[Néo-bigotes et chaisières d’église] – Les féministes et la religion

Il pourrait sembler contre-intuitif à première vue de présenter le féminisme comme une idéologie religieuse, et pourtant… Depuis ses origines historiques jusqu’à ses manifestations les plus récentes, la religiosité – prise dans le sens de la religion dans ce qu’elle a de plus sectaire et superficiel à la fois – est bien ce qui l’imprègne en continu : dogmatisme, embrigadement, dévotion aveugle à un corpus d’idées simplistes, opposition binaire du bien et du mal, diabolisation de l’adversaire (l’homme), puritanisme sexuel, ésotérisme et jargon abscons, sororité et adelphité, mythologie et sorcières, collusion avec l’islam, culte de l’irrationnalité… de quelque côté que l’on observe le féminisme, on tombe sur une idéologie d’inspiration religieuse. J’ai donc estimé instructif de dresser un premier état des lieux (qui pourra être enrichi par la suite) afin de faire ressortir la manière dont les courants féministes, qui affichent toujours un « progressisme » de façade et une volonté affichée de « briser les idoles », n’en restent pas moins animés par de bons vieux réflexes bigots fort bien connus et pas si difficilement repérables.

Féminisme, « femellitude » et conservatisme

Je reprends ici le terme de « femellitude » utilisé en 1978 par Annie Le Brun pour désigner cette exacerbation des caractères féminins les plus caricaturaux tels qu’on les observe souvent chez les néo-féministes. Parmi ceux-ci, on pourrait inscrire le conservatisme religieux, non pas dans le sens où elles seraient toutes lectrices de La Croix, loin s’en faut, mais dans celui d’une propension atavique à se comporter toujours de manière rigide et bigote et à faire des choix politiques et idéologiques conservateurs (« conservateur » pris au mauvais sens du terme : aujourd’hui le véritable conservatisme consiste à voter à gauche tout en se montrant incapable de comprendre que le néo-féminisme ne soutient que de vieilles lunes fossilisées depuis longtemps telles que le néo-marxisme, le déconstructivisme ou la French Theory). On se souvient également que si les femmes n’ont pas obtenu le droit de vote en France dès la première moitié du XXe siècle, c’est uniquement parce que les socialistes de l’époque avaient compris que leur vote serait conservateur : les femmes restaient toujours les plus grandes supportrices de l’Église. Aujourd’hui, leurs curés de gauche seraient par exemple les féministes abolitionnistes. Quoi qu’il en soit, au XXe siècle, ce n’était pas un hasard si les bigotes qui allaient « de vêpres en vêpres, de messe en messe, toutes fières d’avoir pu conserver le diamant qui dort entre leurs fesses » (Jacques Brel, « Les Bigotes ») étaient toujours des femmes et non point des hommes.

Le féminisme bigot

Que le conservatisme et la religiosité soient les mamelles du féminisme, il suffit pour s’en rendre compte de remonter aux origines du mouvement : au début du XXe siècle, les Suffragettes anglaises de la première vague étaient déjà des puritaines outrées par la nudité féminine. Il en ira de même pour les américaines de la seconde vague qui à partir des années 1960 vont directement croiser le vieux fonds protestant puritain américain avec la misandrie lesbienne. Il existait d’ailleurs un courant féministe radical, illustré par Madeleine Pelletier en France ou Aria Ly aux États-Unis, qui prônait la virginité et la chasteté totales (en plus du célibat, de l’avortement et de la violence : tout un programme !).

