Anthologie du féminisme urinaire

L’idéologie néoféministe est une forme de « pensée » (le mot requiert ici des guillemets) 100 % simpliste et régressive. Son credo binaire (« L’homme est coupable de tout ; La femme est son éternelle victime ») s’accompagne d’une expression artistique de type régressif car fondée quasi exclusivement sur les organes sexuels.

L’appareil reproducteur féminin y tient en général le haut du pavé via son totem, le clitoris, sorte de bite puissance 4 (puisqu’il a quatre branches et une tête), suivi de près par la vulve et les règles (articles à venir sur le sujet). Viennent ensuite la pilosité (aisselles, jambes, pubis), la cellulite et les seins – le pubis poilu et les seins continuant toutefois à poser problème, car leur représentation conserve un fort pouvoir érotique sur les hommes, ce qui ne manque pas d’agacer nos guerilleras misandres.

La fixation obsessionnelle des néo-féministes, qui confine à la folie, se fait en réalité sur le pénis masculin, ou plus exactement sur la frustration de ne pas en posséder.

Le clito, c’est formidable, mais à travers la récente campagne Instagram tasjoui de Dora Moutot, la « survoltée du clito » qui reproche aux hommes de ne pas savoir faire jouir les femmes, le féminisme vient de passer aux aveux : Il n’y a en réalité rien de mieux qu’un bon orgasme fourni par un homme, pas vrai ? Un siècle de lutte pour l’indépendance (y compris orgasmique) pour en arriver là… (soupir).  Mais il est si jouissif d’accabler les hommes que de renier son émancipation ne pose visiblement aucun souci.

L’absolue dévotion féministe envers le phallus masculin s’exprime de manière le plus souvent inconsciente, comme on peut s’y attendre – car nos pauvres néofem sont restées fixées comme des moules au bon vieux complexe phallique du docteur Freud. Et ce n’est pas l’écrivain féministe Chloé Delaume, quand elle écrit :  « En français, la langue reste attachée au phallus », qui démentira ! (Chloé, pas la peine de dissimuler derrière du charabia pro-inclusif ton envie de sucer ; suce plutôt, et tout ira bien 😉 ).

Les artistes féministes reportent donc la fonction phallique sur le clitoris, lequel court à perdre haleine derrière son illustre modèle. Dans la mesure où la physiologie humaine l’a de toutes façons calqué sur le pénis, il est normal que sa représentation dans l’art fasse in fine penser à l’appareil génital masculin (damned !).

Sophia Wallace, Cliteracy, 2014

Cette vénération du clito n’est finalement qu’un décalque de la vénération du phallus et des bourses telle qu’on la trouve par exemple chez Picasso ou chez Félicien Rops  :

Félicien Rops, Le beau paon (femme assise devant un symbole phallique), encre sur papier, 1851/1898 (Namur, Musée Félicien Rops) [cliquer sur l’image pour agrandir]
Félicien Rops, Sainte Marie Madeleine (Série Pornocratès), encre sur papier, 1878 [cliquer sur l’image pour agrandir]
Mais si les féministes jalousent à mort le pénis, c’est aussi parce qu’il permet de faire des choses qui leur sont inaccessibles, comme faire pipi debout, quand on veut, où on veut. Ô insupportable dysmorphie corporelle, scandaleuse oppression patriarcale ! Il faut nous battre pour nous libérer de cette injustice, mes soeurs !

Les féministes se lancent alors à corps perdu dans cette noble reconquista du pipi ; ce que j’ai baptisé le féminisme urinaire, tant la récurrence de ses manifestations est devenue un poncif du discours néofem.

On a d’abord vu, en 2012-2013, l’injonction féministe faite aux hommes de devoir pisser assis, sur le modèle suédois, tant la posture debout de l’homme pissant était une insupportable démonstration de domination phallico-patriarcale (plus vraisemblablement un fantasme sexuel inavoué dans leurs cervelles de refoulées – j’y reviendrai).

Voyant que cela ne prenait pas vraiment (encore heureux), l’idée du Pisse-Debout a alors émergé – mais l’inénarrable gadget avec son logo de féministe à lunettes est bien loin de faire l’unanimité, y compris chez les féministes. Personnellement, cette obsession à vouloir singer les hommes me fait surtout pitié.

Le « pisse-debout », singerie pénienne pour féministes à lunettes.

On mentionnera aussi la lutte féministe contre le « sexo-séparatisme des WC publics« , noble combat s’il en est et d’une urgence absolue – qui ne fait pourtant pas l’unanimité non plus.

Mais c’est surtout à l’automne 2018 que le féminisme urinaire nous a servi son feu d’artifice, avec la vidéo « Pas pipi dans Paris » de Swann Périssé pour le compte de la Mairie de Paris.

Son abyssale bêtise, sa vulgarité confondante, son absence totale de subtilité et sa délectation pour l’urine m’ont tout de suite fait penser à une création féministe. Bingo ! Swann Périssé, son auteur et actrice principale, est bien une féministe bon teint régulièrement encensée par MadMoiZelle, le webmédia des nunuches néofem.

Sur le coup, j’avais pensé que le clip avait été décidé à l’issue dune orgie ondiniste chez un collaborateur de la mairesse de Paris, ce qui n’est d’ailleurs pas à exclure non plus – puisque le fantasme ondiniste inavoué (« Oh ouiii, inonde-moi DEBOUT avec ta belle bite ») sous-tend probablement toute l’inspiration inconsciente du féminisme urinaire. Je vais donc poursuivre l’enquête 🙂

[A suivre…]

. Et sur l’art féministo-clitoridien :

Des clitos, des clitos, et encore des clitos

L’Écho des palais morts

. Lucrèce Borgia (2007)

Lucrezia Borgia (maquette, 2007). Musique : Jonathan Capdevielle ; Paroles et voix française : Jean-Patrick Capdevielle.
Nosferatu à Venise, film de 1988 avec Klaus Kinski.
– Filippo Rossato, Eromachie. Giochi di lotta e d’amore (sculpture, 2007)
Iconographie et montage : Lucia

« L’écho des palais morts
Noyés d’or et de soie
Et l’ombre d’une histoire
Qui n’a connu de loi
Que celles des plaisirs
Voulus par des coeurs froids
Murmure le doux nom
De Lucrèce Borgia »

Nosferatu à Venise ( 1988)

Dans ce film, Nosferatu est un vampire qui casse les codes : il savoure son reflet dans le miroir et ne craint pas la lumière du petit matin (il en raffole même).

Il est en quête de rédemption par l’amour (tout comme la capitaine du vaisseau fantôme, Le Hollandais volant ou même Hadès dans le mythe de Perséphone). Dans la scène où Nosferatu découvre la jeune femme (Anne Knecht) dans son lit, celle-ci lui demande : « Pourquoi ne m’as tu-pas tuée ? » et il lui répond : « Parce que je veux que tu m’aides à mourir ».  Comme le Hollandais volant, c’est l’amour d’une femme qui brisera sa malédiction et mettra fin à son errance de mort-vivant. Si les choses ne se passeront pas comme prévu dans le film, il nous restera au moins de puissantes images oniriques avec ce vampire au charme fou :

Comme je n’aime pas marcher dans les clous, j’ai eu envie de rendre ici un discret hommage à Klaus Kinski, désormais paria de l’histoire du cinéma, puisque vampire à la ville comme à l’écran.

Comme tant d’autres grands ou très grands artistes, Kinski nous place devant cet irréductible paradoxe : comment envisager séparément l’homme (parfois très mauvais) et le génie (parfois immense) ? Il nous faut pourtant bien séparer les deux – avant de les réunir ; et Klaus Kinski ne mérite sans doute pas moins qu’un autre la rédemption – au terme d’un purgatoire bien mérité.

Le Chant du serpent (1970)

Jean-Patrick Capdevielle, Le Chant du serpent (gouache sur carnet tibétain, années 70).

La vidéo ci-dessus était initialement dédiée au Chant du serpent, oeuvre qui m’avait donné l’occasion d’explorer la thématique érotique de la femme et du poulpe dans une de mes toutes premières vidéos (ci-dessous).  Comme elle était assez sommaire, j’ai eu envie de la reprendre et de l’étoffer. J’aurai certainement l’occasion de reparler de cette peinture dans une vidéo et/ou un article.

 

[à suivre…]

. Sur Lucrèce Borgia, voir aussi :

Lucrèce Borgia – Entre le vice et la vertu

 

Samantha Geimer : Que les féministes la laissent tranquille !

. Voici deux articles dans lesquels Samantha Geimer, assignée par les féministes à être la victime à vie de Roman Polanski, démontre ce qu’est la force et la liberté d’une femme de caractère. 

Idées, lundi 22 janvier 2018 – 

 Samantha Geimer : « Toute cette haine, cette revanche, ne guériront pas les femmes »

[En 1977, lorsqu’elle avait 13 ans, Samantha Geimer a été violée par Roman Polanski. Elle a récemment expliqué avoir pardonné à son agresseur. Elle a demandé à la justice américaine de clore le dossier afin qu’elle puisse retrouver une vie normale, déclarant qu’elle était toujours assaillie par la presse, quarante ans après les faits et le début de la procédure. Un juge de Los Angeles a refusé d’abandonner les poursuites et continue de considérer le réalisateur comme un fugitif. Peu après l’éclatement de l’affaire, Roman Polanski avait reconnu avoir eu des relations sexuelles avec une mineure et avait passé un accord amiable avec la justice, mais craignant que l’entente ne soit subitement annulée, il a pris la fuite vers la France en 1978.]

