Yann Moix-Moi-Moi et le féminisme

M’étant fait traiter de néo-féministe (et ce n’était pas un compliment) parce que je me suis insurgée avec vigueur contre la goujaterie de Yann Moix (sa célèbre sortie sur les femmes de 50 ans), je tenais à faire un petit retour sur les rapports de cette affaire avec le féminisme. Dénoncer Yann Moix ne fait pas de moi une féministe et voici pourquoi.

  • Réfléchir sur le vieillissement des femmes n’a jamais fait  partie des luttes féministes

En effet, la question du vieillissement de la femme n’a jusqu’à présent jamais été une question féministe, ce que confirme la lecture de cet intéressant article de 2010, « L’impensé de la vieillesse : la sexualité« , où l’auteur se demande : « Pourquoi la vieillesse n’est-elle pas devenue un thème de luttes féministes ? ». Afin de répondre à cette question, elle annonce une étude d’envergure qu’elle va conduire auprès des féministes :  « Cette recherche entend combler les silences du féminisme concernant la vieillesse pro-sexe ou sans sexe, en cherchant les raisons d’une omerta collective ou au contraire en mettant au jour des initiatives peu connues et des alternatives aux discriminations sexuelles dues à l’avancée en âge. »

Il sera d’ailleurs très intéressant de voir comment la victimisation va pouvoir être proclamée, sachant que plus on avance en âge, plus les hommes partent les premiers.  Les féministes vont-elles oser se plaindre d’être toujours en vie longtemps après que tous les hommes de leur génération dégustent les pissenlits par la racine ?  Las, on peut leur faire confiance pour trouver de quoi accabler les hommes puisque, dans les études de genre, la règle est invariable : les hommes sont toujours coupables de tout (y compris de mourir trop tôt – j’ai vu passer des tweets en ce sens).

Etudes de genre : « C’est trop bien ! Si tu utilises ton imagination, tu peux accuser les hommes de TOUT ! »

Pour ma part, je n’essentialise pas. Je ne dénonce pas « les » femmes en général, mais certaines d’entre elles, les féministes idéologues et misandres et toutes celles qui apportent leur pierre à la mauvaise guerre des sexes. Je ne critique pas ces femmes pour leur genre, dont elles ne sont pas responsables (et que je partage de toutes façons), mais pour leurs idées, qu’elles ont tout le loisir de reconsidérer si elles le souhaitent. Je ne me sens pas non plus solidaire de la « classe » des femmes (une approche 100% gauchisto-sexiste – le féminisme étant par définition un sexisme), je suis solidaire de tout être souffrant, qu’il soit homme, femme, enfant ou animal.

Toute femme n’ayant pas à être féministe –  l’un n’impliquant pas l’autre, puisque « femme » signifie un genre biologique et social et « féministe » une idéologie généralement très marquée à gauche et de plus en plus inepte sur le plan intellectuel – ; je ne vois donc pas pourquoi réfléchir sur la question du vieillissement d’un sexe biologique ferait automatiquement de vous une idéologue féministe.

De même, je ne défends pas « les » hommes en tant que groupe indistinct, je me contente de pointer à l’occasion, comme les masculinistes modérés (par ex. sur le site neo-masculin.com), les injustices et les mensonges que leur fait subir de plus en plus souvent le féminisme dominant.  Et donc, au sein des hommes, il y en a qui ont des comportements et des prises de position tout aussi critiquables que les pires féministes va-t-en-guerre – et c’est le cas de Yann Moix.

Dénoncer ce dernier n’est pas du féminisme, car  :

Comme j’en avais l’intuition dès le départ, Moix s’affirme lui-même féministe ! En tant que héraut médiatique de la bien-pensance de gauche, il ne pouvait évidemment pas en être autrement… Et il en incarne justement les pires travers – immaturité affective,  complaisance dans sa névrose, narcissisme infantile et  mépris de l’autre sexe porté en étendard.

Extrait vidéo –  Yann Moix justifie sa goujaterie en déclarant : « Je suis quelqu’un d’extrêmement féministe » (ONPC, 12/01/2019) :

Quand il se dit féministe sur le plateau d’ONPC, Moix débite quelques lieux communs sur la libération de la femme des années 70 ; quelques vieilles lunes qui montrent qu’il ne connaît pas grand chose aux dernières évolutions du féminisme mais qui lui sont très utiles pour justifier dans la foulée son ego pathologique : « Moi, moi, moi, moi, moi… ». Si je lui reproche de trop bien l’incarner, je dois lui reconnaître d’avoir plutôt bien résumé le féminisme, justification ultime de toute forme de narcissisme décomplexé. Même Christine Angot n’a pas trouvé quoi lui répondre.

