[Violence masculine ] – Repenser le genre, la sexualité et la violence

Voici la traduction de l’article de Gideon Scopes pour Quillette, Rethinking Gender, Sexuality, and Violence.

Repenser le genre, la sexualité et la violence

Par Gideon Scopes

25 octobre 2017

Au cours des deux dernières semaines, l’Amérique a été bouleversée par la découverte que le producteur de films hollywoodien Harvey Weinstein s’était livré à de nombreux actes de harcèlement sexuel et peut-être même d’agression sexuelle. En réponse, l’actrice Alyssa Milano a lancé une campagne sur les médias sociaux afin de sensibiliser à ces formes d’abus dans le monde entier, en tweetant:

Même si Milano a pu avoir comme objectif louable d’attirer l’attention sur un problème sérieux, ce qui a suivi n’a pas été tout à fait exact, et une quantité non négligeable de laideur s’est déchaînée.

Dans le grand public et sur les médias sociaux, on nous a dit que toutes les femmes vivaient sous une menace constante et que tous les hommes faisaient partie du problème.1

Si un homme avait l’audace de dire #MeToo et de souligner qu’il avait aussi été victime, il pouvait se voir moqué d’être insensible aux femmes :

Un chroniqueur a reproché aux « nice guys », (« bons gars ») d’être plus ou moins responsables de l’essentiel du problème et qu’ils avaient la responsabilité de le régler.3

Le journaliste Benjamin Law a lancé le hashtag #HowIWillChange pour que les hommes se confessent publiquement et « assument la responsabilité de leur rôle, complaisant ou autre, dans la culture du viol », dépeignant en « bad guy » (« sale type ») tout homme ayant déjà mis en doute la véracité d’une plainte pour harcèlement 4.

Les hommes et la violence

Il est important d’évaluer l’exactitude et l’impact du stéréotype selon lequel les hommes en général seraient violents. S’il est vrai que l’écrasante majorité des crimes violents est commise par des hommes, c’est une infime minorité d’hommes qui est responsable de la majorité des actes de violence. Dans un échantillon suédois, les 1% les plus violents de la population ont commis 63% de tous les crimes violents (N = 2 393 765), soit presque deux fois plus que les 99% restant tous ensemble 5.

Il a également été démontré que le sous-ensemble de la population avec la plus grande propension à la criminalité, les « contrevenants qui persistent tout au long de leur vie », sont beaucoup plus susceptibles que la population générale de commettre un viol ou de recourir à l’agression sexuelle 6.

Les chercheurs qui ont étudié cette question avancent que la propension de cette petite minorité d’hommes à commettre de tels actes peut être causée par la génétique de ces hommes particuliers, et non par une « culture du viol » qui enseignerait aux hommes en général que la violence contre les femmes est acceptable.

Dans le domaine du harcèlement sexuel également, les récidivistes risquent de donner une mauvaise réputation à la population masculine entière. Il est fort probable qu’un très faible pourcentage d’hommes harcèle un grand nombre de femmes, causant une détresse disproportionnée. Et ce type de délinquant (contrevenant récidivant toute sa vie) est souvent résistant à la réadaptation et au traitement. En effet, certaines recherches ont montré que les tentatives de réhabilitation des psychopathes (diagnostiqués par l’échelle de psychopathie de Hare) ont augmenté leur probabilité de commettre des crimes violents tels que les agressions sexuelles.7

Considérant cette réalité, il est douteux qu’une campagne de hashtag telle que #MeToo puisse être efficace pour réduire la violence commise par ce groupe spécifique d’hommes.

Prétendre que tous les hommes sont violents n’est pas seulement inexact mais nuisible, car cela inflige des dommages considérables aux innocents en les culpabilisant. Les délinquants récidivistes ne représentent qu’un faible pourcentage des délinquants criminels, qui représentent à leur tour un faible pourcentage de la population masculine en général.

Les expériences violentes sont-elles universelles ?

L’ampleur de la réponse au tweet de Milano ne signifie pas nécessairement que son expérience est partagée par toutes les femmes. Supposons, pour les besoins de la démonstration, que seulement 5% de la population ait subi ce type d’abus. Étant donné que Milano compte 3,25 millions de followers sur Twitter, si 5% répondaient à son tweet, cela conduirait à 162 500 posts. Si chacune de ces adeptes avait à son tour 100 amies, dont 5% répondent qu’elles ont elles aussi été victimes, cela entraînerait 812 500 posts. Continuez encore sur plusieurs niveaux, et vous pourrez voir comment l’échelle d’Internet peut rendre virale une campagne de sensibilisation, avec des millions de messages, même si elle touche quelque chose qui n’affecte qu’un faible pourcentage de la population.

Bien sûr, cette analyse ne démontre pas que les abus sont rares ; elle montre seulement que le succès de #MeToo ne prouve pas le contraire. Pour répondre à la question de savoir à quel point les abus sont réellement répandus, il est crucial de définir clairement ce qui constitue exactement un abus. Avoir été « harcelée ou agressée sexuellement » peut englober n’importe quoi, d’avoir entendu une blague sexuellement explicite jusqu’à une violente récidive pendant une longue période de temps. Le premier est un affront relativement léger que la plupart des adultes de l’un ou l’autre sexe ont probablement vécu à un moment de leur vie, alors que le second est l’une des épreuves les plus terribles qu’une personne puisse subir, et il y a certainement de nombreuses nuances de gris à l’intérieur. Si nous traitons chaque blague inappropriée comme un crime violent, alors nous rendons un mauvais service à toutes les parties concernées : les vraies victimes voient leurs expériences diluées au milieu de griefs relativement insignifiants ; des hommes innocents peuvent être entraînés avec les coupables dans la panique morale qui en résulte et l’intégrité factuelle de notre compréhension de ces questions importantes est gravement compromise.

