[Imposture féministe] – La gifle et le genre

Le drama féministo-gauchiste qui se joue actuellement autour de la gifle d’Adrien Quatennens n’en soulève pas moins de nombreuses questions, certaines authentiquement difficiles – comme par exemple celle de l’origine de la violence masculine. C’est le cas aussi de la judiciarisation immédiate de cette gifle (alors qu’il n’y a pas de dépôt de plainte), au regard notamment de l’égalité des sexes et de l’idéologie du genre.

Si plus rien ne distingue biologiquement un homme d’une femme, que le sexe est une construction sociale et une pure vue de l’esprit (catéchisme actuel de l’idéologie transféministe), pourquoi alors les femmes qui se vantent urbi et orbi de gifler leurs compagnons (« T’inquiète, tu l’as rossé, mais c’est pas bien grave », « Ce n’est pas grave, crois-moi, il l’a mérité ») ou qui les harassent d’insultes ou de menaces de mort, ne devraient-elles pas elles aussi subir automatiquement le même châtiment de mort sociale, professionnelle et politique, en plus des poursuites judiciaires ? Pourquoi par exemple Nabilla, qui a poignardé son petit ami, n’en est-elle pas moins restée la coqueluche des médias ? Pourquoi conserver ce deux poids-deux mesures, alors que les féministes tempêtent en permanence pour être les égales des hommes, affirmant même que l’on peut changer de sexe comme de chemise ?

Qu’est-ce qui peut aujourd’hui empêcher tout homme auteur de violences conjugales de s’auto-identifier comme une femme, de dire qu’iel est victime du « patriarcat », que c’est « l’oppression systémique » de l’hétéro-blantriarcat qui l’a poussé.e à bout et qu’iel est victime de transphobie si on persiste à le.a traiter d’homme violent ? J’invite donc ici tous les hommes violents à affirmer qu’ils sont des femmes violentes (puisque désormais seul le « ressenti » et une simple perruque font l’affaire), non pas pour les défendre – je condamne leur violence, voir plus bas –, mais pour mettre à mal le discours féministe et souligner ses incohérences. Ce discours de l’idéologie du genre répète en effet que seuls les hommes sont violents, alors que, selon les mêmes, ni les femmes ni les hommes n’existeraient biologiquement – leur sexe n’étant qu’une construction sociale (le concept de « genre » ne recouvrant généralement que le bavardage stérile et ultra politisé d’imposteurs intellectuels, je m’assois en conscience dessus et n’emploie volontairement que le mot « sexe », le seul qui ait jamais voulu dire quelque chose – mais qui, on le sait, panique les néobigotes au point qu’elles l’aient troqué contre « genre »).

L’explication à cette inégalité, souvent inconsciente, de traitement entre les sexes n’en est pas moins accessible à tous et chacun peut la deviner aisément : la différence musculaire, biologique ou « de nature », entre un homme et une femme fait que la gifle masculine est en général – et objectivement – nettement plus effrayante que la gifle féminine. On a tous dans nos mémoires récentes les affaires retentissantes de la gifle de Bertrand Cantat ayant tué Marie Trintignant (par un mécanisme que toutefois je ne m’explique pas entièrement – mais il y aurait gifle et gifle, puisqu’en théorie, un simple soufflet ne tue pas), les coups mortels portés par Jonathann Daval, pourtant plus petit que son épouse, laquelle n’a pour autant pas pu sauver sa vie, ou encore le gringalet Cédric Jubillar faisant disparaître seul et sans difficultés apparentes son épouse Delphine. Du point de vue de la biologie, on ne peut donc mettre sur le même plan la gifle masculine et la gifle féminine ; le déchainement de violence physique et ses conséquences possibles (sa létalité) étant incomparablement plus risquées en provenance du camp masculin.

Constater ceci ne revient cependant pas à nier la violence féminine. Il existe un nombre significatif d’hommes violentés, battus et maltraités sur la longue durée, physiquement aussi bien que psychologiquement – notamment des hommes âgés et affaiblis, victimes de perverses narcissiques ou de femmes maltraitantes qui les martyrisent et les achèvent à petit feu.

On sait aussi que la violence conjugale est très souvent bidirectionnelle et que celle en provenance des femmes, si elle est moins musculaire et moins immédiatement létale, n’en est pas moins destructrice et mortelle. Simplement, les modes de destruction ne sont pas les mêmes : ils sont plus lents, plus insidieux, plus psychologiques et plus verbaux chez les femmes – mais tout aussi cruels, puisque c’est un poison lent, distillé parfois sur des décennies, qui peut conduire un homme à la dépression, au déclassement, à la maladie, à l’autodestruction ou au suicide – quand étudiera-t-on l’impact de violence conjugale, ici féminine, sur la forte prévalence du suicide masculin ?

L’idéologie féministe a inventé de toutes pièces une fable anthropologique (une basse œuvre des illuminées Priscille Touraille et Françoise Héritier) visant à faire croire que la force musculaire des femmes était à l’origine identique à celle des hommes, avant que ces deniers, au Paléolithique, ne les privent volontairement de viande pour les affaiblir et les contrôler. Ce délirant « patriarcat du steak » a été démonté entièrement par Peggy Sastre en 2017 et Laetitia Strauch-Bonart vient à son tour de faire le point sur cette forgerie (« Patriarcat du steak » : quand des féministes et des médias promeuvent les pseudosciences », L’Express, 18/09/2022 ; me demander l’article par mail si besoin).

Bien évidemment, il n’en est rien. La différence de force musculaire entre hommes et femmes est une donnée à la fois biologique et évolutionnaire, et ce sont les femmes elles-mêmes qui ont de tous temps sélectionné les partenaires les plus musclés (pour des raisons de protection, d’aptitude à la chasse, au combat, aux travaux réclamant de la force physique, etc.), au risque d’en subir en retour les conséquences, mais transmettant par là même leurs gènes à leur descendance. De ce point de vue, une frêle jeune fille qui transitionnerait en homme, malgré des doses quasiment mortelles de testostérone, ne pourrait toujours pas devenir éboueuse, bûcheronne, pompière (sur le terrain, pas seulement aux postes de commandement ou aux relations presse) ou ouvrière en maintenance de machines lourdes – car ce sont des métiers qui requièrent toujours une authentique force physique… masculine, donc.

Ceci ne revient évidemment pas à justifier l’emploi inapproprié de cette force musculaire supérieure, mais simplement à rappeler que cette inégalité de nature est une réalité incontournable, que les femmes feraient bien de ne pas trop oublier, plutôt que d’écouter les prêches de ces féministes hors-sol qui les mettent en danger plus qu’autre chose.

Comment juger la gifle de Quatennens ?

Le pingouin Quatennens… Ce génie du trait de crayon… Je suis admirative.

Blague à part, c’est à la justice et à elle seule de juger cette affaire, d’autant qu’elle s’en est auto-saisie. Ce n’est pas à nous de déterminer si cette gifle est grave ou pas, si Mme Quatennens est en danger ou pas, s’il s’agit d’une violence légère et isolée ou bien d’une gifle s’inscrivant dans un contexte de violences répétées – puisque nous n’en savons rien et n’avons pas accès au dossier de divorce. C’est ici le seul travail des tribunaux, avec enquête à charge et à décharge, et contradictoire. Il faut savoir que la gifle impulsive et incontrôlée, non préméditée, que beaucoup d’entre nous ont un jour expérimentée, d’un côté ou de l’autre de la main et souvent à leur plus grand désarroi, ne relève que d’une amende de classe 4 (on parle ici de violences légères; cf. « La simple gifle comme violence légère. Article R 624-1 du code pénal »). La gifle dans un contexte de violences conjugales répétées est naturellement beaucoup plus grave (la conjugalité étant en elle-même un facteur aggravant).

En tant que simples observateurs, nous n’avons de toutes façons pas à juger des mœurs privées d’un homme, qu’il soit public ou pas : la République Morale du Féministan n’ayant – Dieu merci – pas encore été proclamée, aucune police morale n’est à ce jour censée s’appliquer dans ce pays : nous ne voulons pas d’une brigade des mœurs à l’iranienne, d’un tribunal de l’Inquisition ou d’un comité d’épuration piloté par des dames patronnesses et des ayatollahs en jupons. Personne ne semble réaliser que l’on a pourtant déjà un pied dans cette dictature de la vertu et de la transparence absolue, comme le montre l’affaire parallèle Julien Bayou. Le régime de terreur féministo-morale que se sont concoctés eux-mêmes ces abrutis d’extrême gauche ne laisserait pas de surprendre, si le phénomène n’était parfaitement documenté depuis 1793 : « La révolution, comme Saturne, dévore ses propres enfants », écrivait le dramaturge allemand Georg Büchner dans La mort de Danton (1835). Que ces fanatiques se purgent entre eux, personne ne s’en plaindra ; le problème est que leur police des mœurs a déjà infusé toute la société et cela, c’est beaucoup plus inquiétant.

D’où je suis, je serais donc bien incapable d’émettre un avis définitif sur cet épisode de violence conjugale (ponctuelle et non significative, ou bien grave et symptomatique ?). Il ne me reste alors, comme tout un chacun, que mon propre ressenti, qui vaut ce qu’il vaut. En lisant le communiqué de mea-culpa d’A. Quatennens, j’avoue avoir spontanément laissé échapper un cri en passant sur le mot gifle (ce qui précédait m’ayant paru plus superficiel, même si j’avais relevé une incohérence dans le fait qu’il parle d’une « histoire d’amour de 13 ans » émaillée d’incidents qui ne plaidaient pas tellement en faveur d’une histoire d’amour de 13 ans, mais admettons). L’épisode de la gifle est, selon mon système de valeurs, un signal fort que son histoire d’amour est possiblement morte depuis un bon bout de temps et que l’on pourrait être devant une relation authentiquement dysfonctionnelle, si ce n’est toxique – mais encore une fois, je n’en sais rien, je ne fais état que de mon propre ressenti qui n’a pas vocation à l’universalité. Quelle est la part de chacun dans ce naufrage ? Nul ne le sait, puisque sa femme Céline est restée sur sa réserve. Quoi qu’il en soit, je ne banalise pas cet épisode de la gifle.

On ne met pas toutes le curseur au même endroit

N’ayant jamais reçu de gifle de la part d’un homme et cultivant depuis toujours une authentique frayeur de la violence physique masculine – adolescente, j’échangeais pourtant des gnons, mais seulement avec des filles harceleuses et sans que cela m’ait spécialement marquée (probablement parce que le distinguo entre les coups des filles et ceux des garçons était déjà solidement implanté dans mon esprit), je me suis toujours tenue prudemment à l’écart des hommes pouvant basculer dans la violence physique. Une longue expérience de l’auto-stop, seule sur des milliers de kilomètres dans divers pays d’Europe quand j’avais entre 18 et 24 ans m’a aussi appris à détecter le danger en une fraction de seconde : un silence, un éclat dans le regard, une fluctuation dans la voix, une expression fugace sur un visage, une raideur musculaire imperceptible ; tout cela pouvait me faire stopper la voiture pour en descendre au plus vite avant que les choses ne tournent mal. Je n’ai jamais non plus été attirée par les montagnes de muscles, contrairement à la plupart des autres femmes, j’ai toujours préféré les hommes minces aux muscles fins ; peut-être pour les mêmes raisons inconscientes.

Ceci pour dire que nous sommes toutes différentes et que si beaucoup de femmes ont depuis toujours privilégié les hommes violents – pour des raisons évolutionnaires (voir encore cette vidéo, « Mon esprit me dit que tu es un gars super, mais ma biologie me dit que tu es un minable » ou cet article) –, nous n’allons pas toutes percevoir l’épisode de la gifle de la même manière. Mon curseur à moi, qui m’est propre, fait que j’ai toujours davantage craint de me faire frapper au visage ou à la tête, même avec une « simple » gifle, que par exemple de traverser quelques expériences de « bad sex » dont je me suis toujours parfaitement remise, y compris sur le coup. Un pénis ne tue pas, une gifle, si (voir Marie Trintignant). Les féministes diront que : « Ah mais si, un pénis peut tuer psychologiquement, on peut ne jamais s’en remettre, etc. » ; ce à quoi je répète que non, physiquement et objectivement, un pénis ne peut pas tuer, alors que des poings, si. Et que le pénis ne tue psychologiquement que si on le veut bien – par exemple parce qu’on s’enferme à vie dans le victimisme féministe ou parce que l’on n’a pas trouvé (voire même cherché) de thérapie efficace. On peut toujours se relever d’une expérience de bad sex, ou même d’un véritable viol. On ne se relève pas toujours d’un coup porté à la tête, qui peut vous laisser sur le carreau ou avec des séquelles crâniennes, cérébrales ou neurologiques permanentes ; c’est aussi simple que cela. « Simple, basique », comme qui dirait. J’ai donc toujours été basiquement rationnelle au moment de sauver ma peau, et je sais que je ne suis pas la seule. Parce que oui, le danger existe ; il existera toujours et nier le réel est une aberration (voir aussi sur ce sujet : « Camille Paglia : L’université moderne ne comprend rien au mal »).

La dissonance féministe

De ce qui précède, il ressort qu’il faudrait choisir :

  • Ou l’on considère que l’idéologie du genre a raison, qu’une homme et un femme, c’est biologiquement pareil (position des transféministes), auquel cas il faut poursuivre immédiatement en justice toutes les femmes qui giflent leur partenaire – même s’il n’y a pas de dépôt de plainte – exactement comme dans l’exemple de Quatennens. Au nom de l’égalité des sexes, l’accusation de délit doit être strictement la même pour tout le monde (cismerdes comme transmerdes), de même que les sanctions pénales, sociales et professionnelles. Toutes les femmes violentes physiquement doivent donc à partir d’aujourd’hui subir le même pilori personnel et politique qu’Adrien Quatennens – faute de quoi il faut cesser de prétendre que l’on « se bat pour l’égalité ».
  • Ou bien l’on considère que biologiquement et physiquement, les violences physiques masculines et féminines ne seront jamais vraiment les mêmes (position d’une autre partie des féministes, qui peuvent cependant être les mêmes que les précédentes, car la cohérence est rarement leur fort), et l’on tolère les gifles féminines, considérées comme moins graves, mais pas les masculines. Si l’on répète, comme le font les féministes, que la violence masculine est davantage problématique, il faut alors reconnaître qu’il n’y a pas d’équivalence biologique entre les sexes et en conséquence rejeter définitivement les falbalas sur le genre et le transgenrisme.

Ce discours féministe soutient en permanence de nombreuses contradictions :

  • On veut l’égalité des sexes, mais pas devant le juge : ainsi, l’homme doit-il être plus lourdement condamné en cas de gifle, comme on vient de le voir.
  • Hommes et femmes sont biologiquement indifférenciés, mais seuls les hommes tuent (un gros mensonge, évidemment).
  • Nos corps sexués ne sont que des constructions sociales (ce que prétend l’idéologie du genre), mais seul le « féminicide » existe, pas le « viricide » (en réalité, aucun des deux n’existe : le droit ne recourt qu’au terme adéquat d’homicide pour les deux).
  • La violence, c’est mal, mais supprimer des hommes, c’est bien.
  • Les femmes sont fortes (« empowerment », gna gna gna), mais on fait une attaque cardiaque si un homme lorgne sur notre décolleté,
  • Etc.

Peut-on éradiquer toute forme de violence physique et si oui, comment ?

Nous admettons tous que la violence physique est condamnable et qu’elle devrait être extirpée de nos vies, qu’elle est toujours un échec de la communication et qu’elle nous tire vers le bas, que nous soyons homme ou femme. Au nom de son irénisme (sa vision utopique d’une invraisemblable société communiste de Bisounours), le féminisme devrait lui aussi condamner toute forme de violence physique (et même psychologique), aussi bien féminine que masculine : on en est pourtant très loin, puisqu’il appelle régulièrement les femmes à détruire, voire à tuer des hommes.

Pourquoi cela ne relève-t-il pas de poursuites pénales pour incitation à la haine sexiste ? Parce que les femmes seraient, contrairement aux hommes, de petites créatures fragiles ? Mais alors, où est encore passée l’égalité biologique de genre ?

La violence masculine est-elle uniquement une « construction sociale » ?

Les féministes pensent que la violence masculine est uniquement une construction sociale et qu’il suffirait de déconstruire (autrement dit de détruire) le masculin, la masculinité, la virilité, les hommes, les pères, le « patriarcat », l’économie, la société, l’université, etc., pour en venir à bout. C’est encore une fois une approche simpliste, réductrice, contre-productive et complètement idiote de l’anthropologie.

La force masculine et la propension à la violence étant des données biologiques, psychologiques et anthropologiques, il ne s’agit aucunement d’imaginer qu’on aura les moyens de les éradiquer entièrement, chez un sexe comme chez l’autre (ainsi, les mères tueront toujours leurs enfants, comme elles le font depuis la nuit des temps). Il vaudrait mieux comprendre que la civilisation (improprement rebaptisée « patriarcat ») n’a jamais été là que pour domestiquer, contenir, punir, contrôler et encadrer ces états de nature, masculine aussi bien que féminine. Or c’est là un des rôles que tient depuis toujours la masculinité, quand elle n’a pas peur de sa propre nature, qu’elle a le courage de la regarder en face et de la saisir à bras le corps pour la travailler – et qu’on la laisse jouer son rôle dans l’équilibre des rapports interpersonnels et sociaux. Une société sans masculinité et sans virilité serait vouée à disparaître.

C’est surtout oublier que la violence est inhérente aux deux sexes et qu’il en sera toujours ainsi. La violence féministe est d’ailleurs actuellement une des pires violences psychologiques et sociétales que beaucoup d’hommes (et de femmes) aient jamais eu à expérimenter. Sandrine Rousseau, la nouvelle Saint-Just du féminisme totalitaire, folle furieuse de la terreur et de la purge politiques, dépasse chaque jour un peu plus les bornes de la violence politique et sociétale. Personne n’est donc aujourd’hui moins crédible et moins autorisé que ce genre de Terminator assoiffé de sang pour dénoncer la violence des autres : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu 7, 3)…

[à suivre…]

  • Voir aussi :

[Université en folie] – Camille Froidevaux-Metterie ou quand l’idéologie du genre se mord la queue

Nous sommes donc au point où les disciples de Simone de Beauvoir (« Gna gna, on ne naît pas femme, on le devient, han »), au nom du même féminisme du genre, en sont arrivées à dénier toute existence (on ne parle même plus ici d’essence), non seulement à la féminité et au féminin, mais aux femmes elles-mêmes – autant de réalités devenues obsolètes, infondées, erronées. Selon ce nouveau catéchisme, plus personne ne naît femme, désormais, puisque la biologie est révoquée ; seules devant être prises en compte les névroses et lectures pathologiques du réel d’une poignée d’universitaires en débine et de transactivistes militants.

Les femmes biologiques étant niées, ce féminisme n’aurait logiquement plus rien à défendre, ni plus aucune raison de nous bassiner avec son cortège de victimisations outrancières. Moi qui m’impatientais d’assister à l’effondrement (sous le poids de sa propre bêtise), à la mort et l’enterrement du Gender feminism, je devrais être en train de fêter tout cela ; sauf que… ce féminisme, non content de s’auto-dissoudre dans un Alzheimer précoce, n’a hélas pas l’intention de crever seul : il entend bien suicider dans la foulée (on dirait aujourd’hui « euthanasier ») la société et la civilisation toutes entières et là, je ne suis plus trop d’accord !

Dans une interview au Monde du 15 septembre 2022 (« Il est absurde d’affirmer que les revendications des personnes trans freineraient la cause des femmes »), la philosophe et professeur de science politique à l’université de Reims-Champagne-Ardenne Camille Froidevaux-Metterie, également « spécialiste du corps féminin » (c’est là le plus drôle), nous distille sous sa forme la plus pure l’argumentaire néofem universitaro-délirant qui a cours aujourd’hui.

Elle nous entreprend donc sur ce qu’est « le corps féminin », sachant que pour elle, « corps » et « féminin », deux concepts entièrement vidés de leur sens, ne seraient plus que des fourre-tout patriarcaux – ou des poubelles sémantiques (l’expression est de moi) dans lesquels les transféministes peuvent désormais recycler librement tous leurs déchets idéologiques. Le « corps féminin » n’ayant plus de réalité physique ou biologique, n’étant donc plus rien, que du verbiage ou du vent, elle pourrait au passage s’arroger le titre de « spécialiste du rien et du vide » (ou de « spécialiste vide du rien »).

Commençant par prendre la défense de la stupide campagne trans-activiste du Planning Familial français où l’on voyait, on s’en souvient, un couple hétéro inversé – une femme à barbe avec un homme à utérus ; autrement dit un homme et une femme biologiques, dont la seconde est enceinte (tout ça pour ça…) –, elle s’inscrit comme attendu dans le nouveau conformisme universitaire, celui des « études de genre et queer », nouvelle religion et nouveau dogme de rigueur, et raison même pour laquelle, en dépit de ses incohérences intellectuelles, elle a été recrutée. La « recherche féministe » n’est malheureusement plus aujourd’hui que ce militantisme caricatural.

Août 2022 : Le Planning Familial français en pleine crise de stupidité

Après avoir dénoncé la courageuse Marie-Jo Bonnet, qui ose aller contre la nouvelle doxa trans, de même que Marguerite Stern*, elle prétend que le transactivisme (qui sature pourtant les médias, les réseaux sociaux et la communication d’entreprise, jusqu’au Planning familial) n’occuperait qu’une « place marginale » dans le féminisme actuel (yeux au ciel). On ne parle partout que de ça, mais passons.

*Autant je n’ai aucune affinité (et c’est peu de le dire) avec le féminisme victimaire et le ouin-ouin antipatriarcal de Marguerite Stern, autant je compatis à la violence inouïe qu’elle doit désormais encaisser de la part de ses ex-congénères. Je salue donc son courage dans l’adversité et sa résilience face aux insultes – ce que lui font vivre ses ex-comparses étant à mon sens autrement plus réel et douloureux que toutes les avanies supposées de son « patriarcat » fantasmé.

« En revanche, continue CFM, l’obsession de certaines pour ce sujet dit bel et bien quelque chose. Elle traduit, d’après moi, une forme de panique face aux avancées de la pensée féministe sur cette question fondatrice : qu’est-ce que c’est être une femme ? »

Mais oui, qu’est-ce donc qu’être une femme, selon cette « spécialiste du corps féminin », qui ne comprend ni le sens du mot « être », ni celui de « corps », ni celui de « femme » ?