Tribune. On peut être surpris de me voir signer ou approuver une tribune critiquant le mouvement #metoo. Je suis une féministe, défendant les droits des victimes, et l’on me connaît d’ailleurs surtout pour avoir été moi-même victime d’un viol. Mais laissez-moi vous expliquer pourquoi je suis entièrement d’accord avec la tribune « Nous défendons une liberté d’importuner », [signée, entre autres, par Catherine Deneuve, Catherine Millet et Ingrid Caven].

#metoo devrait être une plateforme de soutien pour les victimes, un espace où l’on témoigne de sa solidarité, où l’on se soutient les unes les autres. Toutes celles qui, comme nous, ont souffert de différentes (mais semblables) façons, mais ont toujours eu conscience d’appartenir à un groupe plus vaste, de mères, de sœurs ou d’amies, nesont pas une minorité. Nous nous sommes toujours soutenues.

On ne peut pas empêcher les conservateurs politiques et religieux de détourner à leurs fins les initiatives les plus louables. Pour attaquer, par exemple, Meryl Streep, Hollywood en général ou des hommes politiques qui ne leur plaisent pas, ils se serviront de #metoo ou de n’importe quel autre mouvement, sans aucun souci de ce qui est réellement en jeu, des personnes qui souffrent ou ont souffert.

« On m’accuse de faire l’apologie du viol, d’être sous le coup du syndrome de Stockholm (…) et, plus grave encore, de causer du tort à toutes les autres victimes de viol. Une dérangée, en somme »

J’ai passé quarante ans de ma vie à me défendre. Contre les attaques de ceux qui considéraient qu’il n’était pas possible de se remettre d’un rapport sexuel avec un homme beaucoup plus âgé, en l’occurrence Roman Polanski. Faut-il vraiment que je souffre pour vous donner satisfaction ? Pourquoi expliquer que ce qui m’est arrivé était affreux, épouvantable ? Ça n’a pas été le cas, mais ça n’en était pas moins un crime. Un crime pour lequel Roman Polanski a plaidé coupable et fait de la prison.

Quand je refuse de me plier à ce que l’on exige de moi en faisant état des dégâts causés, on m’accuse de faire l’apologie du viol, d’être sous le coup du syndrome de Stockholm, de m’être laissé acheter et, plus grave encore, de causer du tort à toutes les autres victimes de viol. Une dérangée, en somme. Et une traînée par-dessus le marché, puisque j’étais sexuellement active à 13 ans.

Le problème quand on est une femme forte, une survivante, c’est que les militants ne peuvent rien tirer de vous. Ils le comprennent tout de suite et tournent les talons. Ils ont besoin de victimes, pas de rescapées. Qu’on se le dise : si vous vous en sortez, pourquoi auriez-vous besoin d’eux ? Il faudrait en finir avec ce genre de militantisme. Finir de s’excuser d’être un survivant heureux et solide. Nous devrions au contraire servir d’exemples, donner du courage aux femmes qui se battent et les aider à se relever. Il n’est pas vrai que notre rétablissement nuit aux autres.

Redonner aux femmes leur pouvoir d’action

Le viol, le harcèlement sexuel et l’intimidation au travail sont des problèmes graves, qui doivent être traités avec gravité. Il faut redonner aux femmes leur pouvoir d’action, pas exiger d’elles qu’elles ressassent indéfiniment le tort « assurément indélébile » qu’elles ont subi, pour prouver que ce qui leur est arrivé est mal, ou même simplement pour nous divertir. Il est triste qu’une femme confiante, ayant survécu à un drame, soit moins intéressante que le spectacle d’une femme tordue de douleur.

Si #metoo ne sert finalement plus qu’à attaquer des gens puissants ou à tirer profit de personnes maltraitées, pour prouver quelque chose ou se valoriser, si le mouvement n’offre aucun soutien, ne permet aucune guérison, mais sert juste à « valider » votre peine comme s’il s’agissait d’un mérite, d’un atout, plutôt que d’un événement que l’on peut surmonter, alors il est temps de tourner la page de #metoo.

Mettre une simple caresse au cours d’une séance photo, une mauvaise blague, certains comportements typiques des années 1970-1980 sur le même plan qu’un viol ou un véritable harcèlement sexuel, c’est minimiser la gravité de ces crimes et de ces agissements. Quand on parle de pédophilie à propos d’avances faites à des jeunes de 17 ans, c’est faire peu de cas des véritables victimes de pédophilie. Si vous sondez votre mémoire pour essayer de savoir qui, par le passé, a eu à votre égard une attitude inappropriée, c’est que vous n’êtes pas une victime, et vous ne devriez pas souhaiter l’être.

Les femmes doivent s’affirmer telles qu’elles sont

La société valorise la faiblesse et la douleur chez les femmes, mais nous valons bien plus que cela. Si les femmesveulent l’égalité, être reconnues partout, dans tous les domaines, il va falloir qu’elles s’affirment telles qu’elles sont en réalité : comme des adultes solides, qui n’ont pas besoin de protection spéciale ou de traitement particulier parce qu’elles appartiendraient au sexe faible, des femmes capables de se défendre, parce qu’on nous l’a appris et qu’on l’attend de nous.

« Ce qui change une vie, ce n’est pas une expérience douloureuse, c’est notre résilience »

Je ne suis pas d’accord avec l’idéologie puritaine qui explique aux femmes que le sexe leur fait violence et qu’il est « capté » par les hommes. Qu’elles se résument à leur vagin, à leurs corps, d’après les critères que les hommes qui les touchent ont fixés. Il faut enseigner aux jeunes femmes d’aujourd’hui que la sexualité est quelque chose de sain, de normal, de nécessaire. Ce qui change une vie, ce n’est pas une expérience douloureuse, c’est notre résilience. Toute cette haine, cette revanche ne nous guériront pas, pas plus qu’elles n’effaceront le passé. Votre beauté, votre mérite, voilà ce qu’on ne pourra jamais vous enlever.

La cause des femmes devrait nous rendre plus fortes, pas nous transformer toutes en éternelles victimes qu’il faudrait protéger du monde, des hommes, du sexe… et d’elles-mêmes. La sexualité est quelque chose de personnel, cela fait partie de la vie : c’est compliqué et ça ne se passe pas toujours bien. Mais ça ne fait pas de mal. Il ne faut pasconfondre ceux qui nous aident à nous émanciper, à regagner du pouvoir, et ceux qui nous refusent le droit de choisir notre sexualité en dehors de celle qui correspond à ce qu’ils entendent contrôler religieusement et politiquement.

Le viol est un crime, le harcèlement sexuel au travail a des conséquences graves et cela doit prendre fin. Mais qu’on nous offense est aussi le prix à payer pour être libres. Ne confondons pas tout. Il n’est pas toujours facile d’y voir clair, mais s’il vous plaît, mesdames, ne renonçons pas aux droits et à l’égalité pour lesquels nous nous sommes si durement battues, au profit de gens qui ne veulent que nous contrôler et nous mettre en cage.

(Traduit de l’anglais par Pauline Colonna d’Istria)

***

. Le Point.fr, no. 201801
Société, lundi 22 janvier 2018 –
#MeToo : victime de Polanski, elle explique son soutien à la tribune du « Monde »

Par 6Medias
Samantha Geimer reproche au mouvement MeToo d’enfermer les femmes dans leur statut de victime et de considérer celles qui s’en sortent comme des « dérangées ».

« Je suis une féministe défendant les droits des victimes. » C’est ainsi que se définit Samantha Geimer, abusée sexuellement par Roman Polanski à l’âge de 13 ans. Dans une tribune qu’elle publie dans Le Monde lundi, l’Américaine explique pourquoi elle a signé le texte publié le 9 janvier qui défendait la « liberté d’importuner » pour les hommes, corollaire indispensable à la liberté sexuelle, selon les auteurs.

Cette tribune signée par une centaine de femmes, dont Catherine Deneuve, a été très critiquée. Dans les colonnes du quotidien, Samantha Geimer affirme qu’elle sait que son choix peut surprendre. « On me connaît d’ailleurs surtout pour avoir été moi-même victime d’un viol », rappelle-t-elle. Depuis, l’Américaine a récemment affirmé avoir pardonné au réalisateur et demandé à la justice américaine de classer l’affaire. Cette agression ne l’empêche toutefois pas d’être « d’accord » avec la tribune du 9 janvier. « J’ai passé 40 ans de ma vie à me défendre. Contre lesattaques de ceux qui considéraient qu’il n’était pas possible de se remettre d’un rapport sexuel avec un homme beaucoup plus âgé », écrit-elle.

La parole des « rescapées » pas assez entendue

Samantha Geimer raconte avoir été accusée de « faire l’apologie du viol », de s’être « laissé acheter », voire « de causer du tort à toutes les autres victimes de viol », en ayant refusé de se « plier à ce que l’on exige d'[elle] en faisant état des dégâts causés ». Comme d’autres, elle déplore que le mouvement #MeToo dénonce indistinctement toutesorte de comportements comme s’ils se valaient tous : « Mettre une simple caresse au cours d’une séance photo, une mauvaise blague […] sur le même plan qu’un viol, c’est minimiser la gravité de ces crimes et de ces agissements. »

Pour elle, la prise de parole des femmes ces derniers mois a été instrumentalisée. « #MeToo devrait être une plateforme de soutien pour les victimes, un espace où l’on témoigne de sa solidarité », revendique-t-elle, avant d’observer que « le problème quand on est une survivante, c’est que les militants ne peuvent rien tirer de vous. […] Ils ont besoin de victimes, pas de rescapées. » Pour Samantha Geimer, la prise de parole des victimes ayant réussi à se reconstruire après un viol n’est pas assez entendue. Une erreur, dit-elle. « Nous devrions au contraire servir d’exemples, donner du courage aux femmes qui se battent et les aider à se relever. Il n’est pas vrai que notre rétablissement nuit aux autres. »

Tourner la page de #MeToo

C’est pour cela qu’elle plébiscite un combat quelque peu différent de celui présenté jusqu’à présent au travers des différentes prises de parole. « Il faut redonner aux femmes leur pouvoir d’action, pas exiger d’elles qu’elles ressassent indéfiniment le tort « assurément indélébile » qu’elles ont subi. » Et l’Américaine de s’agacer : « Il est triste qu’une femme confiante, ayant survécu à un drame, soit moins intéressante que le spectacle d’une femme tordue de douleur. »

Pour Samantha Geimer, si le mouvement #MeToo est revanchard, il est temps de « l’enterrer ». « S’il ne permet aucune guérison, mais sert juste à « valider » votre peine comme s’il s’agissait d’un mérite plutôt que d’un événement que l’on peut surmonter, alors il est temps de tourner la page », écrit-elle.

