[Féminisme punitif] – Valérie Rey-Robert, la control freak qui veut rééduquer les hommes

Crêpe Georgette, alias Valérie Rey-Robert, nous revient déjà avec un nouveau pensum entièrement construit sur les vieux poncifs du féminisme misandre et punitif, celui-là même qui pleure depuis des décennies sur les « méchants zhoms qui sont rien que des vilains qui veulent toujours toutes nous violer » – et ça, c’est parce qu’ils ont tout le pouvouaar, à eux tous seuls, mais ouiiinnn, c’est trop inzuste !!

Crêpe Georgette pleurant sur la domination masculine (sans oublier de faire tourner sa petite boutique au passage)

Et la pauvre Crêpe a beau retourner le problème dans tous les sens, c’est bien mal engagé pour elle : « Moi, je n’y arrive pas. C’est toujours l’hétérosexualité triomphante, dans la mesure où je n’arrive pas à m’en dépêtrer. C’est le combat d’une vie, et je n’y arrive pas. Mais je n’aime pas parler d’échec personnel, car ce n’est pas le but du féminisme. » (Marie Claire, 13/08/20)

Ha ha ! Encore une de ces malheureuses féministes blanches hétérosexuelles qui se préparent à passer le reste de leur vie à expier de n’être pas de jeunes lesbiennes racisées obèses et déficientes mentales, histoire de bien coller au nouveau conformisme de leur secte. Elle n’est évidemment pas la seule dans ce cas, puisque c’est le nouveau motto de la féministe blanche 2.0:

Pleure, Georgette !

Que nous raconte alors Valérie-Crêpe dans son dernier ouvrage ? Je vais commenter l’article que Marie-Claire, l’un de ces innombrables torchons néo-féministes mainstream vient de lui consacrer : Valérie Rey-Robert : « Les hommes violent parce qu’ils ont le pouvoir de le faire » (Marie Claire, 13/08/20).

Déjà, ça commence mal, puisque le viol est moins une affaire de pouvoir que de sexe, comme je l’avais déjà esquissé dans cet article :

Eh oui, le problème, c’est que le viol est d’abord un acte répondant à un besoin SEXUEL et c’est là que ça bloque fatalement pour les nouvelles bigotes du féminisme victorien. D’autant que pour elles, l’acte sexuel doit toujours être VERTUEUX ; le sexe doit être MORAL. C’est comme cela que VRR conclut sur l’affaire Darmanin : « Et même s’il n’y a pas eu viol, il convient de mesurer que c’est pour le moins immoral ».

Eh bien non, il ne « convient » rien du tout ; le sexe, c’est le sexe et que je sache, Darmanin et sa partenaire étaient libres de baiser où ils voulaient, comme ils l’entendaient, y compris pour des raisons bassement calculatrices si ça leur chantait – dans la mesure où il n’y a pas eu viol et où ils ne contrevenaient pas à la loi. Il n’est écrit nulle part (sauf dans les traités de morale féministe) que tout rapport sexuel doive obligatoirement être mu par une grandeur d’âme et des objectifs nobles : le sexe est souvent immoral par nature et c’est même ce qui fait son plus grand charme ! Les néo-féministes restent désespérément des petites poulettes un peu niaises qui s’imaginent que le sexe ne peut exister qu’aseptisé, contractualisé, nettoyé de toutes ses zones d’ombre et de ses mauvaises pensées : chiant, autrement dit. Eh bien non, il ne le sera jamais et c’est heureux (même si ça peut faire mal, mais la vie aussi fait mal) !

Rey-Robert déroule ensuite la rengaine habituelle du néoféminisme misandre et punitif, cette diatribe devenue ordinaire qui réclame l’éradication pure et simple de la virilité et de la masculinité. Il s’agit là d’un véritable terrorisme idéologique, sexiste et haineux, qui vient pour la centième fois nous parler de « virilité toxique », de « masculinité triomphante », nous dire que « la virilité n’a rien de positif » et qu’elle, Crêpe Georgette, « continue à éduquer les hommes sur ces sujets ». Éduquer les hommes ! Mais quels hommes lui ont demandé de les (ré)éduquer ? Les carpettes néoféministes, également appelées des cucks ? Quel homme accepte de se faire traiter de toxique simplement parce qu’il est né homme ? Comment peut-on tomber aussi bas dans le sexisme et la flagellation ?

Elle continue : « En revanche, je voudrais bien qu’ils s’éduquent entre eux, tout comme les hétéros entre eux, ou les blancs entre eux. » Ben voyons !  Repens-toi d’être blanche et hétéro et rééduque-toi toi-même pour commencer, vieille rombière, avant d’étaler ton sexisme et ton hétéro-phobie ! Comment de tels discours peuvent-ils passer crème ? Le déferlement du néoféminisme a décidément fait reculer l’humanisme et l’universalisme, que je croyais pourtant être les socles de notre civilisation contemporaine. 

« Pour l’auteur, ce n’est pas aux femmes de faire attention à ne pas sortir tard le soir, à ne pas s’habiller trop court, à ne pas envoyer de mauvais signaux. » Eh bien si, justement, les femmes doivent savoir que la liberté ne va pas sans le danger et que c’est à cause de ces féministes candides toujours en porte-à-faux avec la réalité que des jeunes femmes prennent des risques insensés qui les conduisent parfois jusqu’à la mort. Non, une fille de 18 ans ne doit pas exiger de pouvoir aller se torcher habillée en pute avec un groupe de lascars testostéronés jusqu’aux trous de nez sans prévoir ce qui va lui arriver ! Et oui, c’est aussi à cause de ces discours ahurissants que le féminisme a du sang sur les mains. Le réel se fout bien de l’idéologie féministe et les hormones seront toujours plus puissantes que Valérie Rey-Robert et les discours lénifiants de ses copines. C’est aux femmes de grandir, de se prendre en main, de mesurer les risques qu’elles sont prêtes à encourir (ou pas) et à ne pas tout attendre d’une société féministe qui les chaperonnerait du berceau jusqu’à la tombe. Camille Paglia a développé ce sujet dans cet article :

Camille Paglia : « L’université moderne ne comprend rien au mal »

Toute l’interview ne fait ensuite que reprendre la misandrie féministe ordinaire, ce discours pourtant déjà éculé, ressassé indéfiniment par toutes les néoféministes 2.0 ; discours qui ignore systématiquement le rôle des pères et surtout celui de la biologie et des hormones dans la construction du genre. Il s’agit donc de l’authentique idéologie du genre à visée totalitaire, qui ne dissimule même pas ses objectifs : transformer les hommes en femmes et refuser totalement et définitivement à l’autre sexe d’exister dans ses spécificités. Pour VRR, c’est très simple, le mâle, c’est le mal, c’est la violence et l’absence d’émotions ; un festival de lieux communs féministes – avec toujours cette fureur et cette jalousie à l’égard des espaces proprement masculins. 

Car ces féministes aigries ne supportent pas les cercles d’hommes, les échanges des hommes entre eux, toutes ces formes d’interactions, d’apprentissages ou « d’amitiés viriles » qu’ils osent développer hors de leur vue ou hors de leur contrôle. C’est une rengaine habituelle chez les féministes punitives, comme ici Martine Delvaux : Les « Boys’ club » ou le machisme en bande organisée. La vérité, c’est que ça leur est insupportable de ne pas pouvoir tout diriger, tout vérifier, tout réglementer à la manière de vieilles chaisières d’église allant répandre leur vinaigre (j’aime bien cette image) dans les moindres interstices de l’existence masculine. C’est vraiment plus fort qu’elles, ce syndrome de la mère toute-puissante ou de la Super Nanny qui entend tout régenter d’une main de fer. D’ailleurs historiquement, le féminisme a beaucoup eu à voir avec le puritanisme et la prohibition.

Il n’y a finalement pas plus autoritaire et hypercontrôlant que cette caricature de control freak revêche : «Quand ils se retrouvent entre hommes, ce n’est jamais vraiment de l’amitié, ils doivent en permanence performer la masculinité, prouver qu’ils sont de vrais hommes par des comportements sexistes envers les femmes, et entre hommes ». Gna gna gni, ouin ouin… «J’en ai eu un exemple à la salle de sport, où je croisais des hommes se disant amis, (…) l’un s’était penché en avant et lui avait dit « dans cette position j’aurais pu te violer ». J’avais essayé de leur expliquer la violence de leurs propos, tant pour les gens autour qu’entre eux, et ils ne comprenaient pas du tout. » Ha ha, tu m’étonnes ! Ils ont dû bien rigoler devant cette Mère supérieure et son index réprobateur, croyant savoir mieux qu’eux s’ils sont amis ou pas et leur expliquant comment ils ne doivent pas plaisanter entre copains.

L’humour, justement. L’interview se termine par l’usuelle attaque néoféministe contre l’humour (rien de neuf, décidément) : « Vous défendez une intolérance totale au sexisme, même sur l’humour. – Ils n’arrivent pas à comprendre que l’humour a forcément des aspects négatifs, par mauvaise foi. Selon moi, il y a deux choses très difficiles à changer : le sexe et l’humour. Et c’est pénible de changer, car on y prend du plaisir ». Eh oui… c’est la conclusion et tout est dit : il s’agit bien de ce féminisme bigot, punitif et victorien qui assimile l’homme à l’humour et au plaisir, et qu’il faut donc détruire à tout prix – les sectes religieuses rigoristes n’en demandaient même pas tant. Alors, merci, mais NON, NON et NON, ce sera sans moi !  

Il s’agit de toutes façons d’un combat désespéré et VRR le sait bien : elle n’éradiquera ni l’humour, ni le sexe, ni la masculinité, et encore moins la virilité – ou alors, je vais vraiment m’énerver ! Ce néoféminisme qui combat des moulins à vent est intrinsèquement une cause morte ; il n’est qu’un avatar du puritanisme aigri du XIXe siècle avec une touche violemment misandre en plus. Les control freaks de Marie-Claire vont pouvoir continuer à rêver éveillées que le féminisme autoritaire mette enfin les hommes en coupe réglée – avant que la réalité ne se rappelle, comme toujours, douloureusement à elles. 

[à suivre]

  • Voir aussi, en réponse à Crêpe Georgette :

Le Verrou de Fragonard ou l’équilibre asymétrique des désirs

Camille Paglia : Sur l’avortement

Traduction par Gabriel Laverdière de l’article de Camille Paglia, « Feminists have abortion wrong, Trump and Hillary miscues highlight a frozen national debate », paru sur Salon.com le 7 avril 2016

SUR L’AVORTEMENT

(extrait de Camille PAGLIA, Femmes libres, hommes libres. Sexe, genre, féminisme, Laval (Qc), P.U.L. (trad. Gabriel Laverdière), octobre 2019, p. 361-369)

La semaine dernière, tels deux vacillants mastodontes siamois, Donald Trump et Hillary Clinton sont tombés dans une fosse à bitume : l’avortement. Trump s’est mélangé les pinceaux alors qu’il se soumettait à un interrogatoire tumultueux sur l’avortement, mené par le pivert en résidence à MSNBC, Chris Matthews, tandis qu’Hillary com mettait une faute directe sur NBC, à l’émission Meet the Press, où elle parla du fœtus en utilisant l’expression « personne à naître », scandalisant l’immense lobby pro-choix, qui considère toute tentative d’« humaniser» le fœtus comme une menace diabolique aux droits reproductifs.

Vu la cohérence de longue date de ses opinions pro-choix, le pétard d’Hillary ne fut qu’un flash ; quant à Trump, en proclamant que les femmes devraient subir « une certaine forme de punition » pour des avortements illégaux, il fit de sa performance maladroite un fiasco et révéla à quel point il avait peu réfléchi à l’un des plus importants sujets ayant occupé la vie publique américaine des quarante dernières années. Après avoir fait preuve de condescendance dans sa gestion malhabile d’une controverse déclenchée par son directeur de campagne, qui a brusquement tiré une journaliste par le bras, Trump a fait, par son court-circuit sur MSNBC, un cadeau juteux aux stratégistes démocrates, qui adorent clabauder sur la « guerre contre les femmes » menée par les républicains – un cliché usé jusqu’à la corde, qui a toute la consistance d’un mirage médicamenteux, mais auquel le GOP (ndt : le Parti Républicain), inepte, n’a jamais réussi à répliquer.