Mais qu’est-ce que ça peut bien être, d’être une femme, bordel de queue à chapeau rond ?? 

Comment donc savoir ce qu’est une femme, quand on n’a que la bouillie, pardon, la « pensée » féministe (celle qui avance à reculons) pour tout viatique ? Sa définition de la femme déroule comme prévu les lieux communs du Gender feminism le plus crasse :

« Pendant longtemps, c’était être assignée aux deux fonctions sexuelle et maternelle prétendument inhérentes à la corporéité féminine. »

Bon, alors, moi qui suis une femme, je ne suis « assignée » à rien du tout, Madame Froidevaux ; je vous prie de bien vouloir remballer ces vieilles obsessions anti-maternelles et anti-sexuelles qui ne représentent que les féministes dans votre genre, totalement passées à côté du sel de la vie, pour pondre à la place vos pensums daubés du cul sur le genre – car oui, je ne tiens pas Judith Butler pour une prophétesse mais pour une imposture intellectuelle. Cessez donc de parler au nom de femmes auxquelles vous ne comprendrez jamais rien, enfermée que vous êtes dans vos rancœurs et vos névroses. Et apprenez que pour la majorité des femmes, leur sexualité avec des hommes et leur expérience de la maternité auront souvent été, au contraire, la seule chose dont elles se souviendront au soir de leur vie. Jetez donc un œil sur les mémoires de la plupart des femmes qui se souviennent de leur passé… Qu’auraient été Fernande Olivier (la première petite amie de Picasso), Frida Khalo et tant d’autres sans leurs histoires d’amour, même douloureuses ? Revenez sur terre. Cette vieille rengaine anti-maternité et anti-hétérosexualité, jamais renouvelée depuis des décennies, ne fait qu’insulter le vécu de millions de femmes, qui doivent supporter ces crachats continuels sur leurs choix de vie, leurs enfants ou leurs compagnons.

« Le féminisme vise précisément à affranchir les femmes de cette réduction au corps pour en faire des sujets de droits dotés notamment de la liberté de choisir les modalités dans lesquelles elles vivent les dimensions incarnées de leur existence », dixit la « spécialiste du corps féminin », qui fait justement son beurre universitaire et médiatique sur la « réduction » supposée des femmes à leur corps (alors que, on le rappelle, ni les femmes, ni les corps féminins n’existent, tout cela n’étant que de l’assignation patriarcale – yeux au ciel).

CFM vient nous parler de « dimension incarnée » alors qu’elle est l’exemple même du problème d’incarnation de ces féministes, encombrées d’un corps sexué prévu pour l’enfantement dont elles ne savent désespérément que faire, ayant rejeté toute sa matérialité et son animalité (car Mme Froidevaux est et restera jusqu’à sa mort un mammifère humain à reproduction sexuée comme ses congénères, n’en déplaise à ses fixations mentales et ceci, qu’elle ait utilisé ou non ses fonctions reproductrices). Comme je l’avais évoqué dans mon article sur les queers à Vézelay :

« Il me semble que les féministes radicales d’aujourd’hui sont continuellement en butte à un (énorme) problème d’incarnation, qu’elles semblent de plus en plus incapables de résoudre. Je pense (c’est un avis personnel, mais il est partagé par quelques-uns de mes amis) que le refus de la biologie des féministes du genre a tout à voir avec le manichéisme, le monophysisme, le dualisme, le bogomilisme ou le catharisme. C’est-à-dire que ces personnes, encombrées par un corps ou une enveloppe physique dont elles ne savent que faire, survalorisent les seules vues de leur esprit, rêvant de se vivre comme de purs esprits dans un monde de lumière idéal et désincarné, où le corps et le sexe n’auraient d’autre réalité que celle des concepts et des mots. Blanche Gardin en donne une illustration d’une grande justesse quand, ayant sombré dans le féminisme radical, son personnage ne se nourrit plus que de lumière, de prânâ et de Mona Chollet – avant de finir à demi-mort, anorexique et à l’asile. »

Quand je parle de la secte féministe, de ses croyances et de son manichéisme, je fais référence entre autres à cette tentation cathare, ce rejet de sa propre chair et de son incarnation, qui l’infuse et le sous-tend depuis le départ. Les féministes sont définitivement ces bigotes et ces coincées du fondement que j’évoquais dans cet article.

La folie transféministe pourrait aussi se résumer par ces quelques mots en conclusion de cet article (« Le mouvement trans et sa guerre contre le corps ») : « Une politique qui célèbre l’individu en tant que pur esprit considérera également nos corps comme de la simple chair, devant être gérée et optimisée. Si l’humanité est « dans la tête », nos corps ne sont que de la viande. Et on peut faire ce qu’on veut avec de la viande. »

« Cette « bataille de l’intime » est centrale aujourd’hui, donnant lieu à une multitude de combats, dont la lutte pour la reconnaissance et la légitimité des vies trans. »

Non, « cette bataille de l’intime » est en réalité le terrain du nouveau totalitarisme féministe, celui que ces armées d’idéologues doctrinaires ont envahi pour imposer leurs normes et leurs diktats (voir Sandrine Rousseau). Il s’agit de leur part, et je pèse mes mots, d’un viol de l’intimité, sur lequel elles s’arrogent le droit d’interférer et dont elles prétendent faire une chose publique, contre la volonté des intéressés.

Elle dénonce ensuite (cette fois avec raison) la violence, parfois physique, que peuvent subir les trans et en effet, rien ne justifie le moindre passage à l’acte. Mais elle s’empresse aussitôt de tout mettre sur le même plan :

« Cela dit, il y a des franchissements de limites que l’on ne peut accepter, notamment quand certaines militantes qui se prétendent féministes assument leur proximité avec des mouvements conservateurs ou d’extrême droite. C’est tout simplement incompatible. »

Ben voyons ! Si on ne pense pas comme vous, on est automatiquement fasciste, nazi ou d’extrême droite, c’est bien ça ? La reductio ad lepenum, ça faisait longtemps, dites donc, comme c’est original ! Quelle ouverture d’esprit ! Bon, il ne faut pas trop attendre d’une gauchiste trans-activiste, on le savait, mais tout de même…

Suit un peu plus bas l’habituel charabia neofem : « Il n’y a donc pas une majorité de femmes cisgenres [assignées femmes à la naissance et qui s’identifient comme telles] contre une minorité de femmes trans. »

Encore une fois, je ne suis « assignée » à rien du tout, Madame Froidevaux, cessez de m’assommer avec ce vocabulaire militant. C’est vous que votre complainte victimaire assigne à votre névrose féministe qui tourne en boucle. Je ne suis pas non plus une femme cismerde ou quoi que ce soit, je suis une femme tout court, point, et je n’ai pas besoin de votre verbiage genriste pour me définir. Je vous interdis à nouveau de m’appliquer ce sabir, puisque vos délires ne me représentent pas, pas plus que votre idéologie du genre, à laquelle je ne souscris pas : je me contrefiche du « sexe social », toutes ces catégories ne m’intéressent pas; pire, je les méprise souverainement, à pied, à cheval et en voiture.

« Les féministes se structurent en diverses coalitions politiques selon les combats qu’elles mènent au regard de la diversité des facteurs d’oppression (genre, sexualité, race, classe, âge, handicap, etc.). »

Faux. Il n’y a aucune diversité politique chez les féministes antipatriarcales, qui communient toutes à la même chasse à l’homme (blanc, de préférence) : elles sont toutes de gauche ou d’extrême gauche ! Le féminisme antipatriarcal (= radical) est par définition de gauche.

Et puis : « Gna gna gna, ouin ouin, suis trop opprimée, cétrodur, suis une bourgeoise subventionnée pour produire mon verbiage, mais mon oppression est si duuuure à vivre; vous pouvez pas comprendre ce que c’est, vous les hommes, que d’avoir tous ces avantages, d’avoir obtenu tous les favoritismes et toutes les prébendes possibles, tout ça parce que je suis une fâââme, mais ouin ouin ouin ».

Mais quelle indécence, au regard de tous ces hommes à la rue, tous ces déclassés, tous ces exploités sur leurs vélos Uber…. Jamais aucune femme, vous avez remarqué ? Pourquoi ne réclamez-vous donc pas la parité, ici aussi ? Ah oui, c’est vrai, le travail, c’est pour les gueux et les gueuses de droite, pas pour les grandes bourgeoises féministes de gauche, on en a enfin eu la confirmation. Essayez quand même d’y penser, la prochaine fois que vous commanderez un Uber Eat.

« Les antitrans assument de définir les femmes comme des « femelles », les réduisant à leur corps sexuel et procréateur selon une logique typiquement patriarcale. Elles dénient la possibilité nouvelle qui est la nôtre de choisir les modalités genrées dans lesquelles nous nous présentons au monde et gomment ainsi trois décennies de pensée et de conquêtes féministes. » 

Ooooh, le « patriarcat » ! Notre dévote de la secte antipatriarcale n’oublie pas d’invoquer le diable qu’elle combat courageusement ; « patriarcat » occidental, pourtant, auquel elle doit absolument tout : son émancipation, sa liberté, son statut professionnel, le droit de débiter librement autant d’âneries, mais passons. Elle a pensé à aller promouvoir le transgenrisme auprès des minorités non occidentales, au fait ? Quel fâcheux oubli !

« Elles sont par ailleurs singulièrement ignorantes de l’expérience vécue des personnes trans. »

C’est ici le seul argument des transactivistes : « Oui mais mon ressenti, han, mon ressenti prime sur toute logique, toute raison, tout discours. Parce que c’est mon ressenti et qu’il est sacré, il est au-dessus de tout, vous comprenez ? ». OK, d’accord, je veux bien, mais alors, pourquoi des ressentis différents ou opposés n’auraient-ils pas aussi droit de cité ? Moi aussi, j’aime bien qu’on tienne compte de mes ressentis (par exemple quand on me saoule avec la « culture du viol »). Pourquoi sacraliser un ressenti et pas tous les autres, alors, mmh ?

« Il ne s’agit pas de se maquiller ni de s’habiller « comme une femme » ou « comme un homme », mais de le faire en tant que femme ou en tant qu’homme. »

Alors, non. Non et non. Biologiquement, les trans n’ont pas changé de sexe et tout le monde le sait parfaitement, à commencer par eux-mêmes, que chaque instant de leur nouvelle vie ramène immanquablement à leur sexe de naissance. C’est même tellement obsessionnel et douloureux qu’ils peuvent en perdre la raison et finir par se suicider. Vous aurez beau vous (et les) auto-intoxiquer avec tous vos discours, croyances et auto-enfumages, le réel finit toujours par rappeler ses droits. Les malheureuses jeunes femmes qui transitionnent suite à vos discours manipulateurs et qui, mutilées à vie, le regrettent amèrement (et dont le nombre grandit chaque jour dans tous les pays féministés), le savent très bien, qu’elles n’ont jamais cessé d’appartenir à leur sexe biologique de naissance. Vous gagneriez donc à cesser de mentir et de tromper ces jeunes influençables qui le paieront très cher, trop souvent au prix de leur vie, quand vous, vous resterez confortablement installée à tirer des traites sur vos salades idéologiques du genre.

Sur ce thème, voir notamment cette interview de Pauline Quillon, qui fait le tour de la question :

« Ce que certaines féministes considèrent comme de l’outrance stéréotypée renvoie en réalité à une démarche de coïncidence à soi par laquelle les femmes trans deviennent ce qu’elles sont, des femmes ».

On en arrive ensuite à la bouillie intellectuelle qui tout à la fois lui obscurcit le cerveau et lui offre une rente à vie (sur nos deniers) : la question du corps des femmes, du féminin et de la féminité.

Sur ces sujets, voir notamment :

« Le mot important ici, c’est « féminin », qu’il faut absolument distinguer de « féminité » (c’est-à-dire un ensemble de représentations formatées sur ce que doivent être et demeurer les femmes dans un système patriarcal). »

Voilà. Donc, femme, féminin et féminité n’auraient rien, mais rien à voir. La biologie, la langue, l’anthropologie, l’histoire, la pensée et la culture sont nuls et non avenus et de toutes façons, les femmes (biologiques) n’existent pas, puisque ce mot, tel que nous l’avons toujours compris, n’a plus aucun sens. D’ailleurs, même l’étymologie latine du mot « femme », attestée pourtant depuis 1080, doit elle aussi être rangée dans la poubelle :

« Du latin fēmĭna (« femelle », « femme »). L’étymologie de fēmĭna est obscure :

  1. « celle qui enfante, qui donne la vie », participe moyen substantivé de feo (« produire, enfanter ») qui a donné fetus, fetura, fecundus, fenum, fenus (voir ces mots).
  2. « celle qui allaite », apparenté à filius, fellare (« téter, sucer ») ».

Comme on le voit, le mot « femme » désigne en français un être qui a la particularité d’accoucher (du latin paro, parare, qui donne la « parturiente ») et d’allaiter, spécificité liée à son sexe et consécutive à sa parturition (ce sont les hormones de l’accouchement, les ocytocines, suivies de la prolactine, qui vont déclencher la montée de lait : accoucher et allaiter constituent donc bien un tout anthropologique).  Mais qu’à cela ne tienne ! Les gender feminists, tout à leurs névroses et frustrations, ont tout compris mieux que tout le monde : les femmes biologiques n’existant pas, elles n’ont en aucun cas comme fonction, dans la grande marche de l’humanité, d’accoucher d’enfants ou de les allaiter. D’ailleurs, les enfants sont eux aussi à supprimer (les féministes du genre, ne jouissant que de leurs avortements, sont généralement puérophobes au dernier degré : un amour de la mort et de la disparition qui en dit long sur leur véritable équilibre psychique et philosophique, mais c’est une autre histoire. Je tiens ce féminisme pour une pathologie sociale et mentale, l’autre nom de la dépression féminine, élargie à toute la société, tout simplement).

On l’a bien compris : le néoféminisme est au sens philosophique un nihilisme et au sens individuel un état anxieux, dépressif, voire suicidaire. Ces féministes ne défendent que la solitude, le célibat, l’aigreur, la paranoïa, l’esprit revanchard et l’envie d’en découdre avec l’humanité toute entière (celle qui vit très bien son sexe de naissance et à envie de fonder des familles et de se reproduire). Leur leit-motiv est toujours le même : pourquoi finir seule et aigrie dans son coin quand on pourrait entraîner dans son marasme l’humanité toute entière ? Pourquoi se priver de rendre le monde entier encore plus malheureux et déboussolé que soi-même ?

« Je définis le féminin comme un rapport à soi, aux autres et au monde qui passe nécessairement par le corps, et qui est de ce fait déterminé par lui ».

En contradiction avec ce qui précède, puisqu’elle vient de nous faire comprendre que ce qui définissait depuis toujours la biologie des corps sexués était nul et non avenu. D’aucuns parlent d’ailleurs ici « d’avocat intérieur », lorsque quelqu’un « suit rationnellement des idées jusqu’à leur fin sans prendre le temps de réfléchir si le début était bon. (…) Dans la littérature du management, on appelle ça « l’avocat intérieur », la petit voix qui nous dit de défendre un sujet jusqu’au bout même si on n’a aucune idée de sa véracité ou, pire, si on sait que le sujet est complètement faux (mauvaise foi) » (Christophe P-P).

« Pour être féminin, un corps n’a besoin ni de seins ni de règles, il n’a qu’à éprouver ce rapport si singulier au réel et à l’imaginaire qui passe nécessairement par le corps, c’est-à-dire un rapport placé sous le double signe de l’objectivation et de l’aliénation. »

Charabia qui en affirmant tout et son contraire ne veut plus rien dire du tout (le propre de la « pensée » féministe). Une femme biologique peut se passer de seins développés, certes (ce n’est pas Jane Birkin qui dira le contraire), mais de toutes façons, la taille des seins n’a rien à voir avec leur capacité à allaiter; les petits seins produisant tout autant de lait que les autres, contrairement à une idée reçue (puisque c’est la succion de l’enfant qui déclenche et entretient la lactation quasiment en temps réel). Une femme biologique à la poitrine quasi absente peut donc très bien accoucher et allaiter, ce que Jane Birkin a fait plusieurs fois, il me semble. Par contre une femme (biologique, puisqu’il faut désormais le préciser) qui n’aurait jamais eu de règles tout au long de sa vie serait en grande souffrance, ce que toute personne sensée comprend aisément. Il suffit d’ailleurs de voir les souffrances que provoquent actuellement les dysménorrhées (ou le vaccin Covid, qui perturbe grandement la fertilité de millions de femmes) pour comprendre à quel point celles-ci sont attachées à leurs règles (voir aussi le hashtag #OuSontMesRègles). Toutes les femmes qui prennent quotidiennement des traitements substitutifs de la ménopause à base d’hormones sexuelles – avec les risques de cancers que cela induit – sont elles aussi la démonstration vivante que les femmes de tous âges tiennent à leurs règles. Mme Froidevaux, qui ignore confortablement toutes ces réalités, raconte donc à peu près n’importe quoi.

« Il y a des femmes cisgenres qui n’ont pas de règles, qui n’ont pas d’utérus, qui n’ont pas d’enfants. »

Je viens de le dire, quand elles n’ont pas de règles alors qu’elles sont en âge d’enfanter, les femmes tout court en souffrent terriblement. Quand elles ont subi une hystérectomie aussi. Quant à celles qui n’ont pas d’enfants, malgré l’insupportable propagande féministe puérophobe, la plupart en souffrent intérieurement bien plus qu’elles ne peuvent l’afficher. Et de toutes façons, tout ceci ne fera jamais d’un homme une femme. Ces arguments, qui ne réduisent obsessionnellement la femme qu’à des souffrances, ne valent pas grand chose.

« Exclure les femmes trans au motif qu’elles ne connaissent pas les douleurs des règles ou de l’enfantement, c’est tout simplement stupide. »

Comme si les règles et l’enfantement ne provoquaient que des douleurs… (yeux au ciel). C’est vous qui êtes profondément stupide, réductrice et doloriste, au nom de votre amour de la solitude, de la dépression et de l’autodestruction pour toutes.

« Outre qu’elles subissent les mêmes discriminations et violences que toutes les femmes du fait qu’elles sont considérées comme des corps disponibles », bla bla bla...

Comme si être une femme revenait simplement à « être considérée comme un corps disponible »… (yeux au ciel). Mais quelle misère intellectuelle et philosophique, quelle vision piteuse, dépréciative et réductrice de la vie et de la féminité ; qué pena d’en être toujours à ressasser ces vieilles lunes moisies, après des décennies de féminisme… quelle honte, en fait. Mais qu’espérer d’autre de femmes coupées du monde, de la réalité, de la vie de couple, de la vie amoureuse, de la vie de mère, de la vie tout court ? De femmes qui n’assumeront jamais la responsabilité de leurs choix, tout simplement ? (il s’agit de « l’anomie » dont parle Emmanuel Todd).

[à suivre…]

  • Voir aussi :

[Idéologie] – L’écoféminisme : une imposture intellectuelle sans aucun fondement scientifique

A l’heure du débat de la primaire écologiste, Sandrine Rousseau se revendique de « l’écoféminisme ». Comment cette idée, qui est souvent cantonnée au monde universitaire, est-elle arrivée dans la classe politique ?   

Ci-dessous, mon interview croisée avec Bertrand Vergely sur l’écoféminisme et Sandrine Rousseau, parue dans Atlantico, le 23/09/2021

Atlantico : Sandrine Rousseau se revendique de “l’écoféminisme”. Qu’est-ce qui se cache concrètement derrière ce terme ? Quelle est son histoire ? Dans quel courant intellectuel s’inscrit ce mouvement ?   

Ero Makia : L’« écoféminisme », contraction des mots « écologie » et « féminisme », est avant tout un avatar du féminisme radical (ou « anti-patriarcal », ces deux notions étant synonymes), construit sur le postulat que la « domination masculine » est une donnée anthropologique et historique indiscutable et que « la » femme comme « la » nature sont par essence des victimes des mâles. De fait, il met en œuvre la vision victimaire néo-féministe, inscrivant les actuelles crises environnementales et climatiques, de même que toute l’écologie politique, dans le champ extensible à l’infini de la guerre de sexes et de la lutte contre un « patriarcat » fantasmé.

En considérant que « l’exploitation de la nature » et la « domination masculine » sont une seule et même chose, cette construction de l’esprit offre aux féministes l’occasion rêvée d’étendre leur complainte victimaire à l’histoire et la géographie toutes entières : quels que soient les espaces et les temps considérés, la possibilité d’accuser les mâles de tous les maux est démultipliée, garantissant dès lors une guerre des sexes sans fin et autant d’occasions de réclamer des dommages et intérêts (financiers de préférence) pour tout et son contraire.

Mais ça, c’est seulement la partie visible du programme. Car derrière, ce sont bien le suprémacisme féministe (ou la gynocratie autoritaire) qui sont en embuscade.

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L’écoféminisme reprend à son compte l’approche féministe dite « intersectionnelle », celle qui permet de se poser en victime de toutes les oppressions, réelles ou imaginaires – oppressions de « genre », de classe, de « race », du Nord sur le Sud, de l’homme sur la nature, etc. – afin de leur imputer, de manière tout aussi simpliste que binaire, une origine commune et un coupable universel : le mâle, si possible blanc et occidental. « Je crois en les femmes par leur indignation de genre dans la société, tout comme les personnes noires musulmanes », déclare ainsi Sandrine Rousseau dans une interview pour Backseat (juillet 2021), amalgamant comme il se doit femmes, noirs et musulmans derrière une même bannière victimaire : ce sont également les seuls qu’elle « croit » quasi religieusement.

Si l’histoire du courant écoféministe voit celui-ci naître en France dans les années 1970, il va d’abord se développer dans le monde anglo-saxon, en tant qu’outil politique de revendication sociale, anti-nucléaire, anti-militariste, etc., avant de revenir tout récemment chez nous. Il se développe partout parallèlement à la spiritualité New Age, les deux courants ayant des origines communes et beaucoup de points d’accroche.