Les féministes feront probablement la fine bouche et objecteront que son féminisme est en carton ; tant il est vrai que Moix peut tenir les discours les plus contradictoires (pour autant que le buzz le serve) –puisqu’il n’a aucune conviction profonde. Excellant surtout à humer l’air du temps, il calcule ensuite savamment sa posture la plus provocatrice et/ou la plus bankable.

Les féministes s’en prennent régulièrement à lui, ce qui d’ordinaire ne manque sans doute pas de le flatter. Elles le font d’ailleurs de manière assez stupide, comme dans cet article où l’une d’elles reproche à Mélanie Thierry de ne pas se revendiquer féministe face aux questions orientées de Moix. Sur ce coup-là, je donne raison sur toute la ligne à Mélanie Thierry qui s’est parfaitement défendue toute seule, et je ne trouve pas non plus que les questions de Moix étaient inintéressantes. Ses interrogations sur le désir amoureux ou sur la tentation de l’infidélité sont des questions légitimes et défendables ; je ne vois pas pourquoi elles seraient taboues ou marquées du sceau de l’infamie sexiste.  Mélanie a eu la liberté de ne pas y répondre, c’est très bien aussi. Rien à redire, donc.

  • Moix est le valet du féminisme, puisqu’il en est le meilleur rabatteur

Féministe ou anti-féministe selon ses postures ou ses besoins, voire les deux en même temps, Moix vient en tout cas de remettre une énorme pièce dans la machine féministe. Il vient même de tirer une grosse cartouche dans le fondement des mascus qui le soutiennent.  Car qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Le féminisme est revigoré au-delà de toute espérance. Quelle femme de plus 40 ans, directement insultée dans sa chair et rappelée au mépris général envers la femme vieillissante – y compris de la part des autres femmes, d’ailleurs, car compétition sexuelle exige, les femmes plus jeunes ou plus sexy frétillent d’avoir le bon âge et de pouvoir renvoyer la concurrence dans les cordes (la « sororité féministe universelle » démontrant une fois de plus qu’elle n’est qu’un concept vide) –, quelle femme de plus de 35 ans, donc, ne va pas se tourner vers les féministes pour y trouver réponses et soutien ?

Moix aurait-il oublié qu’il incarnait l’homme blanc de 50 ans, riche et occidental, c’est-à-dire l’ennemi juré des féministes ? Celles-ci ne manqueront pas de redoubler de coups sur ce profil masculin et comme on peut s’y attendre, cette surenchère haineuse n’aura comme effet que d’alimenter un peu plus la guerre des sexes et la fureur des deux camps l’un envers l’autre.

Pour autant, j’insiste, la question du vieillissement (des hommes comme des femmes) ne doit pas être laissée aux seules féministes. On est ici au croisement de la biologie et de la culture, et pas nécessairement dans l’idéologie victimaire de gauche. La question est bien plus vaste que cette approche par le petit bout de la lorgnette.

Je suis bien la seule à ne pas être surprise de voir M. Schiappa mouiller sa chemise pour défendre son laquais : entre féministes crasses, on se comprend forcément… Marlène Schiappa incarne ici la misogynie féministe à courte vue (je reviendrai dans un prochain article sur la misogynie féministe).

  • Moix est misogyne et ce n’est pas féministe que de le dire

En ce qui me concerne, je suis anti-féministe mais pas misogyne ; ce sont des choses séparées, comme je l’expliquais dans cet article : « Combattre le féminisme, oui. Sombrer dans la misogynie crasse, non« . Et je considère que la dernière posture de Moix est bien de la misogynie.

On m’a rétorqué que la misogynie était la haine des femmes et que Moix n’avait fait qu’exprimer ses goûts.  Une analyse plus fine de sa personnalité fait pourtant bien ressortir non seulement sa peur, mais aussi sa haine des femmes. Quand on déclare ne pouvoir « aimer » des femmes que si elles sont réduites à leurs corps, leur âge ou leur race (qu’il confond d’ailleurs avec leur nationalité : « les chinoises », « les japonaises », etc.), on n’aime pas ces femmes : on a seulement besoin d’une fixation érotique, d’une objétisation et d’une mise à distance pour pouvoir surmonter son dégoût absolu affiché pour toute femme ne rentrant pas dans ses critères. Ce genre d’homme qui crache sur le corps féminin est rarement un grand amoureux de ce corps, même jeune (car il ne sert qu’à lui faire oublier sa peur et son dégoût), et encore moins de la femme qui se trouve derrière.

