[Imposture féministe] – La gifle et le genre

Le drama féministo-gauchiste qui se joue actuellement autour de la gifle d’Adrien Quatennens n’en soulève pas moins de nombreuses questions, certaines authentiquement difficiles – comme par exemple celle de l’origine de la violence masculine. C’est le cas aussi de la judiciarisation immédiate de cette gifle (alors qu’il n’y a pas de dépôt de plainte), au regard notamment de l’égalité des sexes et de l’idéologie du genre.

Si plus rien ne distingue biologiquement un homme d’une femme, que le sexe est une construction sociale et une pure vue de l’esprit (catéchisme actuel de l’idéologie transféministe), pourquoi alors les femmes qui se vantent urbi et orbi de gifler leurs compagnons (« T’inquiète, tu l’as rossé, mais c’est pas bien grave », « Ce n’est pas grave, crois-moi, il l’a mérité ») ou qui les harassent d’insultes ou de menaces de mort, ne devraient-elles pas elles aussi subir automatiquement le même châtiment de mort sociale, professionnelle et politique, en plus des poursuites judiciaires ? Pourquoi par exemple Nabilla, qui a poignardé son petit ami, n’en est-elle pas moins restée la coqueluche des médias ? Pourquoi conserver ce deux poids-deux mesures, alors que les féministes tempêtent en permanence pour être les égales des hommes, affirmant même que l’on peut changer de sexe comme de chemise ?

Qu’est-ce qui peut aujourd’hui empêcher tout homme auteur de violences conjugales de s’auto-identifier comme une femme, de dire qu’iel est victime du « patriarcat », que c’est « l’oppression systémique » de l’hétéro-blantriarcat qui l’a poussé.e à bout et qu’iel est victime de transphobie si on persiste à le.a traiter d’homme violent ? J’invite donc ici tous les hommes violents à affirmer qu’ils sont des femmes violentes (puisque désormais seul le « ressenti » et une simple perruque font l’affaire), non pas pour les défendre – je condamne leur violence, voir plus bas –, mais pour mettre à mal le discours féministe et souligner ses incohérences. Ce discours de l’idéologie du genre répète en effet que seuls les hommes sont violents, alors que, selon les mêmes, ni les femmes ni les hommes n’existeraient biologiquement – leur sexe n’étant qu’une construction sociale (le concept de « genre » ne recouvrant généralement que le bavardage stérile et ultra politisé d’imposteurs intellectuels, je m’assois en conscience dessus et n’emploie volontairement que le mot « sexe », le seul qui ait jamais voulu dire quelque chose – mais qui, on le sait, panique les néobigotes au point qu’elles l’aient troqué contre « genre »).

L’explication à cette inégalité, souvent inconsciente, de traitement entre les sexes n’en est pas moins accessible à tous et chacun peut la deviner aisément : la différence musculaire, biologique ou « de nature », entre un homme et une femme fait que la gifle masculine est en général – et objectivement – nettement plus effrayante que la gifle féminine. On a tous dans nos mémoires récentes les affaires retentissantes de la gifle de Bertrand Cantat ayant tué Marie Trintignant (par un mécanisme que toutefois je ne m’explique pas entièrement – mais il y aurait gifle et gifle, puisqu’en théorie, un simple soufflet ne tue pas), les coups mortels portés par Jonathann Daval, pourtant plus petit que son épouse, laquelle n’a pour autant pas pu sauver sa vie, ou encore le gringalet Cédric Jubillar faisant disparaître seul et sans difficultés apparentes son épouse Delphine. Du point de vue de la biologie, on ne peut donc mettre sur le même plan la gifle masculine et la gifle féminine ; le déchainement de violence physique et ses conséquences possibles (sa létalité) étant incomparablement plus risquées en provenance du camp masculin.

Constater ceci ne revient cependant pas à nier la violence féminine. Il existe un nombre significatif d’hommes violentés, battus et maltraités sur la longue durée, physiquement aussi bien que psychologiquement – notamment des hommes âgés et affaiblis, victimes de perverses narcissiques ou de femmes maltraitantes qui les martyrisent et les achèvent à petit feu.

On sait aussi que la violence conjugale est très souvent bidirectionnelle et que celle en provenance des femmes, si elle est moins musculaire et moins immédiatement létale, n’en est pas moins destructrice et mortelle. Simplement, les modes de destruction ne sont pas les mêmes : ils sont plus lents, plus insidieux, plus psychologiques et plus verbaux chez les femmes – mais tout aussi cruels, puisque c’est un poison lent, distillé parfois sur des décennies, qui peut conduire un homme à la dépression, au déclassement, à la maladie, à l’autodestruction ou au suicide – quand étudiera-t-on l’impact de violence conjugale, ici féminine, sur la forte prévalence du suicide masculin ?

L’idéologie féministe a inventé de toutes pièces une fable anthropologique (une basse œuvre des illuminées Priscille Touraille et Françoise Héritier) visant à faire croire que la force musculaire des femmes était à l’origine identique à celle des hommes, avant que ces deniers, au Paléolithique, ne les privent volontairement de viande pour les affaiblir et les contrôler. Ce délirant « patriarcat du steak » a été démonté entièrement par Peggy Sastre en 2017 et Laetitia Strauch-Bonart vient à son tour de faire le point sur cette forgerie (« Patriarcat du steak » : quand des féministes et des médias promeuvent les pseudosciences », L’Express, 18/09/2022 ; me demander l’article par mail si besoin).

Bien évidemment, il n’en est rien. La différence de force musculaire entre hommes et femmes est une donnée à la fois biologique et évolutionnaire, et ce sont les femmes elles-mêmes qui ont de tous temps sélectionné les partenaires les plus musclés (pour des raisons de protection, d’aptitude à la chasse, au combat, aux travaux réclamant de la force physique, etc.), au risque d’en subir en retour les conséquences, mais transmettant par là même leurs gènes à leur descendance. De ce point de vue, une frêle jeune fille qui transitionnerait en homme, malgré des doses quasiment mortelles de testostérone, ne pourrait toujours pas devenir éboueuse, bûcheronne, pompière (sur le terrain, pas seulement aux postes de commandement ou aux relations presse) ou ouvrière en maintenance de machines lourdes – car ce sont des métiers qui requièrent toujours une authentique force physique… masculine, donc.

Ceci ne revient évidemment pas à justifier l’emploi inapproprié de cette force musculaire supérieure, mais simplement à rappeler que cette inégalité de nature est une réalité incontournable, que les femmes feraient bien de ne pas trop oublier, plutôt que d’écouter les prêches de ces féministes hors-sol qui les mettent en danger plus qu’autre chose.

Comment juger la gifle de Quatennens ?

Le pingouin Quatennens… Ce génie du trait de crayon… Je suis admirative.

Blague à part, c’est à la justice et à elle seule de juger cette affaire, d’autant qu’elle s’en est auto-saisie. Ce n’est pas à nous de déterminer si cette gifle est grave ou pas, si Mme Quatennens est en danger ou pas, s’il s’agit d’une violence légère et isolée ou bien d’une gifle s’inscrivant dans un contexte de violences répétées – puisque nous n’en savons rien et n’avons pas accès au dossier de divorce. C’est ici le seul travail des tribunaux, avec enquête à charge et à décharge, et contradictoire. Il faut savoir que la gifle impulsive et incontrôlée, non préméditée, que beaucoup d’entre nous ont un jour expérimentée, d’un côté ou de l’autre de la main et souvent à leur plus grand désarroi, ne relève que d’une amende de classe 4 (on parle ici de violences légères; cf. « La simple gifle comme violence légère. Article R 624-1 du code pénal »). La gifle dans un contexte de violences conjugales répétées est naturellement beaucoup plus grave (la conjugalité étant en elle-même un facteur aggravant).

En tant que simples observateurs, nous n’avons de toutes façons pas à juger des mœurs privées d’un homme, qu’il soit public ou pas : la République Morale du Féministan n’ayant – Dieu merci – pas encore été proclamée, aucune police morale n’est à ce jour censée s’appliquer dans ce pays : nous ne voulons pas d’une brigade des mœurs à l’iranienne, d’un tribunal de l’Inquisition ou d’un comité d’épuration piloté par des dames patronnesses et des ayatollahs en jupons. Personne ne semble réaliser que l’on a pourtant déjà un pied dans cette dictature de la vertu et de la transparence absolue, comme le montre l’affaire parallèle Julien Bayou. Le régime de terreur féministo-morale que se sont concoctés eux-mêmes ces abrutis d’extrême gauche ne laisserait pas de surprendre, si le phénomène n’était parfaitement documenté depuis 1793 : « La révolution, comme Saturne, dévore ses propres enfants », écrivait le dramaturge allemand Georg Büchner dans La mort de Danton (1835). Que ces fanatiques se purgent entre eux, personne ne s’en plaindra ; le problème est que leur police des mœurs a déjà infusé toute la société et cela, c’est beaucoup plus inquiétant.

