Néo-féminisme et islamisme : les convergences

* La première publication de cet article date de février 2018. A l’époque, commençant à en lister les « signaux faibles », je n’osais croire moi-même à la profondeur et au sérieux des convergences entre néo-féministes et islamistes. Deux ans plus tard (février 2020), « l’affaire Mila » vient de jeter une lumière crue sur la réalité de cette inquiétude. Plus personne désormais ne peut ignorer la lâcheté et la  démission des associations féministes, Osez le féminisme (ou plutôt « Osez l’islamo-féminisme« ) en tête.

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J’entame cette petite réflexion qui pourra s’étoffer au fil du temps. Comme il m’apparaît de plus en plus de convergences entre ces deux idéologies, je vais tenter de les lister pour montrer combien ce qui est présenté comme progressiste (le féminisme) s’apparente involontairement (mais pas toujours) à des choses qui le sont nettement moins.

1. Qu’ils soient politiques, universitaires, associatifs ou médiatiques, tous les islamo-gauchistes communient au néo-féminisme (Mediapart, C. Autain, les partis d’extrême gauche…) ; ce qui peut déjà nous mettre la puce à l’oreille quant à une subliminale plate-forme commune idéologique – la ligne dite de la “convergence des luttes” (R. Diallo/D . Obono/C. de Haas…) en étant la manifestation la plus visible.
[Attention, l’inverse est faux : tous les néo-féministes ne sont pas islamo-gauchistes, loin s’en faut : C. Fourest, Femen, etc.]

2. La morale sexuelle et l’obsession sexuelle sont leurs piliers communs. Leur cerveau est rempli dans les deux cas d’images sexuelles – à base de frustration côté islam (mais aussi côté féministe) et de « culture du viol » , d’attouchements et d’insupportables blagues sexistes, sans parler de l’offensive menée en août 2018 contre les cartes postales – côté nouvelles mères-la-pudeur et néo-bigotes aigries. L’islam ne condamne pas le désir hétérosexuel mais l’encadre autoritairement. Le néo-féminisme rêve secrètement de l’éradiquer (ex : actrices féministes américaines presque nues reprochant ensuite aux hommes de les désirer ; attaques continuelles contre la féminité et le désir masculin) et cherche à instaurer une police des conduites sexuelles.

3. Leur objectif commun est de soumettre le sexe opposé. On connaît le point de vue de l’islam sur la femme. Le néo-féminisme prétend pour sa part défendre l’égalité entre les sexes – mais quand on traîne des hommes dans la boue au mépris du droit (#metoo ; #balancetonporc) ou qu’on disqualifie, voire interdit systématiquement la parole des hommes sur la base de leur sexe, on n’est plus dans l’égalité. La misandrie est désormais libre et décomplexée comme ici et les exemples de ce genre abondent.

4. La répression des conduites sexuelles est un objectif commun. L’islam déroule ses interdits et ses prescriptions ; le néo-féminisme entend criminaliser toute expression du désir masculin et à terme féminin, car son idéal est d’aseptiser puis de judiciariser la rencontre amoureuse, comme avec ces applications mobiles ou ces contrats pour le consentement sexuel. Les deux idéologies entendent bien mettre en coupe réglée la sexualité de tout le monde. Une néo-féministe du genre telle que Joan Scott nous explique d’ailleurs que défendre la galanterie à la française ou la liberté sexuelle est islamophobe.

5. La ségrégation entre les sexes dans l’espace public et dans l’entreprise est une conséquence commune. Les deux idéologies réclament des wagons, des piscines, des espaces réservés aux femmes.

Comme dans les meilleures monarchies pétrolières, les féministes préconisent la non-mixité dans les entreprises. Résultat : de crainte de subir un harcèlement à la #Metoo, les hommes préfèrent désormais travailler entre hommes et fuient les femmes comme la peste ! Les féministes sont en train de saboter les carrières des autres femmes, comme on pouvait s’y attendre.

À Nantes en novembre 2018, Johanna Rolland, maire socialisto-féministe à la cervelle fondue copule avec l’idéologie islamiste sans même s’en rendre compte en prônant la ségrégation sexuelle dans l’espace public. Honte à elle.

Nantes, le 22 novembre 2018

. Décembre 2019 en Saine-Saint-Denis (93) : les féministes, faisant ouvertement le jeu des islamistes, prônent la séparation des sexes dans l’espace public. Nous y sommes.

