[Affaire Nicolas Hulot] – La cité des oies blanches

Nicolas Hulot incarne une catégorie d’hommes : ce petit pourcentage de grands séducteurs un peu prédateurs sur les bords. Ce sont des psychologies paradoxales, des hommes à femmes qui bénéficient en général d’un physique avantageux dont ils usent et abusent – souvent avec l’air de ne pas y toucher (« Beau, moi ? Je ne sais pas… Si vous le dites… ») – pour obtenir tout ce qu’ils veulent, parce que la plupart du temps, ça paie, et ça paie même très bien. Grisés par cette facilité, qu’ils ont souvent pu expérimenter dès la sortie de l’adolescence, ils prennent alors ce pli, à la moindre occasion, de recharger leurs batteries avec du sexe facile et sans lendemain – jusqu’à en devenir plus ou moins sex-addicts. Quand des hommes moins favorisés par la nature boiraient un petit verre ou mangeraient un hamburger pour se retaper, eux ils lèvent une fille, parce que 99 fois sur 100, ça marche du feu de Dieu et que le sexe, pour ce type d’homme, est le meilleur booster et le meilleur antidépresseur qui soit.

Car ce sont également des profils psychologiques beaucoup plus fragiles qu’il n’y paraît – des hommes engagés dans des professions médiatiques surexposées particulièrement imprévisibles, extrêmement stressantes, où les projecteurs peuvent s’éteindre du jour au lendemain et le succès se transformer en oubli ou en curée pour des raisons qui vous échappent en grande partie. Autant le succès qui vous tombe dessus soudainement peut vous faire prendre la grosse tête ou vous faire basculer dans le « syndrome de l’imposteur », autant les craintes qu’il génère peuvent déstabiliser et installer en vous une profonde perte de repères et un rapport plus ou moins distendu avec la réalité.

Ceci pour dire encore que Nicolas Hulot représente une catégorie d’hommes particulière. Il n’est pas Monsieur tout le monde, il n’a pas le rapport aux femmes de Monsieur tout le monde, car quand lui a 50 femmes autour de lui en permanence, Monsieur tout le monde en a une ou deux, voire zéro – et rarement une armada de filles énamourées qui l’attendent à chaque sortie de studio TV. Il est surtout une pièce de la machine médiatique qui vous célèbre puis vous broie pour les raisons mêmes qui l’ont poussée à vous aduler. C’est le thème, vieux comme le monde, de la Roue de Fortune :

Paris, BnF ms fr. 130.

La Fortune a les yeux bandés, elle vous installe sous les sunlights, puis fait tourner sa roue et vous récoltez les crachats. Dans le cas de Mr Hulot, Marlène Schiappa, qui le défendait ouvertement en 2017 et le pilonne aujourd’hui, incarne parfaitement cette versatilité : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » (Jean de La Fontaine, Les Animaux malades de la peste).

Le profil des accusatrices

C’est toujours le même profil. Des jeunes filles en fleur, des groupies, des fans, toujours des oies blanches, plus ou moins sincères et inexpérimentées, qui peuvent n’avoir aucune idée des pulsions sexuelles qui peuvent traverser un Don Juan habitué à se servir à pleines mains – on parle ici de 3 filles qui se plaignent mais on ne parlera jamais des 1000 autres qui se sont bien amusées ou ont juste passé un bon moment avec lui.

Il est tout à fait vrai qu’entre 16 et 18 ans, on n’a pas forcément conscience de l’intérêt sexuel qu’on peut présenter pour un homme. C’est ce qu’on appelle le « biais de sous-perception » dont sont affligées les jeunes femmes : elles n’ont parfois aucune conscience des signaux sexuels qu’elles peuvent envoyer involontairement. Quant aux hommes, ils souffrent inversement d’un « biais de sur-perception » : ils vont interpréter comme des avances sexuelles, du consentement ou une ouverture à un rapport sexuel ce qui n’en est pas forcément, voire pas du tout.

Il existe donc réellement un quiproquo fondamental entre les sexes, et tout particulièrement entre les deux protagonistes de ce type d’affaires, fatalement faits pour se rencontrer : la jeune fille en fleur attire le séducteur comme un aimant et réciproquement, le séducteur attire les jeunes filles en fleur comme le fromage attire les mouches. Celles-ci tapissent les murs de leur chambre des photos de leur idole qu’elles cherchent parfois à tout prix à rencontrer, inconscientes de la situation dans laquelle elles vont se mettre ou des expériences qu’elles risquent de croiser et qu’elles ne seront pas toujours en mesure d’assumer. Maureen Dor en parle avec des mots assez justes. Elle a aussi l’honnêteté de reconnaître que cela ne l’a jamais traumatisée ni empêchée de poursuivre sa vie et sa carrière.