D’où je suis, je serais donc bien incapable d’émettre un avis définitif sur cet épisode de violence conjugale (ponctuelle et non significative, ou bien grave et symptomatique ?). Il ne me reste alors, comme tout un chacun, que mon propre ressenti, qui vaut ce qu’il vaut. En lisant le communiqué de mea-culpa d’A. Quatennens, j’avoue avoir spontanément laissé échapper un cri en passant sur le mot gifle (ce qui précédait m’ayant paru plus superficiel, même si j’avais relevé une incohérence dans le fait qu’il parle d’une « histoire d’amour de 13 ans » émaillée d’incidents qui ne plaidaient pas tellement en faveur d’une histoire d’amour de 13 ans, mais admettons). L’épisode de la gifle est, selon mon système de valeurs, un signal fort que son histoire d’amour est possiblement morte depuis un bon bout de temps et que l’on pourrait être devant une relation authentiquement dysfonctionnelle, si ce n’est toxique – mais encore une fois, je n’en sais rien, je ne fais état que de mon propre ressenti qui n’a pas vocation à l’universalité. Quelle est la part de chacun dans ce naufrage ? Nul ne le sait, puisque sa femme Céline est restée sur sa réserve. Quoi qu’il en soit, je ne banalise pas cet épisode de la gifle.

On ne met pas toutes le curseur au même endroit

N’ayant jamais reçu de gifle de la part d’un homme et cultivant depuis toujours une authentique frayeur de la violence physique masculine – adolescente, j’échangeais pourtant des gnons, mais seulement avec des filles harceleuses et sans que cela m’ait spécialement marquée (probablement parce que le distinguo entre les coups des filles et ceux des garçons était déjà solidement implanté dans mon esprit), je me suis toujours tenue prudemment à l’écart des hommes pouvant basculer dans la violence physique. Une longue expérience de l’auto-stop, seule sur des milliers de kilomètres dans divers pays d’Europe quand j’avais entre 18 et 24 ans m’a aussi appris à détecter le danger en une fraction de seconde : un silence, un éclat dans le regard, une fluctuation dans la voix, une expression fugace sur un visage, une raideur musculaire imperceptible ; tout cela pouvait me faire stopper la voiture pour en descendre au plus vite avant que les choses ne tournent mal. Je n’ai jamais non plus été attirée par les montagnes de muscles, contrairement à la plupart des autres femmes, j’ai toujours préféré les hommes minces aux muscles fins ; peut-être pour les mêmes raisons inconscientes.

Ceci pour dire que nous sommes toutes différentes et que si beaucoup de femmes ont depuis toujours privilégié les hommes violents – pour des raisons évolutionnaires (voir encore cette vidéo, « Mon esprit me dit que tu es un gars super, mais ma biologie me dit que tu es un minable » ou cet article) –, nous n’allons pas toutes percevoir l’épisode de la gifle de la même manière. Mon curseur à moi, qui m’est propre, fait que j’ai toujours davantage craint de me faire frapper au visage ou à la tête, même avec une « simple » gifle, que par exemple de traverser quelques expériences de « bad sex » dont je me suis toujours parfaitement remise, y compris sur le coup. Un pénis ne tue pas, une gifle, si (voir Marie Trintignant). Les féministes diront que : « Ah mais si, un pénis peut tuer psychologiquement, on peut ne jamais s’en remettre, etc. » ; ce à quoi je répète que non, physiquement et objectivement, un pénis ne peut pas tuer, alors que des poings, si. Et que le pénis ne tue psychologiquement que si on le veut bien – par exemple parce qu’on s’enferme à vie dans le victimisme féministe ou parce que l’on n’a pas trouvé (voire même cherché) de thérapie efficace. On peut toujours se relever d’une expérience de bad sex, ou même d’un véritable viol. On ne se relève pas toujours d’un coup porté à la tête, qui peut vous laisser sur le carreau ou avec des séquelles crâniennes, cérébrales ou neurologiques permanentes ; c’est aussi simple que cela. « Simple, basique », comme qui dirait. J’ai donc toujours été basiquement rationnelle au moment de sauver ma peau, et je sais que je ne suis pas la seule. Parce que oui, le danger existe ; il existera toujours et nier le réel est une aberration (voir aussi sur ce sujet : « Camille Paglia : L’université moderne ne comprend rien au mal »).

La dissonance féministe

De ce qui précède, il ressort qu’il faudrait choisir :

  • Ou l’on considère que l’idéologie du genre a raison, qu’une homme et un femme, c’est biologiquement pareil (position des transféministes), auquel cas il faut poursuivre immédiatement en justice toutes les femmes qui giflent leur partenaire – même s’il n’y a pas de dépôt de plainte – exactement comme dans l’exemple de Quatennens. Au nom de l’égalité des sexes, l’accusation de délit doit être strictement la même pour tout le monde (cismerdes comme transmerdes), de même que les sanctions pénales, sociales et professionnelles. Toutes les femmes violentes physiquement doivent donc à partir d’aujourd’hui subir le même pilori personnel et politique qu’Adrien Quatennens – faute de quoi il faut cesser de prétendre que l’on « se bat pour l’égalité ».
  • Ou bien l’on considère que biologiquement et physiquement, les violences physiques masculines et féminines ne seront jamais vraiment les mêmes (position d’une autre partie des féministes, qui peuvent cependant être les mêmes que les précédentes, car la cohérence est rarement leur fort), et l’on tolère les gifles féminines, considérées comme moins graves, mais pas les masculines. Si l’on répète, comme le font les féministes, que la violence masculine est davantage problématique, il faut alors reconnaître qu’il n’y a pas d’équivalence biologique entre les sexes et en conséquence rejeter définitivement les falbalas sur le genre et le transgenrisme.

Ce discours féministe soutient en permanence de nombreuses contradictions :

  • On veut l’égalité des sexes, mais pas devant le juge : ainsi, l’homme doit-il être plus lourdement condamné en cas de gifle, comme on vient de le voir.
  • Hommes et femmes sont biologiquement indifférenciés, mais seuls les hommes tuent (un gros mensonge, évidemment).
  • Nos corps sexués ne sont que des constructions sociales (ce que prétend l’idéologie du genre), mais seul le « féminicide » existe, pas le « viricide » (en réalité, aucun des deux n’existe : le droit ne recourt qu’au terme adéquat d’homicide pour les deux).
  • La violence, c’est mal, mais supprimer des hommes, c’est bien.
  • Les femmes sont fortes (« empowerment », gna gna gna), mais on fait une attaque cardiaque si un homme lorgne sur notre décolleté,
  • Etc.

Peut-on éradiquer toute forme de violence physique et si oui, comment ?

Nous admettons tous que la violence physique est condamnable et qu’elle devrait être extirpée de nos vies, qu’elle est toujours un échec de la communication et qu’elle nous tire vers le bas, que nous soyons homme ou femme. Au nom de son irénisme (sa vision utopique d’une invraisemblable société communiste de Bisounours), le féminisme devrait lui aussi condamner toute forme de violence physique (et même psychologique), aussi bien féminine que masculine : on en est pourtant très loin, puisqu’il appelle régulièrement les femmes à détruire, voire à tuer des hommes.

Pourquoi cela ne relève-t-il pas de poursuites pénales pour incitation à la haine sexiste ? Parce que les femmes seraient, contrairement aux hommes, de petites créatures fragiles ? Mais alors, où est encore passée l’égalité biologique de genre ?

La violence masculine est-elle uniquement une « construction sociale » ?

Les féministes pensent que la violence masculine est uniquement une construction sociale et qu’il suffirait de déconstruire (autrement dit de détruire) le masculin, la masculinité, la virilité, les hommes, les pères, le « patriarcat », l’économie, la société, l’université, etc., pour en venir à bout. C’est encore une fois une approche simpliste, réductrice, contre-productive et complètement idiote de l’anthropologie.

La force masculine et la propension à la violence étant des données biologiques, psychologiques et anthropologiques, il ne s’agit aucunement d’imaginer qu’on aura les moyens de les éradiquer entièrement, chez un sexe comme chez l’autre (ainsi, les mères tueront toujours leurs enfants, comme elles le font depuis la nuit des temps). Il vaudrait mieux comprendre que la civilisation (improprement rebaptisée « patriarcat ») n’a jamais été là que pour domestiquer, contenir, punir, contrôler et encadrer ces états de nature, masculine aussi bien que féminine. Or c’est là un des rôles que tient depuis toujours la masculinité, quand elle n’a pas peur de sa propre nature, qu’elle a le courage de la regarder en face et de la saisir à bras le corps pour la travailler – et qu’on la laisse jouer son rôle dans l’équilibre des rapports interpersonnels et sociaux. Une société sans masculinité et sans virilité serait vouée à disparaître.