93: la non-mixité en marche

6. La pudibonderie et les discours anti-art sont communs. Dans le deux cas, on dénonce l’exposition des nus féminins. On détruit le patrimoine (Daesh), brise les statues ou censure les femmes dénudées au Louvre Abu Dhabi (2011), à Rome (2016) ou à Londres (2019) d’un côté, quand de l’autre, au nom d’un anti-sexisme imbécile, on dénonce leur présence dans les musées et les arts en général – parfois pour ne pas offenser les féministes et les musulmans en même temps (2013).  Il est à noter que l’islam s’en prend aussi aux nus masculins. On dénigre dans les deux cas  le patrimoine artistique occidental au motif qu‘il est majoritairement “l’expression de l’homme blanc”.

7. L’apologie du voile et de tout ce qui peut soustraire le corps féminin aux regards du public (affiches, pubs) est commune. Les islamistes, les officines islamo-féministes comme Lallab (pro-voile) et féministo-gauchistes se retrouvent sur ce point : il faut mettre le corps de la femme à l’abri du désir masculin. En France comme en terre d’islam, la lingerie féminine fait désormais sa pub avec des femmes habillées et le shampoing avec des femmes voilées. Bientôt le burkini pour toutes ?

. Juin 2018 : En vue de la prochaine coupe du monde au Qatar, la FIFA demande aux médias de ne plus montrer de jolies filles à l’image – ou quand la prétendue lutte néo-féministe « contre le sexisme » ne sert en réalité que de grossier paravent à l’islamisation culturelle.

. Décembre 2018 : La Mairie de Paris, en la personne d’Hélène Bidard, adjointe PCF d’Anne Hidalgo (elle-même grande suppôte du féminisme idiot de gauche), s’offusque d’une affiche publicitaire de la célèbre marque Aubade. Qu’elle émigre donc en Dar al-Islam, elle n’y sera plus soumise à la beauté des courbes féminines !

Campagne Aubade du 5 au 11 décembre 2018. So shoking pour les bigotes islamo-compatibles !

8. L’islamisme pratique un entrisme dans la société française grâce au faux-nez du féminisme.

Soutien de Marwan Muhammad (chef de file de l’islam politique en France) à Fatima Benomar (islamo-féministe).

9. L’entrisme islamique au moyen du féminisme s’installe progressivement au coeur de l’université française et francophone

  • Exemple à l’université de Louvain-la-Neuve : l’islamo-féminisme tel que présenté ici est accueilli à bras ouverts dans nos écoles doctorales de sociologie. Selon la volonté de Tariq Ramadan, entre autres, qui a bien compris que le mot “féminisme” était un sésame imparable. On notera que dans cet exemple, l’islamo-féminisme ne recule même pas devant les thèses de l’idéologie du genre.
  • Exemple à l’université de Fribourg : Asma Lamrabet, intellectuelle marocaine, explique que l’islam et le féminisme sont compatibles. Et comment, qu’ils le sont ! Le second n’est rien moins que le bras armé du premier pour s’implanter partout en Europe.
  • Exemple à l’université de Lyon 2 :  un TD du cours de « Politique comparée : les États post-coloniaux » (dans le cadre de la L3 Science Politique de l’année 2018-2019) propose aux étudiants de (je cite) : « Défendre des points de vue différents à propos du thème : « Mon voile, mon corps, mon choix. Féministes et musulmanes » (slogans de Lallab) tout en proposant des lectures pro-islamo-féminisme. Lyon 2 s’illustre par ailleurs régulièrement par ses prises de postions idéologiques féministo-gauchistes.
  • Le comité féministe non-mixte de l‘Université populaire de Nantes (un ramassis de féministo-gauchistes) organise en octobre 2018 un mois thématique : « Déconstruire le masculin ». Le mot « université  » se voit donc accolé à des pratiques de madrassa (école coranique) prônant la séparation des sexes. Bienvenue au VIsiècle !
  • L’université française subit de plein fouet l’assaut des thèses racialo-féministo-indigénistes promues par Éric Fassin. Il règne une forme de terreur intellectuelle dans les laboratoires de sciences sociales, obligeant les chercheurs à témoigner sous anonymat. On trouvera un état des lieux brillamment dressé par Mathieu Aron pour le Nouvel Obs (« Les décoloniaux à l’assaut des universités« , 30/11/2018) et proposé en lecture intégrale ici.