Et puis cette semaine, sur ABC, Hillary a fait froncer quelques sourcils lorsque Candace Cameron Bure, la co-animatrice conservatrice de l’émission The View, lui a demandé si elle croyait qu’une personne pouvait être à la fois féministe et contre l’avortement. « Absolument », a répondu Hillary, ne prenant peut-être pas conscience des implications que pourraient avoir ses paroles, « bien sûr que l’on peut être féministe et pro-vie ». S’agissait-il d’un pivotement électoraliste en direction des femmes conservatrices, comme l’invraisemblable éloge qu’elle avait réservé à Nancy Reagan, supposée militante antisida ? S’il en allait d’une conviction sincère, pourquoi n’en avions-nous jamais entendu parler jusque-là ? Hillary est habituellement chevillée, joue contre joue, à la vieille garde de l’establishment féministe.

Le vrai problème, c’est que depuis Roe c. Wade, arrêt rendu en 1973 par la Cour suprême, reconnaissant l’avortement comme droit constitutionnel de la femme selon le 14e amendement, les guerres au sujet de l’avortement font rage et ont inspiré un histrionisme machinal, entravant et jugulant durablement la politique américaine. Malgré ma ferme position pro-choix, et bien que je sois pour un accès sans restriction à l’avortement, la manière par laquelle on a fait des droits reproductifs un outil idéologique, impitoyablement exploité par mon propre parti (les démocrates) afin d’attiser les passions, de collecter des fonds et de mobilliser les électeurs, me trouble et me répugne depuis des décennies.

 Cette approche mercenaire a commencé par les audiences au Sénat pour la confirmation de trois candidats à la Cour suprême nommés par des présidents républicains Robert Bork en 1987, David Souter en 1990 et Clarence Thomas en 1991. (La nomination de Bork fut rejetée, tandis que celles de Souter et de Thomas furent approuvées.) Ces audiences se transformèrent en une foire de fanatisme féministe, se terminant par l’élévation au rang de martyre d’Anita Hill, dont les accusations de harcèlement sexuel envers Thomas me paraissent encore faibles et exagérées (et manifestement rendues caduques par le fait que Hill a rejoint Thomas dans une autre agence). L’avortement était la motivation mal dissimulée des agents démocrates, poussant une Hill réticente sur le devant de la scène et jetant de l’huile sur le feu dans tous les médias généralistes, qui étaient à l’époque uniformément progressistes. Ce fut cet abus flagrant du processus de confirmation au Sénat qui déclencha l’ascension vertigineuse de la talk radio conservatrice, Rush Limbaugh en tête, lui qui fournissait alors une contre-proposition dans ce qui était (avant Internet) un univers médiatique homogène.

L’avortement s’est avéré essentiel au programme du féminisme de deuxième vague depuis la parution d’un numéro du magazine Ms. en 1972 qui contenait une déclaration provocante, endossée par cinquante-trois Américaines de premier plan : « Nous avons subi des avortements. » Une rubrique récurrente du féminisme contemporain est cet insolent sarcasme de Gloria Steinem (qu’elle prétend avoir entendu à Boston de la bouche d’une vieille chauffeuse de taxi écossaise) : « Si les hommes pouvaient accoucher, l’avortement serait un sacrement. » Mais on peut justement attribuer, ou reprocher, à Steinem elle-même d’avoir fait de l’avortement un sacrement, promu avec une religiosité qu’elle et ses collègues condamnent chez les pieux chrétiens contre qui elles se dressent.

Le féminisme de première vague, né en 1848 à la Convention de Seneca Falls dans le nord de l’État de New York, se concentrait sur les droits de propriété et sur l’obtention du droit de vote, que concrétisa la ratification du 19e amendement en 1920. L’avortement entra dans le canon féministe avec la campagne audacieuse que mena Margaret Sanger pour le droit de contrôler les naissances, enfreignant ainsi la répressive loi Comstock (Comstock Act), ce qui entraîna son arrestation en 1914. Son organisation, la Ligue américaine pour le contrôle des naissances (American Birth Control League), fondée en 1921, devint plus tard Planned Parenthood, qui s’attire toujours de nombreuses controverses à cause du généreux financement que lui verse le gouvernement. Sanger demeure une héroïne pour plusieurs féministes, moi incluse, malgré sa perturbante adhésion à l’eugénisme, un programme (aussi adopté par les nazis) de techniques désormais discréditées, comme la stérilisation, destinées à purifier et à renforcer le patri moine génétique humain. C’est en partie l’oeuvre pionnière de Sanger qui me motiva à rejoindre Planned Parenthood et à y contribuer pendant nombre d’années – jusqu’à ce que je me rende compte, à mon plus grand désenchantement, que cet organisme était devenu une branche secrète du Parti démocrate.

Ma position sur l’avortement est décrite dans mon manifeste « Pas de loi dans l’arène », contenu dans mon second recueil d’articles, Vamps & Tramps (1994) : « La libération des femmes modernes est inextricablement liée à leur capacité de contrôler la reproduction, qui les a asservies depuis l’aube de l’espèce humaine.» Toutefois, je soutiens que notre véritable oppresseur n’est pas l’homme ni la société, mais la nature : l’impératif biologique, que le féminisme de deuxième vague et les études de genre à l’université refusent toujours de reconnaître. Le sexe est la manière (coercitive, espiègle et jouissive) par laquelle la nature assure la survie de l’espèce. Mais, aux époques de surpopulation, ces jouissances fuient en tous sens afin de ralentir ou de freiner la procréation – ce pourquoi je maintiens que l’homosexualité n’est pas une violation de la loi naturelle, mais son accomplissement, au gré de l’Histoire.

Malgré ma position pro-avortement (le terme pro-choix est pour moi « un euphémisme timoré »), j’ai un profond respect pour le point de vue pro-vie, qui, selon moi, peut prétendre à la supériorité sur le plan moral. Dans « Pas de loi dans l’arène », j’ai écrit : « Nous, femmes de carrière, argumentons sur la base de l’opportunité : il est personnellement et professionnellement pénible ou inopportun de porter un enfant non désiré. En revanche, le mouvement pro-vie argue plutôt du caractère sacré de toute conception et de la responsabilité de la société à prendre la défense du faible. » Le silence des féministes de deuxième vague à propos des ambiguïtés éthiques de leur système de croyances pro-choix demeure assourdissant. L’unique exception est Naomi Wolf, avec qui j’ai été en profond désaccord sur maints sujets. Mais Wolf a témoigné d’un courage admirable en s’interrogeant sur l’avortement dans son article « Our Bodies, Our Souls », paru en 1995 et réédité par le magazine londonien New Statesman il y a trois ans, à l’occasion du quarantième anniversaire de Roe c. Wade.

Qu’une aile pro-vie du féminisme puisse exister se confirme par la lecture de cette lettre réfléchie que m’a récemment envoyée, ici à Salon, Katherine Carlson, de Calgary, Canada :

« Pour plusieurs femmes comme moi (une lesbienne de gauche), le sujet de l’avortement est profondément bouleversant. L’arrivée de l’échographie nous a permis de voir dans l’utérus comme jamais auparavant, et l’indéniable humanité du visage y apparaît clairement. J’ai un très grand respect pour l’avis que vous avez tenu sur l’avortement, précisément parce que vous n’avez jamais tenté de déshumaniser le vulnérable être anténatal. Vous étiez manifestement pro-choix, mais rendiez très clair à quel point cette décision était dure. J’ai été ravie quand ils ont retiré l’entrevue de Gloria Steinem sur le site de Lands’ End. Pour moi, elle est une personne qui a tenté de normaliser l’avortement et, pour cela, je la méprise. Les démocrates sont devenus extrémistes et insensibles sur ce sujet, et je me sens complètement exclue. Et à l’évidence, je suis loin d’être de droite. J’ai écouté le témoignage de femmes phénoménales qui ont survécu à des tentatives d’avortement et qu’on avait laissées pour mortes (elles n’ont été sauvées que parce que certains ont pris au sérieux leur serment d’Hippocrate). J’en ai assez de me faire intimider par des femmes qui assimilent égalité des femmes et avortement sur demande. Je connais des femmes qui se servent de l’avortement comme méthode pour choisir le sexe de leur enfant, et ça me tourne les sangs. Si jamais vous décidiez d’écrire un article sur les femmes sans voix comme moi, je vous en serais fort reconnaissante. »

 Je suis complètement d’accord avec Carlson sur le fait que les démocrates pro-choix sont devenus « extrémistes et insensibles » au sujet de l’avortement. Un vide moral se trouve au cœur du féminisme carriériste occidental, un code laïque bourgeois qui voit les enfants comme un obstacle à la réalisation de soi ou comme un problème de gestion qu’il faut confier à des nounous de la classe ouvrière.

Les gauchistes se leurrent sans cesse avec une propagande vocifératrice affirmant que les sympathisants pro-vie ont une motivation « antifemmes ». Hillary a fait de pareilles calomnies son fonds de commerce : par exemple, la semaine dernière, alors qu’elle menait campagne, elle a dit, dans le contexte des commentaires de Trump sur l’avortement : « En Amérique, la santé des femmes est menacée » – comme si se heurter à des difficultés pour avorter constituait une pire menace que l’affreuse intervention requise pour l’interruption chirurgicale de la grossesse. Qui est la vraie victime, ici ?

Ou encore, nous avons Gail Collins, ex-directrice de la page éditoriale au New York Times, affirmant la semaine dernière dans sa chronique « Trump, Truth, and Abortion » (ou « Trump, la vérité et l’avortement ») : « En vérité, le mouvement antiavortement est fondé sur l’idée que le sexe hors mariage est un péché. […] Au fond, c’est au sexe qu’ils s’opposent. » J’ai vu rouge : mais ces féministes semi-intellos de l’aile Steinem, affiliées aux prestigieux médias de Manhattan, où donc étaient-elles pendant l’insurrection pro-sexe de mon aile rebelle du féminisme dans les années 1990 ? Soudainement, deux décennies plus tard, la septuagénaire Collins brandit le drapeau du sexe ? Vous voulez rire ?

Affirmer que tous les pro-vie ont peur du sexe est une vulgaire diffamation. Quoique je sois une athée ne vénérant que la grande nature, je reconnais la beauté morale supérieure de la doctrine religieuse qui défend le caractère sacré de la vie. Par exemple, la pensée et le langage du catéchisme de l’Église catholique sont d’une qualité qui excède tout ce que peut proposer le navrant utilitarisme du féminisme. En ce qui concerne le commandement « Tu ne tueras point », le catéchisme dit : « La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu […]. Dieu seul est le maître de la vie de son commencement à son terme : personne en aucune circonstance ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent » (§ 2258). Ou ceci : « La vie humaine doit être respectée et protégée de manière absolue depuis le moment de la conception. Dès le premier moment de son existence, l’être humain doit se voir reconnaître les droits de la personne, parmi lesquels le droit inviolable de tout être innocent à la vie » (§ 2270).

Dans ce domaine, lequel est-ce qui incarne l’humanisme le plus authentique : le catéchisme catholique ou le féminisme pro-choix ? Si c’est ce dernier, alors nous avons beaucoup à faire pour développer philosophiquement le féminisme. Dans « Pas de loi dans l’arène », j’ai argumenté depuis le point de vue du paganisme d’avant le christianisme, alors que l’avortement était accepté et répandu : « Mon code d’amazonisme moderne dit qu’il est juste de défier la nature et son système fasciste de menstruation et de procréation, puisqu’il s’agit d’une grossière atteinte au libre arbitre de la femme. […] En tant que libertaire, j’approuve l’accès sans restriction à l’avortement parce que j’ai conclu que mon droit absolu sur mon propre corps primait les brutales injonctions de la mère nature, qui veut réduire les femmes à leur fonction animale de génitrices. »

Un féminisme progressiste qui soutient l’avortement mais s’oppose à la peine capitale est abondamment contradictoire. On ne peut pas faire disparaître la violence intrinsèque à l’avortement d’un coup de baguette magique. Comme je l’ai écrit, « l’avortement dresse le plus fort contre le plus faible, et un seul d’entre eux survit ». Mon programme est idéologiquement plus cohérent parce que je soutiens vigoureusement l’avortement, mais je demande aussi la peine de mort pour des crimes horribles comme l’assassinat politique ou les meurtres sexuels en série. Toutefois, l’aspect le plus important dans le débat sur l’avortement est que, dans une démocratie moderne, la loi et le gouvernement doivent demeurer neutres par rapport à la religion, qui ne peut pas imposer ses attentes ou ses valeurs sur les non-croyants.