Le calvinisme protestant a ceci de particulier par rapport au catholicisme latin qu’il prône la « confession collective des péchés » en lieu et place de la traditionnelle confession privée. La culture américaine trouve donc normal qu’un personnage public se voie sonder le coeur et les reins par les médias et que sa moralité privée soit exposée et fustigée aux yeux de tous, impactant directement sa vie professionnelle ou politique. La France avait su préserver longtemps la sphère intime et les secrets d’alcôve de ses dirigeants et figures publiques. Hélas, tout ceci a volé en éclats et nous nous sommes alignés sur les petits inquisiteurs moraux à l’américaine dont le bras armé est aujourd’hui, et de manière criante, le féminisme vengeur et puritain : les bigotes ont pris le pouvoir avec leur « culture du viol ». Tout le monde s’aplatit désormais devant une morale de chaisières d’église qui jusque là était à juste titre ridiculisée : je pense même que l’on peut parler d’effondrement civilisationnel.

J’évoque régulièrement sur ce site le rapport névrotique que les féministes entretiennent avec tout ce qui touche à la sexualité, qu’elles n’abordent qu’à travers le prisme de leurs vieux réflexes puritains, maladroitement camouflés en agressivité ou en provocations trash. Mais qu’elles parlent d’hétérosexualité, de désir, de séduction, de consentement, d’emprise, d’agression sexuelle ou de viol, leurs postures sont toujours les mêmes : tout ce qui touche de près ou de loin au sexe masculin, au pouvoir phallique ou au pénis lui-même les fait immédiatement prendre vapeur et paniquer comme si elles étaient en présence du Diable. Je me contenterai simplement ici de citer à nouveau « Les Bigotes » de Brel : « Les bigotes, elles vieillissent d’autant plus vite qu’elles confondent l’amour et l’eau bénite… Et patati et patata, mes oreilles commencent à siffler… ». Misandres et coincées du cul, ses anciennes bigotes ont décidément tout à voir avec nos nouvelles féministes…

  • Féminisme, prohibition et abolitionnisme

La posture féministe puritaine a pu s’illustrer tout au long du XXe siècle aussi bien par le rôle des mouvements de femmes lors de la grande prohibition américaine des années 20, que par les mouvements abolitionnistes en matière de prostitution. Comme le rappelle Camile Paglia dans Femmes libres, Hommes libres, 2019, p. 180-181, des militantes féministes pour le droit de vote des femmes, telles que Susan B. Anthony, ont activement participé à la croisade contre la vente d’alcool sur fond de conservatisme et de puritanisme protestants. Ce « mouvement pour la tempérance » a entrainé 13 ans de prohibition qui ont donné un coup de pouce formidable à la contrebande et au crime organisé : « Nous payons encore aujourd’hui les pots cassés pour cette tentative inepte par le gouvernement américain d’empiéter sur la vie privée des gens. Et l’histoire culturelle doit commencer à admettre franchement le rôle lamentable que le féminisme a joué dans cette erreur de jugement », conclut Paglia.

Les actuels mouvements abolitionnistes produisent à leur tour leur lot de curés bien-pensants horrifiés par le commerce du sexe. Pour eux, monnayer du sexe ne peut en aucun cas être envisagé de manière dépassionnée ; c’est forcément entaché par la Faute originelle. Les travailleurs du sexe, livrés aux mafias, paient désormais le prix de cette bonne conscience, dans la mesure où ils perdent en visibilité et en protection ce que les belles âmes ont gagné en meilleur sommeil de ne plus les voir dans la rue.

Ce féminisme qui s’achète des indulgences pour sauver son âme a comme figure de proue la française Marthe Richard, ancienne prostituée devenue, une fois épousée par un riche bourgeois, l’agent même du puritanisme, puisqu’elle a fait fermer toutes les maisons closes en 1946. Elle pourrait préfigurer la féministe morale repentie d’aujourd’hui qui vient expier ses fautes passées en donnant des gages à la bien-pensance – même s’il semble que la réalité soit beaucoup plus nuancée en ce qui la concerne : « Elle fonde un prix de littérature érotique, le prix Tabou, publie des livres dont Appel des sexes en 1951 dans lequel elle revient sur ses positions : considérant qu’elle a été instrumentalisée par Léo Hamon et Pierre Lefaucheux, chefs de son groupe de Résistance, elle n’est plus contre la réouverture des maisons closes » (Wikipedia).

