de l’évolution explique ainsi qu’hommes et femmes, confrontées à des pressions sélectives différentes, ont adopté des comportements distincts. Elle permet de comprendre notamment les racines de l’investissement supérieur des mères pour leurs enfants ou encore celles de la propension masculine à la compétition.

Malheureusement, toutes ces études sont quasiment inaudibles en France. Alors que la science s’écrit aujourd’hui en anglais, nous préférons rester repliés sur nous-mêmes, et accorder du crédit à des théories aberrantes, proférées par des universitaires qui ne connaissent rient à la biologie! On a pu le voir notamment avec les propos consternants de l’anthropologue Françoise Héritier qui affirmait que si les hommes étaient plus grands que les femmes, c’est parce qu’ils leur confisquaient la viande depuis l’âge des cavernes!

Alors que vous montrez que les femmes n’ont jamais été aussi puissantes, comment expliquez-vous que le féminisme victimaire tienne constamment le haut de l’affiche?

Je pense que ce que vous décrivez provient de ce que les chercheurs en sciences cognitives appellent des «biais». Le «biais de disponibilité» d’abord, qui consiste à privilégier et surestimer les informations qui sont immédiatement disponibles dans notre mémoire. La surexposition médiatique de certains événements peut alors donner l’impression que ceux-ci sont plus fréquents, même si c’est faux! Il y a aussi le «biais de négativité»: on a tendance à être davantage marqué par les événements négatifs que positifs. Ces deux biais empêchent de voir les progrès accomplis par les femmes depuis des décennies.

Le déclassement masculin est-il facteur de déstabilisation? Peut-il aboutir à des phénomènes de ressentiment?

Le malaise masculin m’inquiète. Alors que la place des hommes dans le monde n’est plus très claire, on leur demande de s’adapter immédiatement et radicalement. Certains hommes sont tout à fait à l’aise aujourd’hui, ceux des classes supérieures. C’est dans les classes populaires que les hommes connaissent le désarroi le plus fort. Plus généralement, je suis frappée que la masculinité ne soit invoquée, aujourd’hui, que quand elle est «toxique». Le constructivisme social qui n’invoque la différence des sexes que pour criminaliser le masculin crée à mon sens un profond malaise chez certains hommes.

Or nous n’avons aucun intérêt à ce que les hommes soient «obsolètes» car leur absence a des conséquences néfastes sur leur entourage direct, à commencer par les femmes et les enfants. Je ne crois pas à la guerre des sexes, qui considère la relation hommes-femmes comme un jeu à somme nulle: ce qu’un sexe gagne, l’autre doit le perdre. Au contraire, je pense que si les hommes vont mal, les femmes en souffrent!

Peut-il exister un féminisme conservateur?

Je crois au féminisme de l’égalité d’opportunité, pas à celui de l’égalité de résultat. Dans l’histoire, aucun gouvernement, aucun groupe social n’a obtenu d’égalité de résultat sans recourir à la coercition ou à la violence. Non seulement on ne peut pas changer fondamentalement la nature humaine, mais quand on s’y essaie, c’est toujours au prix fort.

Laetitia StrauchBonart est également rédactrice en chef de la revue hebdomadaire d’idées «Phébé par Le Point».

 

 

 

Combattre le féminisme, oui. Sombrer dans la misogynie crasse, non.

Je viens de découvrir la « philosophie MGTOW » (Men Going Their Own Way), mouvement masculiniste très actif sur internet et qui, en réponse au féminisme tout-puissant, invite les hommes à se retirer du jeu de la séduction et des interactions avec la gent féminine.

Alors après tout, pourquoi pas, chacun est libre de construire sa vie comme il l’entend, avec ou sans l’autre sexe. Ce sont bien les moines chrétiens qui, pendant des siècles et à la faveur de leur travail intellectuel, nous ont transmis l’héritage antique tout en bâtissant la civilisation intellectuelle moderne (même la théorie du Big Bang au XXe siècle est encore l’oeuvre d’un théologien). Se détourner des femmes n’est donc pas en soi un choix de vie critiquable.

MGTOW n’est toutefois pas une forme de monachisme, loin s’en faut – même s’il semble partager quelques traits communs avec certaines sectes radicales misogynes du christianisme primitif ; j’y reviendrai à l’occasion.

Les choses se gâtent en effet très vite quand on découvre le montage théorique et idéologique qui justifie leur attitude envers les femmes (officiellement, ils disent « femmes », mais en privé ou dans leur tête, ils pensent plutôt « femelles »).

Tout comme moi, MGTOW dénonce le néo-féminisme et s’intéresse à la psychologie évolutionniste, ou au néo-darwinisme – courant de pensée scientifique incarné en France par Peggy Sastre notamment.  C’est donc avec un a priori plutôt positif que je lance l’autre jour la première vidéo d’un dénommé Ralf, juriste de son état, qui nous expose de manière parfaitement claire et didactique les tenants et aboutissants de MGTOW :

Et là, très vite, des voyants rouges s’allument dans mon cerveau. Mes craintes sont largement confirmées à la seconde vidéo (« Une philosophie exclusivement masculine »), où l’on m’explique doctement que MGTOW méprise les femmes et n’entend aucunement collaborer sur quoi que ce soit avec elles (y compris, donc, sur l’antiféminisme).

La suite est à l’avenant ; mais c’est sur la quatrième vidéo, intitulée « La nature de la femme », que je vais m’arrêter plus longuement.

La vidéo débute par une longue justification (plus de 10 minutes) sur le fait que tout ce qui sera avancé par la suite est d’ordre scientifique et parfaitement démontré, dans des études si nombreuses qu’il n’y a même pas besoin de les mentionner – puisque l’intégralité de la littérature scientifique irait dans son sens.

Ralf opère ici un habile tour de passe-passe. Toutes les études scientifiques confirment la différence biologique des sexes, oui, jusque là nous sommes d’accord. Mais aucune ne valide les élucubrations misogynes que Ralf va nous servir de la 14e minute jusqu’à la fin de sa vidéo .

Ce n’est pas parce que nos cerveaux baignent dans des influx hormonaux différents, pilotés par nos différences génétiques, que cela induit que toutes les femmes (Ralf, qui essentialise toujours, ne connaît que LA femme) seraient des êtres amoraux, sentimentalistes, instables et calculateurs, assimilables, comme il le dit dans une autre vidéo, à des animaux domestiques ou des enfants sans cervelle. Quelle étude scientifique démontre cela ? Je serais curieuse de la lire 😉

La misogynie de Ralf et de ses adeptes, tout comme la misandrie des néo-féministes, repose sur le même principe que le racisme : l’essentialisation (la réduction d’une personne à son sexe ou son origine) et l’incapacité à envisager que si deux choses sont différentes (d’un point de vue biologique ou ontologique), cela n’implique nullement que l’une soit supérieure à l’autre.