Dans un article approfondi du Boston Globe publié il y a deux ans, Ruth Graham résumait un point de vue sur le concept controversé, et encore émergeant, des droits du fœtus, pour des cas où une femme enceinte a été attaquée ou tuée : « Ce sont les progressistes qui ont historiquement fait pression pour accroître les droits civiques, mais qui maintenant s’inquiètent d’un accroissement des droits qui s’appliqueraient aux fœtus. » Les progressistes doivent faire un examen de conscience à propos de leur rhétorique réflexe visant à avilir la cause pro-vie. Un credo gauchiste qui est à la fois contre la guerre, contre la fourrure, végétalien et engagé pour la protection environnementale d’espèces menacées comme le tétras des armoises ou la chouette tachetée ne devrait pas refuser à si grands cris d’accorder de son imagination ou de sa compassion à l’être à naître.

  • Camille PAGLIA, Femmes libres, hommes libres. Sexe, genre, féminisme, Laval (Qc), P.U.L. (trad. Gabriel Laverdière), octobre 2019

  • Sur Camille Paglia, voir aussi :

[Fonctionnaires de la victimitude] – Le féminisme anti-art

Réjane Sénac, directrice d’études au CNRS et féministe radicale, vient de prendre sa plume pour répondre (assez piteusement, il faut le reconnaître) à la brillante tribune de Mazarine Pingeot au sujet des nouveaux combats féministes : « Ce mortel ennui qui me vient… » (Le Monde, 28/07/20).

Si le titre de sa réponse se veut manifeste : « Féminisme : l’égalité ne peut être que radicale », (Libération, 31/07/20), le corps de sa tribune n’est au mieux que l’ordinaire litanie de la complainte victimaire à base de « domination systémique » assaisonnée ici d’un verbiage à la limite du compréhensible : « Les divergences dans son appréhension comme un principe formel qui ne doit pas faire de l’ombre à la liberté ou comme un principe portant une liberté de non-domination… gneu gneu gneu… dominant·e·s », han.

« Comment comprendre alors la séquence actuelle de discrédit des mobilisations féministes ? », se demande-t-elle tout de même du haut de sa citadelle boboïde, totalement aveugle (ou de mauvaise foi) devant l’étalage pourtant flagrant des continuelles bassesses (néo)féministes. Mais il est certain que ce n’est pas en se cantonnant aux grilles de lecture éculées du post-marxisme à la Bourdieu, du post-structuralisme à la Foucault, de l’idéologie du genre ou du féminisme intersectionnel derrière lequel elle court désormais, conformisme oblige, qu’elle risque d’y comprendre quoi que ce soit.

Comme attendu, toute son explication tient dans les éléments de langage moisis du féminisme mainstream sur la « perpétuation des inégalités et des violences systémiques » – c’est-à-dire les mots-valises et le moulin à prières du Politburo du Parti Officiel de la Pleurnicherie Systémique (désormais nouvelle annexe du CNRS). Et en avant pour le « système de domination », ce victimisme rassoté qui coûte d’autant moins cher en recherches et vérifications scientifiques qu’il est de toute façon interdit de s’exprimer en dehors de la ligne du parti.

Je passe sur les quelques attaques envers la « Tribune des 100 » que je soutiens depuis le début ou envers Mazarine, qui aurait été la témoin de mariage de Christophe Girard, ce qui expliquerait tout, ou encore l’incontournable argument-massue des « violences conjugales » (voir à ce sujet « L’exploitation féministe des violences conjugales »).

Au milieu de ces vieilles antiennes et de ce catalogue de lieux communs du féminisme fonctionnarisé, je retiens surtout l’argumentaire contre l’art, une diatribe qui me touche d’autant plus qu’elle forme un des volets principaux de mon site (voir ma page-portail : De l’art ou du cochon : les féministes au musée).

En réponse à Mazarine qui se demandait dans sa tribune ce que pourrait devenir l’art gorgé de moralisation – « des livrets de vertu qu’on distribuera au seuil des nouvelles églises ? », Réjane Sénac répond que « face à la tentation au repli dans des scénarios rassurants peuplés de boucs émissaires, de sauveurs et d’icônes artistiques à préserver, l’utopie concrète d’un commun, apaisé et heureux car juste, est déjà portée avec lucidité comme un horizon exigeant mais souhaitable (bla bla bla) ».

Et un peu plus loin : « La défense de l’art et des créateurs comme incarnant légitimement une liberté sans limite, un monde vertueusement hors la loi, est intéressante car elle participe d’une dépolitisation esthétisante de notre héritage et des violences sur lesquels il repose et qu’il magnifie. »

Nous y voilà donc. L’art occidental (et au-delà, « notre héritage ») est bien à attaquer et déconstruire sans états d’âme puisqu’en gros, il se contente de « magnifier des violences ». Que c’est simpliste, réducteur et mal informé !

Rien de bien nouveau, en vérité, car R. Sénac se contente ici d’ânonner le vieux postulat du féminisme radical sur l’art, une rengaine de plus de cinquante ans d’âge déjà. En 1970 en effet, le livre de Kate Millett, La politique du mâle, avait initié ce que Camille Paglia appelait « le style stalinien de l’analyse féministe, une forme de vandalisme. Bottes militaires aux pieds, il foule les grandes œuvres de la littérature et de l’art en cochant, stylo rouge à la main : « raciste », « sexiste », « homophobe », et en décrétant péremptoirement ce qu’il faudrait en garder et ce dont il faudrait se débarrasser » [Camille Paglia, Femmes libres, hommes libres, Laval (Qc), 2019 (conférence de 1997), p. 188].

Répondant à son tour à la tribune de Mazarine, le même prêchi-prêcha larmoyant est récité par Martine Delvaux, profes.seur.r.e en Gender Shit au Québec, sous la forme d’un tout aussi indigeste charabia en inclusive où elle ose même parler « d’insultes envers les femmes » – confondant hypocritement (ou bêtement) deux notions totalement différentes (« femme » et « néo-féministe »), alors que M. Pingeot parlait uniquement de néoféministes. Il s’agit là de l’habituelle confusion (ou manipulation) intellectuelle des idélogues universitaires du genre (lire à ce sujet : « [Amalgames faciles] – L’antiféminisme n’est PAS la misogynie »). Et de ressasser les mêmes vieilles lunes mitées sur l’art : « Toute la vie on nous fait lire les mêmes œuvres de la grande littérature, cet art qu’il faut à tout prix protéger contre ce qu’on appelle la vertu. Comme si l’art était libre. Comme s’il se tenait à l’extérieur du politique, et que le politique, lui, était toujours ailleurs qu’ici. »

Camille Paglia ayant déjà répondu à tout cela, je ne peux que partager son approche de l’art, autrement plus profonde que ces mises à l’index de vieilles paroissiennes s’efforçant de nous faire boire leur vinaigre : « Ce qui pour moi remplace la religion, c’est l’art, que j’ai élargi pour y inclure toute la culture populaire. Mais lorsque l’on réduit l’art à la politique, comme on le fait systématiquement à l’université depuis quarante ans, sa dimension spirituelle disparaît. Il est grossièrement réducteur de prétendre que, dans l’histoire de l’art, la valeur a toujours été déterminée par les jeux de pouvoir d’une élite sociale opérant en circuit fermé. (…). On ne peut guère appeler civilisation une société qui ne respecte ni la religion ni l’art » [Camille Paglia, Femmes libres, hommes libres, Laval (Qc), 2019, p. 376-77, reprint et traduction de « It’s Time for a New Map of the Gender World », Quillette, 2018 ].

Mais il est de bon ton aujourd’hui de s’en pendre non seulement à l’art occidental, mais à l’universalisme, comme en témoigne aussi cet article récent du Quotidien de l’art (« L’universalisme des musées fait débat », 23/07/20), baragouiné comme il se doit en épicène pour faire allégeance à la nouvelle police de la pensée féministe et décoloniale : « Pour les anti-universalistes, le musée à la Malraux, baignant l’objet dans une aura égale, lisse les différences tout en donnant l’illusion que le musée permettrait un accès de l’art « de tous à tous » : or on sait, depuis Bourdieu, l’accès inégal aux savoirs, et aux musées en particulier.  »

Et revoilà de nouveau « l’assommant Bourdieu », comme dit Paglia, cette « idole que l’on a fait mousser et dont on continue de gaver les étudiants », qui avait en réalité « bien peu à dire sur l’art » (op. cit., p. 277). Les analyses de Bourdieu, prophète narcissique autoproclamé en délicatesse avec le réel et piètre politique, pas plus que celles de Foucault et des post-structuralistes, ne nous renseignent véritablement sur le monde réel, l’histoire ou l’anthropologie : « L’une des nombreuses failles dans le système de Foucault est son incapacité à saisir la pensée symbolique, ce pourquoi le post-structuralisme est un outil aussi peu commode pour aborder l’art » (op. cit., p. 282).

Tout réduire au sexe, à la couleur de peau ou au paradigme jamais questionné de la domination/victimisation universelles est bien l’approche la plus pauvre et la plus désolante qui soit de l’épopée humaine, de son expression artistique et de la coopération continue entre les sexes pour la survie du genre humain. Cette approche victimaire et paranoïaque de la vie sur terre est probablement ce que je déteste le plus profondément dans le féminisme radical (ou anti-patriarcal, puisque c’est la même chose) .

[à suivre…]

  • Voir aussi :
  • Sur l’université aux mains du féminisme radical :
  • Sur le féminisme et l’art :

[Antiféminisme] – Éloge de la femme forte

 « Mulierem fortem quis inveniet » (« Une femme forte, qui la trouvera ?», Proverbes 31, 10).

Camille Paglia n’a eu de cesse, au fil de ses livres, articles et conférences, d’analyser le féminisme de la seconde vague* comme un féminisme de bourgeoises de la classe moyenne supérieure enfermées dans des préoccupations extrêmement datées – à savoir la nécessité, bien compréhensible à l’époque, d’échapper à la vie monotone d’une maîtresse de maison des années 1950.

* Le féminisme de la seconde vague est né officiellement en 1966 aux États-Unis lors de la création par Betty Friedan de la NOW, National Organisation for Women. Le féminisme de la première vague, né en 1848 à la Convention de Seneca Falls dans l’État de New York, se concentrait pour sa part sur les droits de propriété et l’obtention du droit de vote des femmes (ratifié en 1920 aux États-Unis).

Leurs filles et petites-filles – les féministes d’aujourd’hui, donc – sont toujours curieusement recluses dans une boucle spatio-temporelle figée sur la fin des années 50 qui les pousse à s’envisager ad vitam comme de malheureuses housewives (appelées désormais « victimes du patriarcat ») se lamentant sans fin de ne pas vivre la vie rêvée des hommes. Alors que si elles faisaient l’effort de regarder le monde à travers leurs larmes de crocodile, elles s’apercevraient que leur situation est toujours statistiquement bien meilleure que celle des hommes : ces féministes, tout aussi aveugles à ce qu’elles doivent aux hommes, ressassent donc ad libitum des ressentiments hors d’âge. J’ai déjà eu l’occasion d’aborder cet anachronisme dans cet article :

À rebours de ces concerts de lamentations, ma toute première publication personnelle pouvait se lire comme un éloge de la femme forte – quand j’expliquais n’être pas intéressée par la complainte victimaire féministe, mais préférer prendre le pack complet de la libération de la femme, à savoir la liberté et les risques afférents – car l’un ne va jamais sans l’autre. Je n’ai jamais envisagé ma liberté (notamment sexuelle) au pays de Candy ou des petits poneys arc-en-ciel : j’ai toujours su que les hommes n’étaient pas des femmes, qu’ils auraient toujours des muscles plus puissants que les miens et que le mauvais contrôle de leurs pulsions pouvait me coûter ma vie. Je laisse les illusions d’indifférenciation sexuelle aux petites filles féministes qui confondent la vie réelle avec le monde molletonné des Bisounours – ou aux vieilles filles féministes qui ne se rêvent plus qu’en rééducatrices revêches et autoritaires (voir : [Féminisme punitif] – Valérie Rey-Robert, la control freak qui veut rééduquer les hommes).

