Néo-féminisme et islamisme : les convergences

Pierre-Paul Prud’hon, La Justice et la Vengeance divines poursuivant le Crime, 1808 (Paris, Musée du Louvre) [ou bien : Néo-féministes et islamo-féministes poursuivant l’homme occidental ?]
J’entame cette petite réflexion qui pourra s’étoffer au fil du temps. Comme il m’apparaît de plus en plus de convergences entre ces deux idéologies, je vais tenter de les lister pour montrer combien ce qui est présenté comme progressiste s’apparente involontairement (mais pas toujours) à des choses qui le sont nettement moins…

1. Qu’ils soient politiques, universitaires, associatifs ou médiatiques, tous les islamo-gauchistes communient au néo-féminisme (Mediapart, C. Autain, les partis d’extrême gauche…) ; ce qui peut déjà nous mettre la puce à l’oreille quant à une subliminale plate-forme commune idéologique – la ligne dite de la “convergence des luttes” (R. Diallo/D . Obono/C. de Haas) en étant la manifestation la plus visible.
[Attention, l’inverse est faux : tous les néo-féministes ne sont pas islamo-gauchistes, loin s’en faut : C. Fourest, I. Kersimon, Femen, etc.]

2. La morale sexuelle et l’obsession sexuelle sont leurs piliers communs. Leur cerveau est rempli dans les deux cas d’images sexuelles – à base de frustration d’un coté et de « culture du viol » (une invention) , d’attouchements et d’insupportables blagues sexistes de l’autre – sans parler de l’offensive menée en août 2018 contre les cartes postales par les nouvelles mères-la-pudeur et néo-bigotes aigries. L’islam ne condamne pas le désir hétérosexuel mais l’encadre autoritairement. Le néo-féminisme rêve secrètement de l’éradiquer (ex : actrices féministes américaines presque nues reprochant ensuite aux hommes de les désirer) et cherche à instaurer une police des conduites sexuelles.

3. Leur objectif commun est de soumettre le sexe opposé. On connaît le point de vue de l’islam sur la femme. Le néo-féminisme prétend pour sa part défendre l’égalité entre les sexes, mais quand on traîne des hommes dans la boue au mépris du droit (#metoo ; #balancetonporc) ou qu’on disqualifie, voire interdit systématiquement la parole des hommes sur la base de leur sexe, on n’est plus vraiment dans l’égalité. La misandrie est désormais libre et décomplexée comme ici et les exemples de ce genre abondent.

4. La répression des conduites sexuelles est un objectif commun. L’islam déroule ses interdits et ses prescriptions ; le néo-féminisme entend criminaliser toute expression du désir masculin et à terme féminin, car son idéal est d’aseptiser puis de judiciariser la rencontre amoureuse, comme avec ces applications mobiles ou ces contrats pour le consentement sexuel. Les deux idéologies entendent bien mettre en coupe réglée la sexualité de tout le monde. Une néo-féministe du genre telle que Joan Scott nous explique d’ailleurs que défendre la galanterie française ou la liberté sexuelle est islamophobe.

5. La ségrégation entre les sexes dans l’espace public et dans l’entreprise est une conséquence commune. Les deux idéologies réclament des wagons, des piscines, des espaces réservés aux femmes. Comme dans les meilleures monarchies pétrolières, les féministes installent la non-mixité dans les entreprises : de crainte de subir un harcèlement à la Metoo, les hommes préfèrent désormais recruter d’autres hommes ! Les autres femmes ne leur disent pas merci.

6. La pudibonderie et les discours anti-art sont communs. Dans le deux cas, on dénonce l’exposition des nus féminins. On détruit le patrimoine (Daesh), brise les statues ou censure les femmes dénudées au Louvre Abu Dhabi ou à Rome d’un côté, quand de l’autre, au nom d’un anti-sexisme imbécile, on dénonce leur présence dans les musées et les arts en général – parfois pour ne pas offenser les féministes et les musulmans en même temps.  Il est à noter que l’islam s’en prend aussi aux nus masculins. On dénigre dans les deux cas  le patrimoine artistique occidental au motif qu‘il est majoritairement “l’expression de l’homme blanc”.

7. L’apologie du voile et de tout ce qui peut soustraire le corps féminin aux regards du public (affiches, pubs) est commune. Les islamistes, les officines islamo-féministes comme Lallab (pro-voile) et féministo-gauchistes se retrouvent sur ce point : il faut mettre le corps de la femme à l’abri du désir masculin. En France comme en terre d’islam, la lingerie féminine fait désormais sa pub avec des femmes habillées et le shampoing avec des femmes voilées. Bientôt le burkini pour toutes ?

Juin 2018 : La FIFA (en vue de la prochaine coupe du monde au Qatar) demande aux médias de ne plus montrer de jolies filles à l’image – ou quand la prétendue lutte néo-féministe « contre le sexisme » ne sert en réalité que de grossier paravent à l’islamisation culturelle.

8. L’islamisme pratique un entrisme dans l’université française grâce au faux-nez du féminisme. Exemple : l’islamo-féminisme tel que présenté ici est accueilli à bras ouverts dans nos écoles doctorales de sociologie. Selon la volonté de Tariq Ramadan, entre autres, qui a bien compris que le mot “féminisme” était un sésame imparable. On notera que dans cet exemple, l’islamo-féminisme ne recule même pas devant les thèses de l’idéologie du genre.