« Toute cette haine, cette revanche ne nous guériront pas, pas plus qu’elles n’effaceront le passé », ajoute-t-elle, avant de conclure. « La cause des femmes devrait nous rendre plus fortes, pas nous transformer toutes en éternelles victimes qu’il faudrait protéger du monde, des hommes, du sexe… et d’elles-mêmes. »

D’un désert à l’autre

Jean-Patrick Capdevielle, Dimanche Treize (album Mauvaises Fréquentations, 1984)
Wim Wenders, Paris, Texas (1984)

L’ouverture mythique de Paris, Texas (1984) m’a toujours fait penser à la chanson Quand t’es dans le désert, sortie en 1979 (« Moi je traîne dans le désert depuis plus de 28 jours… »).

Travis Henderson (Harry Dean Stanton) dans le désert de Mojave (Ouest américain).

Impossible de savoir s’il existe un lien objectif entre les deux, mais Paris, Texas étant une production franco-allemande, rien n’empêche d’imaginer que Wenders (ou un autre ayant partie prenante au film) ait entendu ou fredonné cette chanson que tout le monde connaissait –et qui a squatté les charts pendant des mois – au début des années 80.

Le film s’inspirerait vaguement des Motel Chronicles (1982) de Sam Shepard, recueil de nouvelles sur le rêve américain déchu et l’Ouest désenchanté. Sam Shepard, écrivain lié à la Beat Generation (les inspirateurs du mouvement hippie), était, tout comme Jean-Patrick,  fortement marqué par Bob Dylan  – et je sens aussi fortement planer les images des chansons de Bruce Springsteen dans ses textes.

Des Motel Chronicles à Paris, Texas

« A l’origine de Paris, Texas, dit Wim Wenders, « il y a une image qui existait dans une seule phrase des petites histoires de Motel Chronicles. L’image de quelqu’un qui quitte le freeway et se met en marche droit dans le désert. Et puis aussi, un sentiment, une image plus qu’un sentiment : regarder l’atlas, la carte routière des Etats-Unis et partir, sur le moment, vers un endroit qu’on a trouvé sur la carte. C’est une seule phrase, et c’est vraiment là que le film a commencé. Avant qu’il n’ait une biographie, avant qu’il n’ y ait le garçon, la femme, Travis était quelqu’un qui regardait la carte et qui était perdu. Et qui était un jour au Texas, et deux jours après on le retrouvait dans l’Illinois parce qu’il avait vu le nom d’une ville sur la carte et il voulait y aller. » (Postface de Bernard Eisenschitz à l’édition française des Motel Chronicles, 10/18, 1987, p. 148).

La nouvelle en question tient sur une page (p. 109 de l’édition française). Elle commence par :

« Il est debout immobile près de sa valise écrasée, scrutant ce qui reste de ses possessions. Les  savonnettes récupérées dans les douches de motel, écrabouillées. Les boîtes de haricots verts aplaties. Une carte déchirée de l’Utah. Du goudron chaud et des gravillons maculent la serviette pure et blanche qu’il avait gardée en réserve pour son premier bain du mois. »

Elle se termine ainsi : « Il jette tout sur la pile de débris. S’accroupit nu dans le sable brûlant. Fais flamber le tout. Puis se redresse. Tourne le dos à la Route US 608. S’enfonce dans la plaine ouverte. »

La nouvelle, datée du 17/2/80 et écrite à Santa Rosa, Californie, est donc postérieure d’au moins un an à Quand t’es dans le désert (on notera aussi l’ouverture parallèle avec la chanson C’est dur d’être un héros (1980) : « T’as plus qu’une chemise et t’es presque zéro / T’es perché sur ta valise, tu regardes passer les métros »).

L’errance dans le désert de l’Utah fait aussi résonner The Promised Land de Bruce Springsteen (1978) : « Sur une autoroute qui serpente dans le désert de l’Utah, j’ai ramassé mon fric et suis retourné vers la ville ». De son côté, c’est seulement en 2012 que Bob Dylan exploitera cette image, dans The Narrow Way (« La voie étroite ») : « Je marcherai dans le désert jusqu’à avoir recouvré la raison. Je ne penserai même pas à ce que j’ai laissé derrière. Il n’y a rien là-bas qui était vraiment à moi de toutes façons ».

La source d’inspiration des Motel Chronicles pour Paris, Texas reste finalement très ténue, presque tirée par les cheveux. À tel point que je me demande toujours si l’énorme succès de la chanson de Jean-Patrick n’a pas joué son rôle pour imprimer une image puissante et évocatrice dans l’esprit des uns ou des autres. 😉

Quoi qu’il en soit des influences réelles, on pourra tout au moins retenir une communauté d’inspiration, en ce début des années 80, entre les univers de JPC, de Sam Shepard et qui sait, de Paris, Texas… 

De Los Angeles à Ibiza

Quelque chose d’Ibiza, haut lieu de la communauté hippie internationale (où JP a élu domicile en 1970) flotte sur les collines de Los Angeles telles que Wim Wenders les a filmées. Le vent chaud, la végétation, les rues qui montent, les villas perchées…

Travis Henderson dans le jardin de son frère, dans la banlieue de Los Angeles.

Los Angeles, Ibiza… Jean-Patrick me dit en plus que l’acteur principal du film, Harry Dean Stanton, était par la suite devenu un ami de son fils Cyril, qui a vécu (et souffert) à Los Angeles. Ci-dessous une photo de Cyril face à JP et un autre ami (dont le nom va me revenir) sous une tonnelle d’Ibiza en 1981 (j’en profite pour envoyer des pensées affectueuses à Cyril, à qui j’ai souvent pensé).

Jean-Patrick, Cyril et un ami (Ibiza, 1981)

Parmi les sources d’inspiration de Wim Wenders pour ce film d’une beauté étourdissante, on reconnaît les toiles d’Edward Hopper. La scène où Travis revoit pour la première fois Jane (de dos) me fait penser à Nighthaws (Oiseaux de nuit), entre autres  :

Edward Hopper, Nighthawks, 1942 (Chicago Art Institute)

Par ailleurs, la tenue inoubliable de Jane (Nastassja Kinski), ce long pull-over rouge sur des collants, m’a rappelé celle de la danseuse du clip de Nancy Sinatra, These boots are made for walking (1966), ici aussi une délicieuse blonde péroxydée. On dirait que Jane a simplement enfilé le fameux pull rouge devant-derrière 🙂 . Je les ai donc réunies dans ma vidéo.

[… à suivre…]

Et si vous n’avez pas encore cliqué sur Dimanche Treize ==>

. Paris, Texas et Pleure pas, Marie

Paris,Texas m’avait déjà inspiré l’illustration de cette version oubliée (mais magnifique, avec un refrain inédit) de Gâche pas ta nuit (1980), sous la forme d’un roman-photo :

. Et pour découvrir les toiles de JP :

[Peinture] – Jean-Patrick Capdevielle. L’œuvre peint

 

Feminists love islamists

Transcription et traduction en français

Français

Les féministes aiment les islamistes

  • Je suis un islamiste
  • Je suis une féministe

Vous ne pourriez pas croire qu’on a tellement en commun
Mais on partage essentiellement la même idéologie
Et les musulmans sont opprimés, de même que toutes les femmes

  • Je dis « haram »
  • Je dis « problématique »
  • Tu dis que tout est « offensant »
  • Et tu dis que tout est « pas dans le Coran »
  • Tu es un islamiste
  • Et tu es une féministe

Nous avons tellement en commun

  • Je dis « islamophobie »
  • Je dis « misogynie »
  • J’accuse les médias juifs
  • J’accuse le patriarcat
  • Car je suis féministe
  • Et je suis islamiste

Une belle paire de tarés geignards

Islamiste : – Tu sais ce qui me fait me sentir vraiment marginalisé ? C’est quand des ignorants me rappellent que le prophète (Allahou Allah) a eu des relations sexuelles avec une petite fille de 9 ans.
Féministe : – Mahomet a eu des relations sexuelles avec un enfant ? Oh, mais c’est super ! Ça veut dire que chaque pédophile blanc cis-genré hétéronormé, ici en Occident, est coupable d’appropriation culturelle et c’est ça, le véritable problème de la société !
Islamiste : – Ah oui !
Féministe : – Tu vois, c’est simple, quand on regarde le monde à travers des lunettes problématiques !
Islamiste : – Oh, qui aurait pensé que toi et moi on irait si bien ensemble ?