En ces temps de grand-messe victimaire et de « culture du viol » servie ad nauseam, ce message semble plus que jamais incompréhensible et suscite toujours davantage de rejet que d’adhésion – tout au moins au sein de l’Église de la Pleurnicherie Perpétuelle ; ce pourquoi je le réitère :

Comme le dit très justement Samantha Geimer, autre figure féminine que j’admire : “Le problème quand on est une femme forte, une survivante, c’est que les militants ne peuvent rien tirer de vous. (…) Ils ont besoin de victimes, pas de rescapées. (…) Nous devrions au contraire servir d’exemples, donner du courage aux femmes qui se battent et les aider à se relever. Il n’est pas vrai que notre rétablissement nuise aux autres.”

À la lecture du recueil d’articles de Camille Paglia traduits en français par Gabriel Laverdière et publiés aux presses universitaires de Laval à l’automne dernier (Femmes libres, hommes libres. Sexe, genre, féminisme, 2019), je réalise à quel point je suis exactement sur la même ligne qu’elle, particulièrement lorsqu’elle dénonce les sempiternels comités des plaintes féministes :

« Le féminisme de deuxième vague s’est mis à privilégier les plaintes et préoccupations des femmes de carrière de la classe moyenne supérieure qui convoitent le statut enviable et les récompenses matérielles d’un système économique construit par et pour les hommes.
« Je postule que les femmes de la campagne étaient, et sont encore, plus fortes physiquement et mentalement que la plupart des femmes de carrière d’aujourd’hui, riches et accomplies, qui font obsessionnellement leurs exercices de Pilates dans de luxueux gymnases urbains ».
[Camille Paglia, Femmes libres, hommes libres, Laval (Qc), 2019, p. 318].

Et de déplorer que « la dorloteuse surprotection dont jouissent les filles dans les foyers bourgeois se prolonge dans les coûteux campus du Nord [des États-Unis] par l’ingérence paternaliste d’une classe d’administrateurs universitaires en croissance continuelle, qui se servent désormais de codes institutionnels de bonne conduite langagière pour forcer l’application d’une rectitude politique en ce qui concerne le sexe et le genre » (p. 319). Il s’agit là du féminisme paternaliste des campus universitaires que dénoncera à son tour Laura Kipnis dans Le Sexe polémique (2019).

Je me retrouve d’autant dans ces lignes que je me suis maintes fois fait la réflexion que mes origines bretonnes, la campagne bretonne d’où vient toute ma famille et où les femmes sont fortes – aussi fortes en gueule que dures à la tâche, avec un caractère trempé et une capacité innée à diriger leur maisonnée, hommes compris – pouvaient expliquer non seulement mon tempérament, mais mon mépris congénital pour le féminisme victimaire, cet incessant défilé de pleureuses sanglotant à gros bouillons sur tout et n’importe quoi, capables de tomber dans une « faille spatio-temporelle » parce qu’un homme, il y a 10 ans, leur aura dit qu’elles avaient de gros seins.

Non seulement ces simagrées ne m’inspirent pas la moindre compassion – elles n’en ont pas inspiré au juge non plus, ceci dit, puisque Sandra Muller, il faut le marteler, a été lourdement condamnée pour diffamation, mais, tout comme Paglia, elles me consternent.

« À mon avis, le problème avec le féminisme actuel est que, même quand il adopte des poses progressistes, il s’accorde trop souvent à un puant point de vue petit-bourgeois. Il invite l’ingérence et la protection de figures d’autorité paternalistes pour donner l’image d’une utopie hypothétique miraculeusement exempte de toute offense, de toute peine. La régulation fulgurante qu’il impose à la pensée et à l’expression est complètement réactionnaire, une grossière trahison des principes radicaux de la contre-culture des années 1960 ».
« Les notions presque victoriennes promulguées par les féministes d’aujourd’hui sur la fragilité des femmes et leur naïve inaptitude à maîtriser leur propre vie amoureuse me consternent et me stupéfient encore et encore ».
« L’impensable tournant régressif du féminisme actuel vers la censure est par conséquent épouvantable et tragique ».
[Camille Paglia, Femmes libres, hommes libres, Laval (Qc), 2019, p. 354-356].

Pour sa part, Camille Paglia renvoie à ses origines italiennes et aux femmes de sa famille, des paysannes puissantes qui régnaient sans partage sur leur univers – et au-delà. La même chose pourrait se dire de la persona, comme elle dit, c’est-à-dire le type de la « montagnarde des Appalaches », voire même de tous les modèles féminins de la « femme vieillissante » des cultures agraires et ce, qu’elles que soient la latitude et la période envisagées – puisqu’il s’agissait du mode de vie de la totalité des sociétés d’avant le XXe siècle. Mais les féministes, étant nulles en anthropologie et ne sachant rien faire d’autre qu’analyser le capitalisme avec leurs petites lunettes marxistes, sont bien incapables de s’en rendre compte : la réalité devant laquelle elles sont aveugles, c’est que la femme peut très bien être puissante sous le « patriarcat ».

À l’échelle de la longue durée, cette complainte féministe m’est donc toujours apparue, à moi aussi, comme un phénomène hyper-contemporain se rapportant exclusivement à nos sociétés post-industrielles et pacifiées (par le sacrifice de millions de jeunes hommes sur les champs de bataille, ne l’oublions jamais), et où des générations de citadines de plus en plus fragiles émotionnellement se succèdent, adhérant à un féminisme de plus en plus régressif, infantilisant et punitif.

La complainte larmoyante de la petite bourgeoise citadine et misandre m’apparaît finalement comme un épiphénomène et le modèle de la pleurnicheuse du genre promu par le féminisme universitaire une vaste mascarade vouée à se dissoudre dans sa propre vacuité. Je suppute, comme Camille Paglia, que le féminisme des études de genre ne produira au final que des milliers de pages qui serviront au mieux à caler les armoires dans quelques décennies :

« Pour chaque livre féministe convenable, il en paraît une vingtaine d’autres qui sont truffés d’inexactitudes, de déformations des faits et de propagande. Et de cette production surabondante, n’a émergé aucun ouvrage majeur : un seul livre féministe moderne s’est taillé une place de choix dans l’histoire des idées : Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, qui a plus de 40 ans » (p. 150). De plus, « l’institutionnalisation des études féministes et ses effets sur le féminisme n’ont encore fait l’objet d’aucune étude honnête » (p. 243).

En réalité, ce féminisme victimaire ne sert plus qu’à alimenter le désœuvrement et la paresse intellectuelle de gauchistes en débine, comme les dernières recrues d’Europe Ecologie-Les Verts nous en offrent actuellement l’affligeante démonstration. En espérant que ces miasmes soient vite balayés – même si cela prendra du temps, car la bêtise se répand toujours plus vite que la raison –, je ne doute pas un instant que ces délires finiront dans les poubelles de l’histoire et de la pensée.

  • Camille PAGLIA, Femmes libres, hommes libres. Sexe, genre, féminisme, Laval (Qc), P.U.L. (trad. Gabriel Laverdière), octobre 2019.
  • Au Québec, Denise Bombardier est sur une ligne similaire et cela fait bien plaisir de voir qu’un autre discours commence à être porté par les femmes elles-mêmes. Car le victimisme met en réalité les femmes en danger : Denise Bombardier, « La longue plainte des filles », (Journal de Montréal, 04/08/20)

[Illustration de couverture : Tarot Visconti-Sforza, XVe siècle (La Force)]

  • Sur Camille Paglia, voir aussi :

Camille Paglia : « L’université moderne ne comprend rien au mal »

L’UNIVERSITÉ MODERNE NE COMPREND RIEN AU MAL

Traduction française par Gabriel Laverdière de « Camille Paglia: The Modern Campus Cannot Comprehend Evil », Time.com, 29 septembre 2014

La disparition il y a deux semaines de Hannah Graham, une étudiante de deuxième année à l’Université de Virginie, est le plus récent exemple d’une longue série de cas de jeunes femmes manquant à l’appel, qui se terminent souvent dans la tragédie. Un ancien footballeur de 32 ans et 270 livres qui avait fui au Texas a été rendu à la Virginie et accusé d’«enlèvement avec intention de nuire ». On ignore toujours où se trouve Hannah et ce qui lui est arrivé. 1

1 Le corps de Hannah Graham a été retrouvé le 18 octobre 2014 dans une maison abandonnée aux abords de Charlottesville, en Virginie.

Des affirmations extrêmement exagérées annonçant une épidémie d’agressions sexuelles sur les campus américains dissimulent la réelle menace qui plane sur les jeunes femmes, trop souvent distraites en public par leur téléphone cellulaire ou leur iPod : l’ancestral crime sexuel du rapt et du meurtre. Malgré une propagande hystérique sur notre « culture du viol », la majorité des incidents sur campus qui se voient négligemment décrits comme des agressions sexuelles ne sont pas des viols criminellement reconnus (impliquant l’usage de la force ou de drogues), mais sont plutôt des mélodrames de baise imbéciles, naissant de signaux contradictoires et d’imprudence de part et d’autre.

Les universités devraient s’en tenir aux affaires scolaires et cesser leur infantilisante supervision de la vie amoureuse de leurs étudiants, une ingérence autoritaire qui frise la violation des libertés civiques. Les vrais crimes devraient être signalés à la police et non pas à des comités universitaires de plaintes, qui sont brouillons et mal formés.

Un trop grand nombre de jeunes femmes de classe moyenne, qui ont grandi loin des centres urbains, semblent s’attendre à ce que la vie d’adulte soit une extension de leur foyer familial, où elles étaient bien à l’aise et surprotégées. Mais le monde demeure une contrée sauvage. Les libertés modernes des femmes ont un prix : endosser la responsabilité de leur propre vigilance et de leur autodéfense.

Les codes pédagogiques actuels, suivant la gauche progressiste, perpétuent des illusions sur le sexe et le genre. La gauche a pour prémisse fondamentale, venant du marxisme, que tous les problèmes dans la vie humaine procèdent d’une société injuste, et que de corriger et d’ajuster ce mécanisme social mènera un jour à l’utopie. Les progressistes ont une foi inébranlable en la perfectibilité de l’espèce humaine.

Les programmes éducatifs primaires et secondaires ont exclu les horreurs et atrocités de l’histoire, sauf lorsqu’on peut les imputer au racisme, au sexisme ou à l’impérialisme, des toxines enracinées au cœur de structures oppressives extérieures qu’il faut fracasser et reconstruire. Mais le véritable problème réside dans la nature humaine, que la religion et le grand art voient l’un et l’autre comme étant éternellement déchirée par une guerre entre les forces de l’ombre et celles de la lumière.

Le gauchisme est dépourvu d’un sens profond du mal – mais il en est aujourd’hui de même du conservatisme, quand le mal est complaisamment attribué à l’hôte étranger de forces politiques émergentes, unies par leur seul rejet des valeurs occidentales. Rien n’est plus simpliste que la répétition désormais routinière, par les politiciens et commentateurs, de l’étiquette caricaturale des « bad guys » pour parler des djihadistes, comme si la politique étrangère américaine se résumait à un scénario bâclé pour films western.

L’idéologie du genre qui domine l’université nie que les différences sexuelles soient ancrées dans la biologie et les voit plutôt comme des fictions malléables pouvant être révisées à l’envi. Elle suppose qu’à force de plaintes et de protestations, cautionnées par des bureaucrates réceptifs sur les campus et des régulateurs au gouvernement, tous les hommes pourront être, et seront, fondamentalement transformés.