Il nous incombe également d’être conscients que les crimes violents, y compris les agressions sexuelles, sont en déclin depuis des décennies. Comme l’a illustré Steven Pinker dans son livre The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined, cette tendance est représentée dans de nombreux pays et recoupe de nombreuses catégories démographiques.8

Selon RAINN, le plus grand organisme sans but lucratif de prévention du viol aux Etats-Unis, depuis 1993, les agressions sexuelles y ont diminué de moitié 9. Même si un seul viol est un viol de trop, nous devrions également nous inquiéter de créer une panique morale lorsque les données indiquent que la situation s’améliore réellement. Cela peut interférer avec notre capacité à tirer des leçons de l’expérience et à comprendre comment nous avons acté ce déclin, et rendant plus difficile de nous assurer que nous continuons à tirer parti des progrès que nous avons réalisés pour prévenir ce crime terrible.

Les statistiques sur la violence sexuelle

Pour comprendre l’ampleur réelle du problème, nous pouvons nous reporter à l’Enquête nationale sur les partenaires intimes et la violence sexuelle (NISVS), une étude menée en 2010 par les Centers for Disease Control pour mesurer la prévalence des différentes formes d’abus.10 En examinant ces données, nous pouvons réévaluer l’affirmation comme quoi la violence sexuelle est une expérience universelle parmi les femmes et que les hommes ne seraient pas affectés.

Pour commencer, considérons la forme la plus grave de la violence sexuelle, le viol. Selon l’enquête, 18,3% des femmes et 1,4% des hommes ont été violés à un moment donné de leur vie. Cependant, le NISVS utilise une définition du viol qui exclut la plupart des victimes masculines, en y incluant uniquement celles qui ont été violées par un autre homme ou violées de manière anale en utilisant les doigts du violeur ou un objet. La plupart des hommes qui ont été violés par une femme – que ce soit par la force physique, les menaces de force physique ou qui ont été mis en incapacité par la consommation d’alcool ou de de drogues du viol – sont pour autant considérés comme étant « faits pour pénétrer », ce qui est classé comme une forme d’« autres violences sexuelles », malgré le fait qu’ils répondent à la définition commune du viol en tant que rapport sexuel forcé. La prévalence au cours d’une vie de cette forme de viol est de 4,8% pour les hommes, ce qui est un trop petit nombre pour être correctement estimé à partir des résultats de l’enquête pour les femmes. En combinant ces deux paires de chiffres, nous constatons que le viol est environ 3 à 4 fois plus fréquent chez les femmes que chez les hommes, en prenant en compte le nombre d’hommes « faits pour pénétrer » qui ont également été victimes de viol selon la définition du NISVS.

Cependant, l’écart entre les sexes disparaît complètement si l’on considère la prévalence sur une période de 12 mois au lieu de la prévalence sur la vie entière : 1,1% des femmes ont été victimes de viol, tandis que 1,1% des hommes sont « faits pour pénétrer ». Nous ne connaissons pas les raisons de cette disparité. Il est possible qu’il y ait eu un plus grand écart entre les sexes par le passé qu’aujourd’hui ou que les victimes masculines qui ont été violées plus récemment soient plus susceptibles de déclarer leur agression dans l’enquête. Quel que soit le véritable rapport entre les sexes, nous savons que le viol est loin d’être une expérience universelle pour l’un ou l’autre sexe, même si c’est un problème pour les deux. C’est simplement la chose décente à faire pour traiter toutes les victimes avec empathie et respect et ne pas écarter quelqu’un simplement à cause de son sexe.

Le NISVS a également mesuré d’autres formes de contacts sexuels non désirés qui n’atteignent pas le niveau du viol. Ces types d’abus sont un peu plus fréquents mais encore loin d’être universels, affectant 27,2% des femmes et 11,7% des hommes. Encore une fois, lorsque l’on regarde les statistiques de prévalence sur 12 mois, l’écart entre les sexes se réduit au point de disparaître, 2,2% des femmes et 2,3% des hommes déclarant avoir été victimes au cours d’une même année.

Les statistiques sur la violence conjugale

Après avoir longuement discuté des abus sexuels, tournons-nous maintenant vers la violence conjugale. Il est vrai que les femmes sont plus susceptibles de subir les formes les plus graves de violence domestique, qui peuvent aboutir au harcèlement et au meurtre. Cependant, 30% des victimes d’homicides entre partenaires intimes sont des hommes 11. Même pour cette forme de violence la plus rare et la plus grave, les victimes masculines sont loin d’être négligeables. Les formes moins graves de violence conjugale sont à la fois plus courantes et plus équitablement réparties.

La violence domestique est en effet un fléau qui affecte les personnes des deux sexes. Selon le NISVS, 32,9% des femmes et 28,2% des hommes déclarent avoir été victimes de violence conjugale à un moment de leur vie. Le rapport entre les sexes change lorsque l’on considère la prévalence à 12 mois, soit 4,0% pour les femmes et 4,7% pour les hommes. Si nous nous limitons à regarder uniquement la violence conjugale grave, nous constatons qu’elle est moins commune avec un biais de genre un peu plus grand, avec 24,3% de femmes et 13,8% d’hommes déclarant avoir été victimes à un moment de leur vie ; mais encore une fois l’écart est légèrement plus faible (2,7% contre 2,0%) sur une période de 12 mois. Qu’on la définisse de manière plus large ou plus étroite, la violence conjugale est un fléau affectant un nombre significatif de personnes des deux sexes – bien qu’il soit loin d’être universel pour l’un ou l’autre.