C’est surtout oublier que la violence est inhérente aux deux sexes et qu’il en sera toujours ainsi. La violence féministe est d’ailleurs actuellement une des pires violences psychologiques et sociétales que beaucoup d’hommes (et de femmes) aient jamais eu à expérimenter. Sandrine Rousseau, la nouvelle Saint-Just du féminisme totalitaire, folle furieuse de la terreur et de la purge politiques, dépasse chaque jour un peu plus les bornes de la violence politique et sociétale. Personne n’est donc aujourd’hui moins crédible et moins autorisé que ce genre de Terminator assoiffé de sang pour dénoncer la violence des autres : « Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? » (Matthieu 7, 3)…

[à suivre…]

  • Voir aussi :

[Université en folie] – Camille Froidevaux-Metterie ou quand l’idéologie du genre se mord la queue

Nous sommes donc au point où les disciples de Simone de Beauvoir (« Gna gna, on ne naît pas femme, on le devient, han »), au nom du même féminisme du genre, en sont arrivées à dénier toute existence (on ne parle même plus ici d’essence), non seulement à la féminité et au féminin, mais aux femmes elles-mêmes – autant de réalités devenues obsolètes, infondées, erronées. Selon ce nouveau catéchisme, plus personne ne naît femme, désormais, puisque la biologie est révoquée ; seules devant être prises en compte les névroses et lectures pathologiques du réel d’une poignée d’universitaires en débine et de transactivistes militants.

Les femmes biologiques étant niées, ce féminisme n’aurait logiquement plus rien à défendre, ni plus aucune raison de nous bassiner avec son cortège de victimisations outrancières. Moi qui m’impatientais d’assister à l’effondrement (sous le poids de sa propre bêtise), à la mort et l’enterrement du Gender feminism, je devrais être en train de fêter tout cela ; sauf que… ce féminisme, non content de s’auto-dissoudre dans un Alzheimer précoce, n’a hélas pas l’intention de crever seul : il entend bien suicider dans la foulée (on dirait aujourd’hui « euthanasier ») la société et la civilisation toutes entières et là, je ne suis plus trop d’accord !

Dans une interview au Monde du 15 septembre 2022 (« Il est absurde d’affirmer que les revendications des personnes trans freineraient la cause des femmes »), la philosophe et professeur de science politique à l’université de Reims-Champagne-Ardenne Camille Froidevaux-Metterie, également « spécialiste du corps féminin » (c’est là le plus drôle), nous distille sous sa forme la plus pure l’argumentaire néofem universitaro-délirant qui a cours aujourd’hui.

Elle nous entreprend donc sur ce qu’est « le corps féminin », sachant que pour elle, « corps » et « féminin », deux concepts entièrement vidés de leur sens, ne seraient plus que des fourre-tout patriarcaux – ou des poubelles sémantiques (l’expression est de moi) dans lesquels les transféministes peuvent désormais recycler librement tous leurs déchets idéologiques. Le « corps féminin » n’ayant plus de réalité physique ou biologique, n’étant donc plus rien, que du verbiage ou du vent, elle pourrait au passage s’arroger le titre de « spécialiste du rien et du vide » (ou de « spécialiste vide du rien »).

Commençant par prendre la défense de la stupide campagne trans-activiste du Planning Familial français où l’on voyait, on s’en souvient, un couple hétéro inversé – une femme à barbe avec un homme à utérus ; autrement dit un homme et une femme biologiques, dont la seconde est enceinte (tout ça pour ça…) –, elle s’inscrit comme attendu dans le nouveau conformisme universitaire, celui des « études de genre et queer », nouvelle religion et nouveau dogme de rigueur, et raison même pour laquelle, en dépit de ses incohérences intellectuelles, elle a été recrutée. La « recherche féministe » n’est malheureusement plus aujourd’hui que ce militantisme caricatural.

Août 2022 : Le Planning Familial français en pleine crise de stupidité

Après avoir dénoncé la courageuse Marie-Jo Bonnet, qui ose aller contre la nouvelle doxa trans, de même que Marguerite Stern*, elle prétend que le transactivisme (qui sature pourtant les médias, les réseaux sociaux et la communication d’entreprise, jusqu’au Planning familial) n’occuperait qu’une « place marginale » dans le féminisme actuel (yeux au ciel). On ne parle partout que de ça, mais passons.

*Autant je n’ai aucune affinité (et c’est peu de le dire) avec le féminisme victimaire et le ouin-ouin antipatriarcal de Marguerite Stern, autant je compatis à la violence inouïe qu’elle doit désormais encaisser de la part de ses ex-congénères. Je salue donc son courage dans l’adversité et sa résilience face aux insultes – ce que lui font vivre ses ex-comparses étant à mon sens autrement plus réel et douloureux que toutes les avanies supposées de son « patriarcat » fantasmé.

« En revanche, continue CFM, l’obsession de certaines pour ce sujet dit bel et bien quelque chose. Elle traduit, d’après moi, une forme de panique face aux avancées de la pensée féministe sur cette question fondatrice : qu’est-ce que c’est être une femme ? »

Mais oui, qu’est-ce donc qu’être une femme, selon cette « spécialiste du corps féminin », qui ne comprend ni le sens du mot « être », ni celui de « corps », ni celui de « femme » ?

Mais qu’est-ce que ça peut bien être, d’être une femme, bordel de queue à chapeau rond ?? 

Comment donc savoir ce qu’est une femme, quand on n’a que la bouillie, pardon, la « pensée » féministe (celle qui avance à reculons) pour tout viatique ? Sa définition de la femme déroule comme prévu les lieux communs du Gender feminism le plus crasse :

« Pendant longtemps, c’était être assignée aux deux fonctions sexuelle et maternelle prétendument inhérentes à la corporéité féminine. »

Bon, alors, moi qui suis une femme, je ne suis « assignée » à rien du tout, Madame Froidevaux ; je vous prie de bien vouloir remballer ces vieilles obsessions anti-maternelles et anti-sexuelles qui ne représentent que les féministes dans votre genre, totalement passées à côté du sel de la vie, pour pondre à la place vos pensums daubés du cul sur le genre – car oui, je ne tiens pas Judith Butler pour une prophétesse mais pour une imposture intellectuelle. Cessez donc de parler au nom de femmes auxquelles vous ne comprendrez jamais rien, enfermée que vous êtes dans vos rancœurs et vos névroses. Et apprenez que pour la majorité des femmes, leur sexualité avec des hommes et leur expérience de la maternité auront souvent été, au contraire, la seule chose dont elles se souviendront au soir de leur vie. Jetez donc un œil sur les mémoires de la plupart des femmes qui se souviennent de leur passé… Qu’auraient été Fernande Olivier (la première petite amie de Picasso), Frida Khalo et tant d’autres sans leurs histoires d’amour, même douloureuses ? Revenez sur terre. Cette vieille rengaine anti-maternité et anti-hétérosexualité, jamais renouvelée depuis des décennies, ne fait qu’insulter le vécu de millions de femmes, qui doivent supporter ces crachats continuels sur leurs choix de vie, leurs enfants ou leurs compagnons.

« Le féminisme vise précisément à affranchir les femmes de cette réduction au corps pour en faire des sujets de droits dotés notamment de la liberté de choisir les modalités dans lesquelles elles vivent les dimensions incarnées de leur existence », dixit la « spécialiste du corps féminin », qui fait justement son beurre universitaire et médiatique sur la « réduction » supposée des femmes à leur corps (alors que, on le rappelle, ni les femmes, ni les corps féminins n’existent, tout cela n’étant que de l’assignation patriarcale – yeux au ciel).

CFM vient nous parler de « dimension incarnée » alors qu’elle est l’exemple même du problème d’incarnation de ces féministes, encombrées d’un corps sexué prévu pour l’enfantement dont elles ne savent désespérément que faire, ayant rejeté toute sa matérialité et son animalité (car Mme Froidevaux est et restera jusqu’à sa mort un mammifère humain à reproduction sexuée comme ses congénères, n’en déplaise à ses fixations mentales et ceci, qu’elle ait utilisé ou non ses fonctions reproductrices). Comme je l’avais évoqué dans mon article sur les queers à Vézelay :

« Il me semble que les féministes radicales d’aujourd’hui sont continuellement en butte à un (énorme) problème d’incarnation, qu’elles semblent de plus en plus incapables de résoudre. Je pense (c’est un avis personnel, mais il est partagé par quelques-uns de mes amis) que le refus de la biologie des féministes du genre a tout à voir avec le manichéisme, le monophysisme, le dualisme, le bogomilisme ou le catharisme. C’est-à-dire que ces personnes, encombrées par un corps ou une enveloppe physique dont elles ne savent que faire, survalorisent les seules vues de leur esprit, rêvant de se vivre comme de purs esprits dans un monde de lumière idéal et désincarné, où le corps et le sexe n’auraient d’autre réalité que celle des concepts et des mots. Blanche Gardin en donne une illustration d’une grande justesse quand, ayant sombré dans le féminisme radical, son personnage ne se nourrit plus que de lumière, de prânâ et de Mona Chollet – avant de finir à demi-mort, anorexique et à l’asile. »

Quand je parle de la secte féministe, de ses croyances et de son manichéisme, je fais référence entre autres à cette tentation cathare, ce rejet de sa propre chair et de son incarnation, qui l’infuse et le sous-tend depuis le départ. Les féministes sont définitivement ces bigotes et ces coincées du fondement que j’évoquais dans cet article.