Mais les crimes sexuels extrêmes comme les meurtres sexuels émanent d’un niveau primitif que même la psychologie pratique ne parvient plus à nommer. La psychopathologie, comme dans l’effrayant Psychopathia Sexualis (1886) de Richard von Krafft-Ebing, a été un domaine central des premières années de la psychanalyse. Mais la thérapie d’au jourd’hui est passée au jovialisme, aux ajustements comportementaux et aux raccourcis pharmaceutiques.

Le symbolisme ritualiste à l’œuvre dans les crimes sexuels échappe à la plupart des femmes, qui par conséquent n’arrivent pas à s’en prémunir. Il est bien établi que les facultés visuelles jouent un rôle prépondérant dans la sexualité masculine, ce qui explique l’intérêt plus important qu’ont les hommes pour la pornographie. L’obsédé sexuel, souvent un raté solitaire et rongé par ses propres échecs, est motivé par un réflexe atavique de chasseur. C’est précisément parce qu’il fait de ses victimes des proies qu’on l’appelle un prédateur.

Les crimes sexuels naissent du fantasme, de l’hallucination, du délire et de l’obsession. Une jeune femme choisie au hasard devient le bouc émissaire pour une rage régressive envers le pouvoir sexuel féminin : « Tu m’as poussé à le faire. » Les clichés universitaires sur la « marchandisation » des femmes qui serait générée par le capitalisme ont ici peu de sens: ce que profane et anéantit la barbarie du crime sexuel, c’est le statut biologique supérieur de la femme en tant que magicienne créatrice de la vie.

Induites en erreur par l’optimisme naïf et le matraquage du « vas-y ma fille ! » qui ont marqué leur éducation familiale, les jeunes femmes ne voient pas la lueur du regard animal qui les traque dans le noir. Elles pensent que se dénuder ou porter des vêtements sexy n’est qu’une affaire de look, dénuée du moindre message susceptible d’être mal interprété ou déformé par un psychotique. Elles ne savent pas la fragilité des civilisations ni la proximité constante de la nature sauvage.

  • Article à retrouver dans Camille PAGLIA, Femmes libres, hommes libres. Sexe, genre, féminisme, Laval (Qc), P.U.L. (trad. Gabriel Laverdière), octobre 2019, p. 341-344 ::
  • Voir aussi :

[Antiféminisme] – Éloge de la femme forte

Camille Paglia – Vertu de la dissidence (ArtPress, 2018)

[Mensonge féministe] – L’invention de la « culture du viol »

La « culture du viol », une culture féministe du harcèlement et du lynchage

Le féminisme n’en finit plus de s’enfoncer dans la bassesse. Quand des réponses judiciaires seront-elles enfin portées contre cette nouvelle forme de terreur ?

L’affaire Darmanin ou la culture du harcèlement féministe

La promotion de Gérald Darmanin au gouvernement (6 juillet 2020) a réveillé la haine de la hyène en chef Caroline de Haas. Comme cela fait plusieurs années que tous ses stratagèmes pour détruire la carrière (et la vie) de Darmanin échouent les uns après les autres, le voir promu l’a rendue folle de rage.

L’histoire, on la connaît : en 2017, soit huit ans après les faits – une coucherie ayant eu lieu en 2009 entre une autre harceleuse, Sophie Spatz (de son vrai nom Olga Patterson) et Gérald Darmanin ; sorte d’échange sexe-service dans le but (délirant) « d’effacer » une condamnation pénale –, Caroline de Haas récupère l’affaire et pousse Patterson à porter plainte pour viol.  Au moment des faits, Darmanin avait 26 ans et encore aucun mandat politique, Patterson 37 et un passé de call-gril et de délinquante pour harcèlement, chantage et extorsion (lire « Le trouble passé de celle qui accuse Darmanin » (Le JDD, 03/02/18). Ce n’était donc pas une oie blanche mais bien une manipulatrice patentée qui avait sollicité la rencontre avec Darmanin, était allée aux Chandelles avec lui (la célèbre boîte échangiste de Paris), puis l’avait raccompagné à son hôtel où elle l’avait même attendu patiemment, le temps qu’il ressorte acheter du dentifrice et du gel douche. Et elle vient ensuite nous parler de non-consentement et de pénétration par surprise !

Il est clair qu’Olga a par la suite été instrumentalisée par De Haas pour servir ses propres obsessions, puisque c’est seulement lorsque cette dernière a vent de l’histoire, huit ans après les faits, donc – lorsque Darmanin entre au gouvernement Macron –, qu’elle invente pour Olga la tactique du non-consentement rétrospectif ! (« Euh oui, j’étais consentante sur le coup, mais euh, je me rends compte huit plus tard que ben, finalement, j’étais pas consentante, gneu »).

Il faut préciser tout de même que ce sont avant tout la jalousie et l’aigreur de voir la carrière de Darmanin prendre de l’ampleur qui, en 2017, avaient poussé Patterson à contacter De Haas afin de concocter ensemble une accusation de viol pour le détruire – l’annonce de sa nomination l’avait rendue « hystérique », raconte Darmanin. Ce qui n’est pas sans nous rappeler l’accusation de viol portée par Valentine Monnier à l’encontre de Roman Polanski exactement pour les mêmes raisons, 45 ans après les faits supposés – à savoir l’aigreur et la jalousie féroces d’assister au succès public d’un homme dont elle n’avait pas, elle non plus, obtenu ce qu’elle espérait. La « culture du viol » serait-elle surtout une culture de l’envie, dès qu’on gratte un peu ?

L’affaire d’Olga est donc portée devant la justice, mais l’absence de consentement n’étant pas établie et le viol non plusle tribunal rend une ordonnance de non-lieu – ce qui décuple la rage de De Haas et de ses troupes (lire : « Affaire Darmanin : le droit pénal pour les nuls »). Nous sommes alors en 2018. Et voilà que deux ans plus tard, les mêmes causes (la jalousie et l’envie de détruire) produisant les mêmes effets, De Haas remet ça de manière encore plus scélérate en poussant sa meute à manifester dans la France entière pour diffamer Darmanin et le traiter de violeur sur leurs pancartes, en piétinant la présomption d’innocence (lire : « Darmanin : nos féministes font bien peu de cas de la présomption d’innocence »).

Car il y a eu à ce jour trois décisions de justice concernant cette affaire : deux non-lieux et un classement sans suite. Le dossier a été rouvert depuis uniquement pour une question de procédure. La justice est donc passée et Darmanin, qui n’a été ni mis en examen ni inculpé, n’est PAS un violeur. Pourquoi laisse-t-on les féministes bafouer ainsi le droit ? Tout le monde semble tétanisé.

Caroline de Haas et sa meute

On voit en tout cas avec cet exemple que le féminisme n’hésite pas à faire les poubelles des tribunaux pour aller recruter comme « héroïnes-victimes » d’authentiques racailles manipulatrices et plus grave encore, à diffamer et contrevenir à la loi en toute impunité. Quand réagira-t-on fermement ? Il n’est pas admissible de voir ainsi les féministes traîner dans la boue n’importe quel homme uniquement parce que leur cheffe est une hystérique misandre qui fait feu de tout bois pour purger ses incurables rancunes.

Comme conclut Mos Majorum dans ce billet : « L’affaire Darmanin, à la lumière des éléments à notre disposition, est un cas d’école du risque diffus qui se met en travers du chemin de chaque homme dont l’ascension attire les convoitises. Les féministes ont coutume de dire que “derrière chaque grand homme se cache une grande femme”, et bien disons plutôt que “chaque grand homme aujourd’hui doit s’attendre à voir surgir une femme de son passé pour lui demander sa part”… ».

Le féminisme comme parasitisme, en quelque sorte.

La « culture du viol », une culture du lynchage

Mais l’affaire Darmanin en France n’est sans doute que l’écume de ce qui attend tout homme dans un avenir pas si éloigné si l’on en croit ce qui apparaît ces jours-ci au Québec : des LISTES D’HOMMES jetés en pâture sans la moindre preuve, juste sur la base de ragots ! Les égouts du féminisme déversent une fois de plus à gros bouillons des dénonciations gratuites, du harcèlement et de la diffamation – toujours en toute impunité !

Ainsi sur Facebook, le compte Emma Parsons, rhabillé façon KGB (elle n’a pas osé la référence directe aux SS, même s’il s’agit clairement de féminazisme) balance-t-elle des noms en assumant n’avoir aucune idée de la véracité des accusations qu’elle relaie et ne se baser que sur les racontars des victimes autoproclamées :

Suivent plusieurs centaines de noms que je ne vais pas citer à mon tour mais que l’on peut consulter sur le post en ligne, ici. Les cibles sont des hommes « progressistes, de gauche »,  autrement dit des féministes et des « wokes »… Depuis le temps que je leur dis, aux hommes féministes, que le réveil va être brutal…

Ce phénomène de délation et de recours à la justice immanente du tribunal populaire (autrement dit à la sauvagerie) est malheureusement adoubé et encouragé par les néoféministes québecoises, comme le rapporte Olivier Kaestlé dans ce billet : Facebook autorise à identifier sans preuve des présumés coupables d’agressions sexuelles… (12/07/20). Les hommes jetés en pâture sont invités à se signaler et à porter plainte en diffamation car le droit reste de leur côté et l’effet boomerang pourrait bien, tout au moins on l’espère, s’abattre sur les méthodes déloyales de leurs accusatrices. C’est ce qui s’est heureusement déjà produit avec Sandra Muller en France (« #BalanceTonPorc : Sandra Muller condamnée pour diffamation », Le Point, 26/09/19).

La fausse accusation de viol, arme fatale du néo-féminisme

J’ai déjà eu l’accusation d’aborder les effets délétères, parfois mortels, de la fausse accusation de viol (voir : « Le féminisme tue aussi »). À l’heure où le trompettiste Ibrahim Maalouf, faussement accusé d’agression sexuelle, est blanchi après trois ans d’enfer, pas un journaliste ne relaie, pas une féministe ne s’excuse de ce qu’ils lui ont fait subir injustement. C’est cela, une société féministe contemporaine. J’aurai l’occasion de revenir sur ce double standard et cette terreur quotidienne.

Une citation de Peggy Sastre comme conclusion provisoire :  « Le ragot a ainsi émergé en tant que catalyseur primordial de coopération. Dans un environnement social où règne le ragot, les réputations sont des facteurs de survie : la sélection naturelle avantage ceux capables de contrôler la réputation des autres tout en limitant (ou dissimulant) leur propres propensions égoïstes. »

Comme on peut le constater actuellement, le féminisme semble bien l’expression ultime du ragot comme force de frappe et instrument de domination.

  • Autres exemples de lynchages féministes sur les réseaux sociaux ayant conduit à la mort :

« Mike Adams avait 55 ans quand il a décidé de se tirer une balle dans la tête. C’était le 23 juillet 2020. Quelques semaines auparavant, ce professeur de criminologie et de sociologie à l’Université de Caroline du Nord à Wilmington (UNCW), chrétien, conservateur, provocateur et fier de l’être, blaguait sur Twitter à propos des règles de confinement édictées dans sa région des États-Unis, comme dans tant d’autres. « Ne fermez pas les universités, écrivait-il ainsi le 28 mai. Fermez les disciplines non essentielles. Comme les études féministes. » (Peggy Sastre – Comment résister à la meute » (Le Point, 2/01/21)

[à suivre…]

. Voir aussi :

[Mensonge féministe] – L’invention de la « culture du viol »

Le féminisme tue aussi

Peggy Sastre : « Non, les jouets ne créent pas les stéréotypes de genre ! »

Le Point.fr, n201907
Débats, mardi 2 juillet 2019 
Par Peggy Sastre

PARTI PRIS. Contrairement à ce qu’affirme Agnès Pannier-Runacher, ce ne sont pas les Barbie qui expliquent le peu de femmes dans les métiers industriels.

