Alain Finkielkraut, « Le patriarcat n’existe plus »

Je mets ici le verbatim du passage d’Alain Finkielkraut sur le « patriarcat » (concept auquel je mets systématiquement des guillemets afin de rappeler qu’il s’agit essentiellement d’une chimère néo-féministe), le 15 septembre 2021 sur France Inter :

« Une femme est mariée; elle attend un enfant et le mari ou le compagnon veut le garder ; elle ne veut pas. Eh bien, elle a le dernier mot : ça, ça veut dire que le patriarcat n’existe plus.

D’ailleurs, la preuve, c’est la manière dont on invoque l’ordre patriarcal pour s’attaquer maintenant, non pas pour plus d’égalité, mais pour s’attaquer maintenant aux conquêtes de la civilisation.

On vous explique par exemple, dans le sillage de MeToo, qui instaure des procès hors du tribunal, que la présomption d’innocence est une insulte faîte aux victimes et un vestige de l’ordre patriarcal. La présomption d’innocence, le contradictoire, c’est le fondement de notre droit. Attention à ne pas confondre. »

[à suivre…]

. Sur le même sujet :

9 réponses sur “Alain Finkielkraut, « Le patriarcat n’existe plus »”

  1. Encore faudrait-il savoir ce qu’on entend par patriarcat, et si celui-ci a vraiment existé un jour ! Or le problème, comme vous l’avez expliqué dans l’un de vos articles, c’est que ce terme est devenu une espèce de fétiche langagier et d’épouvantail conceptuel bien commode pour désigner tous ceux qui refusent les revendications les plus radicales et les plus « progressistes » (soi-disant) des militants des causes idéologiques à la mode dans notre société occidentale contemporaine, et notamment des féministes ! Employer ce mot n’est finalement qu’une manière d’envoyer un signal pour dire qu’on est dans le camp du Bien et que les autres, ceux qui s’opposent à ces revendications, sont dans le camp du Mal (ou du mâle !). On en a eu une illustration il y a quelques mois, lorsqu’une tribune de femmes médiatisées (journalistes, actrices…) a été publiée pour réclamer l’extension du délai d’autorisation pour pratiquer l’avortement en France. Il y était question d’une « résistance du patriarcat » (sic) à une telle extension, alors même que des femmes députées et sénatrices de droite s’y opposaient et que des hommes de gauche l’approuvaient ! On voit donc bien que ce mot de patriarcat, utilisé à tort et à travers dans les médias et sur les réseaux sociaux, et censé désigner une coalition de tous ies hommes pour empêcher l’émancipation de toutes les femmes, n’a plus aucun sens et constitue une sorte de fausse monnaie que les locuteurs qui l’emploient ordinairement échangent et se passent de main en main, sans savoir qu’il n’a aucune valeur objective et descriptive véritable, mais n’est qu’un rejeton d’une doctrine idéologique qui a pour nom « féminisme radical ».

    1. C’est parfaitement résumé ! Le « patriarcat » n’est qu’un concept fumeux et fourre-tout inventé par les féministes radicales pour nourrir leur haine revancharde envers les hommes et tout ce qu’elles leur doivent, en matière de liberté et de sécurité notamment, ce qu’elles n’assument pas. La seule réalité du « patriarcat » s’appelle la civilisation, à laquelle les deux sexes ont également participé, d’ailleurs, chacun à leur manière. En cherchant à détruire le premier, c’est surtout la seconde qu’elles visent. Les féministes sont de plus en plus clairement des nihilistes et des dépressives qui aiment davantage la mort que la vie.
      https://eromakia.fr/index.php/2019/05/26/imposture-feministe-le-patriarcat-est-ne-en-1970/

  2. Je suis d’accord avec Alain Finkielkraut sur l’usage fait du terme patriarcat. À ce propos, je pense que c’est essentiellement là-dessus que devraient se focaliser les critiques, avec les arguments même du post-modernisme, dont est issu le féminisme d’aujourd’hui.

    Si tout n’est que rapport de domination dans la société, alors il n’y a à priori aucune raison de penser que l’on peut sortir de ce schéma. Que je sache, chacun cherchera toujours son intérêt, dont certains se ficheront de la manière pour y arriver. Ainsi, même si l’aspiration initiale est de meilleurs rapports entre les personnes, il y en aura toujours pour ramener la couverture à elles. Ce qui fait qu’au final, quelque soit le choix qui sera fait, il y aura toujours des problèmes.