  • Je dis « Justice sociale »
  • Je dis « Jihad »
  • Je dis « Slutwalk » (« Marche des salopes »)
  • Je dis « Salope ! Où est ton hijab ? »
  • Car je suis islamiste
  • Et je suis féministe

Nous avons tellement en commun

Islamiste : – Ça te dérange si je te viole maintenant ?
Féministe : – Oh, ne sois pas stupide, ce n’est pas un viol quand c’est un musulman qui le fait !
Islamiste : – Haha, elle est bien bonne, haha.

Anglais

Feminists love islamists

I am an islamist
I am a feminist
You might not think we have
Very much in common
But we share essentially
The same ideology
And Muslims are oppressed
Just like every woman
I say « haram »
I say « problematic »
You say everything is triggering
And you say everything’s unquranic
Cos you’re an islamist
And you are a feminist
We have so very much in common

I say « islamophobia »
I say « misogyny »
I blame the Jewish media
I blame the patriarchy
Cos I am a feminist
And I am an islamist
A whiny pair of little spastics

Islamist: You know what makes me feel really marginalized, yeah? When ignorant people remind me that the prophet (Allah hu Allah) had sex with a little 9 year old girl.
Feminist: Mohhammad had sex with a child? Oh that’s awesome! That means every white cis-gendered heteronormative pedophile here in the west is guilty of cultural appropriation, and that is the real societal problem!
Islamist: Oh yeah.
Feminist: See, its easy when you look at the world through problematic glasses!
Islamist: Oh, who would’ve thought you and me would get along so well

I say « Social justice »
I say « Jihad »
I say « Slutwalk »
I say « Whore, where is your hijab ? »
Cos I am an islamist
And I am a feminist
We have so very much in common

Islamist: So, do you mind if I rape you now ?
Feminist: Oh, don’t be silly, it’s not rape when a muslim does it !
Islamist: Haha, that is a good one, haha.

***

Voir aussi :

Néo-féminisme et islamisme : les convergences

[Violence masculine ] – Repenser le genre, la sexualité et la violence

Voici la traduction de l’article de Gideon Scopes pour Quillette, Rethinking Gender, Sexuality, and Violence.

Repenser le genre, la sexualité et la violence

Par Gideon Scopes

25 octobre 2017

Au cours des deux dernières semaines, l’Amérique a été bouleversée par la découverte que le producteur de films hollywoodien Harvey Weinstein s’était livré à de nombreux actes de harcèlement sexuel et peut-être même d’agression sexuelle. En réponse, l’actrice Alyssa Milano a lancé une campagne sur les médias sociaux afin de sensibiliser à ces formes d’abus dans le monde entier, en tweetant:

Même si Milano a pu avoir comme objectif louable d’attirer l’attention sur un problème sérieux, ce qui a suivi n’a pas été tout à fait exact, et une quantité non négligeable de laideur s’est déchaînée.

Dans le grand public et sur les médias sociaux, on nous a dit que toutes les femmes vivaient sous une menace constante et que tous les hommes faisaient partie du problème.1

Si un homme avait l’audace de dire #MeToo et de souligner qu’il avait aussi été victime, il pouvait se voir moqué d’être insensible aux femmes :

Un chroniqueur a reproché aux « nice guys », (« bons gars ») d’être plus ou moins responsables de l’essentiel du problème et qu’ils avaient la responsabilité de le régler.3

Le journaliste Benjamin Law a lancé le hashtag #HowIWillChange pour que les hommes se confessent publiquement et « assument la responsabilité de leur rôle, complaisant ou autre, dans la culture du viol », dépeignant en « bad guy » (« sale type ») tout homme ayant déjà mis en doute la véracité d’une plainte pour harcèlement 4.

Les hommes et la violence

Il est important d’évaluer l’exactitude et l’impact du stéréotype selon lequel les hommes en général seraient violents. S’il est vrai que l’écrasante majorité des crimes violents est commise par des hommes, c’est une infime minorité d’hommes qui est responsable de la majorité des actes de violence. Dans un échantillon suédois, les 1% les plus violents de la population ont commis 63% de tous les crimes violents (N = 2 393 765), soit presque deux fois plus que les 99% restant tous ensemble 5.

Il a également été démontré que le sous-ensemble de la population avec la plus grande propension à la criminalité, les « contrevenants qui persistent tout au long de leur vie », sont beaucoup plus susceptibles que la population générale de commettre un viol ou de recourir à l’agression sexuelle 6.

Les chercheurs qui ont étudié cette question avancent que la propension de cette petite minorité d’hommes à commettre de tels actes peut être causée par la génétique de ces hommes particuliers, et non par une « culture du viol » qui enseignerait aux hommes en général que la violence contre les femmes est acceptable.

Dans le domaine du harcèlement sexuel également, les récidivistes risquent de donner une mauvaise réputation à la population masculine entière. Il est fort probable qu’un très faible pourcentage d’hommes harcèle un grand nombre de femmes, causant une détresse disproportionnée. Et ce type de délinquant (contrevenant récidivant toute sa vie) est souvent résistant à la réadaptation et au traitement. En effet, certaines recherches ont montré que les tentatives de réhabilitation des psychopathes (diagnostiqués par l’échelle de psychopathie de Hare) ont augmenté leur probabilité de commettre des crimes violents tels que les agressions sexuelles.7

Considérant cette réalité, il est douteux qu’une campagne de hashtag telle que #MeToo puisse être efficace pour réduire la violence commise par ce groupe spécifique d’hommes.

Prétendre que tous les hommes sont violents n’est pas seulement inexact mais nuisible, car cela inflige des dommages considérables aux innocents en les culpabilisant. Les délinquants récidivistes ne représentent qu’un faible pourcentage des délinquants criminels, qui représentent à leur tour un faible pourcentage de la population masculine en général.

Les expériences violentes sont-elles universelles ?

L’ampleur de la réponse au tweet de Milano ne signifie pas nécessairement que son expérience est partagée par toutes les femmes. Supposons, pour les besoins de la démonstration, que seulement 5% de la population ait subi ce type d’abus. Étant donné que Milano compte 3,25 millions de followers sur Twitter, si 5% répondaient à son tweet, cela conduirait à 162 500 posts. Si chacune de ces adeptes avait à son tour 100 amies, dont 5% répondent qu’elles ont elles aussi été victimes, cela entraînerait 812 500 posts. Continuez encore sur plusieurs niveaux, et vous pourrez voir comment l’échelle d’Internet peut rendre virale une campagne de sensibilisation, avec des millions de messages, même si elle touche quelque chose qui n’affecte qu’un faible pourcentage de la population.

Bien sûr, cette analyse ne démontre pas que les abus sont rares ; elle montre seulement que le succès de #MeToo ne prouve pas le contraire. Pour répondre à la question de savoir à quel point les abus sont réellement répandus, il est crucial de définir clairement ce qui constitue exactement un abus. Avoir été « harcelée ou agressée sexuellement » peut englober n’importe quoi, d’avoir entendu une blague sexuellement explicite jusqu’à une violente récidive pendant une longue période de temps. Le premier est un affront relativement léger que la plupart des adultes de l’un ou l’autre sexe ont probablement vécu à un moment de leur vie, alors que le second est l’une des épreuves les plus terribles qu’une personne puisse subir, et il y a certainement de nombreuses nuances de gris à l’intérieur. Si nous traitons chaque blague inappropriée comme un crime violent, alors nous rendons un mauvais service à toutes les parties concernées : les vraies victimes voient leurs expériences diluées au milieu de griefs relativement insignifiants ; des hommes innocents peuvent être entraînés avec les coupables dans la panique morale qui en résulte et l’intégrité factuelle de notre compréhension de ces questions importantes est gravement compromise.

Il nous incombe également d’être conscients que les crimes violents, y compris les agressions sexuelles, sont en déclin depuis des décennies. Comme l’a illustré Steven Pinker dans son livre The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined, cette tendance est représentée dans de nombreux pays et recoupe de nombreuses catégories démographiques.8

Selon RAINN, le plus grand organisme sans but lucratif de prévention du viol aux Etats-Unis, depuis 1993, les agressions sexuelles y ont diminué de moitié 9. Même si un seul viol est un viol de trop, nous devrions également nous inquiéter de créer une panique morale lorsque les données indiquent que la situation s’améliore réellement. Cela peut interférer avec notre capacité à tirer des leçons de l’expérience et à comprendre comment nous avons acté ce déclin, et rendant plus difficile de nous assurer que nous continuons à tirer parti des progrès que nous avons réalisés pour prévenir ce crime terrible.

Les statistiques sur la violence sexuelle

Pour comprendre l’ampleur réelle du problème, nous pouvons nous reporter à l’Enquête nationale sur les partenaires intimes et la violence sexuelle (NISVS), une étude menée en 2010 par les Centers for Disease Control pour mesurer la prévalence des différentes formes d’abus.10 En examinant ces données, nous pouvons réévaluer l’affirmation comme quoi la violence sexuelle est une expérience universelle parmi les femmes et que les hommes ne seraient pas affectés.

Pour commencer, considérons la forme la plus grave de la violence sexuelle, le viol. Selon l’enquête, 18,3% des femmes et 1,4% des hommes ont été violés à un moment donné de leur vie. Cependant, le NISVS utilise une définition du viol qui exclut la plupart des victimes masculines, en y incluant uniquement celles qui ont été violées par un autre homme ou violées de manière anale en utilisant les doigts du violeur ou un objet. La plupart des hommes qui ont été violés par une femme – que ce soit par la force physique, les menaces de force physique ou qui ont été mis en incapacité par la consommation d’alcool ou de de drogues du viol – sont pour autant considérés comme étant « faits pour pénétrer », ce qui est classé comme une forme d’« autres violences sexuelles », malgré le fait qu’ils répondent à la définition commune du viol en tant que rapport sexuel forcé. La prévalence au cours d’une vie de cette forme de viol est de 4,8% pour les hommes, ce qui est un trop petit nombre pour être correctement estimé à partir des résultats de l’enquête pour les femmes. En combinant ces deux paires de chiffres, nous constatons que le viol est environ 3 à 4 fois plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, en prenant en compte le nombre d’hommes « faits pour pénétrer » qui ont également été victimes de viol selon la définition du NISVS.