Les mauvaises justifications de l’evopsy

Moix m’a vite fait penser à certains discours masculinistes radicaux qui, trop contents de découvrir l’évopsy, y trouvent matière à justifier leurs comportements les plus primaires, à savoir : « L’évopsy dit que le singe en nous bande seulement sur la femelle jeune et fertile ; ça veut dire qu’on peut se comporter comme de gros babouins en société – comme Moix, quoi ». Et de justifier l’injustifiable : non pas la préférence (en réalité très régressive) de Moix pour les corps jeunes, mais l’affichage vulgaire et haineux de cette préférence. Et donc d’encourager la guerre (sale) des sexes.

Comme l’écrit Claude Habib, il existe en France « une tradition d’entente joueuse entre les sexes, qui se renouvelle de génération en génération, et qui est une particularité nationale, même si elle ne se connaît pas comme telle. Cette variante est rare – en tout cas elle est moins commune que la guerre des sexes, telle que la prône le féminisme mondialisé ». Moix et ses alliées féministes achèvent de la mettre à bas.

Certes, notre comportement social est aussi piloté par nos gènes – tout n’est pas culturel –, mais le tout génétique est une autre forme d’excès. Des études montrent que les choses changent parfois vite sous l’influence culturelle et que dans les civilisations avancées et pacifiques, les appariements hommes-femmes sont moins soumis aux vieux réflexes génétiques qu’autrefois. On constate que dans les sociétés modernes, les préférences sexuelles des hommes sont moins régressives et davantage ouvertes en direction des femmes de leur âge.

Même s’il est vrai que les hommes bandent plus facilement pour certaines femmes (dont les jeunes), contrairement à Moix, ils ne les choisissent pas pour les aimer, vivre avec ou les épouser : « Ces chiffres montrent que les préférences (affichées plus ou moins publiquement) et les attitudes sur un site de rencontre se différencient de la sexualité et de la conjugalité effectives. Les femmes avec qui les hommes se mettent en couple ou ont des relations affectives et/ou sexuelles ne sont pas forcément celles qu’ils trouvent les plus attirantes. »

L’argument selon lequel Moix préfère se mettre en couple avec des corps de 25 ans « parce que plus fertiles » tombe de lui-même : il ne correspond pas au comportement moyen des hommes.

Car il faut bien garder en tête que Moix n’est pas l’homme de la rue. Moix est un riche bobo médiatique qui peut se payer les corps qu’il veut et donc se complaire ad vitam dans son immaturité affective : il pourra toujours s’acheter des jeunes chinoises, non pas parce que c’est son « goût », mais d’abord parce que c’est dans ses moyens financiers. Sinon, il désirerait et baiserait des femmes de son âge, comme tout le monde.

Femmes de son âge qu’il n’est pas le dernier à désirer d’ailleurs, puisqu’on l’a vu frétiller au point d’en perdre ses moyens devant Carla Bruni ou Estelle Lefébure, qui ont toutes deux plus de 50 ans. Sa déclaration sur les femmes de 50 ans n’est évidemment qu’un grossier mensonge. La vérité, c’est qu’il est prêt à sauter sur qui veut bien de lui, mais comme il est en promo pour son dernier livre, il lui fallait un petit scandale bien senti. Comme il le rappelle lui-même dans ONPC pour se défendre, il s’agit d’un discours déjà servi ailleurs et donc parfaitement assumé.  Il a de plus relu et validé avant publication son interview dans Marie-Claire. Il savait très bien ce qu’il disait et l’impact que cela aurait : il a cherché à blesser uniquement pour faire le buzz.

« Sa » vérité, qui n’est que mensonge et manipulation, lui sert en réalité à cracher à la fois sur les femmes de son âge (pour se venger de toutes celles qui l’ont quitté), mais aussi sur les hommes de son âge (tous ceux qui ne peuvent pas se payer des jeunes chinoises toute l’année et à qui il envoie le message qu’il ne doit pas être confondu avec eux).