Cette forme radicale du masculinisme est strictement superposable au néo-féminisme (en inversant simplement les sexes) :

  • Chaque sexe est intimement convaincu d’être supérieur à l’autre
  • Chaque sexe se considère victime de l’autre
  • Chaque sexe s’invente un concept (une grille de lecture fantamastique du monde) expliquant pourquoi il est obligatoirement la victime de l’autre : à la baudruche idéologique du « patriarcat » répond désormais la « matrice » MGTOW (en gros, le « matriarcat » actuel. Même si je reconnais que la féminisation de la société occidentale est une réalité, il y a une paranoïa excessive derrière la « matrice » et la « pilule rouge » – Ralf explique ce que c’est dans sa première vidéo).
  • Chaque mouvement se construit sur une idéologie « scientifique » radicale : Les études de genre féministes nient radicalement la biologie (une aberration), quand, à l’inverse, MGTOW fait du darwinisme une religion naturelle. Les unes sont « tout culture » quand les autres sont « tout nature ».
  • Chaque individu s’exonère de toute responsabilité dans ses malheurs et fait systématiquement porter l’intégralité des fautes à l’autre sexe. Lui est toujours un ange de perfection et l’autre un démon malfaisant.
  • Le narcissisme et le manichéisme sont leurs deux mamelles communes.
  • Les deux mouvements recrutent des personnes en détresse affective avec les mêmes méthodes de sectes : le  love bombing (« Nous vous comprenons, nous sommes une famille, des frères – ou des soeurs -, vous n’avez que des qualités, l’autre sexe n’en a aucune », etc.) et un évangile avec un credo extrêmement simple à assimiler et vendu avec beaucoup de talent (« Le bien, c’est vous et notre communauté ; le mal, c’est l’autre sexe »).
  • Les deux mouvements forment donc des adeptes auxquels ils retournent la tête et qui s’en vont ensuite répéter les éléments de langage  afin d’agrandir la secte (avec toutefois un bémol pour MGTOW : contrairement aux féministes, ce n’est pas un mouvement prosélyte et il ne bénéficie d’aucun appui institutionnel).
  • Les deux mouvements essentialisent leur haine : à la misandrie répond désormais la misogynie.
  • MGTOW rejette la parole des femmes parce qu’elles sont femmes de la même manière que les féministes méprisent la parole des hommes féministes.
  • Le parallélisme entre les deux mouvements va même jusqu’à cette assonance involontaire : MGTOW prononcé comme un acronyme se dit  « Migtou », ce qui sonne étrangement comme « Mitou » (#MeToo)…
  • Etc. (Je développerai peut-être à d’autres occasions pour ne pas alourdir cet article)

Je reviens maintenant aux arguments misogynes de Ralf (14e minute à la fin, donc), en les reprenant un par un :

  • « La femme est prédictible ». Peut-être, mais l’homme l’est tout autant, n’en doutez pas. Et prédictible ne veut dire ni inférieur ni supérieur, contrairement à ce que vous croyez.
  • Le sentimentalisme : « La » femme est d’abord accusée de n’être « que sentimentale » avant d’être accusée d’être incapable de sentiments – il faudrait savoir. Cela revient dans d’autre vidéos : seul l’homme serait capable d’aimer. Ben voyons ! C’est absurde et incohérent.
  • « Sentimentaliste par essence, la femme n’a ni logique, ni raison, ni structure ». Gros lol.  Voir point suivant.
  • « Il ne faut pas essayer de débattre avec une femme ». Je comprends bien qu’il vaut mieux prendre la fuite que de se faire mettre le nez dans son caca 😉
  • « La femme, un être autocentré sur ses sensations, ne peut s’élever à l’échelle du concept, de la systématisation, de la généralité ». Vous n’avez jamais entendu parler des féministes ?  Elles ne conceptualisent et ne généralisent pas autant que vous, peut-être ?
  • « La femme est un être amoral (c.-à.-d. dépourvu de moralité) dont le comportement ne permet pas la vie en société ». N’importe quoi. Le sexe féminin a au contraire joué un grand rôle dans la socialisation des primates puis des premiers hommes, sans parler de toute l’histoire de l’humanité.
  • « La femme n’a pas accès au concept de vérité absolue ou de véracité ». Phraséologie sectaire radicale typique. Même les imams les plus salafistes n’oseraient pas aller jusque là.
  • « La femme a des sentiments changeants ». Tout le monde sait qu’un homme ne change jamais d’avis. Mais lol !
  • « La femme est incapable de développer des théories à  contre-courant ». Eh bien si, on peut être à la fois contre vous et contre les féministes, par exemple. La preuve.
  • Le hamster : « La femme récrit le passé et interprète ses actes pour les rendre socialement acceptables ». Lol. On voit que vous n’avez jamais vu un homme vous baratiner ad libitum pour justifier ses actes. On ne doit décidément pas vivre sur la même planète :p
  • « La femme rend ce qu’elle a fait logique, moral, bien et se  dégage de toute responsabilité ». Exactement comme vous dans cette vidéo.
  • « Elle n’est pas mythomane : elle se convainc de la vérité de ce qu’elle dit ». Exactement comme vous ^^
  • L’hypergamie : Vous savez parfaitement que l’hypergamie féminine a été mise en oeuvre par les hommes et dans l’intérêt des deux sexes ; chaque famille désirant confier la perpétuation de ses gènes au meilleur offrant.  N’en faites pas porter le chapeau aux femmes. Si vous avez une fille, vous serez certainement intéressé de savoir avec qui elle se reproduit.
  • « La femme est une calculatrice froide et cruelle ». Tellement outrancier que je ne commente même pas.
  • « Une femme ne vous aime jamais pour ce que vous êtes, pour vos valeurs humaines ». Toujours les généralisations. Comme si tous les hommes ne regardaient que ça, eux…

En conclusion, pourquoi suis-je aussi agacée par ces outrances ? Eh bien parce qu’elles mettent de l’eau au moulin des féministes misandres qui n’attendent que cela pour dire que les hommes sont des crétins et justifier leur combat contre eux.