Les théologiennes protestantes aux sources du néo-féminisme et de l’écriture inclusive

On le sait peu, mais les théologiennes protestantes font partie des premières à avoir développé un mouvement féministe anti-patriarcal et à avoir utilisé le mot « patriarcat » en ce sens. Le « patriarcat », à l’origine déjà un concept purement religieux car issu de la Bible et du droit canonique, a alors été repris et associé à leur entreprise de féminisation des composantes du christianisme, en même temps qu’il apparaissait sous la plume des féministes radicales de toutes confessions sur les campus californiens. Depuis les années 1980, ces théologiennes féministes ont produit un grand nombre de livres et d’articles sur la féminisation de Dieu ou même du Christ, qui vont influencer fortement tous les domaines des sciences humaines. Un exemple en français parmi d’autres : Elisabeth A. Johnson, Dieu au-delà du masculin et du féminin. Celui/Celle qui est [traduit de l’original anglais She Who Is, New York, Crossroad, 1992] (coll. Cogitatio Fidei, 214), 1999. Cette abondante littérature féministo-religieuse occupe une place importante non seulement sur les rayonnages des bibliothèques universitaires, mais sur les réseaux sociaux, notamment anglophones.

Les mêmes théologiennes sont également directement à l’origine de l’écriture inclusive, comme le relate cet article : « Comment la théologie chrétienne a lancé l’écriture inclusive » (Le Monde, 21/02/21). L’article fait l’éloge de cette écriture, citant la chercheuse Julie Abbou qui explique que « les appellations “écriture inclusive” et “langage inclusif” existaient déjà en anglais depuis la fin des années 1970. Les premières personnes à les avoir utilisées sont des théologiennes féministes et protestantes nord-américaines ». Et de préciser que « en 1979 notamment, le Conseil œcuménique des Églises des États-Unis publie sous leur pression un « Inclusive Language Lectionary », recueil de textes liturgiques réécrits pour mieux associer les femmes dans les cérémonies. »

C’est également sous cette influence que le concept féministe de « sororité » (à l’origine, simple plagiat de la « fraternité » de la Révolution), se déploie dans son acception mystico-religieuse : « Les pasteurs sont par exemple encouragés à s’adresser aux « frères » mais aussi aux « sœurs », jusque-là invisibilisées » (« invisibilisées, gna gna gna… »). On ne sera donc pas étonné de voir fleurir des ouvrages de ce type : Construire la sororité. Une histoire féministe des Sœurs et Servantes du Cœur Immaculé de Marie, réédité en 1997 par les Presses Universitaires de Syracuse et relayé et applaudi comme il se doit dans le monde des études religieuses :

Ce titre n’est qu’un exemple choisi parmi la flopée d’ouvrages savants du même tonneau édités et réédités sans discontinuer depuis la fin des années 1970. Le féminisme religieux anti-patriarcal est donc bien un pur produit universitaire, puisque non seulement les presses universitaires publient ces ouvrages, mais que certaines de ces théologiennes ou de ces chercheuses, le plus souvent protestantes, mais pas seulement, étaient également enseignantes.

C’est dans la Septante (la version grecque de la Bible datant du IIIe siècle) que ces féministes sont allées pêcher leur nouveau concept « d’adelphité » (ἀδελφός en grec signifie « frère », mais comme il est de genre neutre, il peut également désigner la « sœur »). Il ne doit donc échapper à personne que le vocabulaire de « frère » et de « sœur », dans ce contexte, est bien un vocabulaire religieux, pour ne pas dire de secte. C’est la raison pour laquelle j’ai toujours fermement refusé qu’une féministe m’appelle sa « sœur » : ces techniques prosélytes de « love bombing » ne marchent jamais avec moi.