En conclusion, les prétendus goûts de Moix ne sont rien d’autre que l’étalage de ses mensonges, de sa veulerie et de sa capacité à faire le buzz pour assurer son existence médiatique. Son inclination pour les asiatiques de 25 ans lui est moins dictée par ses goûts ou ses gènes (qui ont bon dos) que par son porte-monnaie et sa consommation immodérée d’imagerie pornographique. Prétendre que cet homme dit des « vérités » ou qu’il représente les autres hommes, c’est se montrer bien naïf. Tout comme prendre au premier degré son dernier numéro de Caliméro narcissico-médiatique pour encore se faire plaindre après avoir agressé tout le monde. Qu’il assume au moins de récolter ce qu’il a semé !

 

Les françaises voilées sont des militantes, pas des victimes

J’ai parcouru avec beaucoup d’intérêt les arguments pour la défense du voile tels qu’ils sont présentés par les féministes musulmanes de Lallab.

Je les ai lus avec d’autant plus d’intérêt que n’étant pas féministe – je récuse vigoureusement le paradigme féministe voulant nous faire croire que les hommes oppriment les femmes depuis toujours, partout et tout le temps (bullshit !) –, je ne suis pas assujettie à ce parti pris idéologique qui voudrait à tout prix faire des femmes voilées des soumises, des idiotes, des misérables ou des faibles.

Le féminisme de la troisième vague prétend représenter toutes les femmes et les défendre contre les hommes, y compris, en théorie, celles qui comme moi ne lui ont rien demandé – sauf que, dans les faits, son universalisme s’applique exclusivement à celles qui pensent exactement comme lui. Les femmes de droite ont donc tendance à être exclues de sa bienveillance salvatrice (on se souvient des  Femmes de droite de l’inénarrable Dworkin), de même que les anti-féministes ou les croyantes. La sororité universelle a tout de même ses limites !

J’ai donc souri et plutôt approuvé à la lecture de ceci :

« Le féminisme de la troisième vague : le choix de faire le « bon » choix. 
« Je pense que les femmes devraient avoir le droit de choisir ce qu’elles font de leur corps ! Enfin… Sauf si elles choisissent de faire de la chirurgie esthétique, de raser leurs poils pubiens, d’être mère au foyer, de ne pas allaiter, d’être travailleuse du sexe ou mannequin, de porter le voile, ou de faire toute autre chose que j’ai décrétée oppressante pour les femmes. Certaines femmes ne savent tout simplement pas ce qui est bon pour elles ! »

Ou de cela :

« Ironie du sort : des femmes qui se sont battues pour s’émanciper reproduisent cette oppression sur d’autres femmes. Ce féminisme paternaliste sous-entend que des femmes, musulmanes en l’occurrence, sont incapables de faire leurs propres choix. »

J’avoue trouver plutôt amusante l’expression « féminisme paternaliste ». L’accusation d’être traitées en gamines irresponsables et inconscientes est aussi un  grief récurrent.

Il ressort plusieurs choses des témoignages de Lallab (je compile ici la lecture de huit de leurs articles) :

  • Ils émanent de françaises libres et fortes, aucunement soumises et qui revendiquent leur totale liberté de choix, fondée (c’est ce qu’elles mettent en avant) sur un sentiment religieux. Le choix du voile y est présenté comme une manière de vivre leur foi et de se rapprocher d’Allah. De la part d’occidentales émancipées, cela semble crédible : le spirituel étant autoritairement évacué de nos sociétés, je ne suis pas si surprise de le voir revenir en force, y compris de cette manière.
  • Elles rejettent vigoureusement la lecture victimaire des féministes :

« Je n’ai rien de la musulmane décrite par les médias français, qui vit prostrée chez elle, totalement dépendante des hommes de son entourage. Comme la majorité des musulmanes françaises, je vis, dans le respect de ma religion, la vie de n’importe quelle autre femme active. »

« Mettre le voile en France en 2017 n’est facile pour aucune femme. Pas parce qu’on y est forcées, mais parce que l’on est constamment montrées du doigt. Or, cette décision est profondément personnelle et propre à chacune. »

« Cela fait des années que l’on voit des femmes musulmanes sportives, artistes, entrepreneuses, journalistes, médecins, avocates, ingénieures et j’en passe, clamer qu’elles ont décidé quoi porter. Il était de plus en plus difficile de faire croire aux esprits les plus critiques que nous sommes toutes des femmes oppressées. »