Et parce que si j’ai rejeté le féminisme à cause de sa misandrie et de ses généralisations sur les hommes – indignes d’un esprit formé à la philosophie et à l’humanisme –, je ne veux surtout pas que mon antiféminisme soit rapporté à ce genre de dérive misogyne. En diffusant ces idées indéfendables, vous jouez contre votre camp et vous jouez contre le mien. Ce faisant, vous nourrissez le féminisme, ce qui ne devrait pas être l’objectif du masculinisme. Ne mettez donc pas votre intelligence au service de la guerre de sexes, ou bien tout le monde sera perdant…

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Patrick Capdevielle, Ton monde est vieux (1980)

Londres, été 1980

. Eros et Thanatos

Illustration de la chanson avec les toiles peintes par Jean-Patrick Capdevielle en 2017 et 2018 :

  • Art Gallery, 2018
  • Heroes Factory (Mickey’s Band), 2017
  • Le Déjeuner sur l’herbe, 2017

et des extraits de films :

  • Fritz Lang, Metropolis, 1927
  • Carlos Saura, Sevillanas, 1992

Jean-Patrick Capdevielle, Ton monde est vieux, 1980 (Album 2 ; CBS)

. Au nom du père et du fils

Paris, Olympia, 12 mai 1980. Version totalement inédite de la chanson, enregistrée lors de la première tournée au printemps 1980. Les paroles sont différentes de la version studio enregistrée à Londres quelques mois plus tard.

Paroles inédites :

Ton monde est vieux

Tu passes ta vie dans le fond d’une limousine
T’as ton oeil braqué sur toutes les combines
Mais quelque chose va troubler ta routine
Et toi tu comprends pas très bien ce que c’est
Dans ton cerveau, tu sens comme une épine
Et sous ta peau la frayeur t’assassine
T’es comme tous ceux qui descendent la colline
Avant d’avoir compris ce qui s’est passé
Tu dis des mots que tu n’oses même plus croire
C’est pas nouveau, mais ce qui change toute l’histoire
C ’est qu’hier encore, tu faisais semblant d’y croire
Maintenant tu pleures avant d’avoir parlé
Ta vie prend la forme d’un couloir
Et sur les murs, y a marqué « Pas d’espoir »
Tu dis que t’es pas seul dans ton trou noir
Mais ça t’aide pas beaucoup à t’en tirer

Ton monde est vieux
La terre est usée
Quand on la voit par tes yeux
Ton temps s’achève et tu devrais savoir dire adieu
Le jour se lève et ton train s’en va
Ton monde est vieux

Tu savais toujours ce qu’il fallait répondre
Et t’avais l’art pour te sortir du nombre
Maintenant, tu dis que l’avenir est sombre
Et que t’aimerais beaucoup le faire partager
A tous ceux qui t’écoutent sans répondre
En essayant de vivre sur les décombres
Que les gens comme toi traînent avec leur ombre
Et que c’est un peu tard pour tout changer

Si tu permets, t’as oublié qu’une chose
Un jour ou l’autre, tout le monde atteint sa dose
Même dans ton cas y en a une
Et si j’ose un conseil : va pas te cacher
T’as peur que quelque part quelque chose explose
On peut pas penser à tout, je suppose
C’est dans ta tête que sautent les portes closes
Ça te surprend, ça ; tu crois que ça devrait ?

Ton monde est vieux
La terre est usée
Quand on la voit par tes yeux
Ton temps d’achève et tu devrais savoir dire adieu
Le jour se lève et ton train s’en va
Ton monde est vieux

Moi j’ai rien à proposer en échange
De tes mirages et je me prends pas pour un ange
Si t’as envie de me répondre « Etrange »
Moi je te force pas à m’écouter
Quand je te dis que tout passe et tout change
Tu fais semblant de croire que tout s’arrange
Au fond, t’as toujours su ce qui nous dérange
Mais la fin d’un règne, faut en profiter

Je veux plus tes sermons dans mes oreilles
Laisse-moi donc oublier mes chansons de la veille
Je veux plus que tu viennes pendant mon sommeil
Parler de raison, dire que j’ai trop demandé
D’ailleurs, je demande rien, je suis tes conseils
J‘ai ma conscience à la main dès mon réveil
T’entends plus, fais régler ton appareil
Tu deviens sourd cette fois, c’est terminé

Ton monde est vieux
La terre est usée
Quand on la voit par tes yeux
Ton temps d’achève et tu devrais savoir dire adieu
Le jour se lève et ton train s’en va
Ton monde est vieux

 

Pour découvrir tout l’oeuvre peint de J.-P. C. :

Jean-Patrick Capdevielle. L’œuvre peint

 

Pascal Bruckner : « El nuevo puritanismo no demoniza a la mujer, sino al hombre »

[Traducción del francés: Júlio Béjar]

‘EL NUEVO PURITANISMO NO DEMONIZA A LA MUJER, SINO AL HOMBRE’

LE FIGARO – El movimiento global contra el acoso promueve la libertad de las mujeres y en modo alguno restringir la sexualidad. ¿Puede denominarse a eso ‘puritanismo’?

PASCAL BRUCKNER. – Este fenómeno no es global. Sólo se da en Occidente, donde nació el movimiento de emancipación de las mujeres. Lo que demuestra que el patriarcado está muy debilitado en nuestras sociedades. Es la famosa ley de Tocqueville: no son los pueblos míseros los que se rebelan, sino los que viven mejor. Las mujeres se están rebelando con razón contra los ataques que sufren porque ostentan ya un poder y unos derechos considerables. El progreso en la libertad de la mujer va de la mano del odio hacia las mujeres libres por parte de quienes las quieren castigar por alzar la cabeza. El resentimiento de algunos hombres hacia ellas se asemeja a la furia del negrero ante la abolición de la esclavitud. Si hay puritanismo, es post-pornográfico e incluye la revolución sexual. Los procesos mediáticos, especialmente en los Estados Unidos, son una competición por el detalle escabroso: la mancha de semen en el vestido de Mónica [Lewinsky], la felación en el Despacho Oval, las proposiciones desvergonzadas. Disfrutamos con el pecado que decimos condenar. Bajo las muestras de desaprobación, hay una delectación resentida, el triunfo de una obscenidad lasciva. El sexo es visto como una necesidad irrefrenable que aniquila todo gesto implícito. Ya no nos enfundamos guantes, no guardamos las formas. Hay una diferencia entre la expresión francesa ‘hacer el amor’, un acto más o menos civilizado, y el « tener sexo », más directo de los estadounidenses, la simple satisfacción de una pulsión. Con raras excepciones (Woody Allen, Clint Eastwood), las películas de Hollywood basculan entre el romance melifluo y la brutalidad erótica: personas a punto de ebullición obligadas a saltar una sobre otra para dar rienda suelta a sus deseos. Añoramos las películas clásicas donde los amantes se entregaban con elegancia. El viejo puritanismo veía en la mujer la tentación diabólica; el nuevo ha transferido esa desconfianza al hombre. Hemos cambiado de maldición pero no de mentalidad.

LF – ¿Cree que el ‘movimiento’ ha ido demasiado lejos?