Les couples LGBT sont particulièrement à risque d’être victimes de violence conjugale. Selon les données du SNISV, les lesbiennes étaient significativement plus susceptibles que leurs homologues hétérosexuels d’être victimes de violence conjugale, tout comme les bisexuels des deux sexes, 61,1% des femmes bisexuelles ayant déclaré avoir été victimes 12.

Les moyens de lutte contre la violence conjugale, y compris les refuges et d’autres services, ont été fondés sur l’hypothèse que les abus vont des hommes vers les femmes ; de ce fait, les victimes LGBT déclarent souvent faire l’objet de discrimination lorsqu’elles cherchent de l’aide 13.

Les victimes masculines sont également confrontées à des obstacles liés au genre pour être prises au sérieux. ABC News a mené une expérience sociale dans laquelle une femme a battu un homme en public devant une caméra cachée 14. L’expérience a duré des heures et pas moins de 163 spectateurs des deux sexes sont passés avant que quelqu’un appelle finalement le 911. Une femme s’est même plantée devant l’agresseuse, lui disant : « Vas-y, ma fille ! ». Lorsque des témoins ont été interrogés par ABC, ils ont dit qu’ils supposaient que l’homme devait avoir fait quelque chose pour mériter cela, plutôt que de penser qu’il méritait de l’aide.

Nous voyons aussi ces attitudes jouer dans la culture populaire. Prenons par exemple le clip sorti en 2014 de la chanteuse de country Taylor Swift pour sa chanson « Blank Space » 15. On y voit Swift pousser son petit ami et lui lancer un objet lourd au visage. Vers la fin de la vidéo, il est allongé sur le sol inconscient avec elle sur lui, secouant violemment sa tête d’avant en arrière et l’embrassant érotiquement. Alors que ce qui se passe ensuite est laissé à l’imagination du spectateur, le moins qu’on puisse dire est que ce n’est pas consensuel.

Les hommes victimes de violence conjugale sont souvent confrontés à l’obstacle surprenant d’être faussement accusés du crime dont ils ont été victimes. L’une des scènes les plus poignantes du documentaire de 2016 « The Red Pill » montre une victime de sexe masculin racontant comment il a été réprimandé par un policier qui lui disait qu’il ferait mieux de sortir immédiatement si sa femme devenait à nouveau violente, car il serait emmené en prison si elle se cassait ne serait-ce qu’un ongle en le frappant.16

Une étude de 2011 confirme qu’il ne s’agit pas seulement d’incidents isolés, mais d’un problème généralisé – en fait, les hommes qui appellent le 911 pour obtenir de l’aide en matière de violence conjugale sont plus susceptibles d’être arrêtés eux-mêmes que les autres.17  La même étude a révélé que les hommes qui appellent les services d’assistance téléphonique ou d’autres fournisseurs de services ont souvent été rejetés au motif qu’ils aident uniquement les femmes, et 95% ont estimé que les prestataires de services avaient des préjugés contre eux en raison de leur sexe.

Les formes de violence examinées par le NISVS sont celles qui sont les plus susceptibles d’affecter les femmes, mais elles sont loin d’être les seules formes de violence. Pour les taux des autres crimes, nous pouvons regarder l’Enquête nationale sur les victimes de crimes (NCVS), une enquête annuelle réalisée par le Bureau of Justice Statistics qui mesure les taux de victimes pour chaque crime. Les données montrent que la majorité des victimes de crimes violents sont des hommes 18. Le seul crime non mesuré par le NCVS est le meurtre, car une victime qui a été tuée ne peut pas répondre à une enquête de victimisation. Pour les données sur le meurtre, nous nous tournons vers les Uniform Crime Reports du FBI pour constater que pas moins de 78% des victimes sont des hommes 19.

Le système de justice pénale

En plus de discuter des perspectives des victimes, il est également important de considérer l’injustice découlant des stéréotypes comme quoi les hommes en général sont violents. Pour voir cela, nous devons seulement regarder la manière différente dont les hommes et les femmes sont traités par le système de justice pénale. Selon le Registre national des disculpations, plus de 90% des personnes jugées coupables à tort de crimes qu’elles n’ont pas commis sont des hommes 20. Lorsqu’un homme est reconnu coupable d’un crime, à tort ou à raison, il peut s’attendre à recevoir une peine en moyenne de 63% plus longue que celle d’une femme reconnue coupable de la même infraction 21. La peine de mort s’applique presque exclusivement aux hommes. Alors que les femmes représentent 10% des personnes reconnues coupables de meurtre au premier degré, elles ne représentent que 2% des personnes condamnées à mort et moins de 1% de celles qui ont effectivement été exécutées 22.

Conclusion

Bien que l’on ne puisse nier que la violence a tendance à affecter différemment les hommes et les femmes, l’idée que les femmes sont toujours les victimes et que les hommes toujours les agresseurs est manifestement fausse. Toutes les victimes méritent notre empathie, qu’elles soient de sexe masculin ou féminin et que le crime qu’elles ont subi soit typique de leur sexe ou typique de l’autre. Personne ne mérite d’être considéré comme violent ou menaçant simplement à cause de l’anatomie avec laquelle il est né.