La génération spontanée, la mémoire de l’eau, la bosse des maths. L’histoire de la science avance au gré des théories tombées en désuétude par manque d’étayage factuel. Et c’est heureux. Il en va d’ailleurs d’une idée reçue sur la méthode scientifique : son point le plus fort n’est pas de nous permettre d’avoir toujours raison, mais de savoir, au contraire, que nos intuitions et certitudes sont éminemment faillibles et de nous faire comprendre pourquoi et comment nous nous trompons. Pour autant, bien des thèses fumeuses résistent à ce lent élagage itératif constituant « l’état actuel des connaissances ». Des préceptes sur lesquels la réfutation glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard et qui semblent vouloir éternellement perdurer, qu’importe que leur tombe dans le cimetière des idées caduques ait été creusée depuis belle lurette.

Voir l’humain comme un cas unique dans le monde vivant, naissant vierge de toute prédisposition biologique et où seule la « socialisation » serait à l’oeuvre pour façonner ses comportements, fait partie de ces idées zombies. Une doctrine de la page blanche qui, malheureusement, ne cesse de motiver les décisions et les actions des gouvernants – censés pourtant représenter parmi les individus les mieux informés de notre société -, comme l’atteste une récente sortie du ministère de l’Économie et des Finances sur la faible présence féminine dans les métiers industriels et les moyens d’y remédier.

Promouvoir des « rôles modèles »

Le 24 juin, à « six mois jour pour jour des fêtes de Noël », la secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher réunissait les « acteurs du secteur du jouet » pour qu’ils « s’engagent à promouvoir des rôles modèles moins stéréotypés et à lutter contre les préjugés de genre tant dans la conception des jeux que dans leur distribution et leur publicité », pouvait-on lire dans un communiqué publié le lendemain par Bercy. La table ronde visait l’augmentation de la proportion de femmes employées dans l’industrie – un nombre (29 %) jugé trop faible et qui, comble de l’arrogance, stagne malgré la myriade d’initiatives que les acteurs publics comme privés ont eu à coeur de mettre en oeuvre depuis trente ans. Toujours selon le communiqué du ministère, « la segmentation par genre dans la représentation des jouets » peut « véhiculer des stéréotypes ayant notamment pour effet d’exclure les filles des jouets à dominante scientifique ou de les cantonner à des univers domestiques, ce qui ne favorise pas leur identification aux études ou aux carrières scientifiques ».

En résumé : si les femmes sont si peu nombreuses dans les métiers industriels en général et dans ses secteurs les plus techniques en particulier (voyez le timide 10 % dans le numérique et l’informatique), c’est qu’elles n’ont pas assez joué aux Lego ou au Petit Chimiste dans leur enfance et que leurs choix de carrière ont été aussi précocement qu’injustement bridés. Inverser la tendance reviendrait à augmenter les effectifs féminins dans les filières industrielles et, comme semble le présager Agnès Pannier-Runacher, faire grossir par la même occasion « la compétitivité de nos entreprises ».

Sauf qu’un tel raisonnement a globalement tout faux. Premièrement, il inverse les liens de causalité existant entre les « stéréotypes » que certains jouets peuvent effectivement véhiculer et les différences comportementales observées – en tendance, en moyenne et avec beaucoup de variations au milieu – selon le sexe des enfants. Des différences qui se manifestent très tôt dans le développement et qui ont très probablement une base biologique. Ensuite, croire que la segmentation genrée des jouets serait délétère pour l’orientation des petites filles ignore que ce sont avant tout les garçons qui ne « jouent pas » à des « jeux de fille » et non l’inverse, et que, si stigmatisation des jeux « non stéréotypés » il y a, celle-ci touche en priorité les petits garçons – car dans le domaine ludique, comme ailleurs, la valence du « masculin » est plus flexible, inclusive et potentiellement « mixte » que celle du « féminin ». Enfin, comme toute ingénierie sociale sacrifiant les préférences individuelles sur l’autel de l’idéologie, elle risque au mieux l’inefficacité, au pire d’alimenter des réactions des plus néfastes pour la cause qu’elle prétend servir.

Une forte différence relative d’intérêt

Partons d’abord des faits les moins controversés du débat : les préférences des enfants en matière de jouets diffèrent selon leur sexe. Là où les petits garçons s’orientent, en moyenne, vers des jouets représentant des véhicules, des outils et des matériaux de construction, les petites filles préfèrent les jouets anthropomorphiques (poupées, poupons) et domestiques (dînettes, etc.). Lorsqu’on les réduit à leurs éléments les plus fondamentaux (objets contre personnes, mobilité contre stabilité), ces divergences sont observables dès 3 mois, commencent à se cristalliser vers 1 an et semblent bien ancrées vers 3 ans. Cette divergence sexuée dans les préférences ludiques fait même partie des données les plus solidement prédictives aujourd’hui consignées par la psychologie du développement, ce qui signifie que, si vous sélectionnez au hasard un enfant qui aime davantage jouer avec un camion qu’avec une poupée, vous avez quasiment 100 % de chances de tomber sur un petit garçon. Ce qui ne veut pas dire que tous les petits garçons adorent les camions et qu’aucune petite fille ne déteste les poupées, mais que la différence relative d’intérêt est forte, stable et antérieure aux pressions, notamment socio-culturelles, présentes dans l’environnement de l’enfant.

Comment déterminer cette antériorité ? En voyant, par exemple, que ces préférences se manifestent avant que le cerveau infantile ne soit structurellement capable de traiter des informations sociales. Un autre moyen est d’aller voir des enfants que l’on sait dotés d’une physiologie anormale pour leur sexe. C’est le cas des petites filles atteintes d’hyperplasie congénitale des surrénales (HCS), un trouble induisant une plus forte exposition prénatale aux androgènes comme la testostérone. Que montrent les études sur le sujet ? Que ces petites filles préfèrent les jouets « de garçon », qu’importe que leurs familles essayent de les « rééduquer », qu’elles manifestent généralement des comportements caractérisant davantage leurs petits camarades mâles et qu’elles ont plus de chances de devenir lesbiennes à l’âge adulte. Sur le plan de l’orientation sexuelle (qui n’est, rappelons-le, aucunement pathologique), les liens avec les préférences ludiques sont aussi établis chez les garçons : aimer jouer avec des jouets « de fille » fait en effet partie des comportements infantiles que l’on sait aujourd’hui être des indices très fiables d’homosexualité à l’âge adulte.

Des différences sexuelles comportementales liées à notre héritage biologique

On peut aussi, comme l’avait fait une équipe de chercheurs finlandais et britanniques, rassembler 48 bébés (26 filles, 22 garçons) pour mesurer leur taux de testostérone entre 7 jours et 6 mois après leur naissance, avant d’observer, à partir de 14 mois, quel était leur jouet préféré entre un petit train (jouet « garçon ») et un poupon (jouet « fille »). Résultat : plus le taux de testostérone était élevé, plus les enfants (garçons, comme filles, avec une préférence toujours plus nette chez les garçons) s’orientaient vers le petit train. En outre, la testostérone permettait de prédire quel jouet l’enfant allait préférer : moins il y en avait, plus l’enfant jouait avec la poupée; plus il y en avait, plus il choisissait le petit train. D’autres études observent qu’une exposition in utero à des perturbateurs endocriniens chimiques, comme les phtalates, ou non chimiques, comme le stress, influe sur les préférences ludiques en « démasculinisant » les jeux des petits garçons ou en « masculinisant » celui des petites filles. Une piste hormonale qui, soit dit en passant, infirme l’idée que les préférences ludiques sexuées sont liées à des niveaux d’activité sexuellement spécifiques (garçons agités-jouets de mouvement/filles calmes-jouets plus statiques).

Enfin, des travaux observant des tendances similaires chez d’autres espèces animales (singes vervets, macaques rhésus et chimpanzés) sont autant d’éléments supplémentaires d’un faisceau de preuves cohérentes et cumulatives mettant fortement en doute l’idée que les jouets seraient responsables des préférences des enfants et qu’en agissant sur les premiers il serait possible d’orienter ces dernières. En l’état actuel des connaissances, la socialisation n’a qu’un effet modulateur sur ces différences sexuelles comportementales fondamentalement enracinées dans notre héritage biologique et évolutionnaire – elle peut les amplifier ou les atténuer, en aucun cas elle ne peut les inverser, les créer ou les détruire.

Lire aussi « Pourquoi les cerveaux masculins et féminins ne sont pas un « mythe »

Lire aussi « Phébé – Différences entre les sexes : Darwin avait raison »

Lire aussi « États-Unis : « l’idéologie du genre » a encore frappé »

[Amalgames faciles] – L’antiféminisme n’est PAS la misogynie

L’inculture et la rhétorique féministe mainstream font dire n’importe quoi à Europol. Les voici qui essaient de faire passer l’antiféminisme pour un décalque de l’extrême-droite suprémaciste et violente ( « un des éléments que pointe Europol, ce sont les liens de théories misogynes et antiféminisme avec les idéologies d’extrême droite (sic) ») :

Quand Europol s’inquiète des « Incels », du terrorisme d’extrême droite et des anti-féministes

Depuis 3 ans que je tiens ce modeste observatoire du féminisme en Occident, je n’ai eu de cesse de distinguer misogynie et antiféminisme :

  • la misogynie théorisée est une haine essentialiste du sexe féminin, assimilable à du racisme et relevant de la bêtise pure. [Ce système de pensée est à distinguer toutefois de la simple blague parfaitement légitime qui relève elle de la liberté d’expression : puisque les blagues misandres sont non seulement tolérées mais encouragées, il est normal que les traits d’humour ou les moqueries à l’égard des femmes soient au minimum tolérés.]
  • l’antiféminisme est un regard critique porté sur les dérives incontestables et objectives de l’idéologie féministe mainstream, tout particulièrement le néoféminisme radical, antipatriarcal et misandre et le féminisme racialiste et indigéniste. Ces critiques, qui sont portées aussi bien par Elisabeth Badinter que Jordan Peterson, en passant par d’innombrables intellectuels – Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Bérénice Levet, Eugénie Bastié, Elisabeth Lévy pour le camp de droite, mais aussi Raphaël Enthoven, Mazarine Pingeot et bien d’autres pour le camp de gauche – ne sont en rien assimilables à de la pensée raciste, misogyne ou d’extrême droite.

Cet amalgame entre les deux concepts n’est qu’un procédé indigne pour disqualifier toute velléité de discours contestataire. Il est temps de comprendre que l’antiféminisme ne doit pas être un gros mot, mais qu’il doit au contraire prendre toute sa place dans le débat de la cité – même à l’université ! (même si je suis consciente que ce n’est pas pour demain). Le féminisme ne doit pas être une religion intouchable et les femmes ne sont pas des vaches sacrées. Dans les faits, l’antiféminisme n’est rien d’autre qu’une prise de conscience justifiée face aux délires continuels produits par des activistes radicalisés qui distillent ensuite rapidement leur folie à toutes les strates de la société.

Ce féminisme qui appelle à tuer les hommes ou à ne sucer que des noirs est un anti-humanisme et un racisme à l’état pur. Le dénoncer n’est pas être « d’extrême droite » (pour autant « qu’extrême droite » veuille encore dire quelque chose de précis).

Journée de la Fââme (2019)

Néo-féministe raciste (2020)

(Ce dernier exemple est d’ailleurs une parfaite illustration de mon hypothèse humoristique quant aux relations des néoféministes avec le pénis ; voir « L’envie du pénis chez les féministes »).

Misogynie et antiféminisme ne sont pas des concepts superposables :  La misogynie consiste à attaquer une femme parce qu’elle est une femme, alors que l’antiféminisme consiste seulement à dénoncer un système de pensée qui instrumentalise les femmes et peut aussi bien être le fait d’hommes (puisque les féministes les plus hargneux sont souvent des hommes). Par ailleurs, étant moi-même une femme, il ne me viendrait pas à l’idée de m’auto-dénigrer parce que je suis une femme. Pour autant, je ne parle jamais ici en tant que femme, mais en tant que sujet pensant, qui se place au-dessus des catégories de sexe, de race, d’origine, etc.  N’étant pas une féministe raciste et sexiste, je refuse d’être ramenée à mon sexe, ma race, etc. quand je m’exprime (je rappelle simplement en cela les principes de l’universalisme).