Le terme « écoféminisme » se rencontrerait pour la première fois en 1974 dans l’ouvrage de la française Françoise d’Eaubonne, Le féminisme ou la mort, même si celle-ci n’est qu’une des théoriciennes du mouvement et qu’il n’est pas certain qu’elle soit la seule inventrice du concept. D’Eaubonne y développe cette idée simpliste et abusive que « les femmes », comme « la nature », prises comme des entités essentielles, seraient pareillement « victimes de la domination masculine » et que cette exploitation commune proviendrait du « système Mâle », comme elle l’appelle. Le mal par essence est donc bien le « Mâle » avec une majuscule ; histoire de ne pas nommer directement le « Malin ». Car derrière la terminologie d’Eaubonne, parlant de la « possibilité [qu’ont les hommes] d’ensemencer la terre comme les femmes » – une référence implicite au sperme –, on perçoit comme toujours l’éternelle fixation néo-féministe sur le phallus masculin, objet de fascination autant que d’effroi.

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Cette vision simplificatrice, sexiste et misandre de la domination masculine universelle est toujours acceptée sans discussion et sur cette base, l’écoféminisme appelle à une « révolution » écologique et féministe, seule manière possible selon lui de remédier à l’emprise systémique du masculin. La contestation portait initialement sur la surproduction agricole (l’agriculture intensive) et la « sur-reproduction de l’espèce humaine » (la surpopulation), ce qui n’est pas aujourd’hui sans soulever quelques contradictions. Tout à leur positionnement intersectionnel et leur défense aveugle de l’opprimé non-blanc contre la civilisation occidentale, la chute de la fécondité en Occident et son explosion parallèle dans les Suds, menant à un déséquilibre démographique prévisible, ne semblent guère les émouvoir.

Une autre théoricienne de l’écoféminisme est Carolyn Merchant, dont le livre paru en 1980, La Mort de la nature, récemment traduit en français, a eu une grande influence dans la deuxième moitié du XXe siècle aux États-Unis. Merchant y « analyse d’un point vue féministe les liens entre nature, rationalité et progrès », expliquant que « l’asservissement de la nature à des fins productivistes a accompagné celui des femmes, et vice versa », le tout en revisitant l’histoire de l’époque moderne à l’aune du féminisme victimaire et en critiquant les « pères » de la science moderne tels Descartes, Bacon ou Newton – car promouvant la rationalité et la technologie, matières par trop masculines et qui agressent les femmes, assimilées à la « Terre-Mère » – leur corps pénétré par le mâle étant tout un (toujours la même fixation phallique quasi névrotique). Dans la foulée, Merchant explique de manière fantaisiste le phénomène des « bûchers de sorcières », selon une mythologie féministe très éloignée de la réalité historique, mais qui constitue le mythe fondateur des écoféministes. À côté des femmes, ce sont aussi « les noirs et les ouvriers » qui sont considérés comme des « moyens de production ». Les logiques sont toujours les mêmes et le positionnement victimaire anti-rationnel et anti-scientifique récurrent.

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C’est ce que l’on retrouve également sous la plume de Anne-Line Gandon qui rappelle que pour les écoféministes, « la science ayant toujours été exercée par les hommes, elle est essentiellement sexiste ; de plus, n’étant reconnu comme scientifique que ce qui répond aux canons de la vérité occidentale, elle peut se faire l’ambassadrice d’une forme contemporaine de colonialisme ». La science est donc sexiste et colonialiste, on est heureux de l’apprendre. « La science et la technique sont des outils de domination en soi, elles sont les héritières de la philosophie mécaniste des Lumières, qui fait des hommes les « maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes, 1637) », continue-t-elle dans la même veine paranoïaque anti-masculine.

C’est surtout grâce à la conjonction du mouvement #Metoo, des marches pour le climat de 2019 (voir « Réchauffement climatique : la faute des mâles ? »,) et de la propagande écoféministe de Greta Thunberg que le mouvement s’implante véritablement en France – et que Sandrine Rousseau s’y convertit opportunément, essayant au passage d’en faire le cœur de la matrice idéologique de l’extrême gauche écologiste. Le 29 novembre 2019, Greta Thunberg annonçait en personne le futur programme de Sandrine Rousseau : « Le système d’oppression patriarcal, colonialiste et raciste a créé et alimenté la crise climatique. Nous devons le démanteler ». Tout y figurait, du gauchisme au racialisme, en passant par le victimisme et la lutte contre l’Occident.

Pour ce qui est du courant intellectuel auquel il se rattache, l’écoféminisme s’inscrit, comme tous les développements du féminisme radical et anti-patriarcal, dans les suites du marxisme révolutionnaire et anti-capitaliste ; un positionnement naturellement très à gauche, renforcé ici par l’habituelle réécriture de l’histoire et de l’anthropologie propre au féminisme victimaire, lequel s’attache autant que possible à faire remonter son oppression universelle au Paléolithique (il lui est difficile de remonter plus haut). Selon d’Eaubonne (1974), l’écoféminisme ne vise pas moins que « la disparition du salariat, des hiérarchies compétitives et de la famille. Il faut donc refonder la société sur des bases neuves, et cela commence par le renversement des systèmes productifs et reproductifs gérés par les « Mâles » (Anne-Line Gandon). Tout un programme, on vous dit.

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Sandrine Rousseau s’inscrit pleinement dans cette idéologie quand, le 2 février dernier, dans les colonnes du Figaro, elle déroule son crédo : « L’écologie et le féminisme ont le même ADN. Il faut déconstruire le rapport de domination de l’humain sur la nature, comme celui de l’homme sur la femme, incarné par le patriarcat ». On lève d’autant les yeux au ciel qu’elle est l’incarnation même de la bourgeoise blanche citadine favorisée et carriériste (certains disent même arriviste), cumulant les prébendes et les postes honorifiques. La complainte des maîtres de conférences vice-présidentes d’université « opprimées par le blantriarcat » me font toujours beaucoup sourire. Quant à ses mantras sur la « déconstruction » du mâle (« Je vis avec un homme déconstruit et j’en suis hyper heureuse », LCI, 22/09/21), ils ne sont que l’expression à peine dissimulée de son autoritarisme et de sa tentation suprématiste.

« Remplie de colère », « pétrie de radicalité » et d’émotions impérieuses, Sandrine Rousseau incarne la posture écoféministe par excellence : « Tout notre système économique, social et sociétal est fondé sur le triptyque : nous prenons, nous utilisons et nous jetons. Le corps des femmes, le corps des racisés. Nous ne voulons plus ça et c’est ça la révolution que je vous propose ! Pour cela il faudra du courage politique. Et du courage, j’en ai. De la colère, j’en suis remplie. De la radicalité, j’en suis pétrie ! » (Poitiers, le 20/08/2021).

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On ne peut pas ne pas rappeler à la suite de cela son fameux manifeste misandre anti-rationnel – elle qui « préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR (des réacteurs nucléaires » –, tant il illustre à la perfection son courant idéologique. L’écoféminisme a été à juste titre dénoncé comme une idéologie binaire et réductrice, essentialisant les femmes à grands coups de « féminin sacré », de Terre-Mère, d’« énergies », de pensée magique, de mantras, visions, sensations et autres règnes de l’émotion et de l’intuition – sans oublier l’irrationnalité et le narcissisme exacerbé qui les accompagnent ordinairement ; toutes choses qui s’opposent frontalement aux revendications du féminisme universaliste dont les luttes portaient – jusqu’à l’excès, avec l’idéologie du genre – sur le rejet de toute différence des sexes.

Bertrand Vergely : Comme son nom l’indique l’écoféminisme est le résultat de la rencontre entre l’écologie et le féminisme. Afin de comprendre ce phénomène idéologique qui est en train de prendre de l’ampleur il importe de distinguer trois écoféminismes.

Le premier écoféminisme renvoie à la plus haute spiritualité qui soit. L’écologie est, comme son nom l’indique, la science de la maison, oïkos voulant dire en grec la maison. La maison est ce qui se passe quand l’existence est habitée par l’être, l’être étant la réalité fondamentale qui a été, qui est et qui sera. La femme incarne à travers le féminin la réceptivité fondamentale. Être dans un écoféminisme veut donc dire être dans la réceptivité fondamentale de l’être.

Philosophiquement, c’est le taoïsme qui incarne l’écoféminisme créateur. Toute chose procédant de l’être, toute chose est habitée par un principe harmonieux. Ce principe harmonieux se retrouve dans la relation harmonieuse qu’il peut y avoir entre ces polarités dynamiquement opposées que sont le masculin et le féminin. Être ainsi écoféministe consiste à être habité par l’harmonie en désirant que tout puisse connaître cette harmonie.

L’éco-féminisme procède par ailleurs d’un certain nombre de combats politiques menés pour protéger l’environnement face aux ravages provoqués par la violence économique et pour protéger les femmes qui subissent toutes sortes de violences. On n’a pas toujours parlé de la violence que subit la nature ou que subissent les femmes. L’écoféminisme est né de la libération de la parole à propos de ces violences. Le féminisme et l’écologie existant depuis quelques décennies, il était inévitable qu’à un moment ou un autre ceux-ci se rassemblent  au sein de ce qu’il est convenu d’appeler une convergence des luttes.

Enfin, il y a dans l’écoféminisme un certain désarroi idéologique. Suite à l’effondrement du communisme, la gauche qui était marxiste ne l’a plus été. Alors qu’auparavant, elle croyait au rôle moteur de la classe ouvrière afin de changer l’histoire, elle n’y croit plus. Comme elle n’y croit plus et qu’il faut bien remplacer la classe ouvrière, elle s’appuie sur les forces sociales et politiques du moment représentées par les Verts et le féminisme. Il s’agit là d’une transformation idéologique majeure. Lorsque la classe ouvrière incarnait l’avenir de l’humanité, il y avait une force sociale organisée en l’occurrence la classe ouvrière organisée en classe. Avec l’écoféminisme, ce n’est plus une classe qui organise l’avenir mais un mouvement aux contours mal définis, l’écologie comprenant plusieurs écologies et le féminisme plusieurs féminismes. Cette confusion liée au passage de la classe au mouvement se retrouve dans la contradiction de fond qui traverse ce mouvement. D’un côté l’écoféminisme entend défendre la nature ainsi que les femmes, d’un autre il y a en lui tout un courant dénonçant le mythe de la nature et de la femme. Résultat : ce mouvement ne sait pas très bien où il en est, la défense de la nature et de la femme ayant du mal à s’accorder avec ce qui entend dénoncer les illusions idéologiques charriées par ces notions.

Selon l’écrivaine française Françoise d’Eaubonne porteuse de la thèse, l’écoféminisme repose sur l’idée que l’exploitation de la nature et des femmes participent d’une même logique. Lier ces deux notions a-t-il un réel sens historique ?   

Ero Makia : En tant que postulat féministe radical et anti-patriarcal, l’écoféminisme repose davantage sur l’habituelle idéologie victimaire militante que sur des bases étayées scientifiquement. Françoise d’Eaubonne confondait ainsi allègrement la femme avec la nature, comme si les deux notions se superposaient en tous points – ouvrant en cela la voie aux critiques sur « l’essentialisation » des femmes : « Le rapport de l’homme à la nature est plus que jamais, celui de l’homme à la femme » écrivait-elle en 1978. Comme le glose Anne-Line Gandon (article cité), « La destruction de la nature n’est donc pas imputable à l’ensemble de l’humanité, mais aux hommes, qui ont construit une civilisation sexiste et scientiste et, plus largement, une société de domination » – autant d’affirmations gratuites et misandres. Comme elle l’écrit de manière tout aussi manichéenne, d’Eaubonne opposait arbitrairement « des valeurs de destruction masculines et des valeurs de vie féminines » : « Oui l’addition va être lourde, dans un monde sexiste où l’homme s’était réduit et identifié au Masculin destructeur pour laisser à la femme le Féminin conservateur, il avait cru investir dans la création des techniques ses forces d’agressivité et de destruction […] » (D’Eaubonne, 1972 : 353-354). Le monde est si simple à comprendre quand on est féministe : « la femme » conserve et « l’homme » détruit…

Françoise d’Eaubonne reprend également à son compte l’autre mythologie féministe sur les sociétés primitives « matriarcales » et les « sociétés d’amazones » gynocratiques prétendument égalitaires et exemptes de tout « patriarcat » ; un âge d’or fantasmé au cours duquel les femmes auraient eu, « aux premiers temps de la sédentarisation », la maîtrise de leur corps et de leur fertilité ; élucubrations jamais étayées et même balayées depuis longtemps. Tout comme lorsqu’elle dénonce, en 1999 dans un ouvrage éponyme, « le sexocide des sorcières perpétré par l’Inquisition » – une affabulation qui remonte à Jules Michelet (La Sorcière, 1862) et que Mona Chollet nous ressert toujours en 2018 (Sorcières, La puissance invaincue des femmes). Elle parle également, entre hommes et femmes, d’une « guerre de civilisation », encore un fantasme qui n’est que le ferment de haine et de division que l’écoféminisme s’emploie à installer entre les sexes.

Bertrand Vergely : Au 19ème siècle Engels a écrit un ouvrage intitulé L’origine de la famille, de la propriété et de l’État afin de montrer que le capitalisme qui opprime les peuples par la propriété et l’État l’opprime par la famille. Il a ainsi rêvé d’un monde où il n’y aurait plus rien qu’une grande fraternité délivrée de l’État, de la propriété et de la famille.

L’écoféminisme est idéologiquement une émanation du marxisme et de Engels. Concrètement, il se heurte à des difficultés majeures. Historiquement d’abord, en supprimant la famille le communisme n’a pas libéré les hommes et les femmes. Il a fait de ceux-ci les choses de l’État en les exploitant de façon éhontée.  

Par ailleurs, une chose est de penser que l’exploitation vient du capitalisme et une autre du sexe masculin.  Lorsque l’on fait du capitalisme la source de l’exploitation, on se situe dans l’histoire pas dans la nature. Quand on fait du masculin la source de l’exploitation, on se situe dans la nature et non dans l’histoire. On peut penser libérer l’humanité de l’exploitation en en finissant avec le capitalisme. En rêvant, la chose est possible. C’est ce qu’a fait le communisme. C’est ce que continue de faire le rêve communiste. Avec le masculin comme source de l’exploitation, il en va autrement.

Si l’écoféminisme entend abolir l’exploitation, il va devoir en finir avec le masculin. Pour en finir avec lui, seule une dictature féroce y parviendra. On ne sera plus alors dans le rêve mais dans le cauchemar. Avec la théorie du genre, un pas a été effectué dans cette direction. Pas pour le moins problématique. Lorsque la théorie du genre supprime la notion de masculin, elle est obligée de supprimer celle du féminin. Alors que l’on entend défendre la femme et les femmes, c’est quelque peu gênant.

Cette relation entre écologie et féminisme s’appuie-t-elle sur des fondements scientifiques et des données universitaires ?    

Ero Makia : Si l’écoféminisme est un phénomène typiquement intellectuel et universitaire dans ses origines, cela ne veut pas dire pour autant qu’il soit scientifique ou étayé par les faits. Comme toute forme de féminisme radical et anti-patriarcal – les fameuses « gender studies », « queer studies », « postcolonial studies » et autres « grievance studies » (« études geignardes ») dont les universités regorgent –, il ne repose en général que sur du discours, des raisonnements circulaires et une réécriture militante d’un passé fantasmé.

L’écoféminisme opère actuellement une entrée en force dans tous les secteurs de l’université française, des sciences humaines jusqu’à la biologie, sans que personne ne questionne jamais ses fondements épistémologiques – alors même que son positionnement idéologique et militant saute aux yeux. Ce sont essentiellement des femmes universitaires qui s’en font les hérauts, confondant tranquillement recherche et militantisme, comme en témoigne par exemple ce sujet de thèse en préparation, relevé dans le récent rapport de l’Observatoire du décolonialisme: « Un écoféminisme autochtone : représentations, discours et cosmologies animalistes décoloniales » et dont voici le résumé : « Cette thèse aura pour but d’explorer les liens entre deux groupes multiminorisés, les femmes autochtones vivant au Canada et les animaux avec qui elles vivent. (…) Cette thèse se développera dans un cadre de pensée écoféministe, c’est à dire qu’elle mettra en valeur l’assujettissement du vivant en général au nom d’une même domination, celle du patriarcat capitaliste et colonial » Domination, patriarcat, capitalisme, colonialisme, tous les mots-valises à la mode sont enfilés comme des perles…

Bertrand Vergely : En théorie, l’écoféminisme repose sur la sociologie marxiste faisant du capitalisme la cause de l’exploitation économique de l’humanité et de la violence exercée à l’encontre des femmes. Dans la pratique, il s’agit là d’une sociologie impossible.

Si le capitalisme est censé être capitaliste parce qu’il est sexiste, la thèse marxiste de la cause économique de l’exploitation s’écroule. Si le sexisme est sexiste parce qu’il est capitaliste, la thèse féministe du sexisme comme cause de l’exploitation s’écroule également. L’idéal serait qu’une théorie générale de l’exploitation existe en faisant cohabiter la cause économique de l’exploitation avec la cause sexiste. Une telle théorie est impossible. D’où l’absence de reconnaissance scientifique et universitaire de l’écoféminisme, les scientifiques et les universitaires préférant faire de la sociologie économique pour comprendre l’origine de l’exploitation et laisser au féminisme le soin d’être un mouvement protestataire au nom de la défense du droit des femmes.

Comment une telle thèse qui est souvent cantonnée au monde universitaire arrive-t-elle dans la bouche des politiques ?    

Ero Makia : Quand Sandrine Rousseau, reprenant les idées d’Eaubonne déclare que : « On est aujourd’hui dans une forme de prédation : on prend, on utilise, on jette. On prend, on utilise le corps des femmes, quand on les viole et quand on les agresse. On prend, on utilise, on jette la nature, quand on exploite des ressources et quand on salit les océans à coups de plastique », elle déroule une rhétorique féminisme bien rodée, articulée sur la prétendue « culture du viol ».

Car pour la néo-féministe, tout est viol et tout doit être rapporté au viol, toujours, partout, tout le temps. Le mâle étant un violeur par essence, il viole la femme, la nature, le monde, absolument tout ; c’est une loi quasi naturelle. Comme le philosophe Warren Shibles le résumait en 2002 dans son livre Humor Reference Guide: A Comprehensive Classification and Analysis, « tout voir en termes de victimisation, d’esclavage, d’oppression, de harcèlement sexuel et de viol » est ce qui constitue le cœur de la matrice néo-féministe. Et Sandrine Rousseau est de ces féministes qui fondent l’intégralité de leur carrière politique – quand elles ne tirent pas des traites à vie – sur le concept de « viol », réel ou imaginaire, parfois jusqu’au délire pseudo-paranoïaque : « Tout, dans notre système économique, social et environnemental, est fondé sur la prédation », déclare-t-elle sans ambages, comme si c’était aussi simple. La « culture du viol » est une source inépuisable d’éléments de langage politique auquel il suffit ensuite de donner une vague tournure programmatique, et pas seulement chez les écoféministes.

Bertrand Vergely : Le politique qui a besoin de se faire élire est habile. Afin d’être en phase avec la société, il va glaner ici et là des bribes de théories qu’il va replacer dans ses discours en se gardant toutefois d’apparaître comme un idéologue. Être un idéologue inquiétant la société, il va être pratique en laissant aux universitaires le soin de théoriser. Se faisant le défenseur de tous les droits, que ce soit les droits économiques ou bien encore les droits humains, il va ici et là combiner un peu de marxisme avec un peu de féminisme et un peu de féminisme avec un peu de marxisme. Aujourd’hui, on en voit les résultats.

De l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par le centre et les partis traditionnels de gauche et de droite, tout le monde est écologiste et tout le monde est féministe. Tout le monde va se servir dans l’écoféminisme afin de faire sa propre cuisine électorale en se gardant bien d’être écoféministe. De sorte que l’écoféminisme se retrouve face au paradoxe consistant à perdre parce qu’il gagne.

Plus ses thèmes se répandent dans la société, plus il gagne. Plus il gagne, plus il perd, personne à part une minorité militante ne désirant que l’écoféminisme triomphe, Tout le monde voulant être à la mode et tout le monde soupçonnant que l’écoféminisme sera une dictature s’il se réalise, tout le monde est écoféministe sans l’être.

Comme toute thèse radicale, l’écoféminisme veut trouver un idéal. Est-il réellement applicable dans le monde tel que l’on connaît ? Voyons-nous par ce biais les limites du discours de Sandrine Rousseau ?  

Ero Makia : L’écoféminisme est en soi une utopie et il s’est longtemps revendiqué et accepté comme tel – même si toutes ses chapelles ne sont pas aussi radicales et agressives que ces récentes manifestations médiatiques. Les observateurs sont cependant nombreux à relever que la radicalité affichée par Sandrine Rousseau peut difficilement s’inscrire dans une logique d’État et que de ce fait, elle se ferme automatiquement des portes.

Et comment, ajouterions-nous, un idéal politique pourrait-il se fonder durablement sur une haine revancharde et suprématiste envers un pan entier de l’humanité ? L’écoféminisme, qui sépare l’humanité entre le groupe des prédateurs (l’homme blanc) et celui de ses victimes (le reste de l’univers) n’a rien de l’idéal émancipateur et égalitaire qu’il revendique. Le bonheur égalitaire des sexes ne peut se bâtir sur une mise en accusation permanente, caricaturale et simpliste du sexe masculin. L’écologie politique elle-même ne peut prétendre prospérer très longtemps sur un féminisme haineux et méprisant envers la civilisation qui l’a vu naître. S’il remporte actuellement quelques batailles ponctuelles ou opportunes, le retour de bâton ne pourra être que cuisant, car au jeu de la mauvaise guerre des sexes, les femmes ne sont pas toujours gagnantes, loin s’en faut.

L’un des principaux reproches faits à l’écoféminisme est d’assimiler les femmes à la nature, un moyen efficace pour lui d’accabler les hommes de manière exponentielle, mais qui prête le flanc à des réductions essentialistes vues comme autant de régressions idéologiques. Cette critique vient des féministes elles-mêmes, qui craignent d’être renvoyées à leur foyer ou à la fonction maternelle lorsqu’elles entendent les écoféministes demander à ce que le travail « invisibilisé » des femmes à la maison soit revalorisé – et l’on touche ici à l’une des contradictions majeures du féminisme en général. Les écoféministes militent pour revaloriser le travail domestique féminin, quand les universalistes, dans la lignée de Simone de Beauvoir, considèrent que tout rôle féminin genré, particulièrement le soin des enfants, est un asservissement et une aliénation incompatibles avec une émancipation qui ne passerait que par l’imitation servile des hommes. Les deux chapelles féministes communient cependant dans la détestation de tout ce qui est imputable au « patriarcat » – au lieu de célébrer les progrès technologiques qu’elles lui doivent, à commencer par les machines à laver le linge ou la vaisselle.