Les taux de violence envers les hommes et les femmes sont beaucoup plus bas aujourd’hui qu’ils ne l’ont été historiquement. Nous devrions travailler à trouver des solutions efficaces pour poursuivre ce progrès, plutôt que faire de de tous les hommes les boucs émissaires de la violence qui subsiste. Rivaliser quant à savoir quel sexe est le pire est contre-productif et ne sert qu’à nous diviser inutilement. Nous devons être prêts à entendre la douleur des hommes comme celle des femmes, y compris les points de vue des personnes de toutes les orientations sexuelles et identités de genre, et chercher des solutions qui construisent un monde meilleur pour nous tous. Jusqu’à ce que le jour arrive où les hommes partout puisse lever la main et dire respectueusement #MeToo.

. Pour retrouver Gideon Scopes au sujet du sexisme et du syndrome d’Asperger :

« L’Écart d’empathie » dans la high tech : entretien avec un ingénieur informatique

Références

[1] Wilhelm, Heather. Where #MeToo Goes Off the Rails [Internet]. New York: National Review; 2017 Oct 20 [cited 2017 Oct 20]. Available from: http://www.nationalreview.com/article/452922/metoo-train-wreck-calls-all-women-victims-all-men-toxic-abusers

[2] Baker-Jordan, Skylar. I’m a man who has been sexually harassed – but I don’t think it’s right for me to join in with #MeToo [Internet]. London: The Independent; 2017 Oct 18 [cited 2017 Oct 22]. Available from: http://www.independent.co.uk/voices/harvey-weinstein-metoo-sexual-assault-male-victims-oppression-patriarchy-a8006976.html

[3] Blake, Casey. Columnist: Nice guys, #MeToo is your problem to solve now [Internet]. Asheville (NC): Citizen-Times; 2017 Oct 17 [cited 2017 Oct 22]. Available from: http://www.citizen-times.com/story/opinion/2017/10/17/blake-nice-guys-metoo-your-problem-solve-women-me-too-socialmedia-asheville/771215001/

[4] Esposito, Brad. Men Are Sharing How They Will Change In Response To #MeToo [Internet]. New York: BuzzFeed; 2017 Oct 18 [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.buzzfeed.com/bradesposito/how-i-will-change

[5] Falk, Örjan; Wallinius, Märta; Lundström, Sebastian; Frisell, Thomas; Anckarsäter, Henrik; Kerekes, Nóra. The 1% of the population accountable for 63% of all violent crime convictions. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology [Internet]. 2013 Oct 31 [cited 2017 Oct 22]; 49(4): 559-571. Available from: https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3969807/

[6] Boutwell, Brian B.; Barnes, J.C.; Beaver, Kevin M. Life-Course Persistent Offenders and the Propensity to Commit Sexual Assault. Sexual Abuse: A Journal of Research and Treatment [Internet]. 2012 Jul [cited 2017 Oct 24]; 25(1): 69-81. Available from: https://www.researchgate.net/profile/Brian_Boutwell/publication/229075046_Life-Course_Persistent_Offenders_and_the_Propensity_to_Commit_Sexual_Assault/links/562bfbd808aef25a2441ce13.pdf

[7] Seto, Michael C.; Barbaree, Howard E. Psychopathy, Treatment Behavior, and Sex Offender Recidivism. Journal of Interpersonal Violence [Internet]. 1999 Dec 1 [cited 2017 Oct 24]; 14(12): 1235-1248. Available from: https://www.researchgate.net/profile/Michael_Seto/publication/238432306_Psychopathy_Treatment_Behavior_and_Sex_Offender_Recidivism/links/564b8c5508ae020ae9f82e3d/Psychopathy-Treatment-Behavior-and-Sex-Offender-Recidivism.pdf

[8] Pinker, Steven. The Better Angels of Our Nature: Why Violence Has Declined. New York: Viking; 2011. 802 p.

[9] Scope of the Problem: Statistics [Internet]. Washington (DC): RAINN; [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.rainn.org/statistics/scope-problem

[10] Black, Michele C.; Basile, Kathleen C.; Breiding, Matthew J.; Smith, Sharon G.; Walters, Mikel L.; Merrick, Melissa T.; Chen, Jieru; Stevens, Mark R. The National Intimate Partner and Sexual Violence Survey: 2010 Summary Report [Internet]. Atlanta (GA): National Center for Injury Prevention and Control, Centers for Disease Control and Prevention; 2010 Nov [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/NISVS_Report2010-a.pdf

[11] Catalano, Shannon; Smith, Erica; Snyder, Howard; Rand, Michael. Female Victims of Violence [Internet]. Washington (DC): Bureau of Justice Statistics; 2009 Oct 23 [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.bjs.gov/content/pub/pdf/fvv.pdf

[12] National Intimate Partner and Sexual Violence Survey: 2010 Findings on Victimization by Sexual Orientation [Internet]. Atlanta (GA): National Center for Injury Prevention and Control, Centers for Disease Control and Prevention; [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.cdc.gov/violenceprevention/pdf/nisvs_factsheet_lbg-a.pdf

[13] Stafford, Zach. LGBT people face discrimination over domestic violence claims, report finds [Internet]. New York: The Guardian; 2016 Oct 18 [cited 2017 Oct 24]. Available from: https://www.theguardian.com/world/2016/oct/18/lgbt-hiv-affected-people-domestic-violence-study

[14] Reaction To Women Abusing Men In Public [Internet]. ABC News. New York (NY): ABC; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=CRCS6GGhIRc

[15] Swift, Taylor. Blank Space [Internet]. [place unknown]: 2014 Nov 10 [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=e-ORhEE9VVg

[16] The Red Pill. United States: Jaye Bird Productions; 2016.