    Exemple concret, issu de mon exépérience. En déchetterie, je me suis rendu compte que certaines personnes ne voulaient jamais se plier aux règles en vigueur sur le site ; et qu’à les écouter, il faudrait être leur esclave pour que tout aille bien. Puis, quand je les contredis, ah mais qu’est-ce qu’il parle mal le petit jeune.

    J’ai divagué un peu, mais il n’empêche que la question demeure : Quel est le système qui limiterai le plus les abus de part et d’autres ?

    Pour revenir à l’article, en occident, nous avons fait le choix de la présomtion d’innocence. Je ne sais pas si c’est le meilleur, mais je sais qu’il me protège quand je suis accusé à tort. Alors est-ce que le changer face aux abus qui en découlent est une solution ? Je ne pense pas.

    Tout ce que cela montre, pour moi, c’est que nous vivons dans un monde incroyablement compliqué qui ne peut pas se résumer à une dichotomie gentils et méchants.

    1. Tout à fait. Les rapports de domination font partie de la nature humaine. Ils ont toujours existé et ils existeront toujours. Les féministes sont des petites filles incapables de devenir adultes qui confondent le pays de Candy et des Bisounours avec le monde réel. Leurs jérémiades sur la domination masculine n’ont aucun sens. Certaines femmes ont toujours eu du pouvoir et en ont abusé autant que certains hommes, et ça continuera. Plus le temps passe et plus leurs discours sont idiots.

  3. Merci comme toujours pour ce travail de qualité, hier je croyais mourir un peu plus sous des salves de bêtises.
    Sandrine Rousseau : « je préfère des femmes qui jettent des sorts à des hommes qui construisent des EPR », ou comment capter la frange féministo-sorcière de l’électrorat sans parler de développement ou de science.
    Marine Rollman, que je ne connaissais pas : « il y aurait moins de problème diplomatique si la politique n’était pas exercée par des hétéros. » (en réaction aux contrats de sous-marin)
    France Inter a quand même observée un silence gêné en réaction à la 2e, mais quand même, quelle mission de service public quand on relaie pareilles stupidités ?

    Une expérience intime me fera remarquer autre chose sur le féminisme (néo ou autre) : il sert de boussole à des filles un peu paumée, c’est un lustrage « renarcissisant » dirait-on en psychologie moderne. Ainsi ai-je connu un allumage, une séduction (non assumée certainement) et au réveil la déclaration « je ne veux plus être réduite à un objet du désir ». Pourquoi ne l’ai-je pas fuie quand elle me parlait de ses lectures de Beauvoir, Hériter ou consorts ? Je ne parle pas au seul nom d’une frustration, plus d’une intuition : tous les enfants du déconstructivisme ont, sous un vernis de science, affaibli pas mal de personnes intelligentes à l’origine. Les bien-pensants s’étonnent du succès d’un Zemmour, mais c’est assez normal, il est une contre-réaction opposée à cette caricature du postmodernisme. Le féminisme attire les femmes en quête de (re)construction, comme d’anciennes débridées aspirant à la sobriété ou l’assertion de leur « indomptabilité » ; le virilisme est une réaffirmation d’un rôle dénigré en retour, c’est tout aussi simpliste. Ce n’est à mon sens pas très rassurant pour l’intelligence collective.
    Ce que j’évoque en début du présent me consterne réellement, quand la chose publique devient un concours de séduction à cheval sur les idéologies en vogue. Il est temps qu’elles se prennent une grosse baffe, je ne saurais le dire autrement.

    1. Je pense aussi que le sens de l’histoire les pilonnera. Le néo-féminisme est une insulte à l’intelligence et une forme de misogynie extrême. Faire passer toutes les femmes pour ce genre de décérébrées narcissiques et névrosées est juste insupportable. Plus le temps passe et plus je méprise ce ramassis de débiles qui font honte à mon sexe.