Les contradictions écoféministes sont nombreuses, quand elles exigent d’un côté la contraception tout en la dénonçant de l’autre (à propos des essais cliniques sur les femmes). Elles célèbrent l’avortement d’un côté, mais dénoncent l’élimination des fœtus de sexe féminin de l’autre. Et naturellement, la question de l’infanticide, quand l’auteur est une femme, reste un angle mort (70% des infanticides sont le fait des femmes). Comment la douce Gaïa, si attachée à la « conservation », peut-elle donc aussi naturellement trucider ses enfants ?

Dans les programmes politiques, l’écoféminisme semble pour l’instant se résumer davantage à du bavardage et de la propagande électoraliste qu’à des mesures concrètes – de toutes façons, comment mettre en place des mesures discriminatoires et sexistes à l’encontre des hommes sans susciter une levée justifiée de boucliers ? La tentation misandre est pourtant un leit-motiv chez les écoféministes, illustrée crûment en France par la collaboration de Sandrine Rousseau avec Alice Coffin : « Il ne suffit pas de nous entraider, il faut, à notre tour, les éliminer », écrivait celle-ci à propos des hommes dans Le génie lesbien (2020). Alerte rouge, donc.

Le discours écoféministe de la rue, mêlant la puérilité à la stupidité (« Enculez-moi plutôt que le climat », scandaient en 2019 des post-adolescentes en débine) se voit difficilement mettre en œuvre ; et ce ne sont pas ces slogans idiots qui risquent de changer quoi que ce soit à la marche du monde (cela ferait même plutôt rire grassement le « patriarcat », pour autant que ce dernier existe encore dans nos contrées).

Rappelons également que le changement climatique n’a rien d’un complot des hommes contre les femmes et que chaque sexe souffre à égalité du dérèglement climatique et de l’exploitation des ressources naturelles. Les féministes occidentales, du haut de leurs vociférations, oublient même souvent qu’elles sont les principales bénéficiaires de cette exploitation – par exemple les féministes universitaires qui sautent d’avion en avion, entre leurs colloques et leurs week-ends à l’étranger, et qui de fait ont une empreinte carbone bien supérieure à celle de l’homme blanc déclassé qui lui ne prend jamais l’avion, faute de moyens économiques.

Plus largement, la posture victimaire au carré ou au cube de l’écoféministe intersectionnelle reste délibérément aveugle au partage réel des pouvoirs entre hommes et femmes, partage qui existe depuis toujours : les femmes ont toujours exercé et exerceront toujours un ascendant puissant sur les hommes. Une réalité que seules les féministes continuent – ou feignent – d’ignorer afin de mieux pousser leur agenda.

Bertrand Vergely : Depuis des décennies, la caractéristique de l’extrême gauche consiste à  donner l’impression de vouloir le pouvoir alors qu’en réalité elle veut non pas le pouvoir mais l’opposition. Il en est de même de même avec l’écoféminisme. Celui-ci donne l’impression de vouloir le pouvoir alors qu’en réalité seule l’opposition l’intéresse Il y a une raison à ce paradoxe.

L’extrême gauche comme l’écoféminisme poursuivent le même but. Ils veulent avoir idéologiquement raison. C’est la pensée qui les préoccupe. Quand on est de gauche, on aime avoir raison et on souffre de ne pas être reconnu comme étant celui qui a raison. Tout donne à penser que l’écoféminisme va connaître le même parcours que l’extrême gauche. Souhaitant avoir raison, il va donner l’impression de vouloir le pouvoir, alors qu’en réalité il ne voudra qu’une chose : être dans l’opposition afin d’avoir le monopole de la protestation prophétique.   

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[Déshumanisation] – Avortement et féminisme anti-maternité

J’avais évité jusque-là de parler d’avortement, puisque c’est un sujet aussi complexe qu’hautement clivant. Mais comme l’actualité vient de faire déferler la question sur toutes le chaines d’info et tous les réseaux sociaux, je n’ai pu y échapper, ni manquer de réagir. C’est la photo ci-dessus, prise tout récemment lors d’une manif pro-IVG, qui a constitué le point de départ de ma réaction. Une photo que j’ai d’abord soupçonnée d’être un montage anti-IVG cherchant à caricaturer salement les féministes, tellement son ignominie m’a interloquée. Mais que nenni, une petite recherche m’a vite démontré qu’elle était bien réelle et qu’elle ne posait même aucun problème (c’est CNN qui la publie dans un article du 26 juin dernier). S’il y en a qui ne comprendraient pas l’anglais, cette mère d’un fœtus à terme, donc viable depuis plus de 4 mois, nous apprend que « ce n’est pas encore un être humain ». Ben voyons !

Féminisme abortif et sortie de l’humanité (26 juin 2022)

Je ne sais pas s’il est possible de tomber plus bas dans le féminisme anti-maternité et dans l’abjection. Je crains que oui, malheureusement, puisque cette idéologie n’en finit jamais d’entraîner le monde hors de l’humanité, dans les tréfonds d’une bêtise et d’une névrose partout portées en bandoulière. Que le féminisme ne soit plus qu’un trouble du comportement ou une psychopathologie devrait alerter quiconque voit cette photo. Tout ceci m’inspire donc quelques réflexions que je vais essayer de synthétiser.

  • Concernant la dépénalisation de l’avortement, je suis intégralement alignée sur le très beau discours de Simone Veil qui prenait acte du réel (les femmes supprimeront toujours leurs embryons, quitte à y laisser leur vie ou leur santé), mais qui le présentait pour ce qu’il est : un acte pas très reluisant qui ne devrait intervenir qu’en dernière extrémité. J’en rappelle cet extrait :

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »— Simone Veil, Discours de présentation du projet de loi devant l’Assemblée nationale, le 26 novembre 1974.

  • Comment Simone Veil ne se retournerait-elle pas dans sa tombe en voyant cette photo, elle qui a traversé les camps de la mort et vécu en personne la barbarie de la déshumanisation ? En réalisant à quel point l’esprit de sa loi a été subverti, piétiné, dévoyé par ces féministes perverses qui ne l’utilisent que pour afficher leur haine de la maternité, leur rage assassine et leur jouissance à dénier toute humanité à leurs futurs enfants ?
  • Il me semble que toute personne un peu évoluée devrait être en mesure de comprendre qu’un enfant en formation ou en devenir est déjà un enfant et que le traiter de « tas de cellules » révèle surtout que l’on n’est soi-même qu’un tas de merde (ou pas grand chose de plus). Tout le monde peut comprendre qu’il s’agit de supprimer ou de tuer un être vivant – mais il faut bien protéger les fragiles femmes qui n’assumeraient pas de se voir coller l’étiquette de meurtrières. Il faut savoir que le nombre des avortements est toujours exactement le même que celui des infanticides sous l’ancien régimecar les femmes ont toujours, TOUJOURS, supprimé une partie de leur progéniture. Grâce aux progrès de la médecine, elles interviennent simplement aujourd’hui quelques mois en amont de ce qu’elles auraient fait par le passé.
  • La violence féminine et maternelle est une réalité anthropologique majeure – mais toujours balayée sous le tapis. Le « syndrome du bébé secoué » est encore aujourd’hui un euphémisme pour parler d’un infanticide, paternel aussi bien que maternel, puisque les mères sont aussi maltraitantes envers leurs enfants que les pères (c’est du 50/50 selon les chiffres et elles tuent même davantage leurs bébés). Car l’infanticide est LE crime féminin par excellence depuis l’aube de l’humanité.
  • C’est parce que Simone Veil avait compris tout cela qu’elle a défendu cette loi afin que des femmes puissent se débarrasser de leurs embryons dans des conditions plus safe. Mais jamais elle n’aurait encouragé les femmes à avorter pour un oui ou pour un non.
  • Je ne remets donc pas en question cette loi car je suis aussi réaliste qu’elle : je sais que rien n’empêchera jamais une femme d’avorter, quelles qu’en soient les conditions et les conséquences. Et je ne pars jamais en guerre contre le réel.
  • Mais je suis pour qu’on ne minimise pas et qu’on ne banalise pas cet acte, car sa légalisation ne lui retire rien de son caractère traumatique (pour la mère comme pour l’enfant, contrairement à ce que prétendent les féministes), ou de son caractère choquant quand il est pratiqué, comme aux USA ou au Canada, jusqu’au 9e mois de grossesse – ou même en France, où l’on pratique désormais des IMG à terme pour « détresse psychologique » (un fourre-tout bien pratique dans lequel on peut mettre tout ce qui arrange).

Mon problème se situe, comme toujours, avec le discours féministe qui en a fait un totem et un signe de ralliement et qui déroule inlassablement ses mises en scène sordides et ses postures cruelles et détachées, comme dans l’exemple de cette photo. Et que personne n’ose critiquer – je n’ai vu passer aucun article de presse exprimant la moindre gène vis-à-vis de cette photo qui a pourtant circulé tout le week-end sur les réseaux sociaux. Alors qu’une pauvre petite pancarte anti-IVG parfaitement anodine met en émoi les chiens de garde de la gauche abortive – preuve s’il en était que non seulement, l’idéologie féministe terrorise tout le monde, mais que son fanatisme délirant ne supporte pas le moindre cheveu qui dépasse. Par contre, pour cette immonde photo féminazie, personne ne moufte. D’où cet article.

L’enfant de son père n’est ni « ton corps » ni « ton choix« 

Des polémiques auxquelles j’ai participé ces derniers jours sur Facebook, je retiendrai pour l’instant ces quelques éléments :

  • L’avortement devrait toujours prendre en compte les deux parents, et même les ascendants vivants, car il s’agit de leur descendance directe : certaines familles, dont c’était la seule possibilité d’avoir une descendance peuvent s’en voir définitivement privées de cette manière. Les occidentaux font de moins en moins d’enfants et beaucoup d’enfants uniques ne se reproduisent pas. Je vois autour de moi de plus en plus de maisons vides et abandonnées, ou dont on ne sait que faire, faute d’héritiers. Et partout, des villages et des hameaux qui se désertifient, avec leurs maisons en cours de délabrement et des branches familiales entières qui disparaissent en silence, les unes après les autres. Je ne compte plus mes amis d’enfance qui n’ont pas eu d’enfants, ni leurs frères et sœurs, et dont les parents n’auront donc aucun petit-enfant. Je semble être la seule que cela attriste profondément. Comme la nature a horreur du vide, non seulement des squatteurs, des zadistes, mais d’autres populations investiront tôt au tard ces anciens lieux de vie. Pourquoi pas, après tout… c’est un choix, mais il faut savoir l’assumer et ne pas venir pleurer. Évidemment, l’avortement n’est pas la seule cause à cela. La dénatalité et ses conséquences sont un problème bien plus vaste (mais réel), dont l’avortement n’est qu’un des aspects.
  • L’avortement féministe égocentrique (« Mon corps, mon choix ») est une ineptie. Un enfant n’est pas un organe appartenant à sa mère. Le corps de celle-ci n’est que le véhicule provisoire de cet être indépendant d’elle – puisque la biologie humaine est ainsi faite et qu’il faut bien s’en accommoder. Respecter l’absolue altérité de son enfant me semble être un minimum philosophique et humain (mais je sais que c’est trop demander à des féministes affligées d’incurables troubles narcissiques).
  • De la même manière qu’un homme ne devrait jamais obliger une femme à avorter (curieusement, on n’entend pas tellement les féministes là-dessus, alors que les pressions pour avorter viennent souvent des pères), une femme ne devrait jamais priver arbitrairement un père de sa descendance quand celui-ci y est fermement opposé. Or ces cas existent aussi, si j’en crois mes contacts Facebook. J’invite donc ces pères floués et trahis à se constituer en groupes de défense, à prendre des avocats et faire valoir leurs droits à la paternité – histoire de contrer un peu la toute-puissance féministe (*).

Quand l’enfant – non désiré – paraît

L’argument sans cesse rebattu pour avorter est généralement assez léger – en tout cas très éloigné des « situations sans issue » de la loi Veil : « Ce n’est pas le bon moment », « je ne suis pas prête », « je veux programmer mon projet parental » (han). Je voudrais donc dire un mot sur ces discours récurrents. Comme mon opinion semble toujours aller à contre-courant du discours dominant – ce qui ne laisse jamais de me surprendre, puisque mes idées me semblent toujours frappées au coin du bon sens –, je vais donc les exprimer à nouveau ; pour que ce point de vue circule et qui sait, en inspire d’autres qui le prolongeront et l’enrichiront. Et pour qu’on ne subisse pas que l’insupportable doxa féministe qui nous bassine jour et nuit.

La libération des mœurs, le féminisme tout-puissant et la domination des femmes sur leur procréation (contraception et avortement banalisés) ont modifié en profondeur leur rapport à l’enfant. Les femmes – comme les hommes, d’ailleurs, qui ont tout autant profité de cette situation – peuvent aujourd’hui dire à tout moment : « Je ne veux qu’un enfant désiré et planifié » et partant de là, avorter et attendre une meilleure fenêtre à leurs yeux pour procréer. Sauf que, en contradiction avec ces pieux calculs, le réel leur joue souvent de bien vilains tours (par exemple quand l’endométriose s’invite et que passé la trentaine, la machine se grippe définitivement, laissant la femme stérile avec ses yeux pour pleurer). Pour rester sur un autre plan, je cite ici le commentaire, comme toujours lumineux, d’une de mes amies Facebook :

  • « En réalité c’est la notion même « d’enfant désiré » qui est ridicule, incorrecte et perverse. On ne peut pas aimer celui qu’on ne connaît pas encore, on peut simplement accepter sa présence. Je ne compte plus le nombre de fratries où celui ou celle qui a failli être avorté, ou simplement qui est arrivé par surprise, devient le préféré des parents, parfois au détriment des autres membres de la fratrie qui ont eu le malheur d’être planifiés. C’est absurde d’aimer des enfants avant qu’ils n’existent, car ce « désir » n’est qu’une projection nombriliste qui met une charge inutile et toxique sur le dos de l’enfant, forcé de porter malgré lui les rêves et les déceptions des parents. Pour aimer, pas besoin de cet onanisme intellectuel, qui fait partie des déchets que le féminisme a semé partout : il suffit de se respecter soi-même et d’aimer la vie. Le reste vient tout seul. » (IA)

Comment mieux dire les choses ? J’avais exprimé des idées similaires en repensant à mes grands-parents et aux gens de leur époque qui procréaient sans planifier, comme la totalité de l’humanité depuis toujours, qui accueillait comme elle le pouvait les enfants qui voulaient bien venir quand ça leur chantait. Comme quand ce n’était pas le nombrilisme victimaire des féministes capricieuses – et au final jamais contentes – qui était au pouvoir, les mères APPRENAIENT à aimer leurs enfants quand ils arrivaient par la force des choses ; de même que leur conjoint, d’ailleurs, dont elles apprenaient à faire leur meilleur ami pour élever leurs enfants, au lieu d’attendre passivement le prince charmant idéal, qui finit immanquablement par être leur chat.

Je re-cite enfin cette jolie formule d’Ingrid Riocreux, qui va dans le même sens : « Qu’il est bon, à l’inverse – et quel sentiment de liberté, quelle force vitale on puise en cette contingence – d’avoir surgi dans un monde qui ne vous attendait pas et de ne devoir sa vie à la volonté planificatrice de personne ! » (« Le “désir d’enfant” et ses dérives » (Causeur, 19/04/21).

Ceci pour dire qu’on a pas gagné grand chose avec le narcissisme féministe, sinon des femmes toujours plus capricieuses, rageuses, amères et dépressives.

  • Aux barbares arriérés qui prétendraient, comme la féminazie de la photo, que les fœtus ne sont pas des êtres humains et n’ont donc aucun droit (j’ai hélas croisé de ces spécimens déshumanisés sur Facebook), je rappelle que les bébés nés avant terme lors d’IMG ont droit en France, depuis 2008, à une inscription à l’état civil, à des obsèques et à l’ouverture d’un congé maternité. Il s’agit donc pleinement d’humains et leur décès est toujours une tragédie dont leur mère ne se remet jamais totalement.
  • Je terminerai ce rapide billet, forcément incomplet, par cet étonnement : les mêmes féministes qui hurlent au viol pour un toucher vaginal lors d’un examen gynécologique ou qui nous sortent leurs tirades véganes devant leurs plants de carottes (« Haaan, je ne veux pas d’œufs dans mon alimentation, c’est trop de la souffrance animale, gnéé »), n’ont soudain plus aucun problème pour enchaîner des curetages autrement plus sanguinaires, dès lors qu’il s’agit d’êtres humains. Comme quoi elles sont moins douillettes qu’elles le prétendent et font moins la fine bouche devant les speculums et les scalpels quand ça les arrange…

[à suivre…]

(*) Je reçois ce témoignage, suite à mon encouragement auprès des pères à porter le préjudice subi en justice :

  • « Au sujet de ce passage : L’enfant de son père n’est ni « ton corps » ni « ton choix ». C’est hélas ce qui m’est arrivé l’année dernière. Je vous avais écrit un mail à ce sujet il y a quelques semaines. Mon ex-compagne m’avait demandé un enfant, puis elle l’a laissé grandir en elle pendant 3 mois. Soudainement prise en charge par le corps médical, j’ai été tenu à l’écart, elle s’est finalement fait avorter dans mon dos et ne m’a jamais donné d’explications. Je n’ai même pas été invité à l’échographie. J’ai contacté l’Hôpital qui m’a répondu par des menaces judiciaires. Sous le choc pendant 6 mois, je me démène depuis pour intenter – et autant que faire se peut – une action judiciaire. C’est fait, j’ai mis le temps, mais je viens de faire assigner l’Hôpital et l’État. J’ai fait des recherches avec mon avocat et des précédents existent. Je suis en train de m’adjoindre l’aide de plusieurs associations compétentes. Cela ne donnera rien, mais aura le mérite d’exister. À terme (CA, puis CE, enfin CEDH), je serai condamné pour procédure abusive. Il sera alors temps de faire ce que vous dites ici : « J’invite donc ces pères floués et trahis à se constituer en groupes de défense, à prendre des avocats et faire valoir leurs droits à la paternité. » Le contexte actuel inattendu est extraordinaire et nous y incite encore plus. » (AD)
  • Comme me l’écrit un autre correspondant : « Une autre chose dont on ne parle pas avec les avortements tardifs, c’est : « que fait-on du corps ? » Si on autorise un avortement à 6 mois comme en GB ou encore après, jusqu’à 9 mois, dans le cadre d’une IMG, en France ou pire encore dans le cadre de rien du tout comme au Canada, que fait-on de ce bébé quasi terminé ? Comme ce n’est pas un être humain, on le jette à la poubelle? Je me demande s’il y a tant de différence avec le traitement des juifs par les nazis… Pardon du point Godwin, mais considérer qu’un humain n’est pas un humain, n’est-ce pas l’une des caractéristiques profondes du nazisme ? »
  • Sur l’avortement, voir aussi :

[Agressions au sein du couple] – Les violences conjugales, produit du patriarcat ? Les statistiques établissent largement que non… (Atlantico)

Ci-dessous, mon interview croisée avec Sabine Prokhoris, au terme du procès Johnny Depp/Amber Heard, parue dans Atlantico (27/05/22)

L’affaire Amber Heard / Johnny Depp fait trembler les idées reçues en la matière puisque le procès entre eux tend à révéler qu’elle était plutôt, elle, coupable de violences. L’occasion de rappeler que les études menées par les sociologues et criminologues montrent systématiquement que les femmes dans les relations hétérosexuelles ont tendance à commettre des actes de violence contre leurs partenaires intimes au moins aussi souvent que les hommes.
Avec Ero Makia, Sabine Prokhoris

Atlantico : Alors que les débats du procès en diffamation opposant Johnny Depp et Amber Heard se terminent ce vendredi 27 mai, il ressort que Amber Heard serait au moins tout aussi coupable de violences conjugales. Alors que de nombreuses études ont démontré que les femmes peuvent se rendre coupables de telles violences , parfois plus que les hommes, comment expliquer l’idée reçue qui avance le contraire ? Que savons-nous des chiffres concernant les violences masculines ou féminines ?

Ero Makia : Les statistiques nous apprennent en effet que les femmes commettent davantage d’agressions conjugales que les hommes. Bien entendu, il s’agit essentiellement de violences psychologiques, verbales ou physiques, mais non létales – donc moins graves. Ceci ne doit pas faire oublier cependant que si les femmes ne tuent pas directement (ou rarement), elles peuvent tuer indirectement. Les taux de suicides masculins suite à des violences conjugales (VC) sont significatifs (Davis, 2010). Les femmes pratiquent également davantage d’infanticides, notamment dans la première année – la question de certaines morts subites du nourrisson (sans parler de celles des « bébés secoués ») a même été soulevée – et elles sont également fortement impliquées dans les violences aux personnes âgées dont elles ont la charge, à domicile comme en institution. Les violences familiales, à commencer par la maltraitance infantile, sont également le fait des deux sexes à égalité (par ex. en 2002, 48% des parents maltraitants étaient les mères ; cf. Élisabeth Badinter, « La vérité sur les violences conjugales », L’Express , 20/06/2005).

La violence féminine, une réalité anthropologique trop souvent mise sous le boisseau par les féministes, s’exercerait notamment lorsque les femmes sont en position de domination, physique ou psychique, à l’égard des enfants, des personnages âgées, de leurs conjoints… Cette violence féminine s’observe également dans les couples lesbiens – ce qui démontre en soi que le « patriarcat » n’est pas en cause. Chez les couples de même sexe, les études montrent d’ailleurs que, toutes violences confondues, l’incidence de violences conjugales est exactement la même que chez les couples hétérosexuels (1 couple sur 4 en 1998 selon une étude canadienne, cf. Badinter, 2005). Parmi les explications apportées à l’actuelle augmentation de la violence chez les femmes, Élisabeth Badinter propose d’y voir une traduction de la montée de l’égalité et du pouvoir : plus les pouvoirs sont partagés et plus on serait violent. On ne devrait plus dans ce cas parler de « violence de genre », mais de « droit du plus fort ».