10. Le viol des consciences, de l’intime et de la vie privée. Les deux idéologies entendent légiférer l’intime et les ressentis les plus personnels – comme imposer à toute femme une vision du viol ou de l’agression sexuelle qui n’est pas nécessairement la sienne. Les islamistes sous-estiment l’agression et les néo-féministes la surestiment – faisant entrer de force quasiment toute femme dans la catégorie des violées ou des agressées. Dans les deux cas, pas de liberté de conscience ou de parole pour les impétrantes (ex : Catherine Millet qui rappelle pourtant une chose évidente : Oui, on peut se remettre d’un viol. Mais il semble aujourd’hui totalement interdit de le dire).

11. L’assignation des femmes entre elles à deux catégories selon les critères de la morale sexuelle. Les femmes voilées envoient expressément le message aux non-voilées qu’elles sont impudiques. Les néo-féministes envoient le message aux signataires de la “tribune des 100” qu’elles sont des libertines soumises au désir masculin. La femme libre est fustigée dans les deux cas.

12. Islamisme et néo-féminisme entendent prendre leur revanche sur l’homme blanc occidental qui les a “colonisés” par le passé – au sens propre comme au sens figuré. L’homme occidental présenté comme dominateur ou oppresseur est l’ennemi commun. Le vocabulaire de la pensée marxiste est repris par les deux idéologies (les nouveaux “damnés de la terre” sont les populations islamiques selon certains intellectuels ; pendant que chez les féministes, la grille de lecture de la lutte des classes est transférée in extenso à la lutte des sexes (femme opprimée/homme oppresseur).

13. La censure artistique pure et simple s’abat pour cause de pensée dissidente. Le néo-féminisme a rejoint la cour des grandes ou petites dictatures ces derniers temps en censurant le film de Brigitte Sy (Festival de Pantin) pour la seule et unique raison qu’elle avait signé la “tribune des 100”. Hors du victimisme, point de salut !

14. La guerre totale contre l’humour. Charlie Hebdo d’un côté et les idéologues du féminisme de l’autre, tous mènent une guerre sans merci contre l’humour, cette invention patriarcale. Tex, Jean-Marie Bigard et bien d’autres en ont fait les frais récemment.

15. Islamistes et féministes refusent aux femmes le libre choix de leur profession. L’islamiste confine la femme au foyer et lui assigne des métiers pendant que la féministe met au chômage sans états d’âme les “Grid Girls de la Formule 1” et envisage la même chose pour les hôtesses du Tour de France. Il en va de même pour les travailleuses du sexe qui font ce métier de leur plein gré : les féministes oeuvrent sans relâche à leur disparition.

16. Néo-féministes et islamistes utilisent le même vocabulaire de la “sororité” emprunté aux sectes, essentialisant ainsi toute femme, “soeur” de toute autre (enfin… pour autant qu’elle soit voilée ou souscrive à la même vision victimaire, sinon ça se complique un peu, comme on vient de le voir).

17. Les deux foulent aux pieds les acquis de l’universalisme et des droits de l’homme. Ce point arrive en dernier, car il est la conclusion de tout ce qui précède et certainement ce qui me choque le plus. L’islamisme est essentialiste et communautariste (chaque sexe, race ou religion bénéficie d’un traitement inégalitaire). Selon la logique du féminisme anti-patriarcal, le sexe masculin opprimerait le sexe féminin partout, tout le temps, depuis toujours. Tout individu de sexe masculin se voit donc assigné à son identité sexuelle et condamné par avance (sauf s‘il accepte d’entrer dans un parcours de rééducation piloté par les dames patronnesses – sans garantie de succès). Toute femme serait par essence et de naissance en danger et potentiellement victime de la prédation masculine. De plus, les féministes parlent toujours au nom de “toutes les femmes”, nous réduisant à notre identité sexuelle, comme si le fait de posséder des organes sexuels féminins nous obligeait à penser et agir toutes “comme une seule femme”. Personnellement, je ne suis pas solidaire de la “communauté des femmes”, mais de celle des humains dans leur ensemble, indépendamment des critères de sexe, race ou religion. N’étant ni raciste ni sexiste, ma compassion s’applique donc indifféremment aux hommes et aux femmes.