PB – ‘Saca de paseo a tu cerdo’ [la campaña ‘Balance ton porc’] ha permitido a las auténticas víctimas liberarse del terror y denunciar a sus atacantes, sí, pero el movimiento está desbordándose debido a los excesos, evocando las prácticas de la Revolución Cultural China, que clavaba a los discrepantes en la picota. Cada semana exige su lote de culpables a los que exhibir en el muro de la vergüenza. Cualquier acusación equivale a una condena. Sandra Muller, promotora de ‘Saca de paseo a tu cerdo’, califica de ‘verdugo’ a alguien que una noche le dijo, en un momento de embriaguez: ‘Tienes unas buenas tetas, haré que goces toda la noche’. Sostiene que eso la traumatizó durante diez años. ¿No es esto exagerado?

LF – Según algunas feministas, se da una continuidad entre violencia simbólica, verbal y física …

PB – No se distingue entre la violación, que es un crimen, el acoso, que es un delito castigado por ley, y la zona gris de las miradas insistentes, la renuencia e incluso los insultos. Esta confusión es extremadamente grave porque penaliza a las verdaderas víctimas expropiándolas de su desgracia por otras candidatas al mismo estatus. ¡Incluso el cumplido es visto como una agresión! Sembrando la confusión entre crímenes, delitos menores, abusos de poder y comportamientos inapropiados procedentes de las relaciones privadas, socavamos cualquier jerarquía del sufrimiento. Para lugares públicos, bares, discotecas, restaurantes, debemos considerar códigos de buena conducta que castiguen todo comportamiento grosero, con multas si fuese necesario. Sobre todo, debemos educar a los niños en el respeto y la cortesía. Pero es inquietante ver como regresa la vieja cantinela victoriana de la mujer-víctima. Como un pajarillo indefenso ante los ataques del macho furioso. Como si ellas no pudiesen lidiar con la torpeza, como si tampoco fuesen capaces de repeler acercamientos no deseados. Mujeres infantilizadas y desvalidas, cuando de lo que se trataría es de protegerlas y dotarlas de poder.

LF – ¿Debemos ver tras esos excesos un odio hacia el hombre?

PB – Para muchas, el hombre es culpable por el simple hecho de tener pene. Es por naturaleza el déspota malvado. ¿No escribió la escritora Nancy Huston [http://www.lemonde.fr/…/on-ne-nait-pas-homme_1194052_3232.h…] que ‘la erección es el problema más acuciante de la humanidad’? El crimen está en la anatomía, cada niño es un asesino en potencia. Cuando Caroline De Haas afirma que uno de cada dos o tres hombres es un agresor [https://www.marianne.net/…/video-un-homme-sur-deux–agresse…], está haciendo una amalgama irreflexiva. Si existiese un delito de incitación al odio contra el género masculino, ¡se llevaría el premio! Llegamos a la situación estadounidense, donde hombres y mujeres conviven como dos tribus a ambos lados de un río y comunicándose sólo ley en mano, en un estado de hostilidad contractual permanente. « Los dos sexos morirán separados », dijo Proust. En los Estados Unidos, todavía podrán hablar pero con la mediación de un abogado.

LF – ¿Desaparecerá el ámbito privado en favor de una judicialización de todas las relaciones sociales, incluidas las afectivas?

PB – Eso ya es muy visible en los campus estadounidenses. En la década de 1990, el Antioch College (Ohio) ya instituyó un estatuto entre niños y niñas. Estipula que ‘debe obtenerse y renovar el consentimiento en cada encuentro sexual’ y detalla cada una de las áreas anatómicas autorizadas a explorar, senos, muslos, tipos de beso, etc. Este tipo de recomendación se ha extendido. Existen aplicaciones de teléfonos móviles como « Sí al sexo » que reemplazan el consentimiento tácito por el consentimiento expreso, formalizado mediante tecnología. Además de reintroducir la mirada social en lo que es un acto íntimo, preocupa observar que si un ‘no’ es siempre un ‘no’, un ‘sí’ nunca es totalmente un ‘sí’. Algunos estudiantes, decepcionados, vuelven al acuerdo tácito y revisan retrospectivamente el encuentro como un asalto, manteniendo latente la posibilidad de demanda.

LF – Es paradójico tratándose de una sociedad tan liberal …

PB – El verdadero poder en los Estados Unidos es judicial, no político. El sueño americano es el de una sociedad completamente recreada y reconfigurada por la ley hasta en los más nímios detalles y que destierre el uso, es decir, la herencia involuntaria, portadora de siglos de subyugación. Esta naturaleza procedimental es problemática cuando de lo que se trata es de regular el resbaladizo terreno de los afectos y las pasiones. Todas las relaciones amorosas están codificadas, incluso la seducción, que se asemeja a veces a una entrevista de trabajo. Acordamos citas, ‘dates’, mediante una gradación y un procedimiento más rígidos que el mapa del Tendre*. Estados Unidos es la sociedad de las reglas, mientras que nosotros somos una sociedad de modales que deja más espacio para la improvisación, el juego y la coquetería. En este neopuritanismo, el sacerdote es reemplazado por el abogado y el juez. Olvida que el amor es también un bello riesgo, y considera que cualquier persona que se sienta perjudicada en una relación debe poder buscar una indemnización. Cada uno es convocado a poner su deseo por escrito, para saber de antemano lo que quiere, para acabar con el concepto de ‘quizás’. Se olvida así que la lujuria es como un juego, tendente a la ambigüedad y que no siempre estamos seguros de nuestro deseo antes de ser presas de él. Estos procedimientos hacen negocio a cuenta de la complejidad de los sentimientos humanos. Francia debe resistir el clima de macarthismo moral que nos llega de los Estados Unidos; para nosotros, lo que une a hombres y mujeres es más importante que lo que los separa. Tenemos que preservar esa atmósfera de libertad erótica y amorosa que hizo de la Europa latina un lugar de tan alta civilización. En ese sentido, es posible que el Viejo Mundo deba ser el porvenir del Nuevo.

LF – En un discurso pronunciado durante la Marcha de las Mujeres, la actriz Natalie Portman apelaba a una « revolución del deseo ». ¿Ese afán de politizar el deseo puede ser peligroso?

PB – La revolución en Hollywood nunca será otra cosa que una versión de Hollywood. La idea de una solución política a las desgracias del amor no es nueva. Nace con Sade y Fourier y será teorizada por Wilhelm Reich en el siglo XX: una buena gestión de las pulsiones libidinales debería traer paz a la sociedad. Pero el amor no es una enfermedad que se preste a tratamientos. Deseamos seres que, en el mejor de los casos, nos deseen a cambio, y esta simple reciprocidad es tan maravillosa que no es preciso introducir el ritornello de la Revolución: la ley velando por las personas, los ciudadanos amándose unos a otros como lo consideren conveniente sin que el Estado o la justicia interfieran. Ceder al sentimiento amoroso es reconectarse con el viejo teatro de las pasiones. Somos a menudo revolucionarios en las declaraciones, pero siempre anticuados en nuestras inclinaciones. No olvidemos el inmenso ejército de hombres y mujeres invisibles que no tienen acceso a la gran fiesta de placer y a los que la proclama de la bella y talentosa Natalie Portman probablemente deja indiferentes.