[17] Douglas, Emily M.; Hines, Denise A. The Helpseeking Experiences of Men Who Sustain Intimate Partner Violence: An Overlooked Population and Implications for Practice. Journal of Family Violence [Internet]. 2011 Jun 04 [cited 2017 Oct 22]; 26(6): 473-85. Available from: http://wordpress.clarku.edu/dhines/files/2012/01/Douglas-Hines-2011-helpseeking-experiences-of-male-victims.pdf

[18] Truman, Jennifer L.; Langton, Lynn. Criminal Victimization, 2014 [Internet]. Washington (DC): Bureau of Justice Statistics.; 2015 Sep 29 [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.bjs.gov/content/pub/pdf/cv14.pdf

[19] Murder Victims by Race, Ethnicity, and Sex, 2015 [Internet]. Washington (DC): Federal Bureau of Investigation; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://ucr.fbi.gov/crime-in-the-u.s/2015/crime-in-the-u.s.-2015/tables/expanded_homicide_data_table_1_murder_victims_by_race_ethnicity_and_sex_2015.xls

[20] The National Registry of Exonerations [Internet]. Ann Arbor (MI): University of Michigan; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://www.law.umich.edu/special/exoneration/Pages/detaillist.aspx

[21] Prof. Starr’s Research Shows Large Unexplained Gender Disparities In Federal Criminal Cases [Internet]. Ann Arbor (MI): University of Michigan; 2012 Nov 16 [cited 2017 Oct 22]. Available from: http://www.law.umich.edu/newsandinfo/features/Pages/starr_gender_disparities.aspx

[22] Women and the Death Penalty [Internet]. Washington (DC): Death Penalty Information Center; [cited 2017 Oct 22]. Available from: https://deathpenaltyinfo.org/women-and-death-penalty

Fin du patriarcat : Les hommes font l’expérience d’une forme de déclin

. Laetitia Strauch-Bonart : Fin du patriarcat 5 | 5 « Les hommes font l’expérience d’une forme de déclin » 

De nombreuses recherches scientifiques démontrent qu’un nouveau fossé se creuse entre les sexes au détriment des hommes, remarque l’essayiste Laetitia StrauchBonart

Article paru dans Le Monde du 19 juillet 2018

Entretien. Laetitia Strauch-Bonart est essayiste, chroniqueuse au Point et rédactrice en chef de la revue Phébé . Elle est notamment l’auteur de Les hommes sont-ils obsolètes ?, (Fayard, 220 p., 18 euros), et de Vous avez dit ­conservateur ?, (Cerf, 2016)

Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

Vous affirmez dans votre livre « Les hommes sont-ils obsolètes ?» ­que la condition masculine vit en ce moment une « transformation radicale » dans le monde occidental. Qu’entendez-vous par là?

Les anglophones ont une expression qui dit bien les choses, ils parlent d’un new gender gap, un nouveau fossé entre les sexes qui se creuse à l’école, au travail, dans la vie de famille, etc. Cet écart est défavorable aux hommes. Son existence est ­démontrée par de multiples rapports et études issus de l’économie et de la sociologie quantitative. Il y a quelques décennies, nous n’aurions jamais imaginé un tel ­retournement. Les femmes ne faisaient pas d’études, elles travaillaient peu ou pas, et leur autorité était limitée à la maison. Aujourd’hui, tout cela nous semble appartenir à un passé lointain. La position des hommes a également changé. On garde cette image de la prééminence masculine mais, quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que les hommes font l’expérience d’une forme de déclin. Et, parallèlement, on voit une ascension féminine.

Les adeptes du masculinisme diront sans doute que le relatif déclin masculin est de la faute des femmes. C’est absurde. Il est important de comprendre que l’ascension féminine n’est pas la cause du déclin masculin. C’est plutôt que les mêmes changements structurels, économiques, technologiques, sociétaux, etc., ont un impact différent sur les deux sexes. Pourquoi? En partie parce qu’il existe des différences, comportementales et cognitives, entre les hommes et les femmes par exemple dans la maîtrise du langage, l’empathie ou le ­niveau d’agressivité. Si, hier, ces différences, dans un monde plus physique et moins verbal, favorisaient les hommes, aujourd’hui, elles favorisent les femmes. Ces différences sont établies par la psychologie comportementale et les sciences ­cognitives, donc des travaux sérieux.

Beaucoup de sociologues français ­estiment que les différences entre les sexes sont construites par l’environnement. Je me démarque de cette approche, car elle n’est pas expérimentale. Les ­travaux auxquels je me réfère que de grands scientifiques tels Steven Pinker, ­professeur de psychologie à Harvard, et Franck Ramus, chercheur au sein du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique, CNRS-ENS, ont aidé à diffuser, et qui sont publiés dans les meilleures revues internationales mettent au jour une origine partiellement naturelle de ces différences et s’appuient, eux, sur des expériences.

Par exemple, certaines d’entre elles ­consistent à tester auprès de nourrissons et d’enfants leur préférence pour les « choses », s’avérant en moyenne plus fréquente chez les garçons, et pour les « personnes », plus fréquente chez les filles. D’autres établissent un lien entre le niveau de testostérone, bien plus élevé chez les hommes, et l’agressivité. Tous ces travaux permettent d’établir des comportements moyens pour chaque sexe, mais il faut garder à l’esprit que, justement, ce ne sont que des moyennes et qu’il y a, forcément, toujours des exceptions.