Comme l’explique Julie Abbou, « jusqu’à la fin des années 1980, l’usage [de l’écriture inclusive] est très clairement réservé au champ de la théologie féministe protestante nord-américaine ». La France ne sera cependant pas en reste : « Les premiers usages français de « langage inclusif » ont émergé dans ce sillon à partir de 1987 » et aujourd’hui encore, même si la « théologie féministe » proprement dite a laissé au place aux « études de genre » à l’université, gender feminism et théologie y font bon ménage, comme en témoigne cet ouvrage récent de Lauriane Savoy, « chercheuse en théologie et en études de genre » et codirectrice d’Une bible des femmes (Labor et Fides, 2018). Ce sont également ces théologiennes (Alice Peyrol-Viale par exemple) qui les premières ont proposé de parler de « Dieu.e » :

Le féminisme est-il la religion de demain ?

Lorsque France Féminisme, pardon, France Culture pense nous surprendre avec le titre de cette émission : « Les femmes sont-elles l’avenir des religions ? » (26/02/21), ils s’inscrivent en réalité dans une histoire solidement implantée du féminisme religieux. La réponse à la question pourrait être la suivante :

  • Toutes les religions depuis l’aube de l’humanité déclinent les thèmes de la mère nourricière et du père sévère et/ou protecteur. Depuis les Vénus préhistoriques jusqu’au Dieu des monothéistes, le féminin sacré y est prépondérant, comme le prouvent les cultes à la Vierge et aux saintes pour le catholicisme. Les femmes ont toujours fait partie intégrante des religions, aujourd’hui comme hier, il n’y donc aucune raison pour que cela change.
  • Le fantasme sans cesse brandi par les féministes des cultes primitifs aux déesses et des sociétés préhistoriques supposées matriarcales qui les auraient accompagnés n’en est pas moins une pure vue de l’esprit. Cela n’a jamais été démontré scientifiquement et relève en général de l’idéologie (je l’évoque rapidement dans cet article : Et si l’islam était autant un matriarcat qu’un patriarcat ?).
  • Les femmes ont toujours eu la bigoterie chevillée au corps et toujours eu besoin d’aller à confesse pour être absoutes et restaurées dans leur vertu. Aujourd’hui, les nouvelles pécheresses confites en dévotion sont les anciennes gourgandines qui n’assumant plus, l’âge venu, d’avoir sucé des célébrités, se répandent dans l’édition et les médias en interminables plaintes et litanies victimaires (n’est-ce pas, Florence Porcel ?). Aucune raison donc pour que cela change demain. Le féminisme sera toujours là pour fournir un corpus d’antiennes à cette complainte.
  • Que féminisme et religiosité aient partie liée, on en tiendra également pour preuve le succès des féministes indigénistes de type Lallab. En France, l’islam sera de toute évidence la religion officielle de demain, et il ne faut pas omettre de voir l’empressement des féministes, comme de France Culture, à lui dérouler le tapis rouge (rouge-vert, disons). Sur l’ADN partagé entre néo-féminisme et islamisme, on pourra se reporter à cet article : Néo-féminisme et islamisme : les convergences.
  • En conclusion : évidemment, que les femmes, et surtout le féminisme, sont l’avenir des religions, puisque le féminisme lui-même EST une religion : il s’agit d’une religion pseudo-laïque, un syncrétisme qui pioche aussi bien dans son fonds initial protestant puritain que dans l’islam, désormais (pour soutenir les discours sur le voile et la pudeur), mais surtout, en Occident, dans la spiritualité New Age. Cette nouvelle religion féministe New Age porte même un nom, l’éco-féminisme (voir plus bas) : « Les religions sont traversées par les mêmes mouvements que le reste de la société, remarque Lauriane Savoy (dans l’article du Monde cité plus haut). Il n’est pas étonnant que le renouveau du féminisme ces dernières années – la demande d’inclusivité, la libération de la parole ou même l’écoféminisme… – s’y retrouvent également ».