LF – Algunos denuncian una ‘cultura de la violación’ que estaría presente en todas las representaciones artísticas y populares. ¿Ve ahí usted una voluntad de purga?

PB – Ya en la década de los noventa, Picasso, Balthus, Renoir, Degas, Gauguin fueron blanco de activistas preocupados por la pureza estética. Una académica francesa pontifica, por ejemplo, en Libération que ‘Blow-Up’ ahora debe verse como una incitación a la violación [http://www.liberation.fr/…/blow-up-revu-et-inacceptable_161…]. Volveremos a ver a Polanski, Fellini, Truffaut de este aniquilador del ángulo. En Magazine Littéraire [http://archives.magazine-litteraire.com/des-blancs-qui-en-d…], una ‘especialista’, Sophie Rabau, recomienda sacar a pasear al cerdo en la ficción: Carmen, Traviata y Célimène ceden, no gracias a la tenacidad de sus amantes, sino debido a que son violadas. Lo mismo ocurre con la Bella Durmiente del Bosque, que no ha dado su consentimiento mientras dormía al beso liberador … Liberemos todo el canon artístico con las tijeras de nuestros nuevos censores.

LF – Con su mesianismo defensor de un futuro radiante y reconciliado, ¿no será el feminismo la última utopía del siglo XXI?

PB – El feminismo está demasiado dividido para convertirse en un sustituto de las grandes ideologías. La reconciliación entre los sexos es una quimera. Las fatalidades anatómicas, las potencialidades permitidas a unos y denegadas a otros (por ejemplo, el don de la maternidad, el distinto concepto del placer) clausuran la posibilidad de cualquier entente idílica. Siempre habrá entre hombres y mujeres una relación indiscernible de atracción y miedo. Pero para los teoricistas del género, dos sexos son demasiados. La década de los sesenta se basó en la gozosa utopía de la promiscuidad universal, especialmente porque el SIDA aún no existía. Si hubiésemos releído a los clásicos de la literatura francesa, especialmente al Marqués de Sade, habríamos comprendido que toda liberación del deseo es también liberación del derecho de toda persona a querer poseer a cualquiera. En Sade, esa liberación conduce siempre al campo del delito.

LF – ¿No estamos asistiendo a un golpe de timón, cincuenta años después del « gozar sin obstáculos » proclamado en Mayo del 68?

PB – Hemos renunciado definitivamente a Mayo del 68. Se creyó que habían desaparecido de un plumazo 2.000 años de judeocristianismo, que las zonas vergonzosas habían pasado a ser zonas gozosas. El punto de inflexión llegó en la década de los ochenta con los casos de pedofilia: el deseo ha perdido su inocencia. Curioso destino para una generación que quiso romper con todos los tabúes y que ha descubierto en la sexualidad una parte de sombra, de violencia. Eros es una pulsión tanto de muerte como de vida. Paradójicamente, hoy queremos mantener el porno, la permisividad, pero penalizar a los pervertidos. Como para vengar esas libertades otorgadas en términos de moral. El lema de nuestro tiempo es « gozar y castigar ». Al mismo tiempo, se busca el placer y el castigo. Y nos arriesgamos a cosechar tan sólo el disfrute del castigo.

[* Nota del trad.: la ‘Carte Tendre’, es un documento cartográfico del siglo XVII, que mapea mediante metáforas los sinuosos caminos y sendas del amor].

[Entrevista con el escritor y filósofo Pascal Bruckner, aparecida el sábado 3 de Marzo en ‘Le Figaro’:

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/03/02/31003-20180302ARTFIG00304-pascal-bruckner-le-nouveau-puritanisme-ne-diabolise-plus-la-femme-mais-l-homme.php]

Y también en castellano :

Neo-Feminismo e islamismo : Convergencias

Puedo testimoniar que de la violación, se sale

Pascal Bruckner : « Le nouveau puritanisme ne diabolise plus la femme, mais l’homme »

 

Pascal Bruckner : «Le nouveau puritanisme ne diabolise plus la femme, mais l’homme»

LE FIGARO. – Le mouvement mondial de lutte contre le harcèlement met en avant la liberté des femmes et n’entend nullement réfréner la sexualité. Peut-il être qualifié de « puritain » ?

Pascal BRUCKNER. – Ce mouvement n’est pas mondial. Il ne prend qu’en Occident, là où est né le mouvement d’émancipation des femmes. Il prouve que le patriarcat est très sérieusement écorné dans nos sociétés. C’est la fameuse loi de Tocqueville : ce ne sont pas les peuples miséreux qui se révoltent mais ceux qui vont mieux. Les femmes s’insurgent à juste titre contre les agressions dont elles sont victimes parce qu’elles jouissent déjà d’un pouvoir et de droits considérables. Le progrès de la liberté des femmes va de pair avec la haine envers les femmes libres de la part de ceux qui veulent les punir de relever la tête. Le ressentiment de certains hommes à leur endroit s’apparente à la fureur d’un propriétaire réagissant à l’abolition de l’esclavage. Si puritanisme il y a, il est post-pornographique et inclut la révolution sexuelle. Les procès médiatiques, surtout aux États-Unis, sont une course aux détails scabreux : la tache de sperme sur la robe de Monica, la fellation dans le Bureau ovale, les propositions impudiques. On se régale du péché qu’on feint de condamner. Sous la réprobation affichée, il faut entendre la délectation ressentie, le triomphe d’une pudibonderie lubrique. Le sexe est vu comme un besoin irrépressible qui tue toute forme d’implicite. On ne prend plus de gants, on n’y met plus les formes. Il y a une différence entre l’expression française « faire l’amour », acte plus ou moins civilisé, et le « have sex » , très cru des Américains, simple assouvissement d’une pulsion. À de rares exceptions près (Woody Allen, Clint Eastwood), les films hollywoodiens oscillent entre la romance sirupeuse et la brutalité érotique : des gens au bord de l’ébullition sont obligés de se jeter les uns sur les autres pour satisfaire leurs envies. On regrette les longs-métrages classiques où les amants s’abandonnaient avec élégance. L’ancien puritanisme voyait dans la femme la tentation diabolique ; le nouveau a transféré cette méfiance sur l’homme. On a changé de malédiction mais non de mentalité.

Pensez-vous que le mouvement aille trop loin ?