Notez, enfin, que mes observations sur les hommes ne visent pas à relativiser l’exclusion et la violence que subissent un grand nombre de femmes en Occident sans ­parler d’autres régions du monde. Je les condamne fermement. Je crains toutefois que l’on ne soit pas suffisamment attentif à la situation des hommes.

L’école est, pour vous, l’un des ­lieux de ce malaise masculin. Pouvez-vous nous dire pourquoi?

Quand les filles n’allaient pas à l’école, on ignorait qu’elles étaient aussi douées. En quelques décennies, elles sont parvenues à dépasser les garçons. Les études du ­Programme international pour le suivi des acquis des élèves [PISA], conduites par l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] auprès des élèves de 15 ans, le démontrent. Par exemple, selon PISA 2012, les adolescents de l’OCDE ont en moyenne 50 % de chance de plus que les adolescentes d’avoir des difficultés à l’école dans tous les domaines testés (sciences, mathématiques, compréhension de l’écrit). Ou encore, en 2015, 24,4 % des garçons se situent parmi les moins bons en compréhension de l’écrit ceux qui ont des difficultés à bien comprendre un texte contre 15,5 % des filles. Le retard en compréhension de l’écrit se constate dans tous les pays industrialisés, membres de l’OCDE. En moyenne, à l’écrit, il est presque égal à une année scolaire.

Les études conduites par la direction de l’évaluation de la performance et de la prospective du ministère de l’éducation nationale, réitérées chaque année [Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur] montrent la même tendance. Pour ce qui est de la maîtrise du langage, on constate ce ­décalage entre les deux sexes dès le ­primaire, ce qui est très important, car c’est ce qui détermine la réussite scolaire à long terme.

L’école est-elle inadaptée aux garçons?

Dans une certaine mesure, oui. On dit trop souvent, en France, que si les garçons ne se débrouillent pas bien à l’école, c’est parce qu’ils sont trop agités, ou parce qu’ils ont intériorisé des stéréotypes de masculinité et qu’ils préfèrent ne pas travailler en classe par crainte de ressembler aux filles. Comme l’école est bien adaptée aux filles, il faudrait faire en sorte que les garçons ressemblent aux filles.

Il faut aborder la question autrement. A l’étranger, des travaux de recherche arrivent à d’autres conclusions : c’est l’école qui se serait éloignée des garçons et non l’inverse. Ne faudrait-il pas prendre en compte le retard relatif des garçons dans la maîtrise du langage, et donc redoubler d’efforts en la matière? Ne faudrait-il pas faire bouger davantage les garçons pour qu’ils acceptent plus facilement de rester assis pendant des heures à tracer des lettres? En outre, donne-t-on à lire des livres mettant en scène des personnages auxquels les garçons peuvent s’identifier?

On doit aussi insister sur l’importance de la discipline. Les garçons, particulièrement dans les milieux défavorisés, sont les premiers à en souffrir lorsqu’elle se dégrade. Il faut donc la renforcer, dans une atmosphère d’autorité bienveillante.

Certes, les garçons ont de moins ­bonnes notes, mais cela n’est pas ­nouveau et n’empêche pas les hommes d’occuper les meilleures places ­dans la société…

Les hommes continuent en effet de se maintenir à une place enviable, mais il faudra voir comment les choses évolueront. Je dirais aussi que la réussite, à l’âge adulte, de nos garçons ne nous autorise pas à ne rien faire pour nos enfants.

Il faut être attentif au fait que ce sont les garçons issus des classes populaires qui ont le plus de mal à l’école, et qu’eux n’occuperont pas demain les meilleures places. Ils s’en sortiront même moins bien que les filles des mêmes milieux. On a tendance à juger de la santé des sexes en ne regardant que les gens qui sont tout en haut. Je ne crois pas que ce soit un bon indicateur, puisqu’il s’agit d’une minorité.

Vous dites que l’évolution de ­l’économie fait mal aux hommes. ­Pouvez-vous préciser?

L’économie se tertiarise et repose de plus en plus sur des capacités relationnelles. L’étude des différences de comportement entre les sexes que j’évoquais tout à l’heure montre qu’en moyenne les femmes maîtrisent mieux le langage et font preuve d’une plus grande empathie : elles sont plus à l’aise que les hommes dans les métiers relationnels. Mieux : elles les préfèrent aux autres métiers. Pour lutter contre les conséquences de cette transformation sur les hommes, il faudrait déjà en prendre conscience. Notez cependant que la tertiarisation n’empêche pas que plusieurs secteurs restent très masculins, comme les métiers techniques et scientifiques.

La place du père est-elle aussi fragilisée?

Les pères passent en moyenne plus de temps avec leurs enfants qu’auparavant. Ils jouent avec eux, participent à leur éducation. Mais on constate une divergence en fonction du milieu socio-professionnel. La présence accrue des pères ne vaut que pour les classes moyennes et supérieures.

En outre, dans ces milieux, on se marie toujours, ce qui est moins vrai dans les milieux défavorisés, alors que cela permet de stabiliser la famille. Le mariage diminue le risque de séparation et, si le couple se défait, le fait qu’il y ait eu mariage aide à ce que les liens entre le père et les enfants restent plus étroits. Il y a plus de familles monoparentales dans les milieux défavorisés, et les enfants qui ne voient jamais leur père ont plus de chances de se trouver dans ces milieux. Les hommes peuvent donc y être pris d’un sentiment d’inutilité qui peut être aggravé s’ils n’ont pas de travail.