« Parce que OUI, forcément, ce voile est le symbole de la soumission que j’ai pour mon mari, qui est forcément arabe, n’est-ce pas ? Et cela supposerait aussi que mon mari est forcément autoritaire, voire violent. Impossible de croire que j’ai choisi pleinement ce voile. En tant que femme, je suis capable de penser par moi-même sans avoir à répondre aux injonctions d’un homme, quelles que soient ses origines. »

« Enfin, ces dernières années, l’image réductrice et indélébile de ces femmes musulmanes éternellement soumises et oppressées par une religion violente s’est ancrée dans l’imaginaire collectif. Représentées comme un bloc homogène, avec une histoire unique, et réduites à un silence paradoxal : on ne cesse de parler d’elles, mais sans jamais leur donner la parole. »

« Si nous étions habitués à voir des femmes voilées à la télévision, dans les bureaux, dans les enseignes que nous fréquentons, notre fausse image de “femmes soumises” serait assurément démystifiée. »

« On entend que les femmes sont totalement dépendantes des hommes, soumises. En nous privant d’accès au travail, c’est notre fonctionnement qui crée ce type de problème. Alors, qui soumet l’autre ? »

« Parfois, je lis aussi de la pitié. Rassurez-vous, oui je suis blanche et oui je suis fière de mon hijab, je l’ai choisi et le porter est une fierté. Je ne suis pas le fruit de la soumission à un homme. »

  • Les femmes qui témoignent sont des femmes éduquées, intégrées et mêmes « bourgeoises » (pour caricaturer un peu) :

« La personne qui veut interdire mon foulard pour me protéger et me libérer. Elle aime bien les histoires du genre Jamais sans ma fille et doit s’imaginer que je vis dans un HLM transformé en harem, où je fais la danse du ventre et cuisine du couscous toute la journée pour mes 20 gosses. Elle pense me faire peur en parlant de suppression des minima sociaux, alors que mes cotisations salariales paient son arrêt maladie, la retraite de son oncle et le chômage de sa voisine. »

Et en effet, l’une des plumes de Lallab, Stéphanie GT, est une kiné célibataire qui cotise à la mutuelle des cadres et a un niveau de vie – et un niveau culturel – plus élevé que la moyenne. De là, vient naturellement la critique : ces femmes sont-elles vraiment représentatives des autres musulmanes voilées ? Peut-être pas socialement, c’est possible. Il n’empêche que leur témoignage peut servir d’exemple et de phare et que de toutes façons, la très grande majorité des musulmanes voilées en France sont des filles de la classe moyenne et non des cas sociaux. Il faut donc sortir de la lecture sociale et victimaire pour mieux appréhender le phénomène du voile.

Stéphanie GT (Lallab), qui n’a rien d’une pauvrette soumise au patriarcat.
  • Car en filigrane, il est question de guerre :

La lecture de certains passages rejoint mon ressenti : le voile n’est pas seulement un acte de foi ; il est aussi un geste non seulement militant, mais guerrier. Et les porteuses de foulard sont aussi des guerrières, loin de l’image de la pauvre victime du patriarcat qui aveugle nos féministes.

« Je lis même L’art de la guerre pour me mettre en condition ! Et Comment convaincre en moins de deux minutes. On ne sait jamais ! »

« Si ce n’est pas ton frère, c’est donc toi, l’activiste de l’islam politique. » (Il s’agit ici d’une critique portée à leur encontre, mais il leur est difficile de la réfuter complètement.)

« Stéphanie, c’est une nana pas comme les autres. Elle aime bien se battre et pas uniquement contre les préjugés. Si elle te casse, son côté kiné s’occupera de te réparer. A bon entendeur, méfiez-vous! Une jeune femme peut cacher de sacrés coups ! 😉 »

« Une des femmes qui m’inspirent, c’est Rosa Parks. J’aime cette phrase d’elle, simple, puissante : ‘Les gens ont toujours cru que je n’avais pas cédé ma place parce que j’étais fatiguée. Ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement. J’étais surtout fatiguée de devoir capituler.’ »  C’est bien le langage de la guerre qui est retenu ici.

  • On notera cependant que le côté guerrier du voile n’est pas mis en avant plus que cela. L’intention n’est pas de s’afficher ouvertement conquérante (même si c’est parfaitement présent en filigrane).

L’intention expansionniste transparaît pourtant derrière des formules telles que : « Réfléchis bien à ce que tu défends comme projet de société. » Quel projet de société ? Celui de l’Oumma ?

Ou encore à travers ce slogan de Lallab : « Diffuse la bonne parole ». N’oublions pas que Lallab est d’abord une association religieuse militante à visée prosélyte.