Balance ton porc a permis à d’authentiques victimes de sortir de la terreur et de dénoncer leurs agresseurs ; mais le mouvement est en train de se saborder en raison de ses excès, il évoque les pratiques de la Révolution culturelle chinoise, qui clouait les déviants au pilori. Chaque semaine exige son lot de coupables à exhiber sur le mur de la honte. Toute accusation vaut condamnation. Sandra Muller, qui a inventé Balance ton porc, qualifie de « bourreau » celui qui lui a dit un soir, dans une soirée arrosée : « Tu as de gros seins, je vais te faire jouir toute la nuit ». Elle s’en dit traumatisée pendant dix ans. N’est-ce pas exagéré?
Selon certaines féministes, il existe un continuum entre violences symboliques, verbales et physiques…
On ne sait plus distinguer entre le viol, qui est un crime, le harcèlement, qui est un délit condamné par la loi, et la zone grise des regards insistants, de la drague lourde, voire des insultes. Cette confusion est extrêmement grave parce qu’elle pénalise les vraies victimes expropriées de leur malheur par d’autres candidates au même statut. Même le compliment est vu comme une agression ! En semant la confusion entre crimes, délits, abus de pouvoir et simples comportements inappropriés qui relèvent de rapports privés, on sape toute hiérarchie des souffrances. On doit pour les lieux publics, bars, discothèques, restaurants envisager des codes de bonne conduite qui punissent tout comportement grossier, avec amendes si nécessaire. On doit surtout éduquer les enfants au respect et à la courtoisie. Mais il est inquiétant de voir revenir le vieux thème victorien de la femme victime. Ce serait une oie blanche en butte aux assauts des mâles déchaînés. Comme si, elle aussi, ne pouvait pas draguer avec maladresse, comme si elle aussi ne pouvait pas repousser les avances importunes. On infantilise et on désarme les femmes au moment où on prétend les protéger et leur rendre du pouvoir.

Faut-il voir derrière ces excès une haine de l’homme ?

Pour beaucoup, l’homme est coupable du simple fait qu’il porte un pénis. Il est par nature le despote couillu. L’écrivaine Nancy Huston n’a-t-elle pas écrit que « l’érection est le problème le plus grave de l’humanité » ? Le crime est dans l’anatomie, tout petit garçon est un tueur en puissance. Quand Caroline De Haas énonce qu’un homme sur deux ou trois est un agresseur, elle procède à un amalgame fulgurant. S’il y avait un délit d’incitation à la haine du genre masculin, je pense qu’elle en relèverait ! On en arrive à la situation américaine, où les hommes et les femmes cohabitent comme deux tribus de part et d’autre d’un fleuve et ne peuvent communiquer que par le droit, dans un état d’hostilité contractuelle permanente. « Les deux sexes mourront séparés », disait Proust. Aux États-Unis, ils pourront toujours se parler par l’intermédiaire de leur avocat.

L’espace qui relevait du privé est-il en train de disparaître au profit d’une judiciarisation de tous les rapports sociaux, y compris amoureux ?

C’est très visible sur les campus américains. Dès les années 1990, le collège d’Antioch (Ohio) avait institué une charte entre garçons et filles. Elle stipulait que « le consentement devait être obtenu et renouvelé à chaque activité sexuelle » et détaillait chaque zone anatomique autorisée à l’exploration, les seins, les cuisses, le type de baiser, etc. Ce type de recommandations s’est étendu. Il existe des applications pour téléphone portable comme « Yes to Sex » qui permet de remplacer le consentement tacite par un consentement affirmatif, formalisé par la technologie. Outre qu’on réintroduit le regard social dans un acte intime, il est inquiétant de constater que si un « non » est toujours un « non », un « oui » n’est jamais totalement un « oui » . Certaines étudiantes déçues reviennent sur leur accord et relisent rétrospectivement l’acte amoureux comme une agression, se gardant la possibilité de poursuivre en justice.

C’est paradoxal venant d’une société pourtant très libérale…

Le vrai pouvoir aux États-Unis est judiciaire, et non pas politique. Le rêve américain est celui d’une société entièrement recréée et refaçonnée par le droit jusque dans ses plus petits aspects et qui bannit l’usage, c’est-à-dire l’héritage involontaire, porteur de siècles d’assujettissement. Ce caractère procédurier est problématique quand il doit régler le domaine flou des affects et des passions. Tous les rapports amoureux sont codifiés, même la drague qui s’apparente parfois à un entretien d’embauche. On se donne des rendez-vous, des « dates » selon une gradation et un parcours plus rigide que la carte du Tendre. L’Amérique est une société de la règle là où nous sommes une société des moeurs qui laisse plus de place à l’improvisation, au jeu et à la coquetterie. Dans ce néopuritanisme, le prêtre est remplacé par l’avocat et le juge. Oubliant que l’amour est aussi un beau risque, quiconque s’estime lésé dans une relation doit pouvoir demander réparation. Chacun est sommé de mettre son désir au clair, de savoir à l’avance ce qu’il veut, d’évacuer la catégorie du « peut-être ». On oublie que la convoitise procède par voie détournée, affectionne l’ambiguïté et qu’on n’est pas toujours sûr de son désir avant de le réaliser. Ces procédures font bon marché de la complexité des sentiments humains. La France doit résister au climat de maccarthysme moral qui nous vient des États-Unis ; pour nous, ce qui réunit les hommes et les femmes importe plus que ce qui les divise. Nous avons à préserver cette atmosphère d’amitié érotique et amoureuse qui fait de l’Europe latine un lieu de haute civilisation. En ce domaine, il est possible que le Vieux Monde soit l’avenir du Nouveau.

Dans un discours remarqué à la marche des femmes, l’actrice Natalie Portman appelait à faire « une révolution du désir ». Cette volonté de politiser le désir est-elle dangereuse ?

La révolution à Hollywood ne sera jamais qu’une autre version de Hollywood. L’idée d’une solution politique aux malheurs de l’amour n’est pas nouvelle. Elle naît chez Sade et Fourier et sera théorisée par Wilhelm Reich au XXe siècle : une bonne gestion des pulsions libidinales devrait ramener la paix dans la société. Mais l’amour n’est pas une maladie qui se prête à la réforme. Nous désirons des êtres qui nous désirent en retour dans le meilleur des cas et cette simple réciprocité est une telle merveille que nous n’avons nul besoin d’y introduire la ritournelle de la Révolution. À la loi de protéger les personnes, aux citoyens de s’aimer comme ils l’entendent sans que l’État ou la justice interfèrent. Céder au sentiment amoureux, c’est renouer avec le vieux théâtre des passions. On est souvent révolutionnaire dans ses déclarations mais toujours désuet dans ses inclinations. N’oublions pas enfin l’immense armée des invisibles, hommes et femmes qui n’ont pas accès au grand festin de la volupté et que l’injonction de la belle et talentueuse Natalie Portman risque de laisser froids.

Certains dénoncent « une culture du viol » qui serait partout présente dans les représentations artistiques et populaires. Y voyez-vous une volonté d’épuration ?