Il y a donc deux profils de filles : la traumatisée à vie qui ne se remettra jamais d’une petite pression sur la nuque et d’un « suce-moi » dans une voiture et celle qui haussera les épaules et repensera toujours avec indifférence (et plus de pitié qu’autre chose) aux hommes qui lui ont montré leur sexe quand elle faisait du stop ou aux expériences de bad sex qu’elle a traversées au même âge. C’est mon cas et c’est ce que j’écris sur ce site depuis le début : on peut choisir d’être traumatisée à vie par une bite – ou pas. On peut choisir de passer sa vie à se lamenter d’avoir excité involontairement un homme quand on était jeune et fraîche, ou s’en foutre et en rire. On peut se complaire dans la victimisation et apporter de l’eau au moulin de l’armada des féministes aigries qui extorquent les témoignages qu’elles ont envie d’entendre pour régler leurs comptes avec la gent masculine – ou bien refuser de se prêter à ce jeu malsain et cette chasse à l’homme en meute.

La cité des oies blanches

Comment en est-on arrivé à la multiplication de telles affaires ? Parce que le féminisme puritain et les oies blanches ont pris le pouvoir, tout simplement. Parce que le féminisme occidental a produit des générations de femmes fragiles qui restent dans leur tête des adolescentes de 16 ans traumatisées à vie parce qu’elles auront un jour croisé une bite ou un mufle qui n’aura pas mis les formes. Bien sûr que ces méthodes – pour autant qu’elles soient avérées dans l’affaire qui nous occupe – sont grossières et inappropriées, mais il est FAUX, comme le prétendait Laurence Rossignol sur le plateau d’Envoyé Spécial, qu’on ne puisse pas s’en remettre et que c’est un profond traumatisme. C’est faux : je suis passée par ce genre d’expériences et je n’ai jamais été traumatisée.

Parce qu’on peut choisir de vouloir vivre avec un chaperon juridico-féministe et un ordre moral victorien sur le dos, comme une petite chose fragile et impressionnable, terrorisée et démolie pour toujours par des avances cavalières, ou au contraire d’assumer sa liberté et de faire la part des choses. On peut passer sa vie à se construire un profil de malheureuse victime et ressortir à point nommé de vieilles histoires qui ne nous ont en réalité jamais empêché de dormir pour aller grossir le troupeau des hyènes qui chassent en bande – ou pas.

Quant à la justice sauvage qui se rend sur les plateaux TV pour pousser sans autre forme de procès un homme au suicide sur des accusations invérifiables – alors que ces femmes, contrairement à ce qu’elles prétendent, ont eu des années pour en parler et déposer plainte –, il faut souhaiter que les procès en diffamation se succèdent pour arrêter ces lynchages. L’opportunisme et la quête du quart d’heure de gloire médiatique sont ici flagrants. La plupart des séducteurs qui ont eu une gloire publique, artistique ou politique, vont désormais devoir rendre des comptes à la foule de leurs coups d’un soir tapis dans l’ombre, qui pourront raconter tout et n’importe quoi, du moment qu’il y a le mot « sexe » dedans. Notre société qui ne baise déjà plus pourra ainsi se venger et se délecter, à travers ce voyeurisme revanchard, de ses passions tristes.

  • Petite précision sémantique. Selon le Code pénal (article 222-23), la définition du viol est la suivante : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ».

Selon ce qu’il semble, Nicolas Hulot n’a commis aucun acte de pénétration sexuelle dans les cas qui nous occupent – même pas sous la forme d’une fellation, puisque Sylvia a expliqué ne pas avoir pratiqué la fellation. Rappelons également que « fellation forcée  » est un oxymore : une fellation est un acte pro-actif, dans une voiture qui plus est, où il était pratiquement impossible à NH de lui fourrer de force son sexe dans la bouche. Dans le pire des cas, on peut donc sans doute parler ici d’agression sexuelle. Mais pas de viol, car les mots ont un sens.

[à suivre…]