Certains estiment que père et mère ont le même rôle, que les divorces ne sont pas si graves. Je ne suis pas d’accord : la stabilité et la présence du père prédisent un certain nombre de choses concernant l’avenir des enfants la réussite scolaire, la santé mentale, la capacité à fonder une famille. Les dommages de l’absence du père sont importants. On s’inquiète des fractures au sein de la société, des tensions révélées par des événements comme l’élection de Donald Trump ou le Brexit. Mais n’oublions pas que la vie de famille est aussi un des éléments qui distinguent aujourd’hui de plus en plus les classes sociales et qui collaborent à creuser un fossé entre elles. En promouvant le mariage, j’ai l’air ringarde, mais je pense que le mariage est l’équivalent d’un actif! Les familles de couples mariés sont plus fortes pour affronter l’adversité. Des études de l’Insee (par exemple, « Les couples sur le marché du travail », France, Portrait Social, Insee, 2012), mais aussi les travaux de l’économiste américain Nicholas Eberstadt (par exemple le livre Men Without Work) montrent que, pour les hommes, il y a une corrélation entre le statut marital et l’emploi.

Est-on en train de vivre, selon vous, la fin du patriarcat?

Si vous entendez par patriarcat le fait qu’il existe en Occident une oppression systématique des femmes par les hommes, et que les hommes sont responsables de tous les malheurs des femmes, j’estime que ce n’est le cas ni aujourd’hui ni hier. Hier, la situation des femmes était très dure parce que nos ancêtres hommes et femmes vivaient dans des situations de grande insécurité, aggravées pour les femmes par le fait qu’elles n’avaient pas la force physique des hommes et couraient les risques liés à la maternité qu’on pense seulement à celui de mourir en couches. Mais les hommes n’étaient pas les premiers responsables de ce malheur. Les femmes ont été délivrées par le progrès technique. Si vous entendez par patriarcat le fait que le pouvoir était, encore récemment, exclusivement aux mains des hommes, car les femmes en étaient systématiquement exclues dans la loi et la pratique, alors oui, nous en vivons la fin. Et je m’en réjouis!

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. Sur la situation des garçons à l’école, on pourra aussi se reporter à cette conférence sous-titrée de la philosophe américaine Christina Hoff Sommers qui alertait sur cette question il y a plus de 5 ans déjà :

. Sur la baudruche idéologique du « patriarcat », voir aussi : 

Le Mythe du « patriarcat »

Écart salarial / Gender Pay Gap : C’est un fake féministe !

[Boîte à outils]

Écart salarial / Gender Pay Gap : C’est un fake féministe !

Et ce n’est pas bien de mentir !

Voici quelques sources pour démonter cet énorme fake féministe : Non, l’écart salarial H/F n’a jamais été de 27% (chiffre farfelu fabriqué par les officines féministes), ni même de 9 %. Il est en réalité dérisoire, voire inexistant à l’échelle de la société car il ne concerne qu’une poignée de très hauts salaires.

. In extenso, cet article de Laetitia Strauch-Bonart paru dans Le Point du 6 novembre 2017 :

Égalité hommes-femmes : pour tordre le cou à quelques idées reçues – Par Laetitia Strauch-Bonart

Des féministes s’insurgent contre les inégalités de salaires entre hommes et femmes. Problème, cette inégalité est désormais un mythe. Démonstration.

On a beaucoup parlé des « fake news », s’effrayant de la dérive mensongère des hommes politiques, voire des médias. On n’hésite pas, en revanche, à faire circuler des contre-vérités notoires sans sourciller. La dernière en date est celle diffusée par un groupe féministe, Les Glorieuses, qui prétend qu’« à travail égal, pas de salaire égal » entre les hommes et les femmes. Les Glorieuses cite Eurostat, selon lequel, en France en 2015, les femmes auraient gagné 15,8 % de moins que les hommes. Tous temps de travail confondus – temps partiels et temps complets rassemblés -, ajoutent-elles, les femmes gagneraient 25,7 % de moins que les hommes.

Ces deux chiffres ont abondamment circulé dans les médias, en particulier le second. Nombre de commentateurs laissent donc entendre que lorsqu’on sélectionne au hasard un homme et une femme exerçant exactement le même métier dans une entreprise, l’un gagne 25,7 % de plus que l’autre. Ce qui est faux.

Un écart qui se réduit

La première raison est que si l’on prend en compte les différences de temps de travail, le secteur d’activité, le niveau hiérarchique, d’ancienneté et de diplôme, la part « non expliquée » des écarts de salaires entre les femmes et les hommes est de 10,5 %. Mieux, personne ne peut dire avec exactitude à quoi se rapporte cet écart : certains l’analysent comme le résultat de la discrimination des femmes; d’autres comme la propension de celles-ci à moins négocier leurs salaires et augmentations – ce que même Les Glorieuses reconnaît. Aucune étude n’a prouvé jusqu’à ce jour l’existence de discriminations. Pour ce faire, il faudrait emmagasiner les données de centaines d’entreprises et comparer, poste par poste, les salaires des uns et des autres.

Il faut ajouter à cela que l’écart de rémunération entre hommes et femmes se réduit comme une peau de chagrin pour les jeunes générations et les jeunes cadres. Enfin, comme l’a suggéré The Economist, rapportant une étude récente, il existe bien un écart important dans le haut du panier, chez les dirigeants – les salaires à plus de 6 chiffres. Ici, en effet, la négociation et les relations de pouvoir ont une importance considérable, ce dont, visiblement, les hommes savent mieux tirer parti. Mais les femmes dirigeantes, en devenant de plus en plus nombreuses, apprendront sans doute, avec le temps, à prendre leur place dans ces sphères masculines. Conclusion : oui, les femmes, dans le passé, ont été honteusement discriminées au travail; non, aujourd’hui, pour la plupart des métiers et en moyenne – car il y a toujours des exceptions malheureuses -, ce n’est plus le cas. À travail égal, aujourd’hui, hommes et femmes reçoivent un salaire égal.