Déjà dans les années 1990, Picasso, Balthus, Renoir, Degas, Gauguin étaient la cible de militantes soucieuses d’épuration esthétique. Une universitaire française explique, par exemple, dans Libération que le film Blow-Up doit désormais être regardé comme une incitation au viol. On va revoir Polanski, Fellini, Truffaut sous cet angle éradicateur. Dans le Magazine littéraire, une « spécialiste » de littérature, Sophie Rabau, recommande de balancer son porc dans la fiction : Carmen, Célimène et la Traviata cèdent, non pas grâce à la ténacité de leurs amants mais parce qu’elles ont été violées. Idem pour la Belle au bois dormant qui n’a pas consenti dans son sommeil à son baiser libérateur… On va livrer l’ensemble du corpus artistique aux ciseaux de nos nouveaux censeurs.

Avec son messianisme prônant un avenir radieux et réconcilié, le féminisme n’est-il pas la dernière grande utopie du XXIe siècle ?

Le féminisme est trop divisé pour devenir un substitut aux grandes idéologies. La réconciliation entre les sexes est une chimère. Les fatalités anatomiques, les potentialités permises aux uns et refusées aux autres (par exemple la faculté d’enfantement, la différence des jouissances) entravent à jamais le rêve d’une entente idyllique. Il y aura toujours entre les hommes et les femmes un partage indiscernable d’attirance et d’effroi. Mais pour les théoriciennes du genre, deux sexes, c’est encore trop. Les années 1960 étaient fondées sur l’utopie joyeuse d’une promiscuité universelle, d’autant qu’alors le sida n’existait pas. Si on avait relu les classiques de la littérature française, et notamment le marquis de Sade, on aurait compris que toute libération des désirs est aussi libération du droit de chacun à posséder n’importe qui. Chez Sade, cette libération va jusqu’au crime.

N’assiste-t-on pas à un retour de bâton, cinquante ans après le « jouir sans entraves » proclamé par Mai 68 ?

Nous sommes vraiment sortis de Mai 68. On croyait alors périmer 2 000 ans de judéo-christianisme, transformer les parties honteuses en parties glorieuses. Le tournant est venu dans les années 1980 avec les affaires de pédophilie : le désir a perdu son innocence. Étrange aventure pour une génération qui a voulu briser tous les tabous et découvre dans la sexualité une part d’ombre, de violence. Éros est pulsion de mort autant que de vie. Aujourd’hui on voudrait contradictoirement garder le porno, la permissivité, tout en pénalisant les pervers. Comme s’il fallait se venger des libertés accordées en matière de moeurs. Le mot d’ordre de notre époque est « jouir et punir ». Elle désire en même temps la volupté et le châtiment. Elle risque de ne récolter que la jouissance de la punition.

Des clitos, des clitos, et encore des clitos

L’art féministe ou le déficit d’inspiration

L’art féministe est une galerie monomaniaque et fastidieuse qui a pour unique thématique l’étalage pseudo-provocateur des organes sexuels féminins.

Que le sujet représenté soit le clitoris, le vagin, la vulve, les poils pubiens, les seins, les règles ou la cellulite, son message est toujours le même : refuser au corps féminin toute fonction érotique et faire croire que la femme – réduite ici à son système reproducteur – est la grande perdante de l’histoire de l’art. Et bien sûr que toujours et partout, elle reste l’éternelle victime du « patriarcââât« .

L’art féministe se réduit donc souvent à une banale défense de la masturbation féminine (qui ne l’a de toutes façons pas attendu pour exister dans l’art) et surtout à une entreprise agressive visant au final à dégoûter les hommes et les autres femmes du sexe féminin. Car celui-ci est toujours représenté de manière froide, anatomique, laide ou carrément vulgaire.

Le clitoris comme unique totem

Les artistes féministes militantes adorent représenter des clitoris, ce qui n’est pas sans rappeler le goût un peu régressif des petits (et grands) garçons qui dessinent des bites partout.  En soi, ce n’est pas critiquable – après tout, Picasso aussi dessinait des bites. C’est un sujet comme un autre.

Pablo Picasso, Le Phallus, 1903

Mais l’intérêt du clitoris, pour les féministes, c’est que sa représentation anatomique est aussi bandante que celle d’un rein ou d’un intestin – nulle, donc. Enfin un organe sexuel féminin qui n’excite pas les hommes ! (surtout de la manière dont elles le représentent). Les féministes ont enfin trouvé leur Graal et elles peuvent jouir de leur unique obsession : interdire le désir masculin.

Une fois, ça va, on peut entendre le message – car il est exact que le clitoris était jusqu’à récemment un organe quasi inconnu. Mais la répétition ad nauseam de cette thématique unique finit surtout par faire apparaître une chose : le manque flagrant d’inspiration d’une armée de copieurs et de copieuses en total manque de créativité ! 🙂

Exemple de sujet « original » : le clitoris géant

Sophia Wallace, Cliteracy (installation « Unconquerable »), 2013

Depuis cette création plutôt esthétique, il faut le reconnaître, de Sophia Wallace en 2013 – qui n’est pas sans évoquer une bite et des couilles stylisées avec des ailes (et un petit air de L’Oiseau dans l’espace de Constantin Brancusi, 1928) –, une armée de féministes s’est emparée du sujet.

Mathias Pfund, Instant Pleasure (clitoris géant, mixed media), Neuchâtel, 2017

Le clitoris géant (polystyrène, bois, résine polyester, aimants, gaffer, latex, peinture acrylique et vernis pour bateau) de Mathias Pfund n’est qu’un des exemplaires de cette pluie de clitoris géants en 2017.

Alli Sebastian Wolf, Glitoris, Sydney, 2017
Matthew Ellis, Clitoris géant en inox, Université de Poitiers, 2017
Laurence Dufaÿ, « Clitoriz soufflé » (Clitoris géant en mousse polyuréthane), Bruxelles, 2017

Sans oublier la dessinatrice Emma, qui court toujours derrière les poncifs du néo-féminisme :

. Pour une autre approche du plaisir féminin dans l’art :

Le plaisir féminin en peinture

. La fixation féministe sur le phallus et la miction masculine masquerait-elle maladroitement un fantasme ondiniste ?  

Anthologie du féminisme urinaire

 

La femme nue et les hommes vêtus

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863 (Paris, Musée d’Orsay)

Lorsque Manet fait d’elle le point focal de son célèbre tableau, Victorine Meurent n’a que 19 ans – mais elle a déjà une personnalité affirmée et une présence physique qui l’est tout autant.

Victorine est une femme libre qui se jouera toute sa vie des cadres corsetés de la société française du XIXe siècle. Son parcours nous laisse entrevoir un monde finalement pas si différent du nôtre.