Cependant, l’écart entre les sexes disparaît complètement si l’on considère la prévalence sur une période de 12 mois au lieu de la prévalence sur la vie entière : 1,1% des femmes ont été victimes de viol, tandis que 1,1% des hommes sont « faits pour pénétrer ». Nous ne connaissons pas les raisons de cette disparité. Il est possible qu’il y ait eu un plus grand écart entre les sexes par le passé qu’aujourd’hui ou que les victimes masculines qui ont été violées plus récemment soient plus susceptibles de déclarer leur agression dans l’enquête. Quel que soit le véritable rapport entre les sexes, nous savons que le viol est loin d’être une expérience universelle pour l’un ou l’autre sexe, même si c’est un problème pour les deux. C’est simplement la chose décente à faire pour traiter toutes les victimes avec empathie et respect et ne pas écarter quelqu’un simplement à cause de son sexe.

Le NISVS a également mesuré d’autres formes de contacts sexuels non désirés qui n’atteignent pas le niveau du viol. Ces types d’abus sont un peu plus fréquents mais encore loin d’être universels, affectant 27,2% des femmes et 11,7% des hommes. Encore une fois, lorsque l’on regarde les statistiques de prévalence sur 12 mois, l’écart entre les sexes se réduit au point de disparaître, 2,2% des femmes et 2,3% des hommes déclarant avoir été victimes au cours d’une même année.

Les statistiques sur la violence conjugale

Après avoir longuement discuté des abus sexuels, tournons-nous maintenant vers la violence conjugale. Il est vrai que les femmes sont plus susceptibles de subir les formes les plus graves de violence domestique, qui peuvent aboutir au harcèlement et au meurtre. Cependant, 30% des victimes d’homicides entre partenaires intimes sont des hommes 11. Même pour cette forme de violence la plus rare et la plus grave, les victimes masculines sont loin d’être négligeables. Les formes moins graves de violence conjugale sont à la fois plus courantes et plus équitablement réparties.

La violence domestique est en effet un fléau qui affecte les personnes des deux sexes. Selon le NISVS, 32,9% des femmes et 28,2% des hommes déclarent avoir été victimes de violence conjugale à un moment de leur vie. Le rapport entre les sexes change lorsque l’on considère la prévalence à 12 mois, soit 4,0% pour les femmes et 4,7% pour les hommes. Si nous nous limitons à regarder uniquement la violence conjugale grave, nous constatons qu’elle est moins commune avec un biais de genre un peu plus grand, avec 24,3% de femmes et 13,8% d’hommes déclarant avoir été victimes à un moment de leur vie ; mais encore une fois l’écart est légèrement plus faible (2,7% contre 2,0%) sur une période de 12 mois. Qu’on la définisse de manière plus large ou plus étroite, la violence conjugale est un fléau affectant un nombre significatif de personnes des deux sexes – bien qu’il soit loin d’être universel pour l’un ou l’autre.

Les couples LGBT sont particulièrement à risque d’être victimes de violence conjugale. Selon les données du SNISV, les lesbiennes étaient significativement plus susceptibles que leurs homologues hétérosexuels d’être victimes de violence conjugale, tout comme les bisexuels des deux sexes, 61,1% des femmes bisexuelles ayant déclaré avoir été victimes 12.

Les moyens de lutte contre la violence conjugale, y compris les refuges et d’autres services, ont été fondés sur l’hypothèse que les abus vont des hommes vers les femmes ; de ce fait, les victimes LGBT déclarent souvent faire l’objet de discrimination lorsqu’elles cherchent de l’aide 13.

Les victimes masculines sont également confrontées à des obstacles liés au genre pour être prises au sérieux. ABC News a mené une expérience sociale dans laquelle une femme a battu un homme en public devant une caméra cachée 14. L’expérience a duré des heures et pas moins de 163 spectateurs des deux sexes sont passés avant que quelqu’un appelle finalement le 911. Une femme s’est même plantée devant l’agresseuse, lui disant : « Vas-y, ma fille ! ». Lorsque des témoins ont été interrogés par ABC, ils ont dit qu’ils supposaient que l’homme devait avoir fait quelque chose pour mériter cela, plutôt que de penser qu’il méritait de l’aide.

Nous voyons aussi ces attitudes jouer dans la culture populaire. Prenons par exemple le clip sorti en 2014 de la chanteuse de country Taylor Swift pour sa chanson « Blank Space » 15. On y voit Swift pousser son petit ami et lui lancer un objet lourd au visage. Vers la fin de la vidéo, il est allongé sur le sol inconscient avec elle sur lui, secouant violemment sa tête d’avant en arrière et l’embrassant érotiquement. Alors que ce qui se passe ensuite est laissé à l’imagination du spectateur, le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas consensuel.

Les hommes victimes de violence conjugale sont souvent confrontés à l’obstacle surprenant d’être faussement accusés du crime dont ils ont été victimes. L’une des scènes les plus poignantes du documentaire de 2016 « The Red Pill » montre une victime de sexe masculin racontant comment il a été réprimandé par un policier qui lui disait qu’il ferait mieux de sortir immédiatement si sa femme devenait à nouveau violente, car il serait emmené en prison si elle se cassait ne serait-ce qu’un ongle en le frappant.16

Une étude de 2011 confirme qu’il ne s’agit pas seulement d’incidents isolés, mais d’un problème généralisé – en fait, les hommes qui appellent le 911 pour obtenir de l’aide en matière de violence conjugale sont plus susceptibles d’être arrêtés eux-mêmes que les autres.17  La même étude a révélé que les hommes qui appellent les services d’assistance téléphonique ou d’autres fournisseurs de services ont souvent été rejetés au motif qu’ils aident uniquement les femmes, et 95% ont estimé que les prestataires de services avaient des préjugés contre eux en raison de leur sexe.

Les formes de violence examinées par le NISVS sont celles qui sont les plus susceptibles d’affecter les femmes, mais elles sont loin d’être les seules formes de violence. Pour les taux des autres crimes, nous pouvons regarder l’Enquête nationale sur les victimes de crimes (NCVS), une enquête annuelle réalisée par le Bureau of Justice Statistics qui mesure les taux de victimes pour chaque crime. Les données montrent que la majorité des victimes de crimes violents sont des hommes 18. Le seul crime non mesuré par le NCVS est le meurtre, car une victime qui a été tuée ne peut pas répondre à une enquête de victimisation. Pour les données sur le meurtre, nous nous tournons vers les Uniform Crime Reports du FBI pour constater que pas moins de 78% des victimes sont des hommes 19.

Le système de justice pénale

En plus de discuter des perspectives des victimes, il est également important de considérer l’injustice découlant des stéréotypes comme quoi les hommes en général sont violents. Pour voir cela, nous devons seulement regarder la manière différente dont les hommes et les femmes sont traités par le système de justice pénale. Selon le Registre national des disculpations, plus de 90% des personnes jugées coupables à tort de crimes qu’elles n’ont pas commis sont des hommes 20. Lorsqu’un homme est reconnu coupable d’un crime, à tort ou à raison, il peut s’attendre à recevoir une peine en moyenne de 63% plus longue que celle d’une femme reconnue coupable de la même infraction 21. La peine de mort s’applique presque exclusivement aux hommes. Alors que les femmes représentent 10% des personnes reconnues coupables de meurtre au premier degré, elles ne représentent que 2% des personnes condamnées à mort et moins de 1% de celles qui ont effectivement été exécutées 22.

Conclusion

Bien que l’on ne puisse nier que la violence a tendance à affecter différemment les hommes et les femmes, l’idée que les femmes sont toujours les victimes et que les hommes toujours les agresseurs est manifestement fausse. Toutes les victimes méritent notre empathie, qu’elles soient de sexe masculin ou féminin et que le crime qu’elles ont subi soit typique de leur sexe ou typique de l’autre. Personne ne mérite d’être considéré comme violent ou menaçant simplement à cause de l’anatomie avec laquelle il est né.

Les taux de violence envers les hommes et les femmes sont beaucoup plus bas aujourd’hui qu’ils ne l’ont été historiquement. Nous devrions travailler à trouver des solutions efficaces pour poursuivre ce progrès, plutôt que faire de de tous les hommes les boucs émissaires de la violence qui subsiste. Rivaliser quant à savoir quel sexe est le pire est contre-productif et ne sert qu’à nous diviser inutilement. Nous devons être prêts à entendre la douleur des hommes comme celle des femmes, y compris les points de vue des personnes de toutes les orientations sexuelles et identités de genre, et chercher des solutions qui construisent un monde meilleur pour nous tous. Jusqu’à ce que le jour arrive où les hommes partout puisse lever la main et dire respectueusement #MeToo.