8bis. La récupération par l’islam des éléments de langage du néo-féminisme pour avancer masqué fonctionne même si bien que l’on voit aujourd’hui s’ouvrir en France et en Allemagne les premières mosquées inclusives et antipatriarcales ! Vous en aviez cauchemardé ? « Iels » l’ont fait…

9. Le viol des consciences, de l’intime et de la vie privée. Les deux idéologies entendent légiférer l’intime et les ressentis les plus personnels – comme imposer à toute femme une vision du viol ou de l’agression sexuelle qui n’est pas nécessairement la sienne. Les islamistes sous-estiment l’agression et les néo-féministes la surestiment – faisant entrer de force quasiment toute femme dans la catégorie des violées ou des agressées. Dans les deux cas, pas de liberté de conscience ou de parole pour les impétrantes (ex : Catherine Millet qui rappelle pourtant une chose évidente : Oui, on peut se remettre d’un viol. Mais il semble aujourd’hui totalement interdit de le dire).

10. L’assignation des femmes entre elles à deux catégories selon les critères de la morale sexuelle. Les femmes voilées envoient expressément le message aux non-voilées qu’elles sont impudiques. Les néo-féministes envoient le message aux signataires de la “tribune des 100” qu’elles sont des libertines soumises au désir masculin. La femme libre est fustigée dans les deux cas.

11. Islamisme et néo-féminisme entendent prendre leur revanche sur l’homme blanc occidental qui les a “colonisés” par le passé – au sens propre comme au sens figuré. L’homme occidental présenté comme dominateur ou oppresseur est l’ennemi commun. Le vocabulaire de la pensée marxiste est repris par les deux idéologies (les nouveaux “damnés de la terre” sont les populations islamiques selon certains intellectuels ; pendant que chez les féministes, la grille de lecture de la lutte des classes est transférée in extenso à la lutte des sexes (femme opprimée/homme oppresseur).

12. La censure artistique pure et simple s’abat pour cause de pensée dissidente. Le néo-féminisme a rejoint la cour des grandes ou petites dictatures ces derniers temps en censurant le film de Brigitte Sy (Festival de Pantin) pour la seule et unique raison qu’elle avait signé la “tribune des 100”. Hors du victimisme, point de salut !

13. La guerre totale contre l’humour. Charlie Hebdo d’un côté et les idéologues du féminisme de l’autre, tous mènent une guerre sans merci contre l’humour, cette invention patriarcale. Tex et bien d’autres en ont fait les frais récemment.

14. Islamistes et féministes refusent aux femmes le libre choix de leur profession. L’islamiste confine la femme au foyer et lui assigne des métiers pendant que la féministe met au chômage sans états d’âme les “Grid Girls de la Formule 1”. Il en va de même pour les travailleuses du sexe qui font ce métier de leur plein gré : les féministes oeuvrent sans relâche à leur disparition.

15. Néo-féministes et islamistes utilisent le même vocabulaire de la “sororité” emprunté aux sectes, essentialisant ainsi toute femme, “soeur” de toute autre (enfin… pour autant qu’elle soit voilée ou souscrive à la même vision victimaire, sinon ça se complique un peu, comme on vient de le voir).

16. Les deux foulent aux pieds les acquis de l’universalisme et des droits de l’homme. Ce point arrive en dernier, car il est la conclusion de tout ce qui précède et certainement ce qui me choque le plus. L’islamisme est essentialiste et communautariste (chaque sexe, race ou religion bénéficie d’un traitement inégalitaire). Selon la logique du féminisme anti-patriarcal, le sexe masculin opprimerait le sexe féminin partout, tout le temps, depuis toujours. Tout individu de sexe masculin se voit donc assigné à son identité sexuelle et condamné par avance (sauf s‘il accepte d’entrer dans un parcours de rééducation piloté par les dames patronnesses – sans garantie de succès). Toute femme serait par essence et de naissance en danger et potentiellement victime de la prédation masculine. De plus, les féministes parlent toujours au nom de “toutes les femmes”, nous réduisant à notre identité sexuelle, comme si le fait de posséder des organes sexuels féminins nous obligeait à penser et agir toutes “comme une seule femme”. Personnellement, je ne suis pas solidaire de la “communauté des femmes”, mais de celle des humains dans leur ensemble, indépendamment des critères de sexe, race ou religion. Ma compassion s’applique donc indifféremment aux hommes et aux femmes.

17. Enfin, last but not least, « Haro sur le porc ! » est leur cri de bataille commun. Qu’il soit “haram” ou “à balancer”, le porc est dans tous les cas leur ennemi. Vous me direz qu’un homme n’est pas un cochon, oui, je sais, mais ce vocabulaire commun n’est certainement pas innocent – la symbolique du cochon ayant toujours à voir avec l’impureté, le tabou et la morale sexuelle.

***

Cette liste ne prétend pas démontrer que ces deux idéologies procèdent des mêmes instigateurs.

Les parallélismes, certains volontaires (chez les islamo-féministes), les autres involontaires ou inconscients (chez les néo-féministes), montrent simplement qu’une soi-disant modernité ou révolution, comme se prétend être le néo-féminisme, nous ressert, en attendant le grand soir, la sortie de l’histoire et “l’homme nouveau”, les bonnes vielles recettes de la censure, du puritanisme, du sectarisme et de l’obscurantisme les plus crasses 😉 As usual…

N’hésitez pas à corriger, compléter ou contester dans les comms, j’en tiendrai compte pour amender ma petite réflexion.

Félicien Rops, Pornokratès, 1879

Voir aussi cette petite vidéo humoristique :

Feminists love islamists

 

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