  4. Je partage de plus en plus votre tonalité énervée. Je me réjouis qu’un Philippe Caubère soit relaxé, et que quelques petites lumières se fassent çà et là. Cela dit, je ne vis pas dans le monde des Bisounours et dans le délire de persécutions non plus.
    Ce que je trouve écoeurant est que JE SAIS que ces débilos sont une minorité hurlante et que dans un monde « normal », je m’en ficherais. POURTANT, leurs idées délirantes sont sacrément défendues par les plus officiels des appareils. Ainsi, quand j’entends une bonne amie se lancer dans une thèse sur la base des Sorcières de Mona Chollet, ou que je croise des filles très sérieuses qui cherchent à se donner une consistance à partir de ces billevesées existentialistes car elles n’assument pas ce qu’elles sont, je crois de plus en plus votre analyse sur le féminisme comme expression de la dépression féminine. Les sorties provocs des Ecolos me prouvent malheureusement que ces bêtises ont encore une bonne place sur le marché des idéologies. Le temps fera le reste…

  5. N’en déplaise à la foule vociférante qui l’accable sur Twitter et autres, Finkielkraut ne fait que reprendre la thèse de Françoise Héritier : « La valence différentielle des sexes et la domination masculine sont fondées sur l’appropriation par le genre masculin du pouvoir de fécondité du genre féminin » (Masculin/Féminin II)

    À lire aussi : Marcel Gauchet, « La Fin de la domination masculine » dans Le Débat. « Qu’une organisation pratique et symbolique aussi millénairement enracinée mette du temps à s’effacer, qu’elle laisse derrière elle des traces et une traîne considérables, quoi d’étonnant à cela? Mais il importe de ne pas se tromper sur la nature et la portée de ces inégalités subsistantes. Il n’est pas utile de leur prêter des proportions fantasmagoriques pour les combattre »

    1. Le féminisme idéologique radical (c’est-à-dire anti-patriarcal) d’Héritier consiste à installer de la victimisation, de la « domination masculine » et de la complainte universelle là où les lois de la biologie et des sciences de l’évolution ne font qu’observer un dimorphisme sexuel de nature : la différence des sexes et les particularités biologiques qui font que la grossesse, l’allaitement et le maternage de la petite enfance sont dévolus aux femmes, de même que l’impossibilité pour les hommes d’avoir la certitude que l’enfant – pour lequel ils vont risquer leur vie à chasser pour le nourrir et à combattre pour le protéger ainsi que sa mère des prédateurs, violeurs et groupes ennemis – est bien le leur. Aucun homme n’a envie de risquer sa peau pour l’enfant d’un voisin qui aurait engrossé sa femme dans son dos ; et ce sont des lois qui s’appliquent toujours (et qui expliquent beaucoup de crimes conjugaux quand l’homme comprend que ses ressources ou ses sacrifices risquent de profiter à d’autres si sa femme le trompe).
      A partir de là, l’organisation s’est faite telle qu’on la connaît, ce que les féministes ont rebaptisé « patriarcat ». Mais le patriarcat en soi est neutre ; il n’est ni bien ni mal, ni moral ni immoral, ni juste ni injuste ; il a simplement consisté à trouver une solution adaptative au dimorphisme sexuel à travers un système qui arrangeait autant un sexe que l’autre et que les femmes ont toujours plébiscité autant que les hommes. C’est le fameux « échange sexe contre ressources et protection » qui fonde la totalité des sociétés humaines traditionnelles.
      Les féministes contemporaines, en petites bourgeoises universitaires repues, sont incapables de comprendre que le monde n’a pas toujours été libre et apaisé et que dès que les temps sont troublés et la mort à toutes les portes, les vieilles lois naturelles reprennent toujours leur place. Même la maîtrise par les femmes de leur fécondité ne leur donnera pas la force physique ou le goût de la guerre qui leur permettraient de se passer des hommes. Ainsi si un état islamique leur imposait un jour la charia et la burka, nos belles âmes de la Sorbonne ne sauraient rien faire d’autre que se soumettre platement (ce qu’elles ont déjà commencé à faire, d’ailleurs, car en réalité la féministe sait toujours qui est son maître et elles se sont rangées derrière le plus fort depuis longtemps).

      Je vais lire l’article de Gauchet, merci de me l’avoir indiqué 😉
      Au plaisir de lire vos remarques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *