[Déshumanisation] – Avortement et féminisme anti-maternité

J’avais évité jusque-là de parler d’avortement, puisque c’est un sujet aussi complexe qu’hautement clivant. Mais comme l’actualité vient de faire déferler la question sur toutes le chaines d’info et tous les réseaux sociaux, je n’ai pu y échapper, ni manquer de réagir. C’est la photo ci-dessus, prise tout récemment lors d’une manif pro-IVG, qui a constitué le point de départ de ma réaction. Une photo que j’ai d’abord soupçonnée d’être un montage anti-IVG cherchant à caricaturer salement les féministes, tellement son ignominie m’a interloquée. Mais que nenni, une petite recherche m’a vite démontré qu’elle était bien réelle et qu’elle ne posait même aucun problème (c’est CNN qui la publie dans un article du 26 juin dernier). S’il y en a qui ne comprendraient pas l’anglais, cette mère d’un fœtus à terme, donc viable depuis plus de 4 mois, nous apprend que « ce n’est pas encore un être humain ». Ben voyons !

Féminisme abortif et sortie de l’humanité (26 juin 2022)

Je ne sais pas s’il est possible de tomber plus bas dans le féminisme anti-maternité (et dans l’abjection). Je crains que oui, malheureusement, puisque cette idéologie n’en finit jamais d’entraîner le monde hors de l’humanité, dans les tréfonds d’une bêtise et d’une névrose partout portées en bandoulière. Que le féminisme ne soit plus qu’un trouble du comportement ou une psychopathologie devrait alerter quiconque voit cette photo. Tout ceci m’inspire donc quelques réflexions que je vais essayer de synthétiser.

  • Concernant la dépénalisation de l’avortement, je suis intégralement alignée sur le très beau discours de Simone Veil qui prenait acte du réel (les femmes supprimeront toujours leurs embryons, quitte à y laisser leur vie ou leur santé), mais qui le présentait pour ce qu’il est : un acte pas très reluisant qui ne devrait intervenir qu’en dernière extrémité. J’en rappelle cet extrait :

« Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme — je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. »— Simone Veil, Discours de présentation du projet de loi devant l’Assemblée nationale, le 26 novembre 1974.

  • Comment Simone Veil ne se retournerait-elle pas dans sa tombe en voyant cette photo, elle qui a traversé les camps de la mort et vécu en personne la barbarie de la déshumanisation ? En réalisant à quel point l’esprit de sa loi a été subverti, piétiné, dévoyé par ces féministes perverses qui ne l’utilisent que pour afficher leur haine de la maternité, leur rage assassine et leur jouissance à dénier toute humanité à leurs futurs enfants ?
  • Il me semble que toute personne un peu évoluée devrait être en mesure de comprendre qu’un enfant en formation ou en devenir est déjà un enfant et que le traiter de « tas de cellules » révèle surtout que l’on n’est soi-même qu’un tas de merde (ou pas grand chose de plus). Tout le monde peut comprendre qu’il s’agit de supprimer ou de tuer un être vivant – mais il faut bien protéger les fragiles femmes qui n’assumeraient pas de se voir coller l’étiquette de meurtrières. Il faut savoir que le nombre des avortements est toujours exactement le même que celui des infanticides sous l’ancien régimecar les femmes ont toujours, TOUJOURS, supprimé une partie de leur progéniture. Grâce aux progrès de la médecine, elles interviennent simplement aujourd’hui quelques mois en amont de ce qu’elles auraient fait par le passé.
  • La violence féminine et maternelle est une réalité anthropologique majeure – mais toujours balayée sous le tapis. Le « syndrome du bébé secoué » est encore aujourd’hui un euphémisme pour parler d’un infanticide, paternel aussi bien que maternel, puisque les mères sont aussi maltraitantes envers leurs enfants que les pères (c’est du 50/50 selon les chiffres et elles tuent même davantage leurs bébés). Car l’infanticide est LE crime féminin par excellence depuis l’aube de l’humanité.
  • C’est parce que Simone Veil avait compris tout cela qu’elle a défendu cette loi afin que des femmes puissent se débarrasser de leurs embryons dans des conditions plus safe. Mais jamais elle n’aurait encouragé les femmes à avorter pour un oui ou pour un non.
  • Je ne remets donc pas en question cette loi car je suis aussi réaliste qu’elle : je sais que rien n’empêchera jamais une femme d’avorter, quelles qu’en soient les conditions et les conséquences. Et je ne pars jamais en guerre contre le réel.
  • Mais je suis pour qu’on ne minimise pas et qu’on ne banalise pas cet acte, car sa légalisation ne lui retire rien de son caractère traumatique (pour la mère comme pour l’enfant, contrairement à ce que prétendent les féministes), ou de son caractère choquant quand il est pratiqué, comme aux USA ou au Canada, jusqu’au 9e mois de grossesse – ou même en France, où l’on pratique désormais des IMG à terme pour « détresse psychologique » (un fourre-tout bien pratique dans lequel on peut mettre tout ce qui arrange).

Mon problème se situe, comme toujours, avec le discours féministe qui en a fait un totem et un signe de ralliement et qui déroule inlassablement ses mises en scène sordides et ses postures cruelles et détachées, comme dans l’exemple de cette photo. Et que personne n’ose critiquer – je n’ai vu passer aucun article de presse exprimant la moindre gène vis-à-vis de cette photo qui a pourtant circulé tout le week-end sur les réseaux sociaux. Alors qu’une pauvre petite pancarte anti-IVG parfaitement anodine met en émoi les chiens de garde de la gauche abortive – preuve s’il en était que non seulement, l’idéologie féministe terrorise tout le monde, mais que son fanatisme délirant ne supporte pas le moindre cheveu qui dépasse. Par contre, pour cette immonde photo féminazie, personne ne moufte. D’où cet article.

L’enfant de son père n’est ni « ton corps » ni « ton choix« 

Des polémiques auxquelles j’ai participé ces derniers jours sur Facebook, je retiendrai pour l’instant ces quelques éléments :

  • L’avortement devrait toujours prendre en compte les deux parents, et même les ascendants vivants, car il s’agit de leur descendance directe : certaines familles, dont c’était la seule possibilité d’avoir une descendance peuvent s’en voir définitivement privées de cette manière. Les occidentaux font de moins en moins d’enfants et beaucoup d’enfants uniques ne se reproduisent pas. Je vois autour de moi de plus en plus de maisons vides et abandonnées, ou dont on ne sait que faire, faute d’héritiers. Et partout, des villages et des hameaux qui se désertifient, avec leurs maisons en cours de délabrement et des branches familiales entières qui disparaissent en silence, les unes après les autres. Je ne compte plus mes amis d’enfance qui n’ont pas eu d’enfants, ni leurs frères et sœurs, et dont les parents n’auront donc aucun petit-enfant. Je semble être la seule que cela attriste profondément. Comme la nature a horreur du vide, non seulement des squatteurs, des zadistes, mais d’autres populations investiront tôt au tard ces anciens lieux de vie. Pourquoi pas, après tout… c’est un choix, mais il faut savoir l’assumer et ne pas venir pleurer. Évidemment, l’avortement n’est pas la seule cause à cela. La dénatalité et ses conséquences sont un problème bien plus vaste (mais réel), dont l’avortement n’est qu’un des aspects.
  • L’avortement féministe égocentrique (« Mon corps, mon choix ») est une ineptie. Un enfant n’est pas un organe appartenant à sa mère. Le corps de celle-ci n’est que le véhicule provisoire de cet être indépendant d’elle – puisque la biologie humaine est ainsi faite et qu’il faut bien s’en accommoder. Respecter l’absolue altérité de son enfant me semble être un minimum philosophique et humain (mais je sais que c’est trop demander à des féministes affligées d’incurables troubles narcissiques).
  • De la même manière qu’un homme ne devrait jamais obliger une femme à avorter (curieusement, on n’entend pas tellement les féministes là-dessus, alors que les pressions pour avorter viennent souvent des pères), une femme ne devrait jamais priver arbitrairement un père de sa descendance quand celui-ci y est fermement opposé. Or ces cas existent aussi, si j’en crois mes contacts Facebook. J’invite donc ces pères floués et trahis à se constituer en groupes de défense, à prendre des avocats et faire valoir leurs droits à la paternité – histoire de contrer un peu la toute-puissance féministe (*).

Quand l’enfant – non désiré – paraît

L’argument sans cesse rebattu pour avorter est généralement assez léger – en tout cas très éloigné des « situations sans issue » de la loi Veil : « Ce n’est pas le bon moment », « je ne suis pas prête », « je veux programmer mon projet parental » (han). Je voudrais donc dire un mot sur ces discours récurrents. Comme mon opinion semble toujours aller à contre-courant du discours dominant – ce qui ne laisse jamais de me surprendre, puisque mes idées me semblent toujours frappées au coin du bon sens –, je vais donc les exprimer à nouveau ; pour que ce point de vue circule et qui sait, en inspire d’autres qui le prolongeront et l’enrichiront. Et pour qu’on ne subisse pas que l’insupportable doxa féministe qui nous bassine jour et nuit.

La libération des mœurs, le féminisme tout-puissant et la domination des femmes sur leur procréation (contraception et avortement banalisés) ont modifié en profondeur leur rapport à l’enfant. Les femmes – comme les hommes, d’ailleurs, qui ont tout autant profité de cette situation – peuvent aujourd’hui dire à tout moment : « Je ne veux qu’un enfant désiré et planifié » et partant de là, avorter et attendre une meilleure fenêtre à leurs yeux pour procréer. Sauf que, en contradiction avec ces pieux calculs, le réel leur joue souvent de bien vilains tours (par exemple quand l’endométriose s’invite et que passé la trentaine, la machine se grippe définitivement, laissant la femme stérile avec ses yeux pour pleurer). Pour rester sur un autre plan, je cite ici le commentaire, comme toujours lumineux, d’une de mes amies Facebook :

  • « En réalité c’est la notion même « d’enfant désiré » qui est ridicule, incorrecte et perverse. On ne peut pas aimer celui qu’on ne connaît pas encore, on peut simplement accepter sa présence. Je ne compte plus le nombre de fratries où celui ou celle qui a failli être avorté, ou simplement qui est arrivé par surprise, devient le préféré des parents, parfois au détriment des autres membres de la fratrie qui ont eu le malheur d’être planifiés. C’est absurde d’aimer des enfants avant qu’ils n’existent, car ce « désir » n’est qu’une projection nombriliste qui met une charge inutile et toxique sur le dos de l’enfant, forcé de porter malgré lui les rêves et les déceptions des parents. Pour aimer, pas besoin de cet onanisme intellectuel, qui fait partie des déchets que le féminisme a semé partout : il suffit de se respecter soi-même et d’aimer la vie. Le reste vient tout seul. » (IA)

Comment mieux dire les choses ? J’avais exprimé des idées similaires en repensant à mes grands-parents et aux gens de leur époque qui procréaient sans planifier, comme la totalité de l’humanité depuis toujours, qui accueillait comme elle le pouvait les enfants qui voulaient bien venir quand ça leur chantait. Comme quand ce n’était pas le nombrilisme victimaire des féministes capricieuses – et au final jamais contentes – qui était au pouvoir, les mères APPRENAIENT à aimer leurs enfants quand ils arrivaient par la force des choses ; de même que leur conjoint, d’ailleurs, dont elles apprenaient à faire leur meilleur ami pour élever leurs enfants, au lieu d’attendre passivement le prince charmant idéal, qui finit immanquablement par être leur chat.