La religion éco-féministe

Aujourd’hui, les néo-féministes sont donc tout à la fois les alliées objectives des islamistes dans leur combat contre le « blantriarcat » (en français correct : la civilisation occidentale) et leurs concurrentes directes pour y implanter leur nouvelle mystique et leurs croyances sectaires.

Il est intéressant de relever qu’au fur et à mesure que le « patriarcat » occidental, que celui-ci fut anthropologique ou religieux et pour autant qu’il ait jamais existé, a rendu l’âme, les féministes ont investi entièrement la place laissée vacante. Plus le patriarcat fantasmé est à l’agonie – parce qu’il s’est lui-même auto-dissous – et plus les féministes l’investissent avec leur nouvelle offensive religieuse. Comme je l’écris souvent, elles se sont fait une spécialité de se poser en vainqueur ayant terrassé un ennemi mort (suicidé) depuis longtemps, car dessoudé prioritairement par les hommes eux-mêmes. Et comme l’écrivait fort justement l’autre jour un internaute sur la page FB de France Culture : « Avez-vous remarqué que lorsque un lieu est désinvesti par le pouvoir, vide de tout pouvoir, c’est là qu’arrivent les femmes? » et en effet, c’est exactement cela. En abandonnant ses lieux de pouvoir, le fantomatique « patriarcat » a invité les nouvelles harpies à prendre sa place.

J’avais rapidement abordé la question de l’éco-féminisme lorsque j’avais traité de la réactualisation de la mythologie sur les sorcières, cette imagerie féministe radicale remise au goût du jour par les nouvelles prédicatrices de gauche du type Mona Chollet. Sur le lit de ce revival du culte aux sorcières en carton, les féministes occidentales ont ressuscité (en les travestissant par leur misandrie) les anciens cultes à Gaïa, la natura mater des sociétés païennes, ou bien à la « Déesse » qui n’existe que dans leur imagination – un angle toujours irrationnel mais très efficace pour attaquer les hommes et purger leur rage misandre : Réchauffement climatique : la faute des mâles ?

[Sur les gourelles et l’éco-féminisme des sorcières en carton, voir aussi : Jean-Loup Adenor, « Du « féminin sacré » aux pseudo-médecines : comment les « sorcières » ont usurpé le féminisme », Marianne, 13/06/2021]

Un article très intéressant de Jean-Claude Pacitto et Philippe Jourdan, « Progressisme vert et islamisme, les dessous d’une étrange alliance » (Causeur, 10/10/20) soulève nombre d’aspects passionnants à explorer. Outre des liens plus évidents qu’on ne pourrait le penser entre les Verts et la religion à la couleur verte (rappelons que ce sont les oasis qui ont donné leur couleur verte aux drapeaux musulmans et qu’ils ont été les premiers à associer symboliquement la couleur verte à la nature, contrairement aux occidentaux qui l’associaient historiquement à l’instabilité, la chance et la malchance, voire au créatures infernales), l’article effleure aussi la question du féminisme.

Outre leur amour pour un communautarisme racialisé et leur clientélisme électoraliste commun, Verts et Islam entretiennent une haine partagée envers le judéo-christianisme ainsi qu’une volonté affichée de le mettre à bas et de le remplacer. Et les auteurs d’ajouter très justement : « On ne comprendra jamais rien à l’écologie politique moderne si on ne comprend pas qu’elle s’alimente aussi à une nébuleuse spirituelle apparue, principalement aux États-Unis, dans les années 1960 : le New Age » et que : « le New Age se fonde sur la croyance que l’humanité serait entrée dans une nouvelle ère (la fameuse ère du Verseau) qui est marquée par l’avènement d’une spiritualité nouvelle, porteuse d’une conscience universelle qui rendra inutiles toute les anciennes religions et notamment celles de la médiation. »

Quand ils ajoutent que : « Cette nouvelle ère donnera naissance à un nouveau monde parfaitement horizontal où les frontières auront disparu et où l’humanité ne sera plus qu’une. Reposant aussi sur une vision panthéiste de la nature, le New Age affirme que l’homme redeviendra un Dieu en ne faisant plus qu’un avec Gaia », on ne peut que reconnaître l’éco-féminisme. Et est-ce un hasard ? Le New Age et le néo-féminisme ont un lieu de naissance commun : la Californie, dont les campus universitaires trustés par les radicales des années 60-70 ont vu naître la seconde vague féministe.