18. Enfin, last but not least, « Haro sur le porc ! » est leur cri de bataille commun. Qu’il soit “haram” ou “à balancer”, le porc est dans tous les cas leur ennemi. Vous me direz qu’un homme n’est pas un cochon, oui, je sais, mais ce vocabulaire commun n’est sans doute pas innocent – la symbolique du cochon ayant toujours à voir avec l’impureté, le tabou et la morale sexuelle.

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Cette liste ne prétend pas démontrer que ces deux idéologies procèdent des mêmes instigateurs.

Les parallélismes, certains volontaires (chez les islamo-féministes), les autres involontaires ou inconscients (chez les néo-féministes), montrent simplement qu’une soi-disant modernité ou révolution, comme se prétend être le néo-féminisme, nous ressert, en attendant le grand soir, la sortie de l’histoire et “l’homme nouveau”, les bonnes vielles recettes du dogmatisme, de la censure, du puritanisme, du sectarisme et de l’obscurantisme les plus crasses 😉 As usual…

N’hésitez pas à corriger, compléter ou contester dans les comms, j’en tiendrai compte pour amender ma petite réflexion.

Pierre-Paul Prud’hon, La Justice et la Vengeance divines poursuivant le Crime, 1808 (Paris, Musée du Louvre) [ou bien : Néo-féministes et islamo-féministes poursuivant l’homme occidental ?]
. Sur le même thème :

L’islam ou les hommes ? Nos féministes ont choisi la soumission

. Voir aussi cette petite vidéo humoristique :

Feminists love islamists

17 réponses sur “Néo-féminisme et islamisme : les convergences”

  1. Bravo Madame, je suis du Québec et je vois que vous n’ignorez pas les mêmes situations que nous vivons ici. Je rencontre des hommes et des femmes ici qui ont votre approche sur le néoféminisme qui sévit de façon plus concentré dans nos milieux universitaires. Pour l’instant je vois ces groupes idéologiques comme le petit groupe qui terrorise le village, bien que tous à l’intérieur de leurs chaumières sont exaspéré. Ces groupes s’en prennent une personne à la fois symbole finalement de leurs faiblesses. Lorsque le village sortira de leurs chaumières tous ensembles lors d’une de leurs exaction contre un des siens vous les verrez s’enfuir comme tous ceux qui brutalisent les plus faibles. Le travail que vous faites en est un de prise de conscience et d’éclairage sur le sujet, tous ne peuvent en faire autant pour mille et un raisons. Merci d’étayer aussi solidement vos recherches cela fait de vous une mine où l’on se sent en sécurité car très solide.

    1. Un grand merci pour votre message de soutien ! Ici aussi en France, la prise de conscience progresse. Le féminisme a muté et il n’a plus rien d’un humanisme ; c’est au contraire une terrible régression vers les instincts primaires, l’arbitraire, la violence psychologique, les appels à la haine et le mépris de l’état de droit. Il nous entraîne tellement bas que nous allons bientôt toucher le fond, avant de commencer à remonter la pente, je l’espère bien ! Bien à vous,

  2. Quelle lumière vous nous apportez là !

    Votre propos est lumineux, clinique aussi. Il devrait être surexposé pour qu’un plus grand nombre ait la chance de lire une analyse aussi intelligente, pleine de bon sens et pourtant dépourvue de vision partisane, gage de sérieux.

    Vous lire est un ravissement !

  3. Je ne comprends pas trop la phrase « Charlie hebdo mène une guerre contre l’humour ». Ils ont peu ou prou la même ligne idéologique que vousconcernant le féminisme actuel, et l’humour est leur marque de fabrique

    1. Bonjour,
      alors oui, en effet, je m’étais un peu énervée contre eux il y a quelques années parce qu’ils étaient sur une ligne bien-pensante néoféministe; ils léchaient continuellement les pieds d’Inna, la chef des Femen. Or les Femen sont pour moi des hystériques misandres qui défendent un féminisme anti-patriarcal, c’est-à-dire radical, avec des relents communistes qui plus est. Mais c’était il y a 6 ou 7 ans. Il me semble depuis qu’ils ont ouvert un peu les yeux sur le féminisme. Je corrigerai prochainement le passage où je parle d’eux, car ce n’est sans doute plus d’actualité.

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