La folie transféministe pourrait aussi se résumer par ces quelques mots en conclusion de cet article (« Le mouvement trans et sa guerre contre le corps ») : « Une politique qui célèbre l’individu en tant que pur esprit considérera également nos corps comme de la simple chair, devant être gérée et optimisée. Si l’humanité est « dans la tête », nos corps ne sont que de la viande. Et on peut faire ce qu’on veut avec de la viande. »

« Cette « bataille de l’intime » est centrale aujourd’hui, donnant lieu à une multitude de combats, dont la lutte pour la reconnaissance et la légitimité des vies trans. »

Non, « cette bataille de l’intime » est en réalité le terrain du nouveau totalitarisme féministe, celui que ces armées d’idéologues doctrinaires ont envahi pour imposer leurs normes et leurs diktats (voir Sandrine Rousseau). Il s’agit de leur part, et je pèse mes mots, d’un viol de l’intimité, sur lequel elles s’arrogent le droit d’interférer et dont elles prétendent faire une chose publique, contre la volonté des intéressés.

Elle dénonce ensuite (cette fois avec raison) la violence, parfois physique, que peuvent subir les trans et en effet, rien ne justifie le moindre passage à l’acte. Mais elle s’empresse aussitôt de tout mettre sur le même plan :

« Cela dit, il y a des franchissements de limites que l’on ne peut accepter, notamment quand certaines militantes qui se prétendent féministes assument leur proximité avec des mouvements conservateurs ou d’extrême droite. C’est tout simplement incompatible. »

Ben voyons ! Si on ne pense pas comme vous, on est automatiquement fasciste, nazi ou d’extrême droite, c’est bien ça ? La reductio ad lepenum, ça faisait longtemps, dites donc, comme c’est original ! Quelle ouverture d’esprit ! Bon, il ne faut pas trop attendre d’une gauchiste trans-activiste, on le savait, mais tout de même…

Suit un peu plus bas l’habituel charabia neofem : « Il n’y a donc pas une majorité de femmes cisgenres [assignées femmes à la naissance et qui s’identifient comme telles] contre une minorité de femmes trans. »

Encore une fois, je ne suis « assignée » à rien du tout, Madame Froidevaux, cessez de m’assommer avec ce vocabulaire militant. C’est vous que votre complainte victimaire assigne à votre névrose féministe qui tourne en boucle. Je ne suis pas non plus une femme cismerde ou quoi que ce soit, je suis une femme tout court, point, et je n’ai pas besoin de votre verbiage genriste pour me définir. Je vous interdis à nouveau de m’appliquer ce sabir, puisque vos délires ne me représentent pas, pas plus que votre idéologie du genre, à laquelle je ne souscris pas : je me contrefiche du « sexe social », toutes ces catégories ne m’intéressent pas; pire, je les méprise souverainement, à pied, à cheval et en voiture.

« Les féministes se structurent en diverses coalitions politiques selon les combats qu’elles mènent au regard de la diversité des facteurs d’oppression (genre, sexualité, race, classe, âge, handicap, etc.). »

Faux. Il n’y a aucune diversité politique chez les féministes antipatriarcales, qui communient toutes à la même chasse à l’homme (blanc, de préférence) : elles sont toutes de gauche ou d’extrême gauche ! Le féminisme antipatriarcal (= radical) est par définition de gauche.

Et puis : « Gna gna gna, ouin ouin, suis trop opprimée, cétrodur, suis une bourgeoise subventionnée pour produire mon verbiage, mais mon oppression est si duuuure à vivre; vous pouvez pas comprendre ce que c’est, vous les hommes, que d’avoir tous ces avantages, d’avoir obtenu tous les favoritismes et toutes les prébendes possibles, tout ça parce que je suis une fâââme, mais ouin ouin ouin ».

Mais quelle indécence, au regard de tous ces hommes à la rue, tous ces déclassés, tous ces exploités sur leurs vélos Uber…. Jamais aucune femme, vous avez remarqué ? Pourquoi ne réclamez-vous donc pas la parité, ici aussi ? Ah oui, c’est vrai, le travail, c’est pour les gueux et les gueuses de droite, pas pour les grandes bourgeoises féministes de gauche, on en a enfin eu la confirmation. Essayez quand même d’y penser, la prochaine fois que vous commanderez un Uber Eat.

« Les antitrans assument de définir les femmes comme des « femelles », les réduisant à leur corps sexuel et procréateur selon une logique typiquement patriarcale. Elles dénient la possibilité nouvelle qui est la nôtre de choisir les modalités genrées dans lesquelles nous nous présentons au monde et gomment ainsi trois décennies de pensée et de conquêtes féministes. » 

Ooooh, le « patriarcat » ! Notre dévote de la secte antipatriarcale n’oublie pas d’invoquer le diable qu’elle combat courageusement ; « patriarcat » occidental, pourtant, auquel elle doit absolument tout : son émancipation, sa liberté, son statut professionnel, le droit de débiter librement autant d’âneries, mais passons. Elle a pensé à aller promouvoir le transgenrisme auprès des minorités non occidentales, au fait ? Quel fâcheux oubli !

« Elles sont par ailleurs singulièrement ignorantes de l’expérience vécue des personnes trans. »

C’est ici le seul argument des transactivistes : « Oui mais mon ressenti, han, mon ressenti prime sur toute logique, toute raison, tout discours. Parce que c’est mon ressenti et qu’il est sacré, il est au-dessus de tout, vous comprenez ? ». OK, d’accord, je veux bien, mais alors, pourquoi des ressentis différents ou opposés n’auraient-ils pas aussi droit de cité ? Moi aussi, j’aime bien qu’on tienne compte de mes ressentis (par exemple quand on me saoule avec la « culture du viol »). Pourquoi sacraliser un ressenti et pas tous les autres, alors, mmh ?

« Il ne s’agit pas de se maquiller ni de s’habiller « comme une femme » ou « comme un homme », mais de le faire en tant que femme ou en tant qu’homme. »

Alors, non. Non et non. Biologiquement, les trans n’ont pas changé de sexe et tout le monde le sait parfaitement, à commencer par eux-mêmes, que chaque instant de leur nouvelle vie ramène immanquablement à leur sexe de naissance. C’est même tellement obsessionnel et douloureux qu’ils peuvent en perdre la raison et finir par se suicider. Vous aurez beau vous (et les) auto-intoxiquer avec tous vos discours, croyances et auto-enfumages, le réel finit toujours par rappeler ses droits. Les malheureuses jeunes femmes qui transitionnent suite à vos discours manipulateurs et qui, mutilées à vie, le regrettent amèrement (et dont le nombre grandit chaque jour dans tous les pays féministés), le savent très bien, qu’elles n’ont jamais cessé d’appartenir à leur sexe biologique de naissance. Vous gagneriez donc à cesser de mentir et de tromper ces jeunes influençables qui le paieront très cher, trop souvent au prix de leur vie, quand vous, vous resterez confortablement installée à tirer des traites sur vos salades idéologiques du genre.

Sur ce thème, voir notamment cette interview de Pauline Quillon, qui fait le tour de la question :

« Ce que certaines féministes considèrent comme de l’outrance stéréotypée renvoie en réalité à une démarche de coïncidence à soi par laquelle les femmes trans deviennent ce qu’elles sont, des femmes ».

On en arrive ensuite à la bouillie intellectuelle qui tout à la fois lui obscurcit le cerveau et lui offre une rente à vie (sur nos deniers) : la question du corps des femmes, du féminin et de la féminité.

Sur ces sujets, voir notamment :

« Le mot important ici, c’est « féminin », qu’il faut absolument distinguer de « féminité » (c’est-à-dire un ensemble de représentations formatées sur ce que doivent être et demeurer les femmes dans un système patriarcal). »

Voilà. Donc, femme, féminin et féminité n’auraient rien, mais rien à voir. La biologie, la langue, l’anthropologie, l’histoire, la pensée et la culture sont nuls et non avenus et de toutes façons, les femmes (biologiques) n’existent pas, puisque ce mot, tel que nous l’avons toujours compris, n’a plus aucun sens. D’ailleurs, même l’étymologie latine du mot « femme », attestée pourtant depuis 1080, doit elle aussi être rangée dans la poubelle :

« Du latin fēmĭna (« femelle », « femme »). L’étymologie de fēmĭna est obscure :

  1. « celle qui enfante, qui donne la vie », participe moyen substantivé de feo (« produire, enfanter ») qui a donné fetus, fetura, fecundus, fenum, fenus (voir ces mots).
  2. « celle qui allaite », apparenté à filius, fellare (« téter, sucer ») ».

Comme on le voit, le mot « femme » désigne en français un être qui a la particularité d’accoucher (du latin paro, parare, qui donne la « parturiente ») et d’allaiter, spécificité liée à son sexe et consécutive à sa parturition (ce sont les hormones de l’accouchement, les ocytocines, suivies de la prolactine, qui vont déclencher la montée de lait : accoucher et allaiter constituent donc bien un tout anthropologique).  Mais qu’à cela ne tienne ! Les gender feminists, tout à leurs névroses et frustrations, ont tout compris mieux que tout le monde : les femmes biologiques n’existant pas, elles n’ont en aucun cas comme fonction, dans la grande marche de l’humanité, d’accoucher d’enfants ou de les allaiter. D’ailleurs, les enfants sont eux aussi à supprimer (les féministes du genre, ne jouissant que de leurs avortements, sont généralement puérophobes au dernier degré : un amour de la mort et de la disparition qui en dit long sur leur véritable équilibre psychique et philosophique, mais c’est une autre histoire. Je tiens ce féminisme pour une pathologie sociale et mentale, l’autre nom de la dépression féminine, élargie à toute la société, tout simplement).

On l’a bien compris : le néoféminisme est au sens philosophique un nihilisme et au sens individuel un état anxieux, dépressif, voire suicidaire. Ces féministes ne défendent que la solitude, le célibat, l’aigreur, la paranoïa, l’esprit revanchard et l’envie d’en découdre avec l’humanité toute entière (celle qui vit très bien son sexe de naissance et à envie de fonder des familles et de se reproduire). Leur leit-motiv est toujours le même : pourquoi finir seule et aigrie dans son coin quand on pourrait entraîner dans son marasme l’humanité toute entière ? Pourquoi se priver de rendre le monde entier encore plus malheureux et déboussolé que soi-même ?

« Je définis le féminin comme un rapport à soi, aux autres et au monde qui passe nécessairement par le corps, et qui est de ce fait déterminé par lui ».

En contradiction avec ce qui précède, puisqu’elle vient de nous faire comprendre que ce qui définissait depuis toujours la biologie des corps sexués était nul et non avenu. D’aucuns parlent d’ailleurs ici « d’avocat intérieur », lorsque quelqu’un « suit rationnellement des idées jusqu’à leur fin sans prendre le temps de réfléchir si le début était bon. (…) Dans la littérature du management, on appelle ça « l’avocat intérieur », la petit voix qui nous dit de défendre un sujet jusqu’au bout même si on n’a aucune idée de sa véracité ou, pire, si on sait que le sujet est complètement faux (mauvaise foi) » (Christophe P-P).

« Pour être féminin, un corps n’a besoin ni de seins ni de règles, il n’a qu’à éprouver ce rapport si singulier au réel et à l’imaginaire qui passe nécessairement par le corps, c’est-à-dire un rapport placé sous le double signe de l’objectivation et de l’aliénation. »

Charabia qui en affirmant tout et son contraire ne veut plus rien dire du tout (le propre de la « pensée » féministe). Une femme biologique peut se passer de seins développés, certes (ce n’est pas Jane Birkin qui dira le contraire), mais de toutes façons, la taille des seins n’a rien à voir avec leur capacité à allaiter; les petits seins produisant tout autant de lait que les autres, contrairement à une idée reçue (puisque c’est la succion de l’enfant qui déclenche et entretient la lactation quasiment en temps réel). Une femme biologique à la poitrine quasi absente peut donc très bien accoucher et allaiter, ce que Jane Birkin a fait plusieurs fois, il me semble. Par contre une femme (biologique, puisqu’il faut désormais le préciser) qui n’aurait jamais eu de règles tout au long de sa vie serait en grande souffrance, ce que toute personne sensée comprend aisément. Il suffit d’ailleurs de voir les souffrances que provoquent actuellement les dysménorrhées (ou le vaccin Covid, qui perturbe grandement la fertilité de millions de femmes) pour comprendre à quel point celles-ci sont attachées à leurs règles (voir aussi le hashtag #OuSontMesRègles). Toutes les femmes qui prennent quotidiennement des traitements substitutifs de la ménopause à base d’hormones sexuelles – avec les risques de cancers que cela induit – sont elles aussi la démonstration vivante que les femmes de tous âges tiennent à leurs règles. Mme Froidevaux, qui ignore confortablement toutes ces réalités, raconte donc à peu près n’importe quoi.

« Il y a des femmes cisgenres qui n’ont pas de règles, qui n’ont pas d’utérus, qui n’ont pas d’enfants. »

Je viens de le dire, quand elles n’ont pas de règles alors qu’elles sont en âge d’enfanter, les femmes tout court en souffrent terriblement. Quand elles ont subi une hystérectomie aussi. Quant à celles qui n’ont pas d’enfants, malgré l’insupportable propagande féministe puérophobe, la plupart en souffrent intérieurement bien plus qu’elles ne peuvent l’afficher. Et de toutes façons, tout ceci ne fera jamais d’un homme une femme. Ces arguments, qui ne réduisent obsessionnellement la femme qu’à des souffrances, ne valent pas grand chose.

« Exclure les femmes trans au motif qu’elles ne connaissent pas les douleurs des règles ou de l’enfantement, c’est tout simplement stupide. »

Comme si les règles et l’enfantement ne provoquaient que des douleurs… (yeux au ciel). C’est vous qui êtes profondément stupide, réductrice et doloriste, au nom de votre amour de la solitude, de la dépression et de l’autodestruction pour toutes.

« Outre qu’elles subissent les mêmes discriminations et violences que toutes les femmes du fait qu’elles sont considérées comme des corps disponibles », bla bla bla...

Comme si être une femme revenait simplement à « être considérée comme un corps disponible »… (yeux au ciel). Mais quelle misère intellectuelle et philosophique, quelle vision piteuse, dépréciative et réductrice de la vie et de la féminité ; qué pena d’en être toujours à ressasser ces vieilles lunes moisies, après des décennies de féminisme… quelle honte, en fait. Mais qu’espérer d’autre de femmes coupées du monde, de la réalité, de la vie de couple, de la vie amoureuse, de la vie de mère, de la vie tout court ? De femmes qui n’assumeront jamais la responsabilité de leurs choix, tout simplement ? (il s’agit de « l’anomie » dont parle Emmanuel Todd).

[à suivre…]

  • Voir aussi :

[Idéologie] – L’écoféminisme : une imposture intellectuelle sans aucun fondement scientifique

A l’heure du débat de la primaire écologiste, Sandrine Rousseau se revendique de « l’écoféminisme ». Comment cette idée, qui est souvent cantonnée au monde universitaire, est-elle arrivée dans la classe politique ?   

Ci-dessous, mon interview croisée avec Bertrand Vergely sur l’écoféminisme et Sandrine Rousseau, parue dans Atlantico, le 23/09/2021

Atlantico : Sandrine Rousseau se revendique de “l’écoféminisme”. Qu’est-ce qui se cache concrètement derrière ce terme ? Quelle est son histoire ? Dans quel courant intellectuel s’inscrit ce mouvement ?   

Ero Makia : L’« écoféminisme », contraction des mots « écologie » et « féminisme », est avant tout un avatar du féminisme radical (ou « anti-patriarcal », ces deux notions étant synonymes), construit sur le postulat que la « domination masculine » est une donnée anthropologique et historique indiscutable et que « la » femme comme « la » nature sont par essence des victimes des mâles. De fait, il met en œuvre la vision victimaire néo-féministe, inscrivant les actuelles crises environnementales et climatiques, de même que toute l’écologie politique, dans le champ extensible à l’infini de la guerre de sexes et de la lutte contre un « patriarcat » fantasmé.

En considérant que « l’exploitation de la nature » et la « domination masculine » sont une seule et même chose, cette construction de l’esprit offre aux féministes l’occasion rêvée d’étendre leur complainte victimaire à l’histoire et la géographie toutes entières : quels que soient les espaces et les temps considérés, la possibilité d’accuser les mâles de tous les maux est démultipliée, garantissant dès lors une guerre des sexes sans fin et autant d’occasions de réclamer des dommages et intérêts (financiers de préférence) pour tout et son contraire.

Mais ça, c’est seulement la partie visible du programme. Car derrière, ce sont bien le suprémacisme féministe (ou la gynocratie autoritaire) qui sont en embuscade.

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L’écoféminisme reprend à son compte l’approche féministe dite « intersectionnelle », celle qui permet de se poser en victime de toutes les oppressions, réelles ou imaginaires – oppressions de « genre », de classe, de « race », du Nord sur le Sud, de l’homme sur la nature, etc. – afin de leur imputer, de manière tout aussi simpliste que binaire, une origine commune et un coupable universel : le mâle, si possible blanc et occidental. « Je crois en les femmes par leur indignation de genre dans la société, tout comme les personnes noires musulmanes », déclare ainsi Sandrine Rousseau dans une interview pour Backseat (juillet 2021), amalgamant comme il se doit femmes, noirs et musulmans derrière une même bannière victimaire : ce sont également les seuls qu’elle « croit » quasi religieusement.

Si l’histoire du courant écoféministe voit celui-ci naître en France dans les années 1970, il va d’abord se développer dans le monde anglo-saxon, en tant qu’outil politique de revendication sociale, anti-nucléaire, anti-militariste, etc., avant de revenir tout récemment chez nous. Il se développe partout parallèlement à la spiritualité New Age, les deux courants ayant des origines communes et beaucoup de points d’accroche.

Le terme « écoféminisme » se rencontrerait pour la première fois en 1974 dans l’ouvrage de la française Françoise d’Eaubonne, Le féminisme ou la mort, même si celle-ci n’est qu’une des théoriciennes du mouvement et qu’il n’est pas certain qu’elle soit la seule inventrice du concept. D’Eaubonne y développe cette idée simpliste et abusive que « les femmes », comme « la nature », prises comme des entités essentielles, seraient pareillement « victimes de la domination masculine » et que cette exploitation commune proviendrait du « système Mâle », comme elle l’appelle. Le mal par essence est donc bien le « Mâle » avec une majuscule ; histoire de ne pas nommer directement le « Malin ». Car derrière la terminologie d’Eaubonne, parlant de la « possibilité [qu’ont les hommes] d’ensemencer la terre comme les femmes » – une référence implicite au sperme –, on perçoit comme toujours l’éternelle fixation néo-féministe sur le phallus masculin, objet de fascination autant que d’effroi.

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Cette vision simplificatrice, sexiste et misandre de la domination masculine universelle est toujours acceptée sans discussion et sur cette base, l’écoféminisme appelle à une « révolution » écologique et féministe, seule manière possible selon lui de remédier à l’emprise systémique du masculin. La contestation portait initialement sur la surproduction agricole (l’agriculture intensive) et la « sur-reproduction de l’espèce humaine » (la surpopulation), ce qui n’est pas aujourd’hui sans soulever quelques contradictions. Tout à leur positionnement intersectionnel et leur défense aveugle de l’opprimé non-blanc contre la civilisation occidentale, la chute de la fécondité en Occident et son explosion parallèle dans les Suds, menant à un déséquilibre démographique prévisible, ne semblent guère les émouvoir.

Une autre théoricienne de l’écoféminisme est Carolyn Merchant, dont le livre paru en 1980, La Mort de la nature, récemment traduit en français, a eu une grande influence dans la deuxième moitié du XXe siècle aux États-Unis. Merchant y « analyse d’un point vue féministe les liens entre nature, rationalité et progrès », expliquant que « l’asservissement de la nature à des fins productivistes a accompagné celui des femmes, et vice versa », le tout en revisitant l’histoire de l’époque moderne à l’aune du féminisme victimaire et en critiquant les « pères » de la science moderne tels Descartes, Bacon ou Newton – car promouvant la rationalité et la technologie, matières par trop masculines et qui agressent les femmes, assimilées à la « Terre-Mère » – leur corps pénétré par le mâle étant tout un (toujours la même fixation phallique quasi névrotique). Dans la foulée, Merchant explique de manière fantaisiste le phénomène des « bûchers de sorcières », selon une mythologie féministe très éloignée de la réalité historique, mais qui constitue le mythe fondateur des écoféministes. À côté des femmes, ce sont aussi « les noirs et les ouvriers » qui sont considérés comme des « moyens de production ». Les logiques sont toujours les mêmes et le positionnement victimaire anti-rationnel et anti-scientifique récurrent.

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C’est ce que l’on retrouve également sous la plume de Anne-Line Gandon qui rappelle que pour les écoféministes, « la science ayant toujours été exercée par les hommes, elle est essentiellement sexiste ; de plus, n’étant reconnu comme scientifique que ce qui répond aux canons de la vérité occidentale, elle peut se faire l’ambassadrice d’une forme contemporaine de colonialisme ». La science est donc sexiste et colonialiste, on est heureux de l’apprendre. « La science et la technique sont des outils de domination en soi, elles sont les héritières de la philosophie mécaniste des Lumières, qui fait des hommes les « maîtres et possesseurs de la nature » (Descartes, 1637) », continue-t-elle dans la même veine paranoïaque anti-masculine.

C’est surtout grâce à la conjonction du mouvement #Metoo, des marches pour le climat de 2019 (voir « Réchauffement climatique : la faute des mâles ? »,) et de la propagande écoféministe de Greta Thunberg que le mouvement s’implante véritablement en France – et que Sandrine Rousseau s’y convertit opportunément, essayant au passage d’en faire le cœur de la matrice idéologique de l’extrême gauche écologiste. Le 29 novembre 2019, Greta Thunberg annonçait en personne le futur programme de Sandrine Rousseau : « Le système d’oppression patriarcal, colonialiste et raciste a créé et alimenté la crise climatique. Nous devons le démanteler ». Tout y figurait, du gauchisme au racialisme, en passant par le victimisme et la lutte contre l’Occident.

Pour ce qui est du courant intellectuel auquel il se rattache, l’écoféminisme s’inscrit, comme tous les développements du féminisme radical et anti-patriarcal, dans les suites du marxisme révolutionnaire et anti-capitaliste ; un positionnement naturellement très à gauche, renforcé ici par l’habituelle réécriture de l’histoire et de l’anthropologie propre au féminisme victimaire, lequel s’attache autant que possible à faire remonter son oppression universelle au Paléolithique (il lui est difficile de remonter plus haut). Selon d’Eaubonne (1974), l’écoféminisme ne vise pas moins que « la disparition du salariat, des hiérarchies compétitives et de la famille. Il faut donc refonder la société sur des bases neuves, et cela commence par le renversement des systèmes productifs et reproductifs gérés par les « Mâles » (Anne-Line Gandon). Tout un programme, on vous dit.

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Sandrine Rousseau s’inscrit pleinement dans cette idéologie quand, le 2 février dernier, dans les colonnes du Figaro, elle déroule son crédo : « L’écologie et le féminisme ont le même ADN. Il faut déconstruire le rapport de domination de l’humain sur la nature, comme celui de l’homme sur la femme, incarné par le patriarcat ». On lève d’autant les yeux au ciel qu’elle est l’incarnation même de la bourgeoise blanche citadine favorisée et carriériste (certains disent même arriviste), cumulant les prébendes et les postes honorifiques. La complainte des maîtres de conférences vice-présidentes d’université « opprimées par le blantriarcat » me font toujours beaucoup sourire. Quant à ses mantras sur la « déconstruction » du mâle (« Je vis avec un homme déconstruit et j’en suis hyper heureuse », LCI, 22/09/21), ils ne sont que l’expression à peine dissimulée de son autoritarisme et de sa tentation suprématiste.

« Remplie de colère », « pétrie de radicalité » et d’émotions impérieuses, Sandrine Rousseau incarne la posture écoféministe par excellence : « Tout notre système économique, social et sociétal est fondé sur le triptyque : nous prenons, nous utilisons et nous jetons. Le corps des femmes, le corps des racisés. Nous ne voulons plus ça et c’est ça la révolution que je vous propose ! Pour cela il faudra du courage politique. Et du courage, j’en ai. De la colère, j’en suis remplie. De la radicalité, j’en suis pétrie ! » (Poitiers, le 20/08/2021).

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On ne peut pas ne pas rappeler à la suite de cela son fameux manifeste misandre anti-rationnel – elle qui « préfère des femmes qui jettent des sorts plutôt que des hommes qui construisent des EPR (des réacteurs nucléaires » –, tant il illustre à la perfection son courant idéologique. L’écoféminisme a été à juste titre dénoncé comme une idéologie binaire et réductrice, essentialisant les femmes à grands coups de « féminin sacré », de Terre-Mère, d’« énergies », de pensée magique, de mantras, visions, sensations et autres règnes de l’émotion et de l’intuition – sans oublier l’irrationnalité et le narcissisme exacerbé qui les accompagnent ordinairement ; toutes choses qui s’opposent frontalement aux revendications du féminisme universaliste dont les luttes portaient – jusqu’à l’excès, avec l’idéologie du genre – sur le rejet de toute différence des sexes.

Bertrand Vergely : Comme son nom l’indique l’écoféminisme est le résultat de la rencontre entre l’écologie et le féminisme. Afin de comprendre ce phénomène idéologique qui est en train de prendre de l’ampleur il importe de distinguer trois écoféminismes.

Le premier écoféminisme renvoie à la plus haute spiritualité qui soit. L’écologie est, comme son nom l’indique, la science de la maison, oïkos voulant dire en grec la maison. La maison est ce qui se passe quand l’existence est habitée par l’être, l’être étant la réalité fondamentale qui a été, qui est et qui sera. La femme incarne à travers le féminin la réceptivité fondamentale. Être dans un écoféminisme veut donc dire être dans la réceptivité fondamentale de l’être.

Philosophiquement, c’est le taoïsme qui incarne l’écoféminisme créateur. Toute chose procédant de l’être, toute chose est habitée par un principe harmonieux. Ce principe harmonieux se retrouve dans la relation harmonieuse qu’il peut y avoir entre ces polarités dynamiquement opposées que sont le masculin et le féminin. Être ainsi écoféministe consiste à être habité par l’harmonie en désirant que tout puisse connaître cette harmonie.