Les auteurs remontent ensuite, à juste titre, à l’une des précurseurs du New Age et du néo-féminisme tout à la fois : l’occultiste russe Helena Petrovna Blavatsky et son mouvement spirituel le Théosophisme, fondé en 1875. Or il se trouve que Annie Besant, qui succède à Mme Blavatsky à la tête du mouvement jusqu’en 1933, est très impliquée dans la première vague féministe. D’ailleurs, note l’historienne Olive Banks « près de 10% des féministes britanniques entre 1890 et 1930 étaient théosophes et Annie Besant ne dissociera jamais luttes politiques et sociétales et combat spirituel. » Voilà qui met les choses dans une perspective fort instructive.

Le New Age est un descendant du théosophisme, car les deux mouvements partagent la même vision « progressiste » de haine et de destruction du passé, « haine qu’ils ont transmise à leurs rejetons spirituels de la nouvelle économie et de l’écologie politique » et « quand l’illuminisme s’allie aux forces de la destruction, la catastrophe n’est jamais loin », concluent les deux auteurs.

On reconnaît dans le New Age plusieurs caractéristiques des écoféministes, mouvement devenu hégémonique chez les néo-féministes, bien que traversé par diverses chapelles qui se chamaillent entre elles, même si les bases sont communes. On y trouve notamment un courant « écoféministe spiritualiste », avec à sa tête la gourou américaine Starhawk, « sorcière néopaïenne » auto-proclamée  ; ou encore des courants « faisant référence à une écologie dite « profonde » et aux mythes fondateurs de la terre mère, à une planète « symbiotique » ou à l’hypothèse Gaïa, ou encore à un paradis perdu à réinventer, comme dans la perspective critique de Carolyn Merchant ou de Rosemary Radford Ruether ». Je cite ici Wikipedia, juste pour que l’on puisse constater devant quel syncrétisme post-judéochrétien on se trouve.

Bien entendu, il s’agit ici encore de militantisme féministe religieux universitaire. Selon Wikipedia toujours, « l’écoféminisme se fonde sur la tradition transdisciplinaire de la recherche anglosaxonne, les premières théoriciennes étant américaines, et navigue ainsi entre « gender studies », « queer studies », « science studies » et « postcolonial studies » », ce qui doit nous fournir autant de raisons de nous inquiéter sérieusement, d’autant plus que  l’écoféminisme s’oppose « au rationalisme occidental et masculin » : « Les écoféministes (…) ressentent la nécessité de critiquer la norme idéale de la raison associée à la culture et au masculin en opposition à la nature, dans une perspective déconstructiviste qui a influencé le féminisme américain de la deuxième vague ». Alerte rouge, donc.