Quelle serait dès lors la fonction du voile au sein du féminisme musulman ?

Il est présenté prioritairement comme un choix religieux relevant de l’acte intérieur de foi : « Le cheminement spirituel qui allait m’amener à porter le voile » ; « Je ne parlerai pas ici des textes religieux qui ont bien sûr eu un poids dans ma décision », « Je suis fidèle à mes convictions et je sais que je fais cela pour moi et pour Dieu », « La raison de ce geste est inscrite au fond de mon cœur. Dieu Seul sait », « Je me sentais bien. Protégée, reconnue en tant que musulmane et reliée en permanence à mon Créateur », « Mon voile n’est pas un accessoire de mode qui est là pour me valoriser ou non. C’est un des liens que j’ai choisis pour me rapprocher de mon Créateur ».

Mais derrière ce paravent, il amène très vite un discours axé sur deux points essentiels :

  • L’identité ; l’identité musulmane et communautaire qui est l’alpha et l’oméga du choix du voile : « La personne qui se veut ouverte mais qui pense que mon identité est un fardeau dont il faut me débarrasser », « Venir en sacrifiant une partie de mon identité (le voile) n’arrange pas les choses. Je ne peux plus continuer comme ça », « Je ne me plierai jamais à ce que l’on attend de moi : l’effacement pur et simple de mon identité ».
  • L’accusation de racisme et de colonialisme : « Ce pays qui refuse d’ouvrir les yeux sur son racisme », « La France a colonisé nos ancêtres (…). Qu’elle assume, maintenant ! Nous sommes là et nous n’avons aucune intention de nous laisser domestiquer », « La personne encore un peu enfermée dans ses représentations néo-coloniales et qui voit en moi une victime de plus à sauver », « Merci-la-France-de-nous-avoir-colonisé·e·s-ghettoïsé·e·s-et-exploité·e·s-c’est-toujours-mieux-que-dans-notre-pays-amen ».

Il n’y a donc pas à chercher trop longtemps pour retrouver la déclaration de guerre à l’Occident sur fond d’accusations revanchardes et fallacieuses de néo-colonialisme et de racisme.

Une contributrice soulève aussi ce point critique : « Certes, mon voile est visible de tous, mais est-ce pour autant que j’ai envie de raconter son histoire à de parfaits inconnus qui m’abordent avec agressivité dans la rue ? ».

C’est là où elles sont en peine dichotomie : si leur voile n’était pas un instrument de propagande et une déclaration de guerre, elles ne le mettraient pas en avant dans l’espace public et se contenteraient de vivre leur foi de manière discrète et privée. Il est donc bien un étendard et un acte de militantisme politique.

En conclusion, il ressort à mes yeux que le militantisme de Lallab ne vise pas seulement à se prévaloir de la laïcité ou de la loi de 1905, comme elles le prétendent – laquelle loi encadre effectivement le respect des croyances personnelles, la liberté de culte et l’expression privée de la foi. Si la critique de Lallab envers l’attitude condescendante, méprisante et autoritaire du féminisme universaliste est recevable, tout comme l’est la liberté de chacune de croire, de se convertir à l’islam ou de réintroduire de la spiritualité dans son existence, la défense du voile dissimule mal un tout autre agenda : celui d’une déclaration de guerre revancharde à l’Occident, avec le projet d’islamiser la société et de faire plier le français soi-disant néo-colonialiste et raciste. Et là, il ne s’agit plus de foi ou de spiritualité, mais bien de politique – leur « projet de société », comme elles disent.

Les féministes se trompent en prenant ces militantes du voile pour de pauvres victimes soumises au patriarcat. Elles sont en train de leur démontrer que l’image d’Épinal de la faible femme voilée n’existe que dans leurs fantasmes. Ces voilées leur marcheront peut-être bientôt sur la tête, mais il sera trop tard.

Bien sûr, ces militantes de Lallab ne représentent pas toutes les femmes voilées de France. Il serait toutefois fort intéressant de vérifier quel pourcentage de voilées se reconnaissent dans leur propos : il est certainement bien plus important qu’on se l’imagine. Celles qui s’identifient comme victimes ou soumises ayant besoin de l’aide des féministes universalistes pour les arracher à l’oppression patriarcale y sont même probablement inexistantes.

. Sur le voile et le viol en terre d’islam :

Le viol est-il une affaire de sexe ou de pouvoir ?