Je tiens et j’assume sur ce site des propos antiféministes (puisque je dénonce le féminisme), mais je ne suis jamais misogyne : je ne parle jamais de femmes mais de féministes (vous pouvez vérifier). Tous mes écrits vont donc à l’encontre de ce procédé rhétorique qui vise à amalgamer deux concepts différents (et même opposés) dans le but de museler et criminaliser la liberté de pensée :

Combattre le féminisme, oui. Sombrer dans la misogynie crasse, non.

La femme antiféministe, épine dans le pied des féministes

La rhétorique féministe est, on le sait,  familière de ces simplifications, puisque c’est elle qui martèle dans les esprits que « femme » et « féministe » sont des synonymes – à tel point qu’on trouve régulièrement des gens pour s’étonner qu’une femme ne soit pas féministe (yeux au ciel).

Je découvre avec plaisir que Camille Paglia ne dit pas autre chose : « À l’étranger, la plupart des féministes n’ont pas idée du degré auquel le féminisme a viré à la tyrannie après ses premiers succès de la fin des années 1960. Ce qui ressemble à de « l’antiféminisme » est en fait une rébellion, soutenue ici par des insurgées comme moi qui sont des féministes de l’équité : c’est-à-dire que nous croyons que seule l’égalité des sexes devant la loi garantira la progression des femmes. Nous nous opposons vigoureusement à toutes les protections spéciales destinées aux femmes (comme les lois antipornographie) au motif qu’elles sont intrinsèquement infantilisantes ».
[Camille Paglia, Femmes libres, hommes libres, Laval (Qc), 2019, p. 208].

Quid de mon lectorat ?

Cet article me donne de nouveau l’occasion de préciser mon positionnement idéologique.

  • je récuse les discours racistes, misogynes, suprémacistes ou appelant à la violence. Mon socle intellectuel est l’universalisme, l’humanisme et les valeurs (toutes imparfaites qu’elles soient) de la République et de la démocratie.
  • je récuse TOUS les discours simplistes, binaires, paranoïaques et complotistes, qu’ils aient comme ennemi fantasmatique le diable, les mécréants, le « patriarcat », la « matrice », le NOM (« Nouvel Ordre Mondial ») , Big Pharma ou même Macron !
  • J’en ai assez de ces foules fanatisées léchant les pieds du premier chevelu en débine qui passe ou qui s’inventent un responsable imaginaire à tous leurs déboires. Sur ce point, féministes radicales et raoultiens sont bien sur la même ligne paranoïaque.
  • Je ne souscris pas aux discours proprement misogynes que je vois parfois passer chez certains masculinistes et je les invite à être très vigilants sur ce point s’ils ne veulent pas voir leur juste combat décrédibilisé, ostracisé et caricaturé.
  • L’antiféminisme doit pouvoir se développer comme un champ de contestation, un lieu d’opposition et de débat, apportant son regard et son analyse sur le matraquage maistream et les mensonges victimaires continuels de la doxa gaucho-gauchiste, et cela n’a rien de criminel !

[à suivre]

N. B. Il faut d’ailleurs que je fasse un article sur la misogynie chez les féministes elles-mêmes, puisqu’elles ne sont pas les dernières à s’y vautrer 😉

Voir aussi :

L’antiféminisme aujourd’hui

L’univers néo-féministe

Du panurgisme et de la paranoïa : le raoultisme et moi

Cierge à l’effigie de saint Raoult de Marseille, prophète et thaumaturge (La Ciotat, 2020)

J’aurai l’occasion, une fois que la recherche médicale aura rendu ses conclusions définitives, de revenir sur la tragi-comédie de l’épisode raoultien. Sans doute que d’ici-là, les sociologues, politologues, psychiatres et anthropologues auront livré leurs analyses de cette folie complotiste.

Je me dois toutefois dès à présent de faire une petite mise au point à l’intention de mon lectorat, puisqu’il s’avère, si j’en crois mes contacts Facebook, que ceux qui se retrouvent le plus largement dans mes critiques du néoféminisme sont majoritairement, et pour mon plus grand déplaisir, des raoultiens irrécupérables quand ce n’est pas complètement crasses.

Je ne vais pas revenir ici sur les arguments et le consensus scientifique international qui démontrent depuis des semaines maintenant que la Raoultine (le cocktail cardiotoxique HCQ + AZ promu par le mage marseillais) n’a jamais donné le moindre résultat – excepté des accidents cardiaques (« torsades de pointes » et arrêts cardiaques), des interactions médicamenteuses, des suicides et des empoisonnements. Il suffit de se reporter aux avis successifs de toutes les instances médicales (ANSM, FDA, OMS, NHS…), aux comptes-rendus impartiaux de la revue indépendante Prescrire ou aux abstracts de toutes les études internationales (sauf celles directement trafiquées par Raoult, comme il se doit) et ce, quel que soit leur niveau de preuve, du plus médiocre au plus élevé, pour comprendre que la Raoultine n’a jamais apporté le moindre bénéfice et n’en apportera JAMAIS. Raisons pour lesquelles le divin protocole a rejoint le fond de la poubelle, d’où il ne ressortira pas de sitôt ! Et continuer de s’étouffer sur l’étude retirée du Lancet ressortit de ce déni de réalité propre aux raoultiens qui ignorent volontairement les dizaines d’autres études dont les conclusions sont exactement les mêmes (cf. « Fin de partie pour la chloroquine », Futura Science, 9/08/20).

Au sein de la communauté scientifique, le débat est donc clos, comme le rappelait Éric Caumes dès le 27/06/20 :  la chloroquine ne marche à aucun stade de la maladie, quelle que soit la dose, quelle que soit l’association de médicaments. Et ce n’est pas faute d’avoir testé et dépensé des millions d’euros et de dollars… plus de 800 études dans le monde ont inclus la chloroquine dans leurs protocoles de tests et plus les études sont fiables et sérieuses, moins la chloroquine montre de bénéfices !

Morris, L’Elixir du Dr Doxey, Dupuis, 1955

Raoult lui-même raconte absolument n’importe quoi, prophétise puis déprophétise, dit tout et son contraire – comme ça, il est sûr de tomber juste à peu près une fois sur dix. Il a surtout démontré jusqu’à présent qu’il était une boussole qui indiquait invariablement le sud :

De toutes façons, les raoultiens ne lisent pas ou ne comprennent pas ce qu’ils lisent : ils préfèrent se fier exclusivement aux analyses épidémiologiques de Jojo le Giletjaune ou à ces vidéos YouTube qui fleurent bon le pastis marseillais plutôt qu’aux démonstrations implacables des innombrables chercheurs, directeurs CNRS, spécialistes en virologie, infectiologues au complet, réanimateurs français et étrangers – sans parler d’Axel Kahn, des professeurs Éric Caumes et Gilbert Deray, de Laurent Alexandre, etc. – qui tous prêchent inlassablement dans le désert. Autant tenter d’expliquer les mathématiques quantiques à une chèvre, elle saurait se montrer plus réceptive.

On a tous compris que ces gens ne raisonnaient pas avec des catégories empruntées à la logique ou à l’argumentation scientifique mais uniquement au registre du panurgisme idéologique, du giletjaunisme, du conspirationnisme et de la haine anti-élites et anti-intellectuels. Damien Barraud a parlé à juste titre de « populisme médical » et Martin Hirsch de « populisme scientifique ».

Le conspirationnisme est une lèpre pour l’esprit ; il obscurcit les cerveaux les mieux équipés et les ramène au niveau intellectuel du bédouin du VIIsiècle venant tout juste de reconnaître son prophète : « C’est notre prophèèèète ! Sa parole est sacrée ! RAOULT A DIT que la chloroquine sauverait le monde !! Vous DEVEZ le croire ! Mais regardez, c’est écrit, LÀ !!! Sous mon doigt !! »

Raoultiens argumentant sur les réseaux sociaux (allégorie)

Mais si vous refusez de croire, le ton change subtilement. Voici un charmant commentaire (égayé des ordinaires menaces de mort) déposé par une femme sur ma page Facebook :

C’est que le raoultisme est aussi une religion de paix et d’amour…

D’une paranaoïa à l’autre : raoultistes et néoféministes

Et mon site là-dedans ? Il me faut donc d’urgence clarifier mon discours sur le néoféminisme, puisqu’il semble qu’il y ait mécompréhension quant à mon positionnement idéologique. Alors, voilà :

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L’imposture intellectuelle de Raoult consistant à se revendiquer de Feyerabend (philosophe des sciences ayant défendu l’anarchisme méthodologique) afin de justifier sa propre faiblesse méthodologique et nourrir son égotisme (« Je suis un génie ») a été implacablement démontée par un authentique philosophe des sciences (cf. Florian Cova, « L’épistémologie opportuniste de Didier Raoult »).

  • Je ne vais pas dénoncer à longueur d’année la paranoïa néoféministe et indigéniste qui voit du patriarcat, de l’hétéropatriarcat, du blantriarcat, du « patriarcaca » et autres billevesées absolument PARTOUT pour tomber à mon tour dans un conspirationnisme de bas-étage qui voit systématiquement du Big Pharma et du macronisme là où il n’y a que du doute scientifique !

Alors comme ça, depuis l’ère du raoultisme, le doute épistémologique s’appelle de l’hystérie et la défense de la méthode scientifique et de la médecine fondée sur les preuves (« Evidence Based Medicine« ) du gauchisme et du macronisme !?

La pensée binaire et les réductions simplistes, ça suffit !

Je ne décolère pas et je le dis très clairement : je n’écris pas pour les paranoïaques et les complotistes et ma vision du monde et des relations H/F (puisque c’est le sujet de mon site) ne s’inscrira JAMAIS dans ce genre de déviance psychologique et de théorie du complot – que je méprise du plus profond de mon être !

J’attends patiemment la fin de l’histoire… et le goudron et les plumes pour qui de droit.

. Voir aussi :

[Mansetmania] – Pourquoi les femmes sont-elles devenues méchantes ?

« Pourquoi les femmes sont-elles devenues méchantes ?
C’est qu’à la fois les hommes se sont tus.
C’est bien la poésie qu’on tue
Sur une route en pente. »

« Pourquoi les femmes sont-elles devenues cruelles ?
Comment cette brassée d’orties finira-t-elle ?
Qui pique, envahit tout,
Qu’aucun produit ne tue. »

« Pourquoi les femmes sont devenues tout autre chose ?
Et qu’avec elles le reste s’est asséché… »

« Pourquoi les femmes » est un titre de Gérard Manset tiré du concept-album À Bord du Blossom paru à l’automne 2018. Léo LeBoc en propose ici un montage sur des images (les plus soft) du film Glissements progressifs du plaisir d’Alain Robbe-Grillet (1974) avec Anicée Alvina et Michael Lonsdale :

*Glissements progressifs du plaisir est une interprétation surréalistico-érotique de La Sorcière de Jules Michelet (1862), cette fable historique qui nourrit aujourd’hui encore la propagande féministe sur les sorcières (cf. « Les sorcières en renfort »).

Le maître de la mélopée hypnotique ose donc un texte discordant, totalement à contre-courant de la grand-messe consensuelle #MeToo – et d’aucuns en sont encore tout retournés. La journaliste de l’Express avait tiré la première : « Des chansons envoûtantes, mais gâchées par une mentalité néoréac », écrivait-elle, ponctuant sa recension d’À Bord du Blossom par cette sentence : « Un point de vue à contre-courant de #MeToo, dont il aurait pu se passer. De quoi gâcher cet appel du large au charme insolite » (« Gérard Manset a-t-il largué les amarres ? »L’Express, 26/10/2018).