Elle a été tout à la fois modèle et professeur de musique, puis artiste peintre reconnue. Elle a enchaîné les liaisons amoureuses avec les hommes (avec le peintre Alfred Stevens, peut-être avec Manet lui-même…) puis avec les femmes, et entre les deux, elle est partie vivre quelques années aux Etats-Unis.

Le corps que Manet lui peint est le sien, presque grandeur nature. Il n’est pas idéalisé : c’est celui d’une femme réelle qui assume avec le plus grand naturel sa nudité. Elle plante même son regard amusé dans celui du spectateur, semblant lui dire : « Et alors… il est où, le problème ? ». Aujourd’hui, elle dirait à la féministe du XXIe siècle : « Alors comme ça, vous pensez vraiment que je suis la proie sans défense du désir concupiscent des mâles ? »

Victorine ou la nudité assumée

Les réactions outragées de la bourgeoisie parisienne des années 1860 face au tableau préfigurent celles de nos féministes offensées – d’ailleurs souvent des bourgeoises de centre-ville elles aussi. Mêmes cris d’orfraie face au corps dénudé d’une femme au milieu d’hommes vêtus (forcément des voyeurs et des machos), mêmes fureurs face à tout ce qui peut évoquer le désir masculin ou la prostitution (symbole de l’esclavage féminin selon les féministes abolitionnistes).

Car Victorine et son complice Manet se sont bien amusés et n’ont rien oublié de ce qui allait à coup sûr déclencher l’émoi, voire la colère du spectateur. Les allusions à la partie carrée, au sexe et à la prostitution sont partout ; tout est provocation assumée – et pince-sans-rire.

Le regard assuré de Victorine balaie toutes les lectures misérabilistes des néo-féministes. Elle incarne une liberté empreinte à la fois de fermeté et de légèreté. Victorine est pleinement consciente de sa nudité et de l’effet qu’elle provoque, et elle s’en amuse (tout comme Manet, qui baptisait lui-même son tableau La partie carrée).

En réalité, la véritable féministe, c’était elle. Victorine, autant par sa vie que par sa présence sur cette toile, illustrait cette force, cette liberté, cet humour et cette audace qu’ont autrefois pu incarner les mouvements de libération de la femme – mais que les néo-féministes d’aujourd’hui ont préféré abandonner.

Aujourd’hui, justement…

C’est Jennifer Lawrence, en promo à Londres pour son  film Red Sparrow, qui fait capoter les féministes (comme disent les Canadiens), parce qu’elle pose dans une robe Versace décolletée et fendue alors que ses collègues masculins sont chaudement vêtus. Il fait tout de même 9° dehors et la prise photo a duré 5 minutes.

Mais les féministes hurlent comme à leur habitude à l’hétéropatriarcat et au sexisme !

 

Jennifer Lawrence en robe Versace (Londres, 21 février 2018)

Heureusement, Jennifer Lawrence les a toutes envoyé fermement se faire voir en leur rappelant qu’elle est LIBRE : libre de choisir cette robe et de la porter, libre de se découvrir, libre de se faire plaisir et même d’avoir froid si ça lui chante !

Victorine n’aurait certainement pas mieux dit 🙂

(à suivre…)

 

 

Pour découvrir tout l’oeuvre peint de J.-P. C. :

Jean-Patrick Capdevielle. L’œuvre peint

 

Jean-Patrick Capdevielle – L’Équation du Poisson Blessé (2016)

Une interview de l’artiste devant son tableau :

L’éromachie est bien présente ici, puisque les paroles de la chanson apportent un éclairage intéressant : et si les blessures du poisson christique (« ichtys ») n’étaient au final dues qu’à quelque mésaventure avec la gent féminine ?

L’équation de Schrödinger (détail de L’Équation du poisson blessé). Photo Magali Martin, 2016.

L’immiscion du Quantum Jesus ouvre une perspective sur la lumière, sur sa présence et son absence simultanées. Le christianisme étant une théologie de la lumière, il n’est donc pas si surprenant que la physique quantique lui ait été appliquée au XXIe siècle (ici par des sectes américaines).

Les thèmes de la crucifixion et/ou de la résurrection se retrouvent également dans Blood Circus (le Cirque de Sang – voir vidéo) et dans Un jour, je serai vivant (voir vidéo).

Blood Circus

Un jour, je serai vivant

. Quelques vues supplémentaires du tableau :

Les crânes de kalaos

Vol de chauve-souris

. Pour découvrir tout l’oeuvre peint de J.-P. C. :

[Peinture] – Jean-Patrick Capdevielle. L’œuvre peint

 

Jean-Patrick Capdevielle – Blood Circus (Le Cirque de Sang)

Le Cirque de Sang raconte la forme sanglante que prennent les religions (sacrifice du Christ), les fanatismes (ceintures d’explosifs) ou encore les perversions sexuelles et criminelles (serial killers). La mort est partout.

L’éromachie a laissé place ici à des allusions à la violence pure, sexuelle, fanatique, criminelle.

La figure du vampire, pour son appétence pour le sang et parce qu’elle est un double récurrent de l’auteur, fait son retour dans cette oeuvre, sous forme de cadavres de chauve-souris.

(Cliquer pour agrandir)

La Crucifixion a pris une forme androgyne – en lieu et place du corps du Christ, un sexe féminin stylisé enveloppe une sorte de caducée composé de quatre serpents entrelacés évoquant un sexe masculin à quatre têtes.  Des flammèches de sang s’écoulent, reliant les sexes.

À la jonction des quatre verges (à l’origine, cinq têtes de serpents, voir photo) est fixée une petite bouche de fontaine en forme de tête de lion. Elle peut évoquer ce qui sort d’un sexe masculin – mais pourquoi pas aussi, l’eau que le coup de lance du centurion romain a fait couler du corps du Christ sur la croix. On aurait alors le sang et l’eau qui jaillissent de la plaie du Christ.

Le sexe féminin peut également être assimilé à la blessure, au sang et aux armes de la Passion, comme le montre l’illustration dans la vidéo (miniature de la dévotion à la blessure et au sang du Christ, Psautier de Bonne du Luxembourg, 1348-1349, folio 331).

Il s’agirait peut-être au final d’une valse sexuelle sanglante impliquant les deux principes sexuels, masculin et féminin.

Mais n’y a-t-il pas d’autre issue que le sacrifice, le sang, la violence et la mort, rien d’autre que l’éternel bal des vampires où chacun n’aurait d’autre possibilité pour exorciser sa peur de la mort que de se nourrir de la vie et du sang de l’autre ?

Peut-être que si…  et ce pourrait être le message du croissant lumineux, qui depuis a reçu un tube de lumière clignotante…

 

Lux ex tenebris
(traité d’alchimie de la Renaissance)

 

Pour découvrir tout l’oeuvre peint de J.-P. C. :

Jean-Patrick Capdevielle. L’œuvre peint