. Pour retrouver Gideon Scopes au sujet du sexisme et du syndrome d’Asperger :

« L’Écart d’empathie » dans la high tech : entretien avec un ingénieur informatique

Références

[1] Wilhelm, Heather. Where #MeToo Goes Off the Rails [Internet]. New York: National Review; 2017 Oct 20 [cited 2017 Oct 20]. Available from: http://www.nationalreview.com/article/452922/metoo-train-wreck-calls-all-women-victims-all-men-toxic-abusers

[2] Baker-Jordan, Skylar. I’m a man who has been sexually harassed – but I don’t think it’s right for me to join in with #MeToo [Internet]. London: The Independent; 2017 Oct 18 [cited 2017 Oct 22]. Available from: http://www.independent.co.uk/voices/harvey-weinstein-metoo-sexual-assault-male-victims-oppression-patriarchy-a8006976.html

[3] Blake, Casey. Columnist: Nice guys, #MeToo is your problem to solve now [Internet]. Asheville (NC): Citizen-Times; 2017 Oct 17 [cited 2017 Oct 22]. Available from: http://www.citizen-times.com/story/opinion/2017/10/17/blake-nice-guys-metoo-your-problem-solve-women-me-too-socialmedia-asheville/771215001/

[4] Esposito, Brad. Men Are Sharing How They Will Change In Response To #MeToo [Internet]. New York: BuzzFeed; 2017 Oct 18 [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.buzzfeed.com/bradesposito/how-i-will-change

[5] Falk, Örjan; Wallinius, Märta; Lundström, Sebastian; Frisell, Thomas; Anckarsäter, Henrik; Kerekes, Nóra. The 1% of the population accountable for 63% of all violent crime convictions. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology [Internet]. 2013 Oct 31 [cited 2017 Oct 22]; 49(4): 559-571. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3969807/

[6] Boutwell, Brian B.; Barnes, J.C.; Beaver, Kevin M. Life-Course Persistent Offenders and the Propensity to Commit Sexual Assault. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment [Internet]. 2012 Jul [cited 2017 Oct 24]; 25(1): 69-81. Available from: https://www.researchgate.net/profile/Brian_Boutwell/publication/229075046_Life-Course_Persistent_Offenders_and_the_Propensity_to_Commit_Sexual_Assault/links/562bfbd808aef25a2441ce13.pdf

[7] Seto, Michael C.; Barbaree, Howard E. Psychopathy, Treatment Behavior, and Sex Offender Recidivism. Journal of Interpersonal Violence [Internet]. 1999 Dec 1 [cited 2017 Oct 24]; 14(12): 1235-1248. Available from: https://www.researchgate.net/profile/Michael_Seto/publication/238432306_Psychopathy_Treatment_Behavior_and_Sex_Offender_Recidivism/links/564b8c5508ae020ae9f82e3d/Psychopathy-Treatment-Behavior-and-Sex-Offender-Recidivism.pdf

[8] Pinker, Steven. The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined. New York: Viking; 2011. 802 p.

[9] Scope of the Problem: Statistics [Internet]. Washington (DC): RAINN; [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.rainn.org/statistics/scope-problem

[10] Black, Michele C.; Basile, Kathleen C.; Breiding, Matthew J.; Smith, Sharon G.; Walters, Mikel L.; Merrick, Melissa T.; Chen, Jieru; Stevens, Mark R. The National Intimate Partner and Sexual Violence Survey: 2010 Summary Report [Internet]. Atlanta (GA): National Center for Injury Prevention and Control, Centers for Disease Control and Prevention; 2010 Nov [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/NISVS_Report2010-a.pdf

[11] Catalano, Shannon; Smith, Erica; Snyder, Howard; Rand, Michael. Female Victims of Violence [Internet]. Washington (DC): Bureau of Justice Statistics; 2009 Oct 23 [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.bjs.gov/content/pub/pdf/fvv.pdf

[12] National Intimate Partner and Sexual Violence Survey: 2010 Findings on Victimization by Sexual Orientation [Internet]. Atlanta (GA): National Center for Injury Prevention and Control, Centers for Disease Control and Prevention; [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/nisvs_factsheet_lbg-a.pdf

[13] Stafford, Zach. LGBT people face discrimination over domestic violence claims, report finds [Internet]. New York: The Guardian; 2016 Oct 18 [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.theguardian.com/world/2016/oct/18/lgbt-hiv-affected-people-domestic-violence-study

[14] Reaction To Women Abusing Men In Public [Internet]. ABC News. New York (NY): ABC; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=CRCS6GGhIRc

[15] Swift, Taylor. Blank Space [Internet]. [place unknown]: 2014 Nov 10 [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=e-ORhEE9VVg

[16] The Red Pill. United States: Jaye Bird Productions; 2016.

[17] Douglas, Emily M.; Hines, Denise A. The Helpseeking Experiences of Men Who Sustain Intimate Partner Violence: An Overlooked Population and Implications for Practice. Journal of Family Violence [Internet]. 2011 Jun 04 [cited 2017 Oct 22]; 26(6): 473-85. Available from: http://wordpress.clarku.edu/dhines/files/2012/01/Douglas-Hines-2011-helpseeking-experiences-of-male-victims.pdf

[18] Truman, Jennifer L.; Langton, Lynn. Criminal Victimization, 2014 [Internet]. Washington (DC): Bureau of Justice Statistics.; 2015 Sep 29 [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.bjs.gov/content/pub/pdf/cv14.pdf

[19] Murder Victims by Race, Ethnicity, and Sex, 2015 [Internet]. Washington (DC): Federal Bureau of Investigation; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://ucr.fbi.gov/crime-in-the-u.s/2015/crime-in-the-u.s.-2015/tables/expanded_homicide_data_table_1_murder_victims_by_race_ethnicity_and_sex_2015.xls

[20] The National Registry of Exonerations [Internet]. Ann Arbor (MI): University of Michigan; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.law.umich.edu/special/exoneration/Pages/detaillist.aspx

[21] Prof. Starr’s Research Shows Large Unexplained Gender Disparities In Federal Criminal Cases [Internet]. Ann Arbor (MI): University of Michigan; 2012 Nov 16 [cited 2017 Oct 22]. Available from: http://www.law.umich.edu/newsandinfo/features/Pages/starr_gender_disparities.aspx

[22] Women and the Death Penalty [Internet]. Washington (DC): Death Penalty Information Center; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://deathpenaltyinfo.org/women-and-death-penalty

Fin du patriarcat : Les hommes font l’expérience d’une forme de déclin

. Laetitia Strauch-Bonart : Fin du patriarcat 5 | 5 « Les hommes font l’expérience d’une forme de déclin » 

De nombreuses recherches scientifiques démontrent qu’un nouveau fossé se creuse entre les sexes au détriment des hommes, remarque l’essayiste Laetitia StrauchBonart

Article paru dans Le Monde du 19 juillet 2018

Entretien. Laetitia Strauch-Bonart est essayiste, chroniqueuse au Point et rédactrice en chef de la revue Phébé . Elle est notamment l’auteur de Les hommes sont-ils obsolètes ?, (Fayard, 220 p., 18 euros), et de Vous avez dit ­conservateur ?, (Cerf, 2016)

Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

Vous affirmez dans votre livre « Les hommes sont-ils obsolètes ?» ­que la condition masculine vit en ce moment une « transformation radicale » dans le monde occidental. Qu’entendez-vous par là?

Les anglophones ont une expression qui dit bien les choses, ils parlent d’un new gender gap, un nouveau fossé entre les sexes qui se creuse à l’école, au travail, dans la vie de famille, etc. Cet écart est défavorable aux hommes. Son existence est ­démontrée par de multiples rapports et études issus de l’économie et de la sociologie quantitative. Il y a quelques décennies, nous n’aurions jamais imaginé un tel ­retournement. Les femmes ne faisaient pas d’études, elles travaillaient peu ou pas, et leur autorité était limitée à la maison. Aujourd’hui, tout cela nous semble appartenir à un passé lointain. La position des hommes a également changé. On garde cette image de la prééminence masculine mais, quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que les hommes font l’expérience d’une forme de déclin. Et, parallèlement, on voit une ascension féminine.

Les adeptes du masculinisme diront sans doute que le relatif déclin masculin est de la faute des femmes. C’est absurde. Il est important de comprendre que l’ascension féminine n’est pas la cause du déclin masculin. C’est plutôt que les mêmes changements structurels, économiques, technologiques, sociétaux, etc., ont un impact différent sur les deux sexes. Pourquoi? En partie parce qu’il existe des différences, comportementales et cognitives, entre les hommes et les femmes par exemple dans la maîtrise du langage, l’empathie ou le ­niveau d’agressivité. Si, hier, ces différences, dans un monde plus physique et moins verbal, favorisaient les hommes, aujourd’hui, elles favorisent les femmes. Ces différences sont établies par la psychologie comportementale et les sciences ­cognitives, donc des travaux sérieux.

Beaucoup de sociologues français ­estiment que les différences entre les sexes sont construites par l’environnement. Je me démarque de cette approche, car elle n’est pas expérimentale. Les ­travaux auxquels je me réfère que de grands scientifiques tels Steven Pinker, ­professeur de psychologie à Harvard, et Franck Ramus, chercheur au sein du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique, CNRS-ENS, ont aidé à diffuser, et qui sont publiés dans les meilleures revues internationales mettent au jour une origine partiellement naturelle de ces différences et s’appuient, eux, sur des expériences.

Par exemple, certaines d’entre elles ­consistent à tester auprès de nourrissons et d’enfants leur préférence pour les « choses », s’avérant en moyenne plus fréquente chez les garçons, et pour les « personnes », plus fréquente chez les filles. D’autres établissent un lien entre le niveau de testostérone, bien plus élevé chez les hommes, et l’agressivité. Tous ces travaux permettent d’établir des comportements moyens pour chaque sexe, mais il faut garder à l’esprit que, justement, ce ne sont que des moyennes et qu’il y a, forcément, toujours des exceptions.

Notez, enfin, que mes observations sur les hommes ne visent pas à relativiser l’exclusion et la violence que subissent un grand nombre de femmes en Occident sans ­parler d’autres régions du monde. Je les condamne fermement. Je crains toutefois que l’on ne soit pas suffisamment attentif à la situation des hommes.