L’éco-féminisme procède par ailleurs d’un certain nombre de combats politiques menés pour protéger l’environnement face aux ravages provoqués par la violence économique et pour protéger les femmes qui subissent toutes sortes de violences. On n’a pas toujours parlé de la violence que subit la nature ou que subissent les femmes. L’écoféminisme est né de la libération de la parole à propos de ces violences. Le féminisme et l’écologie existant depuis quelques décennies, il était inévitable qu’à un moment ou un autre ceux-ci se rassemblent  au sein de ce qu’il est convenu d’appeler une convergence des luttes.

Enfin, il y a dans l’écoféminisme un certain désarroi idéologique. Suite à l’effondrement du communisme, la gauche qui était marxiste ne l’a plus été. Alors qu’auparavant, elle croyait au rôle moteur de la classe ouvrière afin de changer l’histoire, elle n’y croit plus. Comme elle n’y croit plus et qu’il faut bien remplacer la classe ouvrière, elle s’appuie sur les forces sociales et politiques du moment représentées par les Verts et le féminisme. Il s’agit là d’une transformation idéologique majeure. Lorsque la classe ouvrière incarnait l’avenir de l’humanité, il y avait une force sociale organisée en l’occurrence la classe ouvrière organisée en classe. Avec l’écoféminisme, ce n’est plus une classe qui organise l’avenir mais un mouvement aux contours mal définis, l’écologie comprenant plusieurs écologies et le féminisme plusieurs féminismes. Cette confusion liée au passage de la classe au mouvement se retrouve dans la contradiction de fond qui traverse ce mouvement. D’un côté l’écoféminisme entend défendre la nature ainsi que les femmes, d’un autre il y a en lui tout un courant dénonçant le mythe de la nature et de la femme. Résultat : ce mouvement ne sait pas très bien où il en est, la défense de la nature et de la femme ayant du mal à s’accorder avec ce qui entend dénoncer les illusions idéologiques charriées par ces notions.

Selon l’écrivaine française Françoise d’Eaubonne porteuse de la thèse, l’écoféminisme repose sur l’idée que l’exploitation de la nature et des femmes participent d’une même logique. Lier ces deux notions a-t-il un réel sens historique ?   

Ero Makia : En tant que postulat féministe radical et anti-patriarcal, l’écoféminisme repose davantage sur l’habituelle idéologie victimaire militante que sur des bases étayées scientifiquement. Françoise d’Eaubonne confondait ainsi allègrement la femme avec la nature, comme si les deux notions se superposaient en tous points – ouvrant en cela la voie aux critiques sur « l’essentialisation » des femmes : « Le rapport de l’homme à la nature est plus que jamais, celui de l’homme à la femme » écrivait-elle en 1978. Comme le glose Anne-Line Gandon (article cité), « La destruction de la nature n’est donc pas imputable à l’ensemble de l’humanité, mais aux hommes, qui ont construit une civilisation sexiste et scientiste et, plus largement, une société de domination » – autant d’affirmations gratuites et misandres. Comme elle l’écrit de manière tout aussi manichéenne, d’Eaubonne opposait arbitrairement « des valeurs de destruction masculines et des valeurs de vie féminines » : « Oui l’addition va être lourde, dans un monde sexiste où l’homme s’était réduit et identifié au Masculin destructeur pour laisser à la femme le Féminin conservateur, il avait cru investir dans la création des techniques ses forces d’agressivité et de destruction […] » (D’Eaubonne, 1972 : 353-354). Le monde est si simple à comprendre quand on est féministe : « la femme » conserve et « l’homme » détruit…

Françoise d’Eaubonne reprend également à son compte l’autre mythologie féministe sur les sociétés primitives « matriarcales » et les « sociétés d’amazones » gynocratiques prétendument égalitaires et exemptes de tout « patriarcat » ; un âge d’or fantasmé au cours duquel les femmes auraient eu, « aux premiers temps de la sédentarisation », la maîtrise de leur corps et de leur fertilité ; élucubrations jamais étayées et même balayées depuis longtemps. Tout comme lorsqu’elle dénonce, en 1999 dans un ouvrage éponyme, « le sexocide des sorcières perpétré par l’Inquisition » – une affabulation qui remonte à Jules Michelet (La Sorcière, 1862) et que Mona Chollet nous ressert toujours en 2018 (Sorcières, La puissance invaincue des femmes). Elle parle également, entre hommes et femmes, d’une « guerre de civilisation », encore un fantasme qui n’est que le ferment de haine et de division que l’écoféminisme s’emploie à installer entre les sexes.

Bertrand Vergely : Au 19ème siècle Engels a écrit un ouvrage intitulé L’origine de la famille, de la propriété et de l’État afin de montrer que le capitalisme qui opprime les peuples par la propriété et l’État l’opprime par la famille. Il a ainsi rêvé d’un monde où il n’y aurait plus rien qu’une grande fraternité délivrée de l’État, de la propriété et de la famille.

L’écoféminisme est idéologiquement une émanation du marxisme et de Engels. Concrètement, il se heurte à des difficultés majeures. Historiquement d’abord, en supprimant la famille le communisme n’a pas libéré les hommes et les femmes. Il a fait de ceux-ci les choses de l’État en les exploitant de façon éhontée.  

Par ailleurs, une chose est de penser que l’exploitation vient du capitalisme et une autre du sexe masculin.  Lorsque l’on fait du capitalisme la source de l’exploitation, on se situe dans l’histoire pas dans la nature. Quand on fait du masculin la source de l’exploitation, on se situe dans la nature et non dans l’histoire. On peut penser libérer l’humanité de l’exploitation en en finissant avec le capitalisme. En rêvant, la chose est possible. C’est ce qu’a fait le communisme. C’est ce que continue de faire le rêve communiste. Avec le masculin comme source de l’exploitation, il en va autrement.

Si l’écoféminisme entend abolir l’exploitation, il va devoir en finir avec le masculin. Pour en finir avec lui, seule une dictature féroce y parviendra. On ne sera plus alors dans le rêve mais dans le cauchemar. Avec la théorie du genre, un pas a été effectué dans cette direction. Pas pour le moins problématique. Lorsque la théorie du genre supprime la notion de masculin, elle est obligée de supprimer celle du féminin. Alors que l’on entend défendre la femme et les femmes, c’est quelque peu gênant.

Cette relation entre écologie et féminisme s’appuie-t-elle sur des fondements scientifiques et des données universitaires ?    

Ero Makia : Si l’écoféminisme est un phénomène typiquement intellectuel et universitaire dans ses origines, cela ne veut pas dire pour autant qu’il soit scientifique ou étayé par les faits. Comme toute forme de féminisme radical et anti-patriarcal – les fameuses « gender studies », « queer studies », « postcolonial studies » et autres « grievance studies » (« études geignardes ») dont les universités regorgent –, il ne repose en général que sur du discours, des raisonnements circulaires et une réécriture militante d’un passé fantasmé.

L’écoféminisme opère actuellement une entrée en force dans tous les secteurs de l’université française, des sciences humaines jusqu’à la biologie, sans que personne ne questionne jamais ses fondements épistémologiques – alors même que son positionnement idéologique et militant saute aux yeux. Ce sont essentiellement des femmes universitaires qui s’en font les hérauts, confondant tranquillement recherche et militantisme, comme en témoigne par exemple ce sujet de thèse en préparation, relevé dans le récent rapport de l’Observatoire du décolonialisme: « Un écoféminisme autochtone : représentations, discours et cosmologies animalistes décoloniales » et dont voici le résumé : « Cette thèse aura pour but d’explorer les liens entre deux groupes multiminorisés, les femmes autochtones vivant au Canada et les animaux avec qui elles vivent. (…) Cette thèse se développera dans un cadre de pensée écoféministe, c’est à dire qu’elle mettra en valeur l’assujettissement du vivant en général au nom d’une même domination, celle du patriarcat capitaliste et colonial » Domination, patriarcat, capitalisme, colonialisme, tous les mots-valises à la mode sont enfilés comme des perles…

Bertrand Vergely : En théorie, l’écoféminisme repose sur la sociologie marxiste faisant du capitalisme la cause de l’exploitation économique de l’humanité et de la violence exercée à l’encontre des femmes. Dans la pratique, il s’agit là d’une sociologie impossible.

Si le capitalisme est censé être capitaliste parce qu’il est sexiste, la thèse marxiste de la cause économique de l’exploitation s’écroule. Si le sexisme est sexiste parce qu’il est capitaliste, la thèse féministe du sexisme comme cause de l’exploitation s’écroule également. L’idéal serait qu’une théorie générale de l’exploitation existe en faisant cohabiter la cause économique de l’exploitation avec la cause sexiste. Une telle théorie est impossible. D’où l’absence de reconnaissance scientifique et universitaire de l’écoféminisme, les scientifiques et les universitaires préférant faire de la sociologie économique pour comprendre l’origine de l’exploitation et laisser au féminisme le soin d’être un mouvement protestataire au nom de la défense du droit des femmes.

Comment une telle thèse qui est souvent cantonnée au monde universitaire arrive-t-elle dans la bouche des politiques ?    