Des choix différents

La seconde raison qui permet de contester l’interprétation de l’étude des Glorieuses est que, justement, hommes et femmes, le plus souvent, n’occupent pas les mêmes fonctions. Les femmes travaillent plus volontiers à temps partiel, et préfèrent des métiers qui sont compatibles avec la vie de famille. Certes, c’est parfois sous la contrainte, ce qui dans ce cas est évidemment regrettable, mais ce mode de vie est plus souvent choisi que subi : plus des deux tiers des femmes qui travaillent à temps partiel en sont satisfaites.

Ensuite, les femmes sont attirées par des secteurs et des fonctions différents des hommes : elles préfèrent les matières littéraires aux matières scientifiques et elles préfèrent les métiers relationnels, par exemple dans les services et le médico-social. Par ailleurs, elles n’ont peut-être pas envie de monter les échelons d’une entreprise comme les hommes et selon les règles qu’ils imposent, qui impliquent souvent de longues heures de travail et une compétition exacerbée. Certaines femmes choisissent malgré tout de prendre leur place dans ces milieux; d’autres choisissent de mener une carrière différente en fondant leur entreprise ou en travaillant à leur compte, car elles y trouvent plus de sens.

Stéréotypes et libre arbitre

Les analyses les plus souvent citées attribuent ces choix à des « stéréotypes » sociaux de genre. Cette interprétation est douteuse.

Premièrement, elle l’est d’un point de vue scientifique : les études citées à l’appui de cette thèse ne sont pas suffisamment rigoureuses. Or, il existe tout un arsenal d’études quantitatives en psychologie qui, très souvent répliquées, montrent la persistance de ces choix « féminins ». Il semble assez difficile d’y voir la preuve de stéréotypes, tant ces résultats sont récurrents, et tant ces choix sont indissociables de l’existence d’intérêts différents chez les hommes et les femmes que l’on peut mettre au jour dès l’enfance, à un âge où la socialisation des enfants n’a pas commencé. Par exemple, on a montré que les garçons étaient plus attirés par les « objets », et les filles par les « personnes ». Les mêmes études précisent bien qu’hommes et femmes ne diffèrent en rien en termes de capacités intellectuelles, mais d’intérêts – et c’est cela qui est important. Les choix humains, par conséquent, ne résultent pas de l’incorporation brutale de stéréotypes, mais d’une intrication complexe d’éléments naturels et culturels.

Deuxièmement, cette interprétation est douteuse, car elle nie que les femmes puissent faire preuve de libre arbitre et choisir des métiers qui leur conviennent, comme si, étant perpétuellement vulnérables et mineures, leur choix était toujours biaisé. Elle prend pour pierre de touche de la réussite la carrière typiquement masculine. Mais comment peut-on prétendre prendre la cause des femmes et douter de leur libre arbitre ?

Des féministes amnésiques

Nous ne vivons plus dans cette époque malheureuse où les femmes ne recevaient pas d’instruction et n’avaient aucune liberté professionnelle. Depuis quelques décennies, tout a changé. Mais s’attendre à ce que les hommes et les femmes fassent des choix absolument identiques est pour le moins étrange – à moins de penser que nous ne sommes que des pages blanches.

Le plus regrettable, dans tout cela, est que le mouvement féministe piétine les avancées de ses prédécesseurs : en prétendant que rien n’a changé, ces militantes font comme si les combats passés pour l’égalité n’avaient servi à rien – or, c’est tout le contraire. Ce faisant, elles justifient habilement leur utilité présente, mais elles ne servent pas la cause des femmes.

Le Point.fr, no. 201711
Lundi 6 novembre 2017

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. On pourra également se reporter à ces articles :

 

Non, les femmes ne gagnent pas moins que les hommes !

Écart de salaire entre hommes et femmes : attention aux études fantaisistes

Il n’y a pas d’écart salarial hommes/femmes

. Ainsi que :

[à suivre…]

L’Éternel masculin

 

La vidéo confronte l’éternel masculin de la beauté grecque antique – la danse des hommes nus de la pièce de théâtre Mount Olympus de Jan Fabre (2015) est une véritable ode au corps masculin érotique – avec le Japon moderne privé de sexe.

Ce qui me frappe le plus dans les témoignages d’hommes vivant avec une poupée sexuelle, c’est le glissement de l’objet à la personne.  Ces hommes, qui ne semblent plus distinguer très clairement entre un objet inanimé et un être humain, investissent affectivement leur poupée,  lui parlent, la mettent en scène, l’emmènent en vacances, voire même l’épousent ou s’auto-persuadent qu’elle est vivante. Pour autant, ils sont sains d’esprit et restent lucides quant à leur comportement.

La situation du Japon – même si la vie de couple avec une poupée y reste un phénomène marginal – est en tout cas révélatrice de la crise mondiale de la masculinité (et du désir masculin) : manque  de partenaires, de moyens financiers pour entretenir une femme, culpabilité d’aller voir des prostituées, entre autres . Elle est aussi  une conséquence du féminisme (des femmes hyper-exigeantes qui paralysent les hommes) et un avatar post-moderne de la guerre des sexes – puisque ici, le combat n’a plus lieu, la femme étant totalement remplacée.