L’école est, pour vous, l’un des ­lieux de ce malaise masculin. Pouvez-vous nous dire pourquoi?

Quand les filles n’allaient pas à l’école, on ignorait qu’elles étaient aussi douées. En quelques décennies, elles sont parvenues à dépasser les garçons. Les études du ­Programme international pour le suivi des acquis des élèves [PISA], conduites par l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] auprès des élèves de 15 ans, le démontrent. Par exemple, selon PISA 2012, les adolescents de l’OCDE ont en moyenne 50 % de chance de plus que les adolescentes d’avoir des difficultés à l’école dans tous les domaines testés (sciences, mathématiques, compréhension de l’écrit). Ou encore, en 2015, 24,4 % des garçons se situent parmi les moins bons en compréhension de l’écrit ceux qui ont des difficultés à bien comprendre un texte contre 15,5 % des filles. Le retard en compréhension de l’écrit se constate dans tous les pays industrialisés, membres de l’OCDE. En moyenne, à l’écrit, il est presque égal à une année scolaire.

Les études conduites par la direction de l’évaluation de la performance et de la prospective du ministère de l’éducation nationale, réitérées chaque année [Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur] montrent la même tendance. Pour ce qui est de la maîtrise du langage, on constate ce ­décalage entre les deux sexes dès le ­primaire, ce qui est très important, car c’est ce qui détermine la réussite scolaire à long terme.

L’école est-elle inadaptée aux garçons?

Dans une certaine mesure, oui. On dit trop souvent, en France, que si les garçons ne se débrouillent pas bien à l’école, c’est parce qu’ils sont trop agités, ou parce qu’ils ont intériorisé des stéréotypes de masculinité et qu’ils préfèrent ne pas travailler en classe par crainte de ressembler aux filles. Comme l’école est bien adaptée aux filles, il faudrait faire en sorte que les garçons ressemblent aux filles.

Il faut aborder la question autrement. A l’étranger, des travaux de recherche arrivent à d’autres conclusions : c’est l’école qui se serait éloignée des garçons et non l’inverse. Ne faudrait-il pas prendre en compte le retard relatif des garçons dans la maîtrise du langage, et donc redoubler d’efforts en la matière? Ne faudrait-il pas faire bouger davantage les garçons pour qu’ils acceptent plus facilement de rester assis pendant des heures à tracer des lettres? En outre, donne-t-on à lire des livres mettant en scène des personnages auxquels les garçons peuvent s’identifier?

On doit aussi insister sur l’importance de la discipline. Les garçons, particulièrement dans les milieux défavorisés, sont les premiers à en souffrir lorsqu’elle se dégrade. Il faut donc la renforcer, dans une atmosphère d’autorité bienveillante.

Certes, les garçons ont de moins ­bonnes notes, mais cela n’est pas ­nouveau et n’empêche pas les hommes d’occuper les meilleures places ­dans la société…

Les hommes continuent en effet de se maintenir à une place enviable, mais il faudra voir comment les choses évolueront. Je dirais aussi que la réussite, à l’âge adulte, de nos garçons ne nous autorise pas à ne rien faire pour nos enfants.

Il faut être attentif au fait que ce sont les garçons issus des classes populaires qui ont le plus de mal à l’école, et qu’eux n’occuperont pas demain les meilleures places. Ils s’en sortiront même moins bien que les filles des mêmes milieux. On a tendance à juger de la santé des sexes en ne regardant que les gens qui sont tout en haut. Je ne crois pas que ce soit un bon indicateur, puisqu’il s’agit d’une minorité.

Vous dites que l’évolution de ­l’économie fait mal aux hommes. ­Pouvez-vous préciser?

L’économie se tertiarise et repose de plus en plus sur des capacités relationnelles. L’étude des différences de comportement entre les sexes que j’évoquais tout à l’heure montre qu’en moyenne les femmes maîtrisent mieux le langage et font preuve d’une plus grande empathie : elles sont plus à l’aise que les hommes dans les métiers relationnels. Mieux : elles les préfèrent aux autres métiers. Pour lutter contre les conséquences de cette transformation sur les hommes, il faudrait déjà en prendre conscience. Notez cependant que la tertiarisation n’empêche pas que plusieurs secteurs restent très masculins, comme les métiers techniques et scientifiques.

La place du père est-elle aussi fragilisée?

Les pères passent en moyenne plus de temps avec leurs enfants qu’auparavant. Ils jouent avec eux, participent à leur éducation. Mais on constate une divergence en fonction du milieu socio-professionnel. La présence accrue des pères ne vaut que pour les classes moyennes et supérieures.

En outre, dans ces milieux, on se marie toujours, ce qui est moins vrai dans les milieux défavorisés, alors que cela permet de stabiliser la famille. Le mariage diminue le risque de séparation et, si le couple se défait, le fait qu’il y ait eu mariage aide à ce que les liens entre le père et les enfants restent plus étroits. Il y a plus de familles monoparentales dans les milieux défavorisés, et les enfants qui ne voient jamais leur père ont plus de chances de se trouver dans ces milieux. Les hommes peuvent donc y être pris d’un sentiment d’inutilité qui peut être aggravé s’ils n’ont pas de travail.

Certains estiment que père et mère ont le même rôle, que les divorces ne sont pas si graves. Je ne suis pas d’accord : la stabilité et la présence du père prédisent un certain nombre de choses concernant l’avenir des enfants la réussite scolaire, la santé mentale, la capacité à fonder une famille. Les dommages de l’absence du père sont importants. On s’inquiète des fractures au sein de la société, des tensions révélées par des événements comme l’élection de Donald Trump ou le Brexit. Mais n’oublions pas que la vie de famille est aussi un des éléments qui distinguent aujourd’hui de plus en plus les classes sociales et qui collaborent à creuser un fossé entre elles. En promouvant le mariage, j’ai l’air ringarde, mais je pense que le mariage est l’équivalent d’un actif! Les familles de couples mariés sont plus fortes pour affronter l’adversité. Des études de l’Insee (par exemple, « Les couples sur le marché du travail », France, Portrait Social, Insee, 2012), mais aussi les travaux de l’économiste américain Nicholas Eberstadt (par exemple le livre Men Without Work) montrent que, pour les hommes, il y a une corrélation entre le statut marital et l’emploi.

Est-on en train de vivre, selon vous, la fin du patriarcat?

Si vous entendez par patriarcat le fait qu’il existe en Occident une oppression systématique des femmes par les hommes, et que les hommes sont responsables de tous les malheurs des femmes, j’estime que ce n’est le cas ni aujourd’hui ni hier. Hier, la situation des femmes était très dure parce que nos ancêtres hommes et femmes vivaient dans des situations de grande insécurité, aggravées pour les femmes par le fait qu’elles n’avaient pas la force physique des hommes et couraient les risques liés à la maternité qu’on pense seulement à celui de mourir en couches. Mais les hommes n’étaient pas les premiers responsables de ce malheur. Les femmes ont été délivrées par le progrès technique. Si vous entendez par patriarcat le fait que le pouvoir était, encore récemment, exclusivement aux mains des hommes, car les femmes en étaient systématiquement exclues dans la loi et la pratique, alors oui, nous en vivons la fin. Et je m’en réjouis!

***

. Sur la situation des garçons à l’école, on pourra aussi se reporter à cette conférence sous-titrée de la philosophe américaine Christina Hoff Sommers qui alertait sur cette question il y a plus de 5 ans déjà :

. Sur la baudruche idéologique du « patriarcat », voir aussi : 

Le Mythe du « patriarcat »

Écart salarial / Gender Pay Gap : C’est un fake féministe !

[Boîte à outils]

Écart salarial / Gender Pay Gap : C’est un fake féministe !

Et ce n’est pas bien de mentir !

Voici quelques sources pour démonter cet énorme fake féministe : Non, l’écart salarial H/F n’a jamais été de 27% (chiffre farfelu fabriqué par les officines féministes), ni même de 9 %. Il est en réalité dérisoire, voire inexistant à l’échelle de la société car il ne concerne qu’une poignée de très hauts salaires.

. In extenso, cet article de Laetitia Strauch-Bonart paru dans Le Point du 6 novembre 2017 :

Égalité hommes-femmes : pour tordre le cou à quelques idées reçues – Par Laetitia Strauch-Bonart

Des féministes s’insurgent contre les inégalités de salaires entre hommes et femmes. Problème, cette inégalité est désormais un mythe. Démonstration.

On a beaucoup parlé des « fake news », s’effrayant de la dérive mensongère des hommes politiques, voire des médias. On n’hésite pas, en revanche, à faire circuler des contre-vérités notoires sans sourciller. La dernière en date est celle diffusée par un groupe féministe, Les Glorieuses, qui prétend qu’« à travail égal, pas de salaire égal » entre les hommes et les femmes. Les Glorieuses cite Eurostat, selon lequel, en France en 2015, les femmes auraient gagné 15,8 % de moins que les hommes. Tous temps de travail confondus – temps partiels et temps complets rassemblés -, ajoutent-elles, les femmes gagneraient 25,7 % de moins que les hommes.

Ces deux chiffres ont abondamment circulé dans les médias, en particulier le second. Nombre de commentateurs laissent donc entendre que lorsqu’on sélectionne au hasard un homme et une femme exerçant exactement le même métier dans une entreprise, l’un gagne 25,7 % de plus que l’autre. Ce qui est faux.