Ero Makia : Quand Sandrine Rousseau, reprenant les idées d’Eaubonne déclare que : « On est aujourd’hui dans une forme de prédation : on prend, on utilise, on jette. On prend, on utilise le corps des femmes, quand on les viole et quand on les agresse. On prend, on utilise, on jette la nature, quand on exploite des ressources et quand on salit les océans à coups de plastique », elle déroule une rhétorique féminisme bien rodée, articulée sur la prétendue « culture du viol ».

Car pour la néo-féministe, tout est viol et tout doit être rapporté au viol, toujours, partout, tout le temps. Le mâle étant un violeur par essence, il viole la femme, la nature, le monde, absolument tout ; c’est une loi quasi naturelle. Comme le philosophe Warren Shibles le résumait en 2002 dans son livre Humor Reference Guide: A Comprehensive Classification and Analysis, « tout voir en termes de victimisation, d’esclavage, d’oppression, de harcèlement sexuel et de viol » est ce qui constitue le cœur de la matrice néo-féministe. Et Sandrine Rousseau est de ces féministes qui fondent l’intégralité de leur carrière politique – quand elles ne tirent pas des traites à vie – sur le concept de « viol », réel ou imaginaire, parfois jusqu’au délire pseudo-paranoïaque : « Tout, dans notre système économique, social et environnemental, est fondé sur la prédation », déclare-t-elle sans ambages, comme si c’était aussi simple. La « culture du viol » est une source inépuisable d’éléments de langage politique auquel il suffit ensuite de donner une vague tournure programmatique, et pas seulement chez les écoféministes.

Bertrand Vergely : Le politique qui a besoin de se faire élire est habile. Afin d’être en phase avec la société, il va glaner ici et là des bribes de théories qu’il va replacer dans ses discours en se gardant toutefois d’apparaître comme un idéologue. Être un idéologue inquiétant la société, il va être pratique en laissant aux universitaires le soin de théoriser. Se faisant le défenseur de tous les droits, que ce soit les droits économiques ou bien encore les droits humains, il va ici et là combiner un peu de marxisme avec un peu de féminisme et un peu de féminisme avec un peu de marxisme. Aujourd’hui, on en voit les résultats.

De l’extrême droite à l’extrême gauche en passant par le centre et les partis traditionnels de gauche et de droite, tout le monde est écologiste et tout le monde est féministe. Tout le monde va se servir dans l’écoféminisme afin de faire sa propre cuisine électorale en se gardant bien d’être écoféministe. De sorte que l’écoféminisme se retrouve face au paradoxe consistant à perdre parce qu’il gagne.

Plus ses thèmes se répandent dans la société, plus il gagne. Plus il gagne, plus il perd, personne à part une minorité militante ne désirant que l’écoféminisme triomphe, Tout le monde voulant être à la mode et tout le monde soupçonnant que l’écoféminisme sera une dictature s’il se réalise, tout le monde est écoféministe sans l’être.

Comme toute thèse radicale, l’écoféminisme veut trouver un idéal. Est-il réellement applicable dans le monde tel que l’on connaît ? Voyons-nous par ce biais les limites du discours de Sandrine Rousseau ?  

Ero Makia : L’écoféminisme est en soi une utopie et il s’est longtemps revendiqué et accepté comme tel – même si toutes ses chapelles ne sont pas aussi radicales et agressives que ces récentes manifestations médiatiques. Les observateurs sont cependant nombreux à relever que la radicalité affichée par Sandrine Rousseau peut difficilement s’inscrire dans une logique d’État et que de ce fait, elle se ferme automatiquement des portes.

Et comment, ajouterions-nous, un idéal politique pourrait-il se fonder durablement sur une haine revancharde et suprématiste envers un pan entier de l’humanité ? L’écoféminisme, qui sépare l’humanité entre le groupe des prédateurs (l’homme blanc) et celui de ses victimes (le reste de l’univers) n’a rien de l’idéal émancipateur et égalitaire qu’il revendique. Le bonheur égalitaire des sexes ne peut se bâtir sur une mise en accusation permanente, caricaturale et simpliste du sexe masculin. L’écologie politique elle-même ne peut prétendre prospérer très longtemps sur un féminisme haineux et méprisant envers la civilisation qui l’a vu naître. S’il remporte actuellement quelques batailles ponctuelles ou opportunes, le retour de bâton ne pourra être que cuisant, car au jeu de la mauvaise guerre des sexes, les femmes ne sont pas toujours gagnantes, loin s’en faut.

L’un des principaux reproches faits à l’écoféminisme est d’assimiler les femmes à la nature, un moyen efficace pour lui d’accabler les hommes de manière exponentielle, mais qui prête le flanc à des réductions essentialistes vues comme autant de régressions idéologiques. Cette critique vient des féministes elles-mêmes, qui craignent d’être renvoyées à leur foyer ou à la fonction maternelle lorsqu’elles entendent les écoféministes demander à ce que le travail « invisibilisé » des femmes à la maison soit revalorisé – et l’on touche ici à l’une des contradictions majeures du féminisme en général. Les écoféministes militent pour revaloriser le travail domestique féminin, quand les universalistes, dans la lignée de Simone de Beauvoir, considèrent que tout rôle féminin genré, particulièrement le soin des enfants, est un asservissement et une aliénation incompatibles avec une émancipation qui ne passerait que par l’imitation servile des hommes. Les deux chapelles féministes communient cependant dans la détestation de tout ce qui est imputable au « patriarcat » – au lieu de célébrer les progrès technologiques qu’elles lui doivent, à commencer par les machines à laver le linge ou la vaisselle.

Les contradictions écoféministes sont nombreuses, quand elles exigent d’un côté la contraception tout en la dénonçant de l’autre (à propos des essais cliniques sur les femmes). Elles célèbrent l’avortement d’un côté, mais dénoncent l’élimination des fœtus de sexe féminin de l’autre. Et naturellement, la question de l’infanticide, quand l’auteur est une femme, reste un angle mort (70% des infanticides sont le fait des femmes). Comment la douce Gaïa, si attachée à la « conservation », peut-elle donc aussi naturellement trucider ses enfants ?

Dans les programmes politiques, l’écoféminisme semble pour l’instant se résumer davantage à du bavardage et de la propagande électoraliste qu’à des mesures concrètes – de toutes façons, comment mettre en place des mesures discriminatoires et sexistes à l’encontre des hommes sans susciter une levée justifiée de boucliers ? La tentation misandre est pourtant un leit-motiv chez les écoféministes, illustrée crûment en France par la collaboration de Sandrine Rousseau avec Alice Coffin : « Il ne suffit pas de nous entraider, il faut, à notre tour, les éliminer », écrivait celle-ci à propos des hommes dans Le génie lesbien (2020). Alerte rouge, donc.

Le discours écoféministe de la rue, mêlant la puérilité à la stupidité (« Enculez-moi plutôt que le climat », scandaient en 2019 des post-adolescentes en débine) se voit difficilement mettre en œuvre ; et ce ne sont pas ces slogans idiots qui risquent de changer quoi que ce soit à la marche du monde (cela ferait même plutôt rire grassement le « patriarcat », pour autant que ce dernier existe encore dans nos contrées).

Rappelons également que le changement climatique n’a rien d’un complot des hommes contre les femmes et que chaque sexe souffre à égalité du dérèglement climatique et de l’exploitation des ressources naturelles. Les féministes occidentales, du haut de leurs vociférations, oublient même souvent qu’elles sont les principales bénéficiaires de cette exploitation – par exemple les féministes universitaires qui sautent d’avion en avion, entre leurs colloques et leurs week-ends à l’étranger, et qui de fait ont une empreinte carbone bien supérieure à celle de l’homme blanc déclassé qui lui ne prend jamais l’avion, faute de moyens économiques.

Plus largement, la posture victimaire au carré ou au cube de l’écoféministe intersectionnelle reste délibérément aveugle au partage réel des pouvoirs entre hommes et femmes, partage qui existe depuis toujours : les femmes ont toujours exercé et exerceront toujours un ascendant puissant sur les hommes. Une réalité que seules les féministes continuent – ou feignent – d’ignorer afin de mieux pousser leur agenda.

Bertrand Vergely : Depuis des décennies, la caractéristique de l’extrême gauche consiste à  donner l’impression de vouloir le pouvoir alors qu’en réalité elle veut non pas le pouvoir mais l’opposition. Il en est de même de même avec l’écoféminisme. Celui-ci donne l’impression de vouloir le pouvoir alors qu’en réalité seule l’opposition l’intéresse Il y a une raison à ce paradoxe.

L’extrême gauche comme l’écoféminisme poursuivent le même but. Ils veulent avoir idéologiquement raison. C’est la pensée qui les préoccupe. Quand on est de gauche, on aime avoir raison et on souffre de ne pas être reconnu comme étant celui qui a raison. Tout donne à penser que l’écoféminisme va connaître le même parcours que l’extrême gauche. Souhaitant avoir raison, il va donner l’impression de vouloir le pouvoir, alors qu’en réalité il ne voudra qu’une chose : être dans l’opposition afin d’avoir le monopole de la protestation prophétique.   

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