Je re-cite enfin cette jolie formule d’Ingrid Riocreux, qui va dans le même sens : « Qu’il est bon, à l’inverse – et quel sentiment de liberté, quelle force vitale on puise en cette contingence – d’avoir surgi dans un monde qui ne vous attendait pas et de ne devoir sa vie à la volonté planificatrice de personne ! » (« Le “désir d’enfant” et ses dérives » (Causeur, 19/04/21).

Ceci pour dire qu’on a pas gagné grand chose avec le narcissisme féministe, sinon des femmes toujours plus capricieuses, rageuses, amères et dépressives.

  • Aux barbares arriérés qui prétendraient, comme la féminazie de la photo, que les fœtus ne sont pas des êtres humains et n’ont donc aucun droit (j’ai hélas croisé de ces spécimens déshumanisés sur Facebook), je rappelle que les bébés nés avant terme lors d’IMG ont droit en France, depuis 2008, à une inscription à l’état civil, à des obsèques et à l’ouverture d’un congé maternité. Il s’agit donc pleinement d’humains et leur décès est toujours une tragédie dont leur mère ne se remet jamais totalement.
  • Je terminerai ce rapide billet, forcément incomplet, par cet étonnement : les mêmes féministes qui hurlent au viol pour un toucher vaginal lors d’un examen gynécologique ou qui nous sortent leurs tirades véganes devant leurs plants de carottes (« Haaan, je ne veux pas d’œufs dans mon alimentation, c’est trop de la souffrance animale, gnéé »), n’ont soudain plus aucun problème pour enchaîner des curetages autrement plus sanguinaires, dès lors qu’il s’agit d’êtres humains. Comme quoi elles sont moins douillettes qu’elles le prétendent et font moins la fine bouche devant les speculums et les scalpels quand ça les arrange…

[à suivre…]

(*) Je reçois ce témoignage, suite à mon encouragement auprès des pères à porter le préjudice subi en justice :

  • « Au sujet de ce passage : L’enfant de son père n’est ni « ton corps » ni « ton choix ». C’est hélas ce qui m’est arrivé l’année dernière. Je vous avais écrit un mail à ce sujet il y a quelques semaines. Mon ex-compagne m’avait demandé un enfant, puis elle l’a laissé grandir en elle pendant 3 mois. Soudainement prise en charge par le corps médical, j’ai été tenu à l’écart, elle s’est finalement fait avorter dans mon dos et ne m’a jamais donné d’explications. Je n’ai même pas été invité à l’échographie. J’ai contacté l’Hôpital qui m’a répondu par des menaces judiciaires. Sous le choc pendant 6 mois, je me démène depuis pour intenter – et autant que faire se peut – une action judiciaire. C’est fait, j’ai mis le temps, mais je viens de faire assigner l’Hôpital et l’État. J’ai fait des recherches avec mon avocat et des précédents existent. Je suis en train de m’adjoindre l’aide de plusieurs associations compétentes. Cela ne donnera rien, mais aura le mérite d’exister. À terme (CA, puis CE, enfin CEDH), je serai condamné pour procédure abusive. Il sera alors temps de faire ce que vous dites ici : « J’invite donc ces pères floués et trahis à se constituer en groupes de défense, à prendre des avocats et faire valoir leurs droits à la paternité. » Le contexte actuel inattendu est extraordinaire et nous y incite encore plus. » (AD)
  • Comme me l’écrit un autre correspondant : « Une autre chose dont on ne parle pas avec les avortements tardifs, c’est : « que fait-on du corps ? » Si on autorise un avortement à 6 mois comme en GB ou encore après, jusqu’à 9 mois, dans le cadre d’une IMG, en France ou pire encore dans le cadre de rien du tout comme au Canada, que fait-on de ce bébé quasi terminé ? Comme ce n’est pas un être humain, on le jette à la poubelle? Je me demande s’il y a tant de différence avec le traitement des juifs par les nazis… Pardon du point Godwin, mais considérer qu’un humain n’est pas un humain, n’est-ce pas l’une des caractéristiques profondes du nazisme ? »
  • Sur l’avortement, voir aussi :