Le New Age, les sorcières, l’éco-féminisme et l’astrologie

L’éco-féminisme sur les réseaux sociaux amalgame comme on peut s’y attendre tous les délires possibles et imaginables, essentiellement à base de sorcières (sur fond d’inculture historique totale), de néo-paganisme wiccan et d’astrologie New Age (la notion d’Ère du Verseau provient de l’astrologie). C’est la raison pour laquelle les néo-féministes réinvestissent fortement l’astrologie, ce qui ne manque pas d’être paradoxal, puisque l’astrologie est fondée sur une opposition claire des principes masculins et féminins. Il n’y a pas de gender fluid en astrologie et la tradition n’y porte pas particulièrement le féminisme aux nues. Cela n’empêche pas les néofem de nous produire des délires en barre : « Astroféministes : les chevalières du zodiaque » (Causette, 31/12/19) ou hors des milieux militants, d’irriguer toute la jeune génération : « Sorcières TikTok, tarot et astrologie : pourquoi l’ésotérisme envoûte la jeunesse » (Le Parisien, 20/02/21). Le féminisme, ou plutôt la nouvelle religion féministe New Age, qui pense ainsi abattre les symboles du « patriarcat », est naturellement cité dans ce dernier article : « Féminisme, écologie et… magie. Cette pratique s’inscrit même, pour certaines, dans des courants plus engagés, comme le féminisme, et l’écologie. « La sorcellerie, c’est en apprendre sur le monde qui nous entoure, tel que la nature et ses bienfaits. En se penchant d’un peu plus près, on se rend compte des dégâts que l’on cause à notre planète, apprendre à respecter notre Terre Mère. Des petites choses importantes comme ramasser les déchets, éviter les plastiques, demander à la plante son accord pour l’arracher, ou lui prendre quelques feuilles, puis la remercier », développe Manon, une sorcière de 20 ans », bla bla bla…

L’éco-féminisme New Age est-il un post-christianisme laïc ?

Cela se pourrait, car alors qu’elles pensent « abattre le patriarcat » occidental, masculin et chrétien, les néo-féministes ne voient pas que :

  • elles en sont issues directement et doivent au judéo-christianisme leurs concepts mêmes de « patriarcat », de « sororité » ou « d’adelphité », sans parler du « paradis perdu à réinventer » ;
  • l’éco-féminisme, tout comme le théosophisme, sont par leur nature même des syncrétismes religio-spirituels typiquement occidentaux et post-chrétiens ;
  • leur défense du voile islamique rejoint et épouse intégralement leur puritanisme religieux en matière de moeurs sexuelles ; atavisme bigot qui les pousse à dérouler un tapis rouge-vert à la conquête islamique, pourtant porteuse d’un « patriarcat » autrement plus sévère ;
  • les génuflexions de France Culte (euh, France Culture), devant la mystique islamique et leur militantisme en faveur du féminisme islamique en disent long sur leur soumission : « Allah.e est grand.e », pas vrai ?
  • leur culte en carton des fausses sorcières, leur wiccanisme et leur adoration de la « Déesse » ou de Gaïa ne sont qu’une resucée des vieilles sectes religieuses antiques. Elles n’ont donc rien inventé, se contentant de recycler de vieux mythes en racontant à peu près n’importe quoi dessus ;
  • le gender feminism a pour sa part un comportement de secte intolérante, avec ses dogmes et ses interdits. On peut même à ce sujet parler de secte universitaire, au vu de la mainmise hégémonique du féminisme universitaire sur le monde des idées et de l’enseignement ;
  • et pour finir, avant que le féminisme religieux n’ordonne ses « curées » et ses « évêquesses », on notera qu’elles se sont déjà spécialisées dans les curées, surtout celles qu’on s’appelle également les lynchages, inscrivant dès lors leur nouvelle spiritualité dans une forme de « religion de haine ».

. Le culte religieux de la vulve

Les féministes ne peuvent s’empêcher de calquer et de transposer les vieilles pratiques chrétiennes dévotionnelles, par exemple dans leur culte à la vulve, illustration même de la « femellitude ». On voit ainsi une vulve géante promenée dans les rues telle une statue de la Vierge ou des lumignons vendus comme dans les églises. Ces vieux réflexes sont à 100% féminins : aucun homme n’achèterait des lumignons en forme de pénis ou n’organiserait de procession avec une bite (sur la dévotion à la vulve, voir aussi : « La femme est-elle une vulve sur pattes ? ») :

Espagne, décembre 2013
Lumignons en forme de vulve en vente sur Etsy (2020)

[à suivre….]

  • Voir aussi :

. Sur l’éco-féminisme :

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