Les fans historiques se sont parfois trouvés tout aussi déconfits : « Chui allé à la Fnac, le vendeur m’a demandé si je voulais l’écouter en version « shuffle » sur les enceintes du magasin (…). On a passé les titres assez rapidement (en se regardant de temps à autres), ha « pourquoi les femmes sont-elles devenues si méchantes ? », j’ai compris que nos chemins s’étaient définitivement séparés ». D’autres, plus indulgents, émettent des hypothèses fort plausibles, tel le « désespoir du bourdon » :  « Eh oui, cher Gérard, va falloir que tu te fasses une raison ! Ça ne sera jamais plus comme avant. Le grand coït poétique et romantique en plein vol est passé de mode… Au grand dam des bourdons, les Reines sont devenues terre-à-terre et se contentent souvent de n’être que des butineuses… » ; ou une possible provocation : « Un étonnant point de vue en ces temps où paroles se libérant, l’émancipation égalitaire se pose comme socle nouveau des relations humaines. À moins que ce ne soit une provocation ? ».

Dans Rolling Stone (23/10/18), Yves Bigot s’attachait à recontextualiser la chanson : « Dans “Pourquoi les femmes”, aux quelques accords bluesy, Manset dit finalement son tourment, celui d’un capitaine abandonné, par son époque, par ses semblables, par toutes celles qui donnent la vie – et son sens à celle-ci –, sous l’enseigne #MeToo » ; de même que Philippe Cormet pour Le Vif (16/11/18) : « Texte moins macho que venant d’un autre temps où il n’était pas encore question de #BalanceTonPorc ».

Moi qui ai développé ce site précisément en réaction à #MeToo et #BalanceTonPorc (dont le déferlement médiatique date d’octobre 2017) – et indépendamment du fait que je suis une fondue de Manset depuis des décennies –, je ne pouvais évidemment pas passer à côté de cette chanson.

Le Langage oublié

Dès sa première écoute, « Pourquoi les femmes » a fait résonner en moi « Le langage oublié » (2003), titre dont je mets ici deux courts extraits, que j’ai illustrés par les amours de Flora et Zéphyr, les personnifications antiques du printemps et du vent de l’ouest (plus une touche de Picasso) :

« Le malade se tait, ne répond pas
Et sa bouche aujourd’hui tout édentée
A-t-elle connu quelque joli baiser
Comme une eau pure, comme une coupe fraîche, comme un murmure…
Qui parle encore ce langage inconnu
Par lequel nous nous étions trouvés et découverts ensemble… »

« Aujourd’hui, c’est hier, hier c’était demain
L’homme et la femme allaient main dans la main
Le malade se tait, ne répond pas
L’homme et la femme allaient, même pas, même pas
Qui parle encore cette langue finie
Ni ailleurs ni là-bas, pas plus qu’ici… »

[Les légendes des tableaux utilisés dans les montages vidéo sont à retrouver ici et ici].

La nostalgie de ce langage oublié – le langage des jardins, de la poésie, du désir hétérosexuel, de la liberté sexuelle ou des amours légères des 70’s, qui sait – se fond dans un rêve édénique de Floralies antiques où des hommes aux tempes grises se mêlent aux filles des jardins qui s’égaient comme des nymphes autour des fontaines… Mon illustration fait bien sûr écho aux « Filles des jardins » de l’album Matrice (1989), titre réédité dans la compilation Toutes Choses (1990) – dont le nom surgit encore à la fin de « Pourquoi les femmes » :  « Pourquoi les femmes sont devenues d’autres choses ? Tout autre chose… D’autres choses… ».

« Pourquoi ont-elles changé ?
Le fruit est-il mangé ?
Sommes-nous des étrangers
Qui savent même plus nager,
Rejoindre la rive ombragée… »

Il y a donc une grande cohérence et une unité dans l’oeuvre pluri-décennale de Manset (ce que tout mansétophile sait déjà), y compris sur cette question des femmes et du commerce amoureux.

« Entrez dans le rêve » 

Sens littéral ou sens figuré ?

L’univers onirique de Manset n’est pas, ou n’est plus, celui de notre monde. A-t-il jamais existé ? Il est fort possible que Manset fasse concrètement référence aux années 70-80 qu’il a traversées, de la banlieue nord jusqu’aux chambres d’Asie en passant par le Royaume de Siam ; à cet espace-temps où hommes et femmes s’aimaient semble-t-il beaucoup plus simplement qu’aujourd’hui.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que ce monde n’existe plus, tout au moins en dehors de la licence poétique – celle-la même qui, faut-il le rappeler, autorise toutes les audaces de plume – ; la poésie est ce dernier lieu où des âmes nostalgiques peuvent encore rêver, comme des petits garçons emplis d’espoir, au ballet des nymphes autour des sources, aux amours de la déesse Flore avec le dieu Zéphyr, à toutes ces allégories du désir naturel aujourd’hui totalement passées de mode ; à ce langage floral désormais oublié, rejeté, disparu – ne restent plus que les brassées d’orties.

L’éden de Manset, réel, passé ou rêvé, apparaît même comme celui d’avant l’éromachie, c’est-à-dire d’avant l’entrée dans le monde de la guerre des sexes. Il n’existe décidément plus que dans les rêves ou les allégories, comme le langage des fleurs ou celui des amours des dieux et des nymphes, eux-mêmes métaphores du printemps, de la licence poétique ou du commerce amoureux. Il y a certainement – et comme toujours avec Gérard Manset – plusieurs niveaux de lecture possibles.

De Flore aux brassées d’orties

Qu’il soit monde d’avant ou monde rêvé, ou les deux à la fois, ce paradis perdu (« Le paradis terrestre, voyez ce qu’il en reste… ») se retrouve en tout état de cause, et comme on peut facilement l’imaginer, en décalage complet avec l’actuel univers néo-féministe, univers 2.0 au ras des pâquerettes où la vulgarité le dispute sans relâche à la misandrie la plus décomplexée et où toute culture, non seulement libertine mais surtout classique, se trouve vouée aux gémonies, fustigée comme un témoignage accablant de cette culture patriarcale, « blantriarcale » – en un mot,  occidentale – qu’il faut abattre à tout prix.

Cet homme aux tempes grises, autrefois appuyé pensivement au rebord des fontaines, aujourd’hui « assis sur un banc », qui n’a « pour tout refuge que son caban » et « se souvient des paradis antiques » ; cet homme qui se remémore des amours révolues qu’il idéalise forcément un peu, c’est surtout cet homme, ou cette femme qui, comme moi, se désole de voir la culture classique continuellement dégradée, condamnée, asséchée sous le regard mesquin et punitif des féministes contemporaines.

Je pense très précisément, en écrivant cela, aux assauts répétés des néo-féministes contre l’art antique (« Homme blanc à abattre – la statuaire grecque »), contre les tableaux préraphaélites de John William Waterhouse, par exemple ou contre l’art occidental en général («Trop d’Occidentaux au programme d’histoire de l’art à Yale : vers la dictature des identités ? »Le Figaro, 28/01/2020).

Derrière l’assimilation de Manset, « hommes = image de la poésie » versus « femmes contemporaines = dessèchement intellectuel et amoureux » qui a pu faire bondir les féministes, je reconnais tout aussi bien les parallèles que font ces dernières elles-mêmes quand elles nous expliquent que la raison, la philosophie antique ou l’humour sont patriarcaux et oppressifs car ils sont les produits de l’homme blanc occidental. Frappée d’excommunication, la poésie de l’homme blanc est également en passe de devenir un langage oublié – on l’a vu récemment encore avec les féministes de l’ENS Lyon fustigeant la poésie classique de Ronsard ou d’André Chénier (Marc Hersant, « Chénier, Eschyle, Ronsard, etc. : les classiques en procès »Transitions, Littérarités n°10, 06/07/2019). C’est ainsi que pour ma part, je comprends cette image : « C’est bien la poésie qu’on tue / Sur une route en pente » et c’est aussi en ce sens que j’ai illustré « Le langage oublié ».

Il ne faut pas oublier par ailleurs que l’idéalisation du corps féminin, dans l’art grec ou hellénistique, tout comme les nus féminins dans l’art classique, préraphaélite, symboliste, victorien, etc., ne sont pas qu’à regarder avec les lunettes filtrantes néo-féministes qui rabaissent et dessèchent tout : le nu féminin était surtout pour les peuples anciens une matérialisation de l’esprit, un hommage des hommes à la perfection de la création divine, un idéal de beauté absolue qui tirait le monde vers le haut, qui portait à la contemplation, à l’apaisement, aux valeurs de l’esprit et à la réconciliation de la chair et de l’âme. Le nu dans l’art était, tout autant qu’une célébration de la beauté de la chair, une métaphore de la vie intellectuelle, de la poésie et de la philosophie. Toutes choses que l’approche bas du front des féministes (qui n’y voient que du « male gaze » et de la « culture du viol » et qui voudraient les exclure des musées) ne leur permet plus d’appréhender.  » Les femmes » de la chanson sont donc surtout pour moi une métaphore de la licence poétique et de la vie de l’esprit.

Le combat des pères

« Jusqu’au petit garçon qui vient dire à sa mère :
Ce que tu fais est mal !
Mon père n’est pas un animal. »

On relève aussi dans « Pourquoi les femmes » ce petit mot de soutien au combat des pères ainsi qu’à tous ceux qui défendent encore la fonction paternelle continuellement mise à mal par les discours néo-féministes.

Cette position n’est pas non plus nouvelle chez Manset ; elle résonne par exemple avec ce passage de « Jadis et naguère » (dans l’album du même nom sorti en 1998) : « En ce temps-là, l’homme était guerrier/La femme était mère / Rien ne subsiste / Que poussière ». Toujours ces images des temps anciens et des rôles sexués assumés… Il n’est plus seulement ici question du paradis perdu idéalisé d’avant l’expulsion d’Adam et Ève, mais plus largement de la vie de l’humanité toute entière telle qu’elle a été la seule attestée jusqu’à son entrée dans l’époque contemporaine.

Car « L’homme était guerrier/La femme était mère » n’est pas tant un regret de vieux réac (comme diraient les progressistes) que ce que la science évolutionniste nous apprend chaque jour sur la réalité anthropologique du genre humain. Tant que l’humanité ne pourra profiter dans son ensemble des « progrès » de l’utérus artificiel, de la GPA, de la société des loisirs – et surtout, tant qu’elle ne saura vivre dans des sociétés pacifiées, post-guerrières, où chacun sera un Bisounours pour son prochain, ces antiques schémas resteront pour longtemps les seuls viables… sans qu’il soit forcément nécessaire de s’en plaindre.

Manset est donc toujours pour moi ce poète et ce philosophe intuitif, capable de mettre le doigt (parfois sans prendre de gants) sur les essentiels du genre humain.

« Les hommes se sont tus  » / « Le malade se tait, ne répond rien »

Le blues du musicien privé de sa vue sur la beauté du monde : de Picasso à Manset.

Le Tunnel Végétal (Thousand / Stéphane Milochevitch)

Tout n’est pas perdu ! La langage érotico-floral existe encore, comme cette heureuse découverte m’a permis, à peine cet article terminé, de m’en rendre compte !

Je ne sais pas si Stéphane Milochevitch, l’auteur-compositeur-interprète leader du groupe Thousand est davantage le fils spirituel de Manset, Bashung, Murat, Capdevielle ou de tous à la fois, mais son inspiration est au croisement exact de tout ce que j’aime !

Des nappes de cordes et de synthés enveloppantes, des métaphores de paradis végétal, des voix qui se marient à merveille, un soupçon de nostalgie (malgré son jeune âge), bref, un charme fou !

« Montre-moi ce qui se cache derrière les pétales
Conduis-moi dans le tunnel végétal »

[à suivre…]

Vignette haut de page : Gérard Manset, photo Marc Charvez, Télérama, 1991

Voir aussi :

  • Terre brisée. – La Vierge pleure (Camille Claudel et Gérard Manset)

L’histoire de Camille sur un des derniers titres de Manset. Une manière d’illustrer tout à la fois ses peines dans le siècle et sa retraite spirituelle forcée dans le couvent-asile du Vaucluse.

L’iconographie du clip établit un parallèle entre la figure de la Vierge recréatrice du monde et celle de Camille modelant la terre. Dans l’antiquité, le sculpteur était à l’image de Dieu formant l’homme ; ici, la Vierge-Camille est son pendant féminin.

  • Sur Flora et les Floralies :

Lucrèce Borgia – Entre le vice et la vertu