L’affaire Depp/ Heard met en lumière les violences réciproques dans le couple – peut-être ici, exclusivement féminines, le verdict nous le dira. De nombreuses études ont depuis longtemps fait ressortir que la majorité des VC (57,9 %, selon des données rappelées par Laurent Puech) sont de la même manière « bi-directionnelles », c’est-à-dire en provenance des deux partenaires.

En 2006 déjà, plus de 150 études dans le monde faisaient ressortir une « symétrie de genre » dans les VC, les femmes apparaissant comme étant aussi violentes que les hommes : « Plus on élargit la définition de la violence pour inclure le harcèlement et les violences psychologiques, plus la part des femmes violentes augmente, pour atteindre la majorité des faits les moins graves – c’est-à-dire les plus nombreux », écrit ainsi François Bonnet (« Violences conjugales, genre et criminalisation : synthèse des débats américains », Revue française de sociologie, 2015). Parler de « violence genrée » ou de « violence sexiste » n’a désormais tellement plus de sens que certains chercheurs en sont même arrivés à considérer que « la question de la violence est secondaire dans l’étude des violences conjugales » ! (Bonnet, §47). Le fait que les femmes soient aussi fortement impliquées explique certainement cela.

Dans des études de 2006 et 2010, il apparaît également que les femmes sont autant les initiatrices des coups que les hommes (Bonnet, §11). Pour autant, plus de 70% des homicides conjugaux restent commis par des hommes (§12) – et 30% par des femmes. La violence masculine létale reste donc un fait incontestable (mais sans que cela implique pour autant que le « patriarcat » ait quelque chose à voir).

Rappelons au passage que les homicides conjugaux, notamment les uxoricides (le meurtre de son épouse ou de sa compagne – parce qu’elle est sa compagne et non pas n’importe quelle femme), ont baissé régulièrement entre 2007 et 2017, passant de 166 à 109 (cf. Laurent Puech, « Morts violentes au sein du couple : derrière les discours alarmistes, une baisse de 25% depuis 2006 », Délinquance, justice et autres questions de société, 27 février 2019) ; une baisse plus importante encore si l’on tient compte de l’augmentation de la population dans la même période, ce qui conduit à une baisse de 25 % en 10 ans ; une donnée factuelle qui n’est jamais reprise comme telle car n’allant pas dans le sens du narratif féministe. Peu de choses également nous sont dites sur les profils culturels exacts des mis en cause, tout au moins quand ils ne correspondent pas au profil de l’occidental blanc – mais passons. Les cas « d’euthanasie » compassionnelle chez les couples âgés ne sont pas non plus distingués dans les comptages d’uxoricides ; pour autant ils n’ont manifestement pas grand-chose à voir avec un « patriarcat systémique ».

Concernant la « bi-directionnalité » des violences conjugales, des données nous sont rapportées pour la France dans une enquête BVA/L’Express (juin 2005) qui donnait exceptionnellement la parole aux hommes. On y découvrait qu’ils se plaignaient davantage de la jalousie de leur partenaire, de ses questions intrusives (« Où es-tu, avec qui ? ») ou de ses dépenses sans leur consentement. Les femmes se montraient également plus critiques sur le physique et plus insultantes : 15% des hommes se disaient injuriés contre 8% des femmes. Quasiment le double, donc. Pour ce qui est des violences non létales, il y a donc bien un double standard qui perdure dans le discours public, et qui amène à être surpris devant les violences d’Amber Heard, en réalité bien plus courantes qu’on ne pense – à quelques détails près tout de même, comme les excréments sur le lit (du moins on l’espère).

Il convient ensuite de distinguer entre les formes de violences conjugales et de rejeter le « continuum » féministe misandre. Les féministes amalgament en effet toutes les formes de VC, n’évoquant qu’une « différence de degré » entre une plaisanterie graveleuse et un homicide conjugal, alors que la différence est bien de nature. Cette pratique de l’amalgame a pour avantage d’être plus percutant et de porter plus loin la victimisation des femmes (toutes) et la criminalisation des hommes (tous).

Il convient ainsi de distinguer entre les coups portés par les mots et ceux portés par les poings. Selon l’Enquête Nationale sur les Violences Envers les Femmes en France (ENVEFF) de 2001, dans 75% des cas, la VC n’est pas constituée par de la violence physique mais exclusivement de la violence psychologique. Ensuite, à l’intérieur des VC, les chercheurs distinguent entre la « violence situationnelle de couple » (les inévitables et fréquentes disputes de la vie quotidienne qui peuvent dégénérer – sans que le « patriarcat » n’ait toujours rien à voir avec cela) et les comportements hautement toxiques tels que le « terrorisme conjugal », une dynamique de couple nettement plus rare « où l’un des partenaires porte atteinte à l’intégrité et à la dignité de l’autre par un comportement agressif, actif et répété dont le but est de le contrôler ». Cette seconde forme de violence est davantage le fait des hommes, mais le recueil des témoignages est biaisé par le fait qu’il se fait essentiellement auprès des foyers de femmes battues, où les violences sont les plus graves (Bonnet, §26).

Sabine Prokhoris : Sur les chiffres, je ne m’avancerais pas, ce n’est pas mon champ de compétence. Je vous renvoie à des travaux de sociologie informés, évoqués notamment par le sociologue François Bonnet. Mais je ne prendrai certainement pas pour argent comptant ceux fournis par les associations militantes, établis sans méthodologie sérieuse, et biaisés par des présupposés idéologiques de nature à obscurcir plutôt qu’à éclairer l’appréhension de situations qui relèvent de la sphère intime.

Ensuite, le terme de « violences conjugales » est bien trop général. De quoi parle-t-on exactement ? Des coups et blessures volontaires – cela arrive bien sûr, rarement – et crimes conjugaux, qui relèvent du champ pénal ? Des disputes furieuses qui éclatent au sein d’un couple, chacun faisant monter la scène de ménage en puissance sans que les femmes ne soient en reste ? Des dynamiques de harcèlement, humiliations, pressions de toute sorte, y compris sexuelles, et abus psychologiques variés qui peuvent s’installer dans un couple ?

Le discours martelé aujourd’hui affirme – sans démonstration probante, ni souci de la réalité précise de situations distinctes – le « continuum » de la violence « patriarcale »/sexiste/sexuelle envers les femmes (et les enfants). Or l’expérience ordinaire, et la clinique psychanalytique, montrent que la conflictualité dans une relation de couple – cela tout autant d’ailleurs au sein des couples gays ou lesbiens –, qui peut dégénérer en destructivité ravageuse, procède non du genre/sexe des partenaires du couple, mais de la dynamique de la relation telle qu’elle s’est nouée entre deux personnes.

Et comme l’écrit la romancière américaine Nancy Crampton Brophy, auteure d’un essai intitulé Comment tuer son mari – et qui vient d’être reconnue coupable du meurtre de son conjoint –, « la chose à savoir avec le meurtre, c’est que chacun en est capable si on le pousse suffisamment. » Sans en arriver à ces extrémités « l’effort pour rendre l’autre fou », à coup d’injonctions contradictoires et autres comportements persécuteurs, est une tentation dont nul, homme ou femme, ne peut se croire à l’abri.

Le patriarcat est souvent mis en avant pour expliquer les violences conjugales. Alors que la vérité semble moins genrée qu’il n’y paraît, comment expliquer que l’argument politique du patriarcat et de la domination masculine soit à ce point là mis en avant comme facteur explicatif ?

Ero Makia : Le narratif sur le « patriarcat », utilisé pour expliquer les VC, ressortit exclusivement à des montages idéologiques féministes. Le « patriarcat », un concept qui ne s’est répandu dans les études universitaires qu’à partir des années 1980, n’était au départ qu’un postulat du féminisme radical américain inspiré par la sociologie bourdieusienne sur la « domination masculine ». Pour ma part, c’est dans les écrits des théologiennes protestantes américaines, qui l’utilisaient pour féminiser le divin, que je l’ai vu apparaître pour la première fois. Sa radicale simplicité (des gentilles versus des méchants) a ensuite fait son succès planétaire. Mais que des milliers de militantes tout juste sorties de l’école défilent dans les rues en dénonçant sur leurs pancartes « l’hétéropatriarcat » et autres billevesées n’en fait pas un fait historique ou anthropologique avéré, pas plus que les piles de discours féministes qui le mettent à toutes les sauces. Car ce « patriarcat » ne serait rien d’autre, si l’on y regarde de plus près, que la marque d’infâmie que les féministes ont eu l’idée d’accoler à l’intégralité de l’histoire et de la civilisation occidentales pour pouvoir mieux les dénigrer.

L’idée reçue comme quoi les hommes seraient entièrement comptables des VC n’est due qu’à ce militantisme féministe. Il s’agit de discours qui, depuis les années 1980, répètent que les sexes se répartissent en deux groupes : la classe des oppresseurs, des bourreaux, des assassins, des violeurs et des coupables (les hommes) et la classe des simples victimes (les femmes). Le paradigme de la domination masculine et du patriarcat n’a donc pas pour objectif de condamner uniquement les hommes violents (ce qui serait légitime) mais la gent masculine dans son ensemble (ce qui est inacceptable et contraire à toutes les valeurs de l’humanisme).

Sabine Prokhoris : Comme toutes les explications générales, particulièrement lorsqu’elles sont idéologiques et opèrent comme des croyances, elle est inutile et incertaine. Car tel qu’il est employé dans le discours militant (souvenons-nous d’Alice Coffin déclarant urbi et orbi que « ne pas avoir un mari, ça m’expose à ne pas être violée, ne pas être tuée, ne pas être tabassée » – on goûtera au passage la formule en l’occurrence curieuse « ça m’expose »), le terme « patriarcat » n’explique rien.

Non qu’on ne puisse parler de sociétés ou de pratiques « patriarcales », bien entendu. Lorsque le statut des femmes est institutionnellement subalterne – voir les sociétés où le droit personnel est organisé par la charia –, ou que les conservatismes religieux, dans des sociétés modernes, prétendent contrôler le corps des femmes, comme on le voit dans nombre de pays sur la question de l’IVG, en Amérique latine par exemple, ou des jeunes filles se retrouvent en prison pour avoir fait une fausse couche, et ces temps-ci aux États-Unis, bien sûr qu’il est pertinent de parler d’oppression patriarcale. Mais évoquer une entité telle que LE « patriarcat » source « systémique » de tous les maux de la société, ça sert plutôt à galvaniser un activisme dénué de discernement qu’à penser de façon pertinente la réalité concrète en ses complexités.

J’ajoute que dans le discours militant contemporain, on parlera plutôt de « l’hétéropatriarcat blanc colonial », ce qui conduit à quelques impasses du point de vue féministe. Ce discours infiltre même des institutions telles que le Planning familial, qui vous explique doctement que le genre est « une classe sociale » (?) et qu’« en Occident [sic] elle comporte deux catégories : les hommes qui sont les dominants, et les femmes qui sont les dominées ». Comme le monde est simple…

Comment en sommes-nous arrivés à ces représentations ?

Sabine Prokhoris : Divers facteurs peuvent expliquer cela. Impossible d’entrer dans le détail. Je mentionnerai simplement l’hégémonie grandissante, depuis #MeToo, d’une doxa militante hors sol, biberonnée aux slogans d’activistes de la mouvance de Caroline de Haas et de quelques autres, et hypnotisée par les « théories » fumeuses, et disons-le dangereuses, de la psychiatre militante Muriel Salmona, « spécialiste » autoproclamée en « victimologie traumatique ». Ces activistes ont aujourd’hui l’oreille des pouvoirs publics, pénètrent au cœur des institutions de l’État, et diffusent leur idéologie simpliste et falsificatrice dans l’opinion publique, avec le concours de la plupart des grands médias, tout sens critique jeté par-dessus bord.

Ero Makia : Par le matraquage du féminisme idéologique qui tient notamment l’université et les médias. Il est quasiment impossible aujourd’hui d’échapper à sa propagande victimaire, dans quelque pays développé que ce soit. Également parce qu’on néglige d’interroger les hommes dans les enquêtes sur les violences conjugales et que dans le même temps, on se garde de demander aux femmes de rapporter leur propre violence (on ne leur pose que des « questions de victimation ») : « Ce choix a pour conséquence de faire disparaître la symétrie de genre par non-recueil des données » (Bonnet, §33). De plus, les enquêtes sur les VC ne sont en général faites qu’auprès des femmes victimes de violence recrutées dans les refuges, qui ne sont pas représentatives de la réalité et de la complexité des conflits dans les couples. On sait pourtant qu’en 2003 déjà, un homme mourait tous les 16 jours sous les coups de son épouse et tous les 14 jours en 2006 (cf. « Quand le sexe faible cogne fort », Ouest-France, 7/06/2007). On sait aussi que les hommes sous-déclarent les violences dont ils sont victimes, quand les femmes les surestiment (dans les conflits de divorce et de garde d’enfants en particulier).

Paradoxalement, le déballage assez trash du procès Johnny Depp/Amber Heard est en train de faire naître l’espoir que les violences féminines, « bi-directionnelles » ou « interactives » (la majorité), soient enfin reconnues et que la parole des hommes se libère à son tour. Si Johnny Depp a pu avoir affaire à un cas particulièrement coriace de manipulatrice (la psychologue du camp Depp ayant qualifié Heard de personnalité borderline et histrionique, froide, peu empathique et théâtralisante), la majorité des hommes victimes de leur conjointe le sont dans un contexte de « violence situationnelle » plus classique, mais où les violences réciproques peuvent être liées de la même manière à une lutte pour le pouvoir entre les deux conjoints (cf. L. Puech). Que cette mésaventure soit arrivée à une star comme Johnny Depp pourrait encourager d’autres hommes à surmonter leur honte pour en parler.

En accusant le patriarcat d’être le facteur principal des violences faites aux femmes, délaisse-t-on les racines du problème, c’est à dire notamment le profil psychologique des auteurs de violences qu’ils soient hommes ou femmes ?

Ero Makia : Oui, tout à fait ! Les violences conjugales révèlent souvent des couples dysfonctionnels ou pathologiques, et pas seulement les tares du fauteur de troubles, même quand la violence est unidirectionnelle. Du fait de la focalisation sur la « domination masculine », les arcanes de la psychologie ne sont pas suffisamment pris en considération, ce qui empêche d’apporter des solutions à l’un, à l’autre ou aux deux protagonistes, et ceci finit par être préjudiciable aux femmes elles-mêmes – puisqu’en général, ce sont elles qui se retrouvent en situation d’infériorité musculaire et physique si le conflit dégénère. Laurent Puech rappelle pourtant qu’une thérapie de couple « peut s’avérer pertinente et mener à des résultats notables ». Pourtant, écrit-il, « la thérapie de couple reste dramatiquement peu développée et professionnalisée en France ». Ce qui n’empêche pas, bien sûr, de développer et d’appliquer des mesures de protection lorsque la violence est unidirectionnelle (42 % des cas).

La psychologie des personnes violentes, particulièrement quand il s’agit des hommes, n’est pas suffisamment prise en compte. Les féministes des réseaux sociaux renvoient toujours tout homme avec qui elles ont eu maille à partir, de la moindre chamaillerie au harcèlement le plus lourd, à la catégorie fourre-tout du « pervers narcissique à abattre », la nouvelle panoplie dont elles affublent tout homme leur ayant fait l’affront de leur résister. Elles n’affichent souvent que mépris pour les souffrances des hommes – parce qu’ils sont des hommes. Pourtant, pour les psychologues, les types de personnalité seraient bien des facteurs explicatifs des VC. On sait notamment que les personnalités, « impulsives », « antisociales » et « psychopathes » seraient 13 fois plus violentes que les autres : « Parmi les prédicteurs non strictement sociaux des violences conjugales, il y a le fait d’avoir été auteur ou victime de violences, la faible estime de soi, la séparation récente, ou le fait que l’usage de la violence soit normal et habituel dans une société donnée » (Bonnet, §8).

Peggy Sastre démontre pour sa part dans La Domination masculine n’existe pas (2015), que la jalousie et la suspicion d’infidélité sont relevées dans 80% des cas de VC (p. 93). Elle rappelle aussi que la jalousie touche à égalité les deux sexes mais qu’il existe une dangerosité propre à la jalousie masculine car celle-ci est un catalyseur spécifique de violence domestique, ce que confirment nombre d’études (p. 86). Les études montrent aussi que l’âge de la femme joue un rôle : les violences conjugales ont tendance à baisser à mesure que la femme approche de la ménopause et du tournant des 45 ans : les femmes en âge de procréer en sont statistiquement 10 fois plus victimes. Il s’agirait donc possiblement d’une stratégie inconsciente pour « contrôler la capacité reproductive de la femme ». Une explication évolutionnaire (et en rien une justification des VC) qui reste cependant rejetée par les féministes idéologiques car n’allant pas dans le sens de leur agenda.

Si la jalousie, la frustration, la colère ou l’insécurité affective peuvent déclencher des comportements impulsifs poussant certains, surtout des hommes, à commettre l’irréparable, tous ne passeront pas à l’acte car, contrairement, à ce que sous-entendent les féministes, tous les hommes ne sont pas par essence (ou du fait de la « domination masculine »), programmés pour être des criminels. Parmi les pistes récentes à prendre en compte pour prédire avec efficacité la survenue de VC, il y a celle de la « théorie de l’attachement » (Limor Gottlieb, « Domestic Violence Is Not the Result of Patriarchy », Quillette, 21/05/22).

La théorie de l’attachement postule que la qualité de nos relations et de notre sécurisation affective durant notre petite enfance peut influencer nos modes d’attachement à l’âge adulte. Ceux-ci peuvent être sécures ou insécures et, parmi ces derniers, anxieux ou évitants. Les profils anxieux sont les dépendants affectifs, ces « abandonniques » qui craignent plus que tout de devoir revivre un rejet ou un abandon (que pourtant ils vont souvent provoquer) ; quant aux évitants, ils sont effrayés par l’intimité et se montrent distants et fuyants. C’est surtout chez les anxieux que l’on risque de trouver les personnes les plus violentes, hyper-contrôlantes ou harcelantes. L’un des principaux facteurs prédictifs des VC est, comme on peut l’imaginer, l’appariement entre un partenaire anxieux et un évitant, le premier mettant une pression considérable au second, qui prend la fuite… L’anxieux peut être aussi bien un homme qu’une femme ; la femme se montrant possessive, collante et invasive et l’homme recourant facilement au harcèlement voire à la violence en cas de rupture (qu’il vit très douloureusement), allant jusqu’à traquer son ex-partenaire ou cherchant à se venger. Rappelons que les femmes peuvent également pratiquer le stalking (le fait de « suivre, traquer et harceler de manière obsessionnelle une personne contre sa volonté »). Un travail sur soi
avec l’aide d’un professionnel peut cependant améliorer la situation, c’est pourquoi il faudrait davantage développer cette approche pour éviter la survenue de drames.

Sabine Prokhoris : Comme je le signalais plus haut, le biais « violences faites aux femmes » perd de vue que les « violences » et abus existent tout autant dans les couples de même sexe – lesquels sont moins nombreux il est vrai. Dans un couple hétérosexuel (mais pas seulement !), la dispute, et les insultes vont bien sûr facilement puiser dans le vaste répertoire des humiliations « genrées » (sexistes). Cela est vrai de l’homme qui traite sa compagne de « grosse pute nulle », de « pauvre conne moche », mais tout autant de la femme qui traite son compagnon de « minable impuissant », de « gros porc puant » ou de « pauvre type incapable ». Car les noms d’oiseaux que l’on se jette à la figure et autres agressions envers le partenaire ne brillent en général ni par leur finesse ni par leur imagination. Ils recyclent tout bonnement les clichés disponibles. Rien de particulier à en conclure.

Les racines, ou plutôt les paramètres des situations qui conduisent à des actes que l’on puisse qualifier de « violents » – en se gardant de tomber dans les pièges du prétendu « continuum » évoqué plus haut » –, relèvent plutôt, je dirais, de la nature d’une relation que d’un supposé « profil psychologique » des protagonistes de telles situations. Je n’utilise guère cette notion de « profil psychologique » pour ma part, elle aussi trop générale (par exemple « pervers narcissique », un « profil » censé expliquer toutes les relations « toxiques »), car chaque situation est singulière. Il me paraît plus utile d’essayer de comprendre par exemple la dynamique complexe – de part et d’autre – de relations qu’on peut à bon droit parfois décrire comme des relations « d’emprise ». À condition de ne pas se tromper sur ce dont on parle : l’« emprise », lorsqu’elle existe dans un couple, et le cimente plus fort que n’importe quoi d’autre, ce n’est pas réductible à un « bourreau » d’un côté, et à une « victime chosifiée » de l’autre. C’est une addiction commune, non symétrique mais pour autant mutuelle, à une folie de l’illimité du lien : un tourbillon fusionnel en réalité, délétère. Mais lorsque l’un des deux veut s’en extraire – s’en sevrer –, l’autre ne le supportera pas. Cela peut, on le sait, mener au pire.

Mais plus on sera à côté de la plaque dans l’appréciation de telles situations, particulièrement difficiles à dénouer, moins on saura se montrer capable d’y remédier. Il reste que beaucoup plus de femmes sont tuées par un compagnon ou ex-compagnon que l’inverse. Mais penser cette réalité en termes de « féminicide » – crime de « genre » – et de « « patriarcat » n’aide en rien à la décrypter et à les traiter.

Si nous pouvons être victimes de biais culturels dans la manière de traiter les violences ou leurs conséquences, ne passons-nous pas à côté des moyens de lutte et de prévention efficaces contre les auteurs de violence ?

Sabine Prokhoris : Bien sûr. Je parlerais en l’occurrence d’ailleurs plutôt de biais idéologiques que « culturels ». Il y a toujours des biais « culturels », forcément, mais un travail sérieux commence par essayer de les identifier, et de les analyser afin de parvenir à prendre le plus précisément possible la mesure des situations. Quant aux biais idéologiques, des slogans ne sont pas des outils d’analyse.

Ero Makia : C’est la conséquence inévitable. Comme le remarque Sébastien Dupont (« Distinguer les violences faites aux femmes pour mieux les combattre », 22/04/21), en raison du battage sur le « féminicide » (un terme totalement impropre car il ne s’agit pas de crimes misogynes mais de crimes de la relation), on ne s’attarde pas suffisamment sur des facteurs pourtant très spécifiques qui caractérisent le meurtre conjugal, « comme le fait que son premier mode opératoire soit l’arme à feu (ce qui pose des questions relatives au suivi des ports d’arme) ou la présence récurrente de troubles de la personnalité chez le criminel (ce qui soulève des enjeux de santé mentale) ».

Se focaliser sur un paradigme anti-patriarcal empêche également de considérer les principaux facteurs de violences conjugales, à savoir la pauvreté et l’alcoolisme. Dans tous les pays, les études montrent en effet que « la grande majorité des faits de violences conjugales sont des disputes communes à tous les couples (hétérosexuels et homosexuels), le plus souvent dans un contexte de pauvreté et de consommation d’alcool » : « Rachel Jewkes (2002) trouve un lien quasi universel entre pauvreté et violences conjugales » (Bonnet, §35). Et cette relation entre pauvreté et violence reste la même quand on considère d’autres types de violences intrafamiliales comme les violences contre les enfants ou la maltraitance des personnes âgées. Le mécanisme causal entre pauvreté et violences serait le stress, les difficultés économiques créant une forme d’anxiété propice à la violence. Si la consommation d’alcool n’est pas en soi une cause nécessaire ou suffisante pour expliquer les violences, « la conjonction de l’alcoolisme, de la pauvreté et d’attitudes qui légitiment la violence a un fort pouvoir prédictif. La corrélation entre violences conjugales et alcool est cohérente compte tenu de la forte relation entre alcool et violences de toutes natures » (Bonnet, §39). Les enquêtes montrent ainsi que « les violences sont corrélées à la vulnérabilité sociale – pauvreté, chômage, alcoolisme ».

L’incidence de la VC dans les couples de même sexe prouve elle aussi que le « patriarcat » n’est pas le bon outil pour les aborder et il est décourageant de voir que les causes qui pourraient être considérées et traitées si on sortait de ce paradigme sont ignorées. Causes qui sont toujours identiques, quelle que soit l’orientation sexuelle du couple : on retrouve une grande majorité de « violence situationnelle de couple », une même bi-directionnalité des violences et le même lien avec les difficultés économiques, la dépendance affective, la jalousie et l’alcool. « De même, les raisons les plus fréquemment citées pour rester – à savoir, l’espoir d’un changement et l’amour pour le conjoint – semblent universelles à l’expérience d’être battu », rappelle F. Bonnet (§43), qui ajoute : « Si la violence conjugale est la violence des hommes contre les femmes, alors elle ne devrait pas exister au sein des couples homosexuels » (§45). Cette idée reçue a donc fait perdre beaucoup de temps à la prise en charge de la VC dans les couples homosexuels.

Le refus féministe de prendre en compte les données de la psychologie, de la biologie ou de l’évolution, corrélée à leur croyance en l’idéologie du genre, met également les femmes en danger. Comme l’écrit L. Puech, certains professionnels « n’ont que le départ du foyer pour objectif de travail avec les victimes. Or, le départ et l’après départ sont justement les zones de danger les plus élevées en termes d’homicide. Eloigné en apparence de l’auteur des coups, on se trouve parfois plus en danger… ».

En raison de la croyance au « patriarcat » et à l’idée qu’il suffirait d’abattre cet ennemi imaginaire pour que les hommes modifient radicalement leur comportement et se transforment en femmes idéales exemptes de toute violence (une chimère, comme on l’a vu), on passe à côté des véritables sources de la violence et on se coupe du monde réel. Dans la vraie vie, les femmes sensées savent que la musculature d’un homme ou son impulsivité ne leur laisseront aucune chance si jamais les conditions d’un déferlement de violence se trouvaient réunies (Jonathann Daval ou Cédric Jubillar ne sont pas des armoires à glace et pourtant, ils ont supprimé leur femme en quelques instants) ; et qu’aucune incantation idéologique du genre n’a jamais empêché la commission d’un viol ou la perpétration d’un homicide conjugal. Et que de toutes façons, le « patriarcat » ne tue pas, que seuls tuent les coups, les armes, les poisons… et incidemment les violences psychologiques (par suicide ou en provoquant le déclin de la santé) ; toutes violences dispensées par l’un ou l’autre sexe sur des femmes, des hommes, des enfants, des personnes âgées. Il vaudrait donc mieux accepter les données biologiques du dimorphisme et de la différence des sexes et retrouver – ou développer – les codes pour composer avec. Accepter des différences ou des inégalités de force musculaire ou de taux de testostérone n’implique aucunement que l’on valide une infériorité ou une injustice de nature. Simplement, il existe d’autres pistes que le « tout patriarcal » (manifestement une impasse) pour lutter contre les violences conjugales.

  • Voir aussi :

Jean Szlamowicz, « Polarisation, patriarcat, effet de tunnel » (in Les Moutons de la Pensée, 2022)

POLARISATION, PATRIARCAT, EFFET DE TUNNEL

Ce vocabulaire aux prétentions analytiques fait toujours la part belle à des rapports de domination envisagés de manière simpliste : les hommes contre les femmes, les blancs contre les « racisés », les hétéros contre les « non-binaires »… Cette polarisation extrême ne voit dans la société que des oppresseurs et des opprimés. Dans une telle sociologie sans nuance, les individus semblent déterminés par leur appartenance identitaire. Les cases sexuelles, raciales ou sociales emprisonnent chacun dans des affiliations catégorielles. Ces discours ressemblent à des entrées du Dictionnaire des idées reçues de Flaubert, dans lequel on lirait forcément : Domination : dire qu’elle est intersectionnelle et, réciproquement, Intersectionnalité : préciser qu’elle dénonce les dominations

La critique militante elle-même ne repose que sur les identités qu’elle prétend démolir. Il faut bien un stéréotype hétérosexuel pour prétendre s’en distinguer – et il faut bien un stéréotype de blanc qu’on puisse massivement considérer comme « privilégié » pour s’estimer lésé. Dans ce cadre à la conscience politique prétendument suraiguë, on efface pourtant la complexité sociale et on la remplace par des classifications : on n’y critique les stéréotypes que pour les (re)produire. C’est un procédé rhétorique qu’on pourrait décrire comme l’effet de tunnel thématique : on prend un point de vue – racial ou sexuel, par exemple – et on en fait un principe explicatif radical qu’on alourdit d’une dimension accusatoire.

On part de faits complexes pour les simplifier, supprimer la multifactorialité et les poser selon le seul ordre de la domination. Là où une sociologie traditionnelle pourrait parler de capital culturel – qui est un concept possédant une certaine validité descriptive – le décolonialisme parlera de blanchité, racialisant le phénomène d’une manière clientéliste et séparatiste. De la même manière, le néoféminisme fera de toute différence sexuelle l’indice d’une domination, censée être résumée par le mot patriarcat. L’intersectionnalité ne fait que démultiplier l’effet de tunnel en superposant les thématiques accusatoires. Certains ont même parlé de grievance studies pour décrire cette sociologie du grief généralisé tant le champ de cette recherche ne semble se fonder que sur la boussole de la récrimination.

On n’en finit plus de lire que « le langage est un lieu de lutte » et le monde universitaire ne semble plus parler que de « combat », proposant de se diriger vers un avenir meilleur nécessairement « dé-colonisé » et « dé-masculinisé » : c’est donc une conception de la recherche comme action partisane qui se lit dans ces concepts. Les jeux d’oppositions chargent ainsi les dénominations d’une polarité asymétrique : « masculinisme » possède une valeur négative indiquant une forme de suprémacisme tandis que « féminisme » possède une valeur positive évoquant une saine justice. Aucun de ces concepts n’est pourtant clairement défini. Il en va ainsi de la nouvelle utilisation du mot patriarcat, employé comme blâme. En ethnographie, patriarcat signifie « type d’organisation sociale où l’autorité domestique et l’autorité politique sont exercées par les hommes chefs de famille ».

Or, concernant la société française, cette autorité n’existe plus dans le cadre juridique, ce qui est tout de même un fait remarquable sur le plan civilisationnel. On fait tout de même comme si cette définition s’appliquait encore : au passage, on aura substitué au sens d’origine, « autorité juridique », un nouveau sens : « domination symbolique ». On est passé de la description de « sociétés patriarcales » à « le patriarcat ». Cet emploi de l’article défini indique un ensemble de préconceptions implicites qu’on s’abstient justement de décrire. Dire le patriarcat, c’est être aveugle à la réalité des sociétés et de l’histoire. Le mot patriarcal servait à modéliser des structures sociales complexes, qui n’excluaient pas, par exemple, une filiation matrilinéaire. On fait donc comme si de la Sicile à la Norvège, de l’Antiquité tardive au XXIe siècle, on parlait d’une même réalité, identiquement « patriarcale ».

Au passage, les sociétés qui continuent de tenir les femmes dans une situation de sujétion, de tutelle et de contrôle radical ne sont jamais l’objet des critiques néoféministes – la grande prêtresse du néoféminisme radical, Judith Butler, va même jusqu’à considérer que les femmes qui résistent aux Talibans sont des collabos de l’impérialisme culturel américain (16)… Parler de patriarcat, c’est utiliser un terme qui nie la diversité sociale et historique, comme si la France de 2020 était structurée de la même manière que la France de 1920 ou de 1820 ; comme si les structures culturelles en France étaient identiques dans les familles auvergnates ou algériennes, chez les éditeurs du Ve arrondissement de Paris et les couteliers des vallées ariégeoises. Bref, c’est une sociologie qui se refuse à faire de la sociologie.

Le sens d’origine de patriarcat, dans le domaine du droit et de l’ethnologie, avait une valeur descriptive, il a désormais une valeur de jugement. La nouvelle utilisation de ce mot, pseudo-explicative mais en réalité systématiquement accusatoire, ne désigne plus un régime juridique mais renvoie à une vague forme de prestige, aussi caricaturale que diffuse. On est donc passé d’un sens objectivable à un sens subjectif, d’un sens descriptif à un sens axiologique (*1) . C’est ainsi que l’idéologie infléchit le cours des mots et impose son discours pour construire une vision strictement conflictuelle des rapports femmes/hommes. Il est désormais courant dans la recherche universitaire qu’on propose « une approche féministe » de tel ou tel sujet. Le féminisme n’est pourtant pas une discipline scientifique mais une revendication sociale, d’ailleurs fort hétérogène, et qui comporte sans doute des biais qui la distinguent de la simple revendication d’égalitarisme.

Le mot patriarcat a donc perdu toute pertinence conceptuelle à partir du moment où il est devenu un mot d’ordre, un slogan, voire la mise en scène d’une aversion puisqu’il est désormais possible d’écrire : « Moi, les hommes, je les déteste. » Il n’y a plus aucun frein à l’accusation patriarcale et l’on trouve même des cours (!) d’université qui donnent libre cours à leurs fantasmes en accusant « les sociétés patriarcales » de façonner « physiquement, par sélection artificielle, des chiens adaptés à un usage humain précis et des femmes plus petites, très mal adaptées, en revanche, à l’usage reproductif auquel on les destine (17) ».

(16) « Judith Butler n’a ainsi pas peur d’affirmer que les femmes afghanes, qui retiraient leur burqa après la chute des Talibans, étaient des “collabos” des Américains ; elles refusaient de comprendre “les importantes significations culturelles de la burqa, un exercice de modestie et de fierté, une protection contre la honte, un voile derrière lequel la puissance d’agir féminine peut opérer et opère effectivement” », V. TORANIAN, « Pour Mme de La Fayette, contre Judith Butler », Revue des Deux Mondes, 20 mars 2020.

(17) Voir S. PROKHORIS, « Du choix des symboles », Libération, 11 avril 2019. 17. Cours de Master consacré à « une étude comparée de la zootechnie canine et de la construction physique des caractéristiques féminines. Comment les sociétés patriarcales façonnent-elles physiquement, par sélection artificielle, des chiens adaptés à un usage humain précis et des femmes plus petites, très mal adaptées, en revanche, à l’usage reproductif auquel on les destine ? » (Paris 13-Villetaneuse, 2016-2017, « Créer des chiens et des femmes », p. 40 de la brochure de présentation).

*1. L’œuvre considérable de D. Sibony, P.-A. Taguieff et S. Trigano est là pour rendre compte de cette complexe convergence dans l’antisémitisme du ressentiment envers l’origine, la Loi symbolique, la Nation et ses incarnations idéologiques. Ces auteurs ont permis de cartographier et de comprendre la dynamique de l’antisémitisme, constitutive des évolutions de notre société vis-à-vis de son identité, de sa mémoire et de son rapport à l’islam. Qu’ils soient chacun remercié pour l’inspiration qu’ils apportent. On lira avec profit la description de ce champ dans les ouvrages suivants : P.-A. TAGUIEFF, La nouvelle judéophobie (Paris, Fayard, 2002) ; D. SIBONY, L’énigme antisémite (Paris, Éd. du Seuil, 2004) ; S. TRIGANO, Les Frontières d’Auschwitz (Paris, Le livre de poche, 2005)

  • Voir aussi :

[Idéologie de la domination] – La supercherie du « Patriarcat »

Abigail Shrier : « Ados transgenres, un aller sans retour possible » (Le Figaro)

Le Figaro (site web)
vendredi 29 avril 2022
Abigail Shrier : « Ados transgenres, un aller sans retour possible »
Ungemuth, Nicolas

EXTRAITS EXCLUSIFS – Dans Dommages irréversibles, un saisissant essai jamais idéologique mais purement factuel, la journaliste au Wall Street Journal montre comment des adolescentes américaines décident de changer de sexe sous l’influence d’internet. Un phénomène qui pourrait bientôt toucher la France.

La dysphorie de genre, anciennement appelée « trouble de l’identité de genre », se caractérise par un malaise profond et persistant vis-à-vis de son sexe anatomique. […]. Historiquement, elle n’a concerné qu’une infime partie de la population (environ 0,01 %) et presque exclusivement des garçons. Au cours de la dernière décennie, la donne a changé de façon spectaculaire. L’Occident a vu une augmentation subite du nombre d’adolescents affirmant souffrir de dysphorie de genre et s’identifiant comme « transgenres ».

Pour la première fois dans l’histoire de la médecine, des adolescentes de sexe féminin à la naissance ne sont pas seulement présentes parmi ceux qui s’identifient ainsi, mais constituent la majorité du groupe. Pourquoi ? Que s’est-il passé ? Comment un groupe d’âge (les adolescents) qui avait toujours été minoritaire parmi les personnes concernées en est-il venu à constituer la majorité ?

La solitude des ados à l’ère numérique

Aux États-Unis, l’adolescence est pratiquement synonyme chez les filles d’angoisse de ne pas être physiquement à la hauteur. […] Les personnages des réseaux sociaux – c’est-à-dire les «amis» les plus intéressants pour les ados d’aujourd’hui et avec lesquels ils passent le plus de temps – ne présentent pas de telles imperfections. Soigneusement choisies et «facetunées», leurs photos définissent un standard de beauté qu’aucune fille réelle ne peut atteindre. Et elles sont constamment dans la poche des adolescentes, nourrissent leurs craintes de ne pas être à la hauteur, alimentent leur obsession pour leurs propres défauts ou ce qu’elles perçoivent comme tels, tout en les exagérant considérablement. Beaucoup d’adolescentes de la génération Z qui tombent dans les filets du phénomène transgenre appartiennent à la classe moyenne supérieure.

Maternées par des parents pour qui «élever» est un verbe actif, voire l’œuvre d’une vie, elles sont souvent des élèves brillantes. Jusqu’à ce que la folie transgenre les frappe, ces adolescentes se distinguent par leur gentillesse, leur serviabilité et leur absence totale de rébellion. […] Internet ne leur laisse jamais un jour, ni même une heure, de répit. Elles veulent ressentir les émotions fortes de l’amour adolescent, mais la plus grande partie de leur vie se passe sur un iPhone. Elles essaient l’automutilation. Elles tâtent de l’anorexie. Les parents les envoient chez des psychiatres qui leur prescrivent des médicaments en guise de ouate pour amortir leurs humeurs, ce qui aide – à moins que ressentir quelque chose n’ait été le but.

Gayatri, un cas problématique parmi d’autres

Gayatri a toujours été «très fille», m’a dit son père, immigrant indien et médecin. Enfant, elle adorait Dora l’exploratrice et les princesses de Disney. Au collège, une de ses amies de l’école primaire a «transitionné»: elle a commencé à se bander la poitrine, a annoncé qu’elle avait un nouveau nom, et a demandé aux autres d’utiliser les pronoms masculins pour s’adresser à elle. Les parents de Gayatri se présentaient comme progressistes. À l’époque, ni l’un ni l’autre n’a fait grand cas de ce changement, qui n’a pas semblé impressionner leur fille. Mais l’année suivante, en troisième, les parents de Gayatri lui ont acheté un ordinateur portable et – après maintes discussions – un smartphone. Elle s’est mise à passer beaucoup de temps sur Tumblr et DeviantArt, le site de partage artistique qui séduit une grande audience transgenre.

Elle a commencé à parler d’identité de genre à sa mère. Ses parents ne se doutaient pas de la corrélation entre ses propos et le temps passé sur internet. L’été est arrivé et les longues journées se sont profilées devant elle comme une main tendue. Tous ses moments libres, Gayatri les passait sur internet. Un jour, Gayatri a lancé l’idée de commencer un traitement à la testostérone et de subir une « chirurgie du haut ». Ses parents se sont alarmés. Elle agissait à leur insu. Ex-balourde de la classe, Gayatri s’était réinventé une personnalité d’ado transgenre branchée. Les « likes » et les émojis qui pleuvaient sur son profil Instagram parlaient d’eux-mêmes: cette nouvelle identité était une version upgradée d’elle-même. En tant que « garçon trans », Gayatri avait des amis – beaucoup d’amis.

Chiffres et tendances

En 2016, Lisa Littman, gynécologue-obstétricienne devenue chercheuse en santé publique et mère de deux enfants, parcourait les réseaux sociaux lorsqu’elle a remarqué une singularité statistique : plusieurs adolescents, pour la plupart des filles, de sa petite ville du Rhode Island se déclaraient transgenres – tous au sein du même groupe d’amis […]. Le Dr Littman ne connaissait pratiquement rien à la dysphorie de genre. […] Mais elle en savait suffisamment pour constater que les chiffres étaient beaucoup plus élevés que la prévalence attendue. […] La hausse, effectivement, s’est révélée sans précédent. Aux États-Unis et dans le monde occidental, on constatait un pic soudain d’adolescentes déclarant une dysphorie de genre – la pathologie associée à la désignation sociale « transgenre ».

Entre 2016 et 2017 aux États-Unis, le nombre d’interventions en chirurgie transgenre pour les jeunes femmes a quadruplé, cette population représentant soudain – comme on l’a vu – 70 % de toutes les interventions en chirurgie transgenre. En 2018, le Royaume-Uni a signalé une augmentation de 4400 % par rapport à la décennie précédente du nombre d’adolescentes cherchant à obtenir des traitements de genre. […] Au cours de la dernière décennie, comme le Dr Littman l’a découvert, les chiffres de la dysphorie de genre chez les adolescents ont bondi dans l’ensemble du monde occidental. Aux États-Unis, la prévalence a augmenté de plus de 1000 %. 2 % des lycéens s’identifient aujourd’hui comme « transgenres », selon une enquête menée en 2017 auprès des adolescents par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. En 2016, les personnes assignées femme à la naissance représentaient 46 % de toutes les chirurgies de réattribution sexuelle aux États-Unis. Un an plus tard, ce pourcentage était de 70 %.

YouTube et testostérone : le rôle des influenceurs du net

Alex Bertie, un youtubeur anglais FtMFemale to Male», NDLR), sans doute le plus populaire (300.000 abonnés), a tenu un vlog (blog vidéo) sur sa première année de testostérone. « C’est le jour que je n’aurais jamais osé espérer, s’enthousiasme-t-il, adorable garçon à la mâchoire ombrée. Ça fait officiellement un an que je suis sous testostérone. Avant les hormones, je souffrais de la haine de soi, de la jalousie et de l’envie, je voulais constamment m’isoler du reste du monde… Aujourd’hui, un an après avoir commencé les hormones, je ne pourrais pas être plus heureux ! Les changements apportés par la testostérone ont vraiment amélioré ma qualité de vie et redessiné mes projets d’avenir. » Sa voix est plus grave. Ses épaules sont plus larges, ses bras plus imposants, sa mâchoire carrée. Sa graisse est redistribuée (moins dans les cuisses et les hanches). Et le plus réjouissant pour lui : ses règles ont disparu. « Heureusement, après deux mois de T, elles se sont complètement arrêtées, Dieu merci. Cette année, j’ai aussi fait la chirurgie du haut. C’est un truc à part. Je pourrais consacrer un million de vidéos à la chirurgie du haut. Associé aux hormones, cela a carrément fait disparaître ma dysphorie de genre. Donc, en gros, la testostérone… c’est génial. » […]

Tous les vlogueurs trans ne partagent pas la modération de Chase. Le gourou Instagram MtF (Male to Female, NDLR) Kaylee Korol, femme frêle aux cheveux bleus comme ses yeux et qui ressemble à une adolescente ordinaire, offre ce « conseil trans » : « Vous n’avez pas besoin d’être sûrs à cent pour cent d’être trans pour essayer les hormones, vraiment, assure Kaylee à ses followers. Vous pouvez essayer les hormones pendant trois mois. Après cette période, il commence à y avoir des effets permanents, mais avant, vous pouvez simplement tester et voir comment vous vous sentez. C’est génial, c’est aussi simple que ça. Les hormones ne doivent pas vous effrayer. » Inutile, donc, d’avoir la certitude d’être trans pour prendre des hormones. En fait, Kaylee ajoute que le traitement hormonal est « probablement le meilleur moyen de savoir si vous êtes trans ou non ». Il est prouvé que la testostérone a des effets secondaires néfastes, mais vous en entendrez rarement parler. Les gourous de YouTube et d’Instagram sont là « pour le fun », et les risques accrus de divers cancers et d’hystérectomie prophylactique ne sont pas vraiment fun.

Des traitements loin d’être anodins

La testostérone épaissit le sang. Les filles transidentitaires reçoivent une dose de testostérone 10 à 40 fois supérieure à ce que leur corps pourrait normalement supporter pour produire les changements qu’elles recherchent. Selon certaines indications, les femmes biologiques recevant ces doses de testostérone auraient un risque de crise cardiaque près de cinq fois supérieur à celui des femmes, et deux fois et demie supérieur à celui des hommes. Le dosage étant déterminé par l’apparence physique désirée – plutôt que par le traitement d’une maladie -, il obéit à des critères esthétiques et non pas médicaux. On justifie généralement la testostérone comme un traitement de la « dysphorie de genre », mais les endocrinologues qui la prescrivent semblent rarement évaluer ses effets sur la dysphorie du patient. Ils examinent plutôt son taux sanguin pour s’assurer que la testostérone reste dans la fourchette normale pour un homme. […] Peu de temps après la prise d’hormones mâles, des changements permanents se produisent.

Si une fille biologique regrette sa décision et arrête la testostérone, sa pilosité corporelle et faciale restera probablement en place, tout comme son excroissance clitoridienne, sa voix grave et peut-être même la masculinisation de ses traits faciaux. Même si des doses massives de testostérone doivent être maintenues pour que les effets de la transition se poursuivent, l’élimination de la T ne ramène pas l’adolescente à son point de départ. La testostérone s’accompagne également de douleurs et de désagréments. Il y a le problème de l’atrophie vaginale, mais aussi des douleurs musculaires, des crampes sévères dues à l’endométriose, une hausse de la sudation, des sautes d’humeur et de l’agressivité. Les effets à long terme comportent une augmentation des taux de diabète, d’accidents vasculaires cérébraux, de caillots sanguins, de cancers et, comme nous l’avons vu, de maladies cardiaques. Globalement, le risque de mortalité augmente. Il existe un dernier risque, inévitable, dû au fait qu’aucune patiente sur la Terre ne prend son traitement exactement à la même heure: à un moment donné, une jeune fille sous T se fera une injection un jour ou deux après la prise prévue. […] Après tous ces risques et ces sacrifices insensés, au moins la dysphorie a disparu, non ? En fait, il n’existe aucune étude à long terme indiquant que la dysphorie de genre ou les idées suicidaires diminuent après une transition médicale. Souvent, la dysphorie d’une jeune femme augmente avec la testostérone, car elle se rend compte que même avec une voix d’homme, des poils, une mâchoire carrée, un nez rond et une barbe fournie, elle ne ressemble pas tout à fait à un homme.

Les « détransitionneuses » : celles qui tentent de faire machine arrière

Presque toutes les détransitionneuses à qui j’ai parlé sont percluses de regrets. Si elles ont pris de la testostérone quelques mois seulement, elles ont une voix étonnamment masculine qui restera grave. Si elles ont été sous T pendant plus longtemps, elles souffrent de la gêne d’avoir une géographie intime inhabituelle : un clitoris élargi qui ressemble à un petit pénis. Elles détestent leur barbe naissante et leur pilosité corporelle. Elles vivent avec une poitrine lacérée et des tétons masculins (oblongs et plus petits) ou des rabats de peau qui ne ressemblent pas à des tétons. Chez celles qui ont conservé leurs ovaires, une fois privé de testostérone, le tissu mammaire se gonfle au retour des règles d’un liquide qui, souvent, n’est pas correctement drainé. […] Les désisteuses et détransitionneuses à qui j’ai parlé m’ont toutes dit qu’elles étaient sûres à 100 % d’être trans à vie – jusqu’à ce que, soudainement, elles ne le soient plus. Presque toutes reprochent à leur entourage adulte, en particulier les professionnels de la santé, d’avoir encouragé et facilité leur transition.

[Esprit de suicide] – Néoféminisme et Zététique : l’alliance de la carpe et du lapin

C’est avec un certain étonnement que j’ai découvert ces derniers jours le drama zétético-woke qui s’est joué à l’issue des Rencontres de l’Esprit Critique (REC) de Toulouse le week-end dernier ; une assemblée réunissant, au terme d’efforts louables, diverses chapelles de la Zététique (mais pas toutes, une fraction victimaire s’en étant exclue d’elle-même). Il faut savoir que le mouvement zététique traverse depuis plusieurs années quelques tensions internes, dues notamment à des positionnements qualifiés de part et d’autre d’idéologiques. En gros, il y a d’un côté des Zets qui penchent à gauche, voire très à gauche, et de l’autre, des Zets restés fidèles à eux-mêmes, mais qui se voient traités par les premiers d’extrême droite, voire de nazillons en puissance – car tout ce qui ne communie pas au féminismo-wokisme est par définition nazi (le monde est toujours si simple, vu du camp victimaire).

Dans des échanges assez lunaires postés sur Twitter, j’ai donc découvert qu’un groupe de néoféministes se disant zététiciennes (un oxymore, comme on va le voir plus bas), appliquaient assez logiquement leur plan de bataille néoféministe sur le dos de malheureux zététiciens assez suicidaires pour avoir cru bon d’ouvrir leurs chakras à la diversité woke. Pour résumer cet épisode en deux mots, les néofems leur envoient le feu nucléaire parce qu’ils ont tenté une petite blague potache avec un des leurs (Astronogeek, qu’elles regardent comme s’il était le diable) revêtu pendant quelques minutes d’une camisole de force (« Et ouin ouin, et que c’est de la psychophobie, et gnagnagna »). Je vais t’en foutre, moi, de la psychophobie ! Les Zets devraient porter plainte pour humourophobie.

La gousse d’ail anti-humour-oppressif, nouvel attribut du.e.la Zététicien.n.e des temps nouveaux (oui car chez les Zets, on torchonne aussi en inclusive, maintenant)

Des femmes zététiciennes, oui, trois fois oui, mais quand même pas des néo-féministes !

En accueillant des néo-féministes en son sein, cette frange bienveillante du Zététisme de la gauche et du centre aura semble-t-il commis une confusion regrettable pour elle – car c’est sur elle que pleuvent aujourd’hui d’énormes boules puantes –, une confusion, donc, entre les femmes, qui ont toute leur place dans le mouvement zététique, et les néo-féministes, qui ne sont pas nécessairement des femmes (les plus violents wokistes, ceux qui menacent de mort, étant généralement des hommes), mais des idéologues et des activistes d’extrême gauche avec un agenda bien précis ! Eh oui ! Une femme biologique n’est pas une idéologie gauchiste, qu’on se le dise ; je me dois sans cesse de dénoncer cet amalgame fâcheux 😉 ! Collaborer avec des femmes, ou même les défendre quand c’est nécessaire, ne devrait jamais revenir à défendre les délires paranoïaques d’une Sandrine Rousseau ou d’une Alice Coffin déguisées en zététiciennes !

Comment ces Zets ont-ils pu oublier un seul instant que les néo-féministes n’avaient qu’un seul ennemi sur terre : l’homme blanc occidental et sa Raison héritée des Grecs ? Si les Zets qui prennent aujourd’hui publiquement la parole se trouvent être pour leur plus grand malheur des hommes, blancs, occidentaux, hétérosexuels, cisgenres, de plus de 40 ans (plus de 50, on n’en parle même pas, c’est la mort au bout du fusil), pères de famille, rationnels, au QI élevé et/ou appartenant aux classes favorisées, ils sont de facto les ennemis de classe (et de race et de genre) des néo-féministes ! Ils sont par définition des cibles à abattre et elles ne leur laisseront aucun répit ! Quoi qu’ils disent, quoi qu’ils fassent, quels que soient les gages qu’ils donneront à ces harpies, quelles que soient leurs reptations « bienveillantes » ou « open-minded », ils se feront démonter jusqu’à l’os pour leur plus grande stupéfaction – puisqu’elles ne sont là que pour ça !

Car l’arsenal militaire néo-féministe est rempli à ras bord de redoutables armes à fragmentation : leur catalogue interminable de « phobies » imaginaires en tous genres – elles en inventent dix par jour (« ouin, ouin, ouiiiinnn !!! »), grâce auxquelles elles n’en finiront jamais de vous poursuivre dans vos retranchements les plus sincères ou les plus rationnels. Puisque-C’EST-LEUR-PRO-JEEEET ! Vous abattre !

Il ne faut jamais oublier que le logiciel néoféministe vomit la civilisation occidentale issue des Grecs, de la logique et de la raison (je ne reviendrai pas ici sur leur célébration ininterrompue des sorcières, par exemple). C’est même un des piliers de leur mouvement, comme le rappelle cet ouvrage de référence du mouvement néoféministe : Une lecture féministe de l’histoire de la logique (tout un programme !) ; aussi j’enjoins les défenseurs de la raison à ne jamais sous-estimer cet adversaire :

Andrea Nye, Words of Power. A Feminist Readig of the History of Logic, Londres, 1990

Cette vidéo récente, où une néoféministe zététicienne défend l’irrationnalité à visage découvert, devrait vous mettre la puce à l’oreille, amis zététiciens : vous avez laissé entrer le loup dans la bergerie, ou plutôt les termites dans la cabane ! Les néofems sont en train de faire leur nid pour tout ronger et tout grignoter – rien que l’emploi de l’écriture inclusive devrait être pris pour une alerte sérieuse : il signifie que le processus de destruction est en place ! Des fondations jusqu’à la toiture, elles ne laisseront rien debout, puisque encore une fois, elles haïssent fondamentalement tout ce que vous êtes.

Amis zététiciens, je m’en remets à vous pour nous protéger du programme de guerre des sexes et de l’intellect mis en œuvre par les néofems ; de grâce, ne leur servez plus la soupe, mais regardez-les bien en face pour ce qu’elles sont : des racistes et des sexistes qui ont trouvé un angle d’attaque imparable pour vous ravager de l’intérieur. Leurs techniques de harcèlement sont également les plus efficaces au monde car elles consistent, à grands renforts de bassines de larmes de crocodile, à rabattre tout ce que vous penserez ou direz sur ce que vous êtes biologiquement, intellectuellement et socialement – des données sur lesquelles vous n’avez pas de prise et dont vous n’avez de toutes façons pas à vous justifier. Elles s’en prendront aussi à vos vies privées, car elles confondent le débat d’idées et le cyber-harcèlement. Et même si vous vous suicidez, elles ne vous lâcheront jamais et continueront à vous persécuter ; les néofems ayant un goût immodéré pour attaquer les morts (une manière pour elles de se prémunir de procès en diffamation – voyez par exemple comment elles traitent la mémoire de Picasso).

Un dernier mot : je n’écris pas ce billet en tant que zététicienne, je ne suis qu’une observatrice extérieure des faits. Je ne les représente donc aucunement et mes opinions n’engagent que moi et n’ont pas à être amalgamées aux leurs (qui sont de toutes façons très diverses, puisque certains défendent becs et ongles les neofems). Mais comme je sais que la tactique néofem consiste justement à pratiquer l’amalgame – et le déshonneur par association, une posture actuellement très en vogue chez les néo-Zets – je préfère prendre les devants.

  • [Edit. – Mise à jour]

Ne suivant pas de très près l’actualité de la Zététique, j’ignorais qu’elle était d’ores et déjà tombée aux mains de l’Église de la Pleurnicherie Perpétuelle, comme j’appelle la secte des bigotes féministes, avec ses espaces non mixtes de fausses victimes du « patriarcat », qui s’écoutent pleurnicher en rond sur fond de sorcières et « d’oppressions systémiques » en carton – en écriture pour débil.e.s, comme il se doit. Je découvre aussi que le Féminismo-Zététisme est déjà constitué en Politburo de la Vertu Morale et Sexuelle, où l’on traque sans répit toute trace de « sexisme », même la plus infime et où l’on oblige tout libertin ou tout esprit libre à battre sa coulpe et s’autoflageller ad vitam s’il veut être absous et continuer d’appartenir à l’Église Zététicienne des Bonnes Mœurs Bienveillantes. Et encore, il restera traité à vie comme un pestiféré s’il ne communie pas à la tarte à la crème de la « culture du viol »… Bref, la situation était en réalité bien pire que ce que j’imaginais.

La Zététique a bien changé, dis-donc :/

Tout ce que touche l’idéologie néo-féministe, elle l’empoisonne, le détruit de l’intérieur et le tue à brève ou moyenne échéance (l’Université, le Festival de Cannes, les César, … et maintenant la Zététique 🙁 ). Que la Zet en soit à ramper devant un aréopage de névrosées juste bonnes à taper leur crise d’hystérie et lancer des lynchages publics pour une pauvre blague prétendument « psychophobe » n’était donc pas un épiphénomène comme je l’ai cru innocemment… mais le signe que le cancer avait métastasé depuis longtemps et que la Zététique était déjà officiellement en état de mort cérébrale. Il ne me reste alors qu’à présenter mes plus sincères condoléances à tous ceux que cette situation afflige autant que moi.

RIP l’esprit critique, celui qui ne se couche pas devant le terrorisme victimaire

« Requiem æternam dona ei, Domine.
Et lux perpetua luceat ei :
Requiescat in pace.
Amen. »

  • Voir aussi :

. Sur le même sujet, l’enquête d’Anne-Sophie Nogaret pour le journal Marianne (« Quand le wokisme s’infiltre même chez les scientistes », 17/09/2022) qui parvient aux mêmes conclusions. L’article est à lire en entier ici en raison du paywall de Marianne.

. L’entretien de Xavier-Laurent Salvador avec un zététicien (non woke) sur la question du wokisme dans l’université française :

. Mon point de vue sur l’écriture inclusive :

. L’analyse de l’affaire par le Penseur Sauvage :

[Féminophobie] – Le féminisme et la haine de la féminité

Un des paradoxes les plus saisissants, chez les Gender feminists (féministes idéologues du genre), notamment chez certaines lesbiennes agressives de type Coffin, ou certains « transgenres FtM » (« hommes à vagin ») tout aussi agressifs de type Preciado, est tout à la fois leur misandrie décomplexée (« Tous les hommes sont des violicideurs et des féminicideurs en puissance ! ») et leur survalorisation fantasmatique du masculin (« Je suis un homme comme les autres ; à moi le pouvouââr !! ») – avec pour corollaire leur guerre déclarée à la féminité et aux femmes elles-mêmes ; ce qui pourrait surprendre au premier abord. Dans ce sillage, on voit proliférer pléthore de discours sur le genre et la transidentité qui poussent un nombre toujours croissant de jeunes femmes à vouloir renier ou abolir leur condition féminine afin de « devenir » des hommes. Dans le prolongement de cela enfin, tout ce qui peut renvoyer aux fondements biologiques du sexe féminin est devenu plus qu’un tabou, un interdit ; la terreur s’abattant sur quiconque y ferait allusion – au point que le mot « femme » est devenu imprononçable chez EELV (honte à eux), de même que dans toutes les nouvelles chapelles du wokisme (jusque chez SOS Homophobie).

Les mêmes qui veulent voir les hommes morts (« Mort aux mecs ! », « Kill all Men ! ») sont subjuguées par une « domination masculine » fantasmée au dernier degré dont elles veulent obsessionnellement s’emparer – comme si les femmes étaient par nature et depuis toujours entièrement dépourvues de toute forme de pouvoir. Une très grosse erreur d’appréciation, comme les travaux d’Emmanuel Todd viennent encore récemment de le démontrer, ou comme je l’évoque moi-même régulièrement sur ce site (par exemple : [Antiféminisme] – Éloge de la femme forte).

Moi qui suis une femme assumée, qui me suis toujours sentie forte dans ma nature de femme, cette complainte larmoyante et victimaire de plus en plus folle et de plus en plus féminophobe m’apparaît aussi incompréhensible que déprimante. Pourquoi de plus en plus de jeunes femmes décident-elles de « transitionner » ? Comment en est-on arrivé là et pourquoi cela semble-t-il empirer chaque jour ? Il me faut commencer par résumer ce que cette situation doit directement au néo-féminisme, avant de développer ce qu’elle révèle encore de la nature profondément toxique de cette idéologie.

Le féminisme fabrique des femmes faibles à la pelle

J’ai déjà évoqué cet aspect :

  • Le féminisme a détruit la cellule familiale, assassiné la paternité, encouragé la maternité sans père et sans repères et mis au monde des générations entières de filles sans référent masculin pour se construire psychiquement. Des filles que l’on verra parfois, au sortir de l’adolescence, se transformer elles-mêmes en hommes (j’en connais) ou devenir lesbiennes, comme si elles se sentaient tenues, inconsciemment, de suppléer en personne à cette absence de figure masculine constructive. Pour autant, je ne saurais dire quel rôle a joué exactement l’absence de père dans ce processus, n’étant pas spécialiste du sujet (je m’interroge seulement, puisque je ne connais pas de lesbienne dans mon entourage, quel que soit son âge, dont le père a été présent ou a joué le rôle espéré – si vous en connaissez, dites-le moi dans les comms). Le sujet est de toutes façons trop complexe pour être résolu en un paragraphe – d’autant que je suis convaincue que l’orientation sexuelle ne se décide pas, étant selon toute vraisemblance une donnée hormonale de naissance (voir plus bas).
  • Même s’il est difficile de distinguer l’œuf de la poule, le féminisme produit du trouble mental, tout en étant lui-même une conséquence des troubles psychiques. Un cercle vicieux qui trouve actuellement son illustration parfaite dans la jeune femme née d’une « femme libérée des années 80 ♫ » (puis 1990, puis 2000), c’est-à-dire élevée sans père (« Elle a fait un enfant tou-ou-te seule ♪ ») et qui, arrivée à l’âge adulte avec des troubles psychiques importants (allant de la dépression à l’anorexie), va trouver dans le féminisme une église et un refuge pour exprimer sa souffrance et sa rancœur vis-à-vis de la gent masculine. Il ne fait aucun doute pour moi qu’il s’agit d’un continuum.
  • Le féminisme n’est pas un « empouvoirement », mais un « dépouvoirement » de femmes qui ont perdu la guerre de la compétition sexuelle à partir du moment où elles ont renoncé à la séduction, à la maternité voire même à l’hétérosexualité quand ce n’était pas dans leur nature profonde. Je considère en effet qu’il existe deux sortes de lesbiennes : celles qui le sont pour des raisons biologiques et congénitales – comme il en va de l’homosexualité masculine – parce que durant leur gestation, des influx hormonaux (ici d’androgènes), ont modelé leur cerveau en ce sens. Ces données biologiques irréversibles déterminent ensuite non seulement leur « genre », mais leur orientation sexuelle – et il n’y a rien à en dire, c’est la nature, c’est comme ça (sur ce sujet voir notamment les travaux de Jacques Balthazart, qui montrent que l’orientation sexuelle trouverait sa source dans les noyaux cérébraux de l’aire préoptique, dont la taille est déterminée par la testostérone prénatale). Comme la question difficile de l’inné et de l’acquis soulève toujours des polémiques, je rajoute ici cet échange avec Jaques Balthazart, où il résume clairement ses données sur l’origine biologique de l’homosexualité:
Non merci. D’une part, l’orientation sexuelle ne se commande pas et d’autre part, je n’ai pas d’ordre à recevoir.

Ces femmes qui se sont elles-mêmes mises en retrait du marché amoureux, qui pleurent dans leur coin sur leur misère féministe au lieu d’aller au combat, de se frotter aux hommes (c’est une image !), ont en réalité déposé toutes leurs armes et renoncé à toute forme de pouvoir (car le pouvoir des femmes sur les hommes est évidemment immense depuis toujours – mais pour le savoir, encore faudrait-il être capable de s’extraire de ses jérémiades). Ce sont des perdantes, des femmes condamnées à se lamenter ad libitum en regardant passer le train de la vie. À leur décharge, ce n’est pas entièrement de leur faute, puisqu’avant même leur naissance, l’idéologie féministe ne leur avait laissé aucune chance.

  • On pourrait dire un mot aussi de l’injonction faite aux adolescentes de singer les hommes en misant tout sur leur carrière professionnelle et en reculant sans cesse leur projet de fonder une famille – jusqu’à devoir y renoncer, une fois leur fertilité en berne (l’endométriose fait en ce moment des ravages chez les trentenaires, mettant en péril leur capacité à procréer – cf. « Ça a détruit un peu ma vie » : Enora Malagré, pas d’enfant à 41 ans et anéantie). D’autant que l’on sait que tout miser sur sa carrière n’empêche pas de finir seule et dépressive, comme le montrent les chiffres : les cadres les plus malheureuses sont les femmes célibataires sans enfants – même quand leur vie professionnelle est une réussite. Je ne suis évidemment pas pour renvoyer les femmes à la maison : je suis simplement pour qu’on prenne en compte la maternité et qu’on la valorise, tout en permettant aux femmes de mener conjointement leurs deux vies, en encourageant tout à la fois le temps partiel, un congé de maternité pouvant être très long et bien sûr, la vie maritale, puisque les premiers ne peuvent aller sans la seconde.

Le féminisme terrorise les jeunes femmes en construction

C’est un des aspects les plus délétères et les plus honteux de l’idéologie féministe, car celle-ci cible prioritairement des enfants (avec la complicité de l’Éducation Nationale) et des adolescentes fragiles en devenir. Or l’intégralité du discours féministe, avec ses injonctions contradictoires, n’est plus qu’un discours de manipulation et de terreur qui ne peut que conduire à la scission psychique :

  • Les adolescentes sont terrorisées par un discours absolument mensonger et 100 % sexiste sur la « masculinité toxique » qui essentialise honteusement les garçons, les présentant tous comme des criminels en puissance qui n’en voudraient qu’à leur vertu ou leur vie. Je vais revenir plus bas sur ce nouveau « chœur des vierges en treillis » (la formule est d’Annie Le Brun) et leur vision rétrograde des relations H/F.

En attendant, cette terreur est telle qu’elle finit par perturber un grand nombre de jeunes femmes en souffrance – pour des causes diverses, dont souvent le manque de père – et qui, au-delà de l’anorexie ou de difficultés parfois causées par des caractères autistiques ou Asperger (assez fréquent chez les vraies lesbiennes ; probablement une forme du « cerveau masculin » de Simon Baron-Cohen), vont alors se tourner vers le changement de sexe. Caroline Eliacheff et Céline Masson parlent justement et courageusement de cette nouvelle épidémie dans leur dernier livre, La fabrique de l’enfant-transgenre, Paris, 2022. Comme C. Eliacheff le dit dans cet entretien avec l’Express :

« Dans tous les pays qui ont ouvert des consultations dédiées, le ratio s’est inversé entre garçons et filles. Nous n’avons pas d’explication définitive. Mais il semble y avoir aujourd’hui une difficulté, pour une majorité de ces filles, à assumer leur féminité. Cela ressemble d’ailleurs aux troubles du comportement alimentaire, et en particulier à l’anorexie mentale, qui concernent davantage les filles. Sur le plan social, le discours victimaire bat son plein : les filles sont exposées à l’inceste, au viol, aux violences conjugales, à la soumission… Ce n’est pas très engageant. » 

En leur dépeignant un avenir d’esclavage et de soumission où elles seraient inexorablement piétinées par un « patriarcat » tout-puissant (en réalité totalement imaginaire), dans un monde cauchemardesque où le simple fait de mettre la tasse de son mari dans le lave-vaisselle constituerait le summum de la domination masculine, ces harpies féministes leur retournent la tête H24.