Un écart qui se réduit

La première raison est que si l’on prend en compte les différences de temps de travail, le secteur d’activité, le niveau hiérarchique, d’ancienneté et de diplôme, la part « non expliquée » des écarts de salaires entre les femmes et les hommes est de 10,5 %. Mieux, personne ne peut dire avec exactitude à quoi se rapporte cet écart : certains l’analysent comme le résultat de la discrimination des femmes; d’autres comme la propension de celles-ci à moins négocier leurs salaires et augmentations – ce que même Les Glorieuses reconnaît. Aucune étude n’a prouvé jusqu’à ce jour l’existence de discriminations. Pour ce faire, il faudrait emmagasiner les données de centaines d’entreprises et comparer, poste par poste, les salaires des uns et des autres.

Il faut ajouter à cela que l’écart de rémunération entre hommes et femmes se réduit comme une peau de chagrin pour les jeunes générations et les jeunes cadres. Enfin, comme l’a suggéré The Economist, rapportant une étude récente, il existe bien un écart important dans le haut du panier, chez les dirigeants – les salaires à plus de 6 chiffres. Ici, en effet, la négociation et les relations de pouvoir ont une importance considérable, ce dont, visiblement, les hommes savent mieux tirer parti. Mais les femmes dirigeantes, en devenant de plus en plus nombreuses, apprendront sans doute, avec le temps, à prendre leur place dans ces sphères masculines. Conclusion : oui, les femmes, dans le passé, ont été honteusement discriminées au travail; non, aujourd’hui, pour la plupart des métiers et en moyenne – car il y a toujours des exceptions malheureuses -, ce n’est plus le cas. À travail égal, aujourd’hui, hommes et femmes reçoivent un salaire égal.

Des choix différents

La seconde raison qui permet de contester l’interprétation de l’étude des Glorieuses est que, justement, hommes et femmes, le plus souvent, n’occupent pas les mêmes fonctions. Les femmes travaillent plus volontiers à temps partiel, et préfèrent des métiers qui sont compatibles avec la vie de famille. Certes, c’est parfois sous la contrainte, ce qui dans ce cas est évidemment regrettable, mais ce mode de vie est plus souvent choisi que subi : plus des deux tiers des femmes qui travaillent à temps partiel en sont satisfaites.

Ensuite, les femmes sont attirées par des secteurs et des fonctions différents des hommes : elles préfèrent les matières littéraires aux matières scientifiques et elles préfèrent les métiers relationnels, par exemple dans les services et le médico-social. Par ailleurs, elles n’ont peut-être pas envie de monter les échelons d’une entreprise comme les hommes et selon les règles qu’ils imposent, qui impliquent souvent de longues heures de travail et une compétition exacerbée. Certaines femmes choisissent malgré tout de prendre leur place dans ces milieux; d’autres choisissent de mener une carrière différente en fondant leur entreprise ou en travaillant à leur compte, car elles y trouvent plus de sens.

Stéréotypes et libre arbitre

Les analyses les plus souvent citées attribuent ces choix à des « stéréotypes » sociaux de genre. Cette interprétation est douteuse.

Premièrement, elle l’est d’un point de vue scientifique : les études citées à l’appui de cette thèse ne sont pas suffisamment rigoureuses. Or, il existe tout un arsenal d’études quantitatives en psychologie qui, très souvent répliquées, montrent la persistance de ces choix « féminins ». Il semble assez difficile d’y voir la preuve de stéréotypes, tant ces résultats sont récurrents, et tant ces choix sont indissociables de l’existence d’intérêts différents chez les hommes et les femmes que l’on peut mettre au jour dès l’enfance, à un âge où la socialisation des enfants n’a pas commencé. Par exemple, on a montré que les garçons étaient plus attirés par les « objets », et les filles par les « personnes ». Les mêmes études précisent bien qu’hommes et femmes ne diffèrent en rien en termes de capacités intellectuelles, mais d’intérêts – et c’est cela qui est important. Les choix humains, par conséquent, ne résultent pas de l’incorporation brutale de stéréotypes, mais d’une intrication complexe d’éléments naturels et culturels.

Deuxièmement, cette interprétation est douteuse, car elle nie que les femmes puissent faire preuve de libre arbitre et choisir des métiers qui leur conviennent, comme si, étant perpétuellement vulnérables et mineures, leur choix était toujours biaisé. Elle prend pour pierre de touche de la réussite la carrière typiquement masculine. Mais comment peut-on prétendre prendre la cause des femmes et douter de leur libre arbitre ?

Des féministes amnésiques

Nous ne vivons plus dans cette époque malheureuse où les femmes ne recevaient pas d’instruction et n’avaient aucune liberté professionnelle. Depuis quelques décennies, tout a changé. Mais s’attendre à ce que les hommes et les femmes fassent des choix absolument identiques est pour le moins étrange – à moins de penser que nous ne sommes que des pages blanches.

Le plus regrettable, dans tout cela, est que le mouvement féministe piétine les avancées de ses prédécesseurs : en prétendant que rien n’a changé, ces militantes font comme si les combats passés pour l’égalité n’avaient servi à rien – or, c’est tout le contraire. Ce faisant, elles justifient habilement leur utilité présente, mais elles ne servent pas la cause des femmes.

Le Point.fr, no. 201711
Lundi 6 novembre 2017

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. On pourra également se reporter à ces articles :

 

Non, les femmes ne gagnent pas moins que les hommes !

Écart de salaire entre hommes et femmes : attention aux études fantaisistes

Il n’y a pas d’écart salarial hommes/femmes

. Ainsi que :

[à suivre…]

L’Éternel masculin

 

La vidéo confronte l’éternel masculin de la beauté grecque antique – la danse des hommes nus de la pièce de théâtre Mount Olympus de Jan Fabre (2015) est une véritable ode au corps masculin érotique – avec le Japon moderne privé de sexe.

Ce qui me frappe le plus dans les témoignages d’hommes vivant avec une poupée sexuelle, c’est le glissement de l’objet à la personne.  Ces hommes, qui ne semblent plus distinguer très clairement entre un objet inanimé et un être humain, investissent affectivement leur poupée,  lui parlent, la mettent en scène, l’emmènent en vacances, voire même l’épousent ou s’auto-persuadent qu’elle est vivante. Pour autant, ils sont sains d’esprit et restent lucides quant à leur comportement.

La situation du Japon – même si la vie de couple avec une poupée y reste un phénomène marginal – est en tout cas révélatrice de la crise mondiale de la masculinité (et du désir masculin) : manque  de partenaires, de moyens financiers pour entretenir une femme, culpabilité d’aller voir des prostituées, entre autres . Elle est aussi  une conséquence du féminisme (des femmes hyper-exigeantes qui paralysent les hommes) et un avatar post-moderne de la guerre des sexes – puisque ici, le combat n’a plus lieu, la femme étant totalement remplacée.

Le Vaisseau fantôme ou le Hollandais volant

Le bateau passeur d’âmes (et de corps) est un thème universel : barques funéraires égyptiennes, Charon faisant traverser le Styx chez les grecs, l’Île des Morts du symboliste Arnold Böcklin…

Arnold Böcklin, L’Île des Morts (version de Berlin), 1880 [cliquer pour agrandir]
Le mythe réactualisé du vaisseau fantôme ou du « hollandais volant » : c’est ce que m’a inspiré Fear God (2018), tableau où l’on voit appareiller (ou accoster ?) un cargo porte-containers au-dessus duquel plane un spectre.

Jean-Patrick Capdevielle, Fear God (188 x 230 cm, acrylique, bitume et fluo paint sur papier wenzhou sur toile), 2018 [cliquer pour agrandir]
La chanson « Fantôme de fortune » (album Vertigo, 1992) s’est alors imposée comme une évidence, son « manteau d’étoiles » devenant le ciel du tableau, dont les ondulations se confondent avec des vagues marines.

Ces vagues célestes de Fear God ne sont d’ailleurs pas sans évoquer celles de la Nuit étoilée que Vincent Van Gogh (un autre coloriste expressionniste et mystique) avait peinte depuis sa fenêtre de l’asile à Saint-Rémy-de-Provence. Ici aussi, le manteau d’étoiles a des airs marins.

Vincent Van Gogh, La Nuit étoilée (1889), New York (MoMA) [cliquer pour agrandir]
La légende du « hollandais volant », capitaine errant dans un brick fantôme autour du cap de Bonne-Espérance, remonte au XVIIe siècle. Elle a par la suite inspiré l’opéra de Richard Wagner, Le Vaisseau fantôme (1843), qui raconte l’histoire d’un capitaine fantomatique voué à naviguer sans fin sur les mers du monde afin de racheter l’amour d’une femme. On y retrouve les thèmes éternels de l’errance et de la rédemption par l’amour.

C’est aussi la rédemption par l’amour que trouvera le capitaine hollandais dans le film Pandora and the Flying Dutchman (1951). Condamné à errer sur les mers du globe jusqu’au Jugement dernier, dans un yacht à l’équipage fantôme, sa malédiction ne sera levée que le jour où une femme donnera sa vie pour lui.  Ava Gardner joue Pandora, femme fatale qui succombe aux charmes du hollandais et qui n’est autre que son épouse qu’il avait assassinée au XVIIe siècle, la croyant infidèle. En attendant son retour, le capitaine,  devenu peintre, la peignait en Pandore.

Pandore et sa boîte, peinte par le hollandais volant dans Pandora and the Flying Dutchman (1951)

Il est enfin un personnage qui porte lui aussi un manteau d’étoiles…  que le navigateur rencontrera peut-être à la fin de son périple…

[N. B. : Il va de soi que cette interprétation de Fear God est purement personnelle et subjective. Chacun est invité à y voir et ressentir ce qu’il désire 😉 ]

 

Pour découvrir tout l’oeuvre peint de J.-P. C. :

Jean-Patrick Capdevielle. L’œuvre peint