Quel paradoxe alors de voir des filles terrorisées par les hommes et dégoûtées des hommes… vouloir devenir des hommes ! Comment peut-on à la fois vomir la masculinité chez les autres et réclamer pour soi des hormones mâles ? Pourquoi n’aide-t-on pas plutôt ces jeunes femmes à incarner leur féminité et vivre heureuses avec ? Mais il faudrait pour cela pouvoir déconstruire en amont tout le discours toxique du féminisme victimaire et de ses oiseaux de malheur. Il me semble donc urgent de prendre conscience de la catastrophe qu’est, pour toutes ces adolescentes, l’injonction féministe à la victimitude, ce discours névrotique destiné à les cloîtrer dans une réalité parallèle dont elles ne pourront parfois plus jamais sortir, et qui n’est dans les faits qu’une manière de les déposséder de leur futur et de leur voler leur vie.

  • Les « lesbiennes butch » premières victimes de ce féminisme paranoïaque

Un petit tour sur un site de témoignages, essentiellement de jeunes femmes devenues hommes mais ayant décidé de détransitionnner afin de revenir à leur sexe biologique (donc des FtMtF : Female to Male to Female), fait clairement ressortir un profil aussi répandu qu’inattendu (enfin… pas tant que ça, puisqu’il illustre ce que j’écrivais plus haut) : celui de jeunes femmes « vraies lesbiennes », comme je dis, c’est-à-dire des lesbiennes biologiques, des filles qui au sortir de l’adolescence ou au début de l’âge adulte ne se révèlent attirées – quasiment, car il y a toujours des variantes individuelles – que par des femmes et qui ressentent un besoin irrépressible de masculiniser leur apparence ; ceci s’accordant avec de nombreux traits psychologiques et comportementaux inscrits en elles depuis toujours, que les hormones sexuelles vont révéler de manière incontournable à l’âge adulte. Comme l’explique en effet Jacques Balthazart, l’orientation sexuelle s’affirme à la sortie de l’adolescence sous l’expression d’hormones sexuelles qui vont réactiver un cerveau déjà présensibilisé à leur action par les hormones sexuelles prénatales.

Ce sont ici ce que l’on appelle les « lesbiennes butch » (« camionneuses » ou « hommasses »), des profils de femmes qui ont toujours existé, bien avant le déferlement de l’idéologie du genre, évidemment, puisque leur comportement serait principalement lié à la conformation des aires préoptiques de leur cerveau lors de la gestation. Ces lesbiennes butch ont alors pris de plein fouet l’injonction à changer de sexe et à s’identifier à des hommes ; histoire de coller à la nouvelle pathologie du sexe (en anglais : gender trouble) forgée par Judith Butler – alors que l’homosexualité n’est ni un trouble ni une pathologie, faut-il le rappeler ; c’est juste un état de la nature ! Ce n’est donc pas une construction sociale (l’hypothèse hormonale, à laquelle la voie épigénétique, qui commence à être explorée, pourrait apporter des pistes – même si gènes et hormones sont des choses différentes –, me semblant encore une fois la plus recevable scientifiquement). Voici quelques extraits assez parlants de ces témoignages :

« J’étais en pleine découverte de mes attirances lesbiennes aussi, alors j’ai décidé que je serais un homme trans hétéro. (…) J’ai finalement accepté ma vraie identité, celle d’une lesbienne butch ».

 » Je suis une lesbienne butch de 25 ans. Je me suis identifiée ouvertement comme un homme trans pendant 6 ans, dont 3 durant lesquels j’ai transitionné médicalement. (…) Les hormones m’ont amenée à subir une hystérectomie. Elles m’ont causé une hypertension artérielle. (…) Je me suis rendu compte que je ne pourrais jamais être un homme biologique (…). Maintenant, je me réapproprie l’identité lesbienne butch et je m’épanouis en devenant la femme lesbienne que j’ai toujours été ».

« Je suis une femme, je suis lesbienne. Pas à cause d’une sensation particulière dans ma poitrine, pas parce que c’est un désir ou un choix. C’est simplement la vérité factuelle de mon existence. « 

« J’ai compris que ma transidentité venait du fait que (…) j’étais tellement immergée dans la communauté LGBT que j’ai cru que la seule manière d’être une lesbienne masculine était d’être un homme trans. »

« Peu après le début de ma transition, ma santé mentale et physique s’est détériorée. Cela a changé ma vie d’une manière que je regrette à présent. Je sais maintenant que je suis simplement une lesbienne butch ».

Mais à lire ces témoignages, ainsi que d’autres en ligne, il ressort également que ces filles ont toujours subi le matraquage et le lavage de cerveau féministe victimaire, ce délire paranoïaque en barre, cette féminophobie en roue libre qui essaie de faire croire à toutes les jeunes femmes en construction qu’être biologiquement une femme, en gros, c’est de la merde (je caricature à peine). Dans les témoignages du site Post-Trans, on lit aussi ceci :

« Je prévois d’arrêter de prendre de la testostérone et de revenir à une apparence plus féminine afin de lutter contre l’image négative des femmes que j’ai intériorisée et d’en accueillir une nouvelle, plus forte ».

« Vers la fin du temps où je m’identifiais comme un homme trans, j’ai réalisé que je n’aimais que les femmes. Mais je m’identifiais tellement à l’identité gay que j’ai décidé que je serais un homme bisexuel. Cela était dû en grande partie au déséquilibre de pouvoir entre les hommes et les femmes et aussi parce que je me savais être homosexuelle. »

« Lorsque j’étais trans, j’avais l’impression qu’être un homme gay résoudrait certains de mes problèmes comme la haine que j’avais envers moi-même, mon manque de relation à la féminité et un mal-être général. Je pensais que la masculinité gay serait plus sûre et respectable que d’être une femme en dehors des normes de genre. Je me suis injectée de la testostérone et j’ai subi une mastectomie. Elle a été approuvée par mes médecins même si j’étais suicidaire à l’époque. Mais ma transition ne m’a pas aidée à me sentir mieux ».

Tout ceci irait donc dans le sens que j’ai donné à ce petit billet : le discours du féminisme victimaire (et du féminisme trans) aurait véritablement des conséquences délétères sur bien des jeunes femmes, dont certaines vont se retrouver stérilisées, mutilées à vie ou en proie à des troubles pouvant aller jusqu’au suicide… parce qu’elles auront été convaincues qu’être une femme en France au XXIe siècle, c’est à peu près comme vivre dans un camp de concentration ! Il va vraiment être temps que ce délire s’arrête !

Le féminisme célèbre la laideur physique et la bassesse morale, vouant une haine féroce non seulement à la féminité, mais aux femmes elles-mêmes

  • La bassesse morale est ce reflexe conditionné qui conduit toute féministe à sombrer dans la misandrie et le sexisme les plus décomplexés aussitôt qu’un homme lui cause la plus petite contrariété ; réflexe de petite princesse narcissique qui la conduit à piétiner toutes les valeurs de l’humanisme et à conchier la moitié du genre humain sur la base de son sexe, avec des concepts aussi lamentables que la « masculinité toxique », la « culture du viol » ou le « blantriarcat » (qui associe racisme et sexisme). J’en parle dans cet article.
  • Je pourrais développer aussi sur le néo-féminisme allié à l’activisme trans qui interdit désormais de faire la moindre allusion à la réalité biologique du sexe féminin – mais des voix qui portent largement s’en sont déjà emparées et c’est tant mieux. Rappeler qu’une femme est une créature dotée d’organes sexuels féminins pourrait donc me valoir une accusation de transphobie et un harcèlement sur les réseaux sociaux, comme ce qui est arrivé à J. K. Rowling. Depuis cet épisode, plus personne aujourd’hui ne peut ignorer que le néo-féminisme est parti en guerre non seulement contre la féminité, mais contre toute femme bien dans sa peau qui se contreficherait des nouvelles élucubrations transidentitaires. C’est ainsi que derrière la lutte contre « l’hétéronormativité sexuelle », concept forgé par l’imposteur en chef Judith Butler, se cache en réalité une guerre sans merci contre toute forme de féminité assumée.

Des « vierges en treillis » au féminisme trans : le grand retour de la bitophobie

C’est en découvrant ces derniers jours les discours portés par le féminisme du genre sur un chapiteau de Vézelay du XIIe siècle, où le simple fait qu’une femme se travestisse en moine (uniquement à l’origine pour accomplir une ascèse de type gnostique et protéger sa virginité) autorise à parler de « figure transgenre », « d’assignée femme » ou de « laboratoire du genre » (🙄), que j’ai réalisé combien les féministes trans d’aujourd’hui étaient le décalque exact de ces « vierges radicales » du IVe siècle, que l’on appelle « monachoparthénoï » (« vierges-moines »).

Comme le relate la légende de sainte Eugénie, la vierge-moine du chapiteau de Vézelay, c’était, comme pour nos féministes trans d’aujourd’hui, le sentiment exacerbé de la fragilité de son sexe qui l’avait poussée à se travestir en homme, une manière tout à la fois de protéger sa virginité et de gagner en pouvoir. Je cite le passage de la légende où son auteur met dans la bouche d’Eugénie une explication qui pouvait valoir pour son siècle et qui, à mon grand étonnement, semble toujours d’actualité :

« Car je suis une femme par le sexe, et parce que je ne pouvais pas réaliser mon désir et servir Dieu comme je l’estimais nécessaire et en toute sécurité du fait d’être une femme, je me suis donc déguisée en homme, et d’une manière juste et appropriée, j’ai dissimulé mes charmes ; dans l’émulation et à l’exemple de ma maîtresse Thècle, fuyant ce qui est destructible et éphémère, j’étais résolue à atteindre les bontés du ciel. C’est pour conquérir une telle gloire et satisfaire mes envies de vertus divines que j’ai déguisé la fragilité de mon sexe sous des vêtements masculins. Pour cette cause et parce que j’étais piquée du désir du culte divin, j’ai pris la forme d’un homme, afin qu’au masculin je puisse courageusement garder intacte ma virginité » (Actes de sainte Eugénie, traduction d’une version arménienne de la légende datant des Ve-VIe siècles).

Dix-sept siècles plus tard, nous en sommes donc exactement au même point avec les féministes du genre, éternelles vierges apeurées qui n’ont d’autre solution que de se faire passer pour des hommes afin de tenir à distance tout commerce charnel avec eux. Autant au IVe siècle, et bien qu’il s’agissait de comportements inspirés par les sectes gnostiques, cela pouvait paraître justifié – que ce soit par envie sincère de spiritualité ou pour échapper à des mœurs sociales laissant peu de champ au célibat volontaire (les couvents se sont développés ensuite, permettant d’accueillir ces femmes désirant échapper au mariage et à la procréation) ; autant au XXIe siècle, au terme de tant d’évolutions sociétales, psychologiques et politiques, on pourrait se demander pourquoi tant et plus de jeunes femmes en arrivent à se victimiser au point d’opter elles aussi pour le changement de sexe, en proie au même irréductible effroi devant le sexe masculin.

Tout ceci est bien évidemment l’œuvre du matraquage des nouvelles puritaines féministes et de leur bitophobie congénitale. Si à l’époque de la libération sexuelle des années 1960-1970, les féministes avaient cru surmonter leur antique terreur, celle-ci a reflué tel un tsunami dès les années 1980, avec la reprise en main des universités américaines par les idéologues du genre et leurs bataillons de féministes misandres, lesbiennes ou névrosées. J’ai déjà évoqué ce tournant féministe face au pénis (cf. « L’envie du pénis chez les féministes »), quand la fascination phallique s’est commuée en jalousie pathologique et en rage féroce. Les anciennes féministes étaient davantage dans la fascination et le sentiment de liberté, les nouvelles se sont enferrées dans la fureur et le ressentiment.

Les conséquences de l’idéologie du genre, on les constate aujourd’hui dans cette frayeur rétrograde et irrationnelle devant tout homme, chez toutes ces jeunes femmes manipulées par les féministes, qui se mettent à haïr toute forme de féminité en elles, terrorisées qu’elles sont par le genre masculin – mais tout autant fascinées, puisqu’elles veulent s’approprier ce sexe et le pouvoir qu’elles lui attribuent. La fascination phallique est donc plus que jamais d’actualité chez les féministes du genre qui transitionnent, ce qui semble curieusement leur échapper.

Les origines gnostiques et sectaires de l’idéologie du genre, à travers leur objectif commun d’abolir la biologie et les différences sexuelles, sont aussi un aspect qui n’est pas suffisamment souligné. Nous sommes ici dans des postures bien connues des historiens des idées religieuses ; de celles qui participent de la condamnation de la chair et du puritanisme les plus exacerbés.

La féminophobie féministe ou la misogynie de l’idéologie du genre

Il me reste à conclure sur la manière dont ce féminisme hait la féminité et pousse les femmes à se haïr pour ce qu’elles sont biologiquement et anthropologiquement.

C’est un des aspects les plus inattendus en apparence, que cette misogynie décomplexée qui s’affiche désormais sous l’égide du féminisme, au nom de l’indifférenciation des sexes et de la négation de la biologie. Le néo-féminisme en est arrivé à pourchasser toute femme qui s’identifierait biologiquement comme une femme, considérant que sa génétique, ses caractères sexuels et son hétérosexualité, pour peu qu’ils lui conviennent, sont une forme naturelle de transphobie, d’homophobie ou « d’hétéronormativité », autant de marques d’infâmie distribuées au fusil automatique par la nouvelle police de la pensée woke ou d’extrême gauche. Si une femme assume sa beauté physique et gagne sa vie avec, les féministes peuvent lui faire perdre son travail. Si elle fait des efforts pour rester mince, elle est accusée de grossophobie. Si elle ne cultive pas la haine de soi, elle est rétrograde (lire : Jean-Marc Albert, « L’idéologie du genre ou la haine de soi » ). Si elle trouve que se rouler dans sa fange en exhibant ses règles ou en se promenant avec des sachets d’excréments n’est pas pour elle, elle est une affreuse réactionnaire, etc. On pourrait prolonger indéfiniment cette liste, mais je vais m’arrêter là pour aujourd’hui. Je sais déjà que le futur proche ne manquera pas de me livrer pléthore d’exemples édifiants démontrant que le projet néo-féministe d’abolir la féminité n’est pas une simple vue de l’esprit.

[à suivre…]

  • Voir aussi :

Sur le chapiteau de Vézelay:

. Sur les risques pour la santé féminine de la testostérone :

Infertilité : « Dans deux siècles, l’espèce humaine pourrait disparaître » (Le Point)

Même si le féminisme n’est pas la cause unique de cette disparition programmée, il y aura largement contribué – n’ayant de cesse depuis des décennies de militer contre la maternité et de repousser toujours plus tard sa mise en œuvre. Les résultats sont encore plus dramatiques qu’attendu, puisqu’ils conduisent non seulement à une dénatalité tragique d’un point de vue démographique et économique, mais également au désespoir, sur le plan personnel, pour nombre de femmes qui ne deviendront jamais mères ou grand-mères – et qui, du haut de leurs vingt ans, n’avaient jamais anticipé ce que serait la seconde partie de leur vie, entre solitude et dépression. Parce que ces questions concernent donc, directement ou indirectement, la question du féminisme et de ses méfaits, je partage cette interview parue dans Le Point.

***

Le Point.fr, n° 202203

Santé, mardi 22 mars 2022

Propos recueillis par Héloïse Rambert

ENTRETIEN. L’infertilité gagne du terrain sur toute la planète. Au point de menacer l’avenir de l’humanité, prévient le professeur Hamamah.

Notre survie comme espèce est en danger. Un rapport sur l’infertilité en France, remis le 21 février 2022 au ministre de la Santé, Olivier Véran, et à Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la Protection de l’enfance, dresse un bilan absolument alarmant de notre santé reproductive. Comment en sommes-nous arrivés là ? Alors que le recours à l’assistance médicale à la procréation ne cesse de progresser, que sait-on aujourd’hui de l’infertilité et de ses causes ? Comment sauver notre peau ? Le professeur Samir Hamamah, chef de service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier et coauteur du rapport, avance quelques pistes.

Le Point : L’infertilité est-elle un problème fréquent ?

Samir Hamamah : Extrêmement fréquent. En France, 3,3 millions de personnes sont touchées. Autrement dit, 6,6 millions de personnes appartiennent à un couple confronté à ce problème. Pour rappel, on parle d’infertilité lorsqu’un couple ne parvient pas à concevoir naturellement après un an de rapports sexuels réguliers. C’est un gigantesque problème de santé publique. La France n’est évidemment pas le seul pays qui doit faire face à l’infertilité. Pour dresser notre rapport, ce qui nous a pris de longs mois, nous nous sommes intéressés à tous les pays qui disposent de données sur le sujet. Nous avons auditionné 140 experts dans le monde. Tous les continents, tous les pays sans exception, sont concernés. Il y a autant de personnes infertiles que de personnes diabétiques. Je savais déjà que notre santé reproductive était menacée, mais c’est plus que cela : l’espèce humaine tout entière est en danger de disparition.

À quelle échelle de temps ?

Les scénarios les plus pessimistes prévoient une extinction de l’espèce dans un siècle et demi. Deux siècles pour les plus optimistes.

C’est alarmant ! Quelles données nous permettent de faire ces projections ?

Au cours des trente dernières années, les hommes ont perdu plus de 50 % de leur production spermatique. Mais cette dégradation a commencé bien avant. Déjà en 1992, une étude danoise, parue dans le New England Journal of Medicine, estimait que depuis les années 1930 les hommes avaient perdu 1 million de spermatozoïdes par gramme de testicule et par an ! Au Danemark, un pays à la pointe dans le suivi de la fertilité, en 2040, tous les hommes en âge de procréer pourraient être infertiles si la baisse de qualité du sperme continue à ce rythme. En France, le nombre d’enfants par femme est descendu à 1,83. Au Portugal, en Espagne ou en Italie, il est de 1,3.

Pour faire perdurer une société, ce taux doit être de 2,6 au moins. Deux pays se préoccupent particulièrement de leur démographie. La Chine, d’abord : la natalité a chuté en 2021 à un niveau historiquement bas. À tel point qu’on prévoit que dans les 40 à 50 prochaines années, le pays pourrait perdre 50 % de sa population. La Russie est aussi en mauvaise posture. Il n’y a qu’à regarder le nombre de centres de PMA [procréation médicalement assistée, NDLR] que compte la ville de Moscou : 82, pour une population de 12 millions d’habitants. En comparaison, en France, nous avons 103 centres pour 67 millions d’habitants. Les Russes font tout pour renouveler leur population.

Comment expliquer une telle « épidémie » d’infertilité ? La baisse de la qualité du sperme est-elle le seul facteur ?

Non. Déjà, dans 10 à 15 % des cas, l’infertilité reste inexpliquée. Sinon, il y a trois grandes causes possibles, qui sont en fait étroitement intriquées. En premier lieu, ce que j’appelle les causes sociétales, qui poussent les femmes à retarder leur projet parental. Elles prennent le temps de terminer leurs études, de s’installer dans leur vie professionnelle et de trouver le « prince » ou la « princesse ». En l’espace de trente ans, l’âge moyen du premier accouchement des femmes françaises, par exemple, a reculé de cinq ans. Autrement dit, dans l’infertilité, la première cause, c’est l’âge de la femme. Aujourd’hui, une femme de 30 ans a un risque sur quatre de rencontrer des problèmes d’infertilité. À 40 ans, c’est une femme sur deux. Notre santé reproductive est aussi le miroir de notre hygiène de vie. L’excès de poids, le stress, la consommation de tabac, d’alcool ou de café en excès, ou encore le manque de sommeil : tout cela lui nuit. De véritables causes médicales, qui touchent à parts égales les hommes et les femmes, sont bien sûr possibles. Il peut s’agir de trompes bouchées, d’une insuffisance ovarienne prématurée ou d’un sperme très altéré. Et puis, il y a les causes environnementales.

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L’infertilité, un problème sociétal ou environnemental ?

Quelles sont-elles ?

Nous sommes bombardés par les perturbateurs endocriniens, des molécules chimiques qui parasitent notre système de régulation hormonale. Ils sont reprotoxiques pour les hommes comme pour les femmes. Ils sont partout dans nos cosmétiques, nos produits d’entretien ou notre nourriture. Ce sont des métaux lourds, des solvants, des pesticides… La liste est sans fin : on a recensé plus de 300 000 molécules chimiques pouvant être des perturbateurs endocriniens. Et nous sommes quotidiennement exposés à une centaine d’entre eux. C’est un scandale sanitaire qu’il faut absolument aborder avec transparence. Les écologistes nous parlent de l’effondrement des écosystèmes et de la biodiversité. Mais les êtres humains, aussi, sont gravement menacés !

Mais la PMA ne peut-elle pas être une réponse à l’infertilité ?

La PMA, c’est l’arbre qui cache la forêt. On a occupé l’espace médiatique depuis quarante ans en laissant croire, sans le vouloir et sans le savoir, que c’était une solution miracle à toutes les sortes d’infertilité. C’est faux : dans deux cas d’infertilité sur trois, elle est inefficace. Ce qu’il faut faire, c’est mettre en place une vraie politique de prévention, c’est agir bien en amont en informant de manière individuelle et collective sur la santé reproductive et sur tous les facteurs qui peuvent l’altérer.

Que recommandez-vous ?

Nous préconisons la création d’un logo qui alerte sur la reprotoxicité de tous les produits de la vie courante. Chaque jeune femme devrait avoir conscience, quand elle achète un parfum ou un fond de teint, que ce sont des produits qui peuvent avoir une influence néfaste. Dès le collège, il faudrait pouvoir donner aux jeunes des clés pour préserver leur santé reproductive. J’insiste, il ne s’agit en rien de promouvoir une politique nataliste. Simplement d’informer. À l’échelle nationale, nous demandons la création d’un institut national de la fertilité, sur le modèle de l’Institut national du cancer (Inca), pour incarner, coordonner, piloter, prioriser et promouvoir la recherche et l’innovation. Je le répète, il s’agit ni plus ni moins de préserver l’espèce humaine. Nous avons une responsabilité collective.