Yann Moix-Moi-Moi et le féminisme

M’étant fait traiter de néo-féministe (et ce n’était pas un compliment) parce que je me suis insurgée avec vigueur contre la goujaterie de Yann Moix (sa célèbre sortie sur les femmes de 50 ans), je tenais à faire un petit retour sur les rapports de cette affaire avec le féminisme. Dénoncer Yann Moix ne fait pas de moi une féministe et voici pourquoi.

  • Réfléchir sur le vieillissement des femmes n’a jamais fait  partie des luttes féministes

En effet, la question du vieillissement de la femme n’a jusqu’à présent jamais été une question féministe, ce que confirme la lecture de cet intéressant article de 2010, « L’impensé de la vieillesse : la sexualité« , où l’auteur se demande : « Pourquoi la vieillesse n’est-elle pas devenue un thème de luttes féministes ? ». Afin de répondre à cette question, elle annonce une étude d’envergure qu’elle va conduire auprès des féministes :  « Cette recherche entend combler les silences du féminisme concernant la vieillesse pro-sexe ou sans sexe, en cherchant les raisons d’une omerta collective ou au contraire en mettant au jour des initiatives peu connues et des alternatives aux discriminations sexuelles dues à l’avancée en âge. »

Il sera d’ailleurs très intéressant de voir comment la victimisation va pouvoir être proclamée, sachant que plus on avance en âge, plus les hommes partent les premiers.  Les féministes vont-elles oser se plaindre d’être toujours en vie longtemps après que tous les hommes de leur génération dégustent les pissenlits par la racine ?  Las, on peut leur faire confiance pour trouver de quoi accabler les hommes puisque, selon les études de genre, la règle est invariable : les hommes sont toujours coupables de tout (y compris de mourir trop tôt – j’ai vu passer des tweets en ce sens).

Etudes de genre : « C’est trop bien ! Si tu utilises ton imagination, tu peux accuser les hommes de TOUT ! »

Pour ma part, je n’essentialise pas. Je ne dénonce pas « les » femmes en général, mais certaines d’entre elles, les féministes idéologues et misandres et toutes celles qui apportent leur pierre à la mauvaise guerre des sexes. Je ne critique pas ces femmes pour leur genre, dont elles ne sont pas responsables (et que je partage de toutes façons), mais pour leurs idées, qu’elles ont tout le loisir de reconsidérer si elles le souhaitent. Je ne me sens pas non plus solidaire de la « classe » des femmes (une approche 100% gauchisto-sexiste – le féminisme étant par définition un sexisme), je suis solidaire de tout être souffrant, qu’il soit homme, femme, enfant ou animal.

Toute femme n’ayant pas à être féministe –  l’un n’impliquant pas l’autre, puisque « femme » signifie un genre biologique et social et « féministe » une idéologie généralement très marquée à gauche et de plus en plus inepte sur le plan intellectuel – ; je ne vois donc pas pourquoi réfléchir sur la question du vieillissement d’un sexe biologique ferait automatiquement de vous une idéologue féministe.

De même, je ne défends pas « les » hommes en tant que groupe indistinct, je me contente de pointer à l’occasion, comme les masculinistes modérés (par ex. sur le site neo-masculin.com), les injustices et les mensonges que leur fait subir de plus en plus souvent le féminisme dominant.  Et donc, au sein des hommes, il y en a qui ont des comportements et des prises de position tout aussi critiquables que les pires féministes va-t-en-guerre – et c’est le cas de Yann Moix.

Dénoncer ce dernier n’est pas du féminisme, car  :

Comme j’en avais l’intuition dès le départ, Moix s’affirme lui-même féministe ! En tant que héraut médiatique de la bien-pensance de gauche, il ne pouvait évidemment pas en être autrement… Et il en incarne justement les pires travers – immaturité affective,  complaisance dans sa névrose, narcissisme infantile et  mépris de l’autre sexe porté en étendard.

Extrait vidéo –  Yann Moix justifie sa goujaterie en déclarant : « Je suis quelqu’un d’extrêmement féministe » (ONPC, 12/01/2019) :

Quand il se dit féministe sur le plateau d’ONPC, Moix débite quelques lieux communs sur la libération de la femme des années 70 ; quelques vieilles lunes qui montrent qu’il ne connaît pas grand chose aux dernières évolutions du féminisme mais qui lui sont très utiles pour justifier dans la foulée son ego pathologique : « Moi, moi, moi, moi, moi… ». Si je lui reproche de trop bien l’incarner, je dois lui reconnaître d’avoir plutôt bien résumé le féminisme, justification ultime de toute forme de narcissisme décomplexé. Même Christine Angot n’a pas trouvé quoi lui répondre.

Les féministes feront probablement la fine bouche et objecteront que son féminisme est en carton ; tant il est vrai que Moix peut tenir les discours les plus contradictoires (pour autant que le buzz le serve) –puisqu’il n’a aucune conviction profonde. Excellant surtout à humer l’air du temps, il calcule ensuite savamment sa posture la plus provocatrice et/ou la plus bankable.

Les féministes s’en prennent régulièrement à lui, ce qui d’ordinaire ne manque sans doute pas de le flatter. Elles le font d’ailleurs de manière assez stupide, comme dans cet article où l’une d’elles reproche à Mélanie Thierry de ne pas se revendiquer féministe face aux questions orientées de Moix. Sur ce coup-là, je donne raison sur toute la ligne à Mélanie Thierry qui s’est parfaitement défendue toute seule, et je ne trouve pas non plus que les questions de Moix étaient inintéressantes. Ses interrogations sur le désir amoureux ou sur la tentation de l’infidélité sont des questions légitimes et défendables ; je ne vois pas pourquoi elles seraient taboues ou marquées du sceau de l’infamie sexiste.  Mélanie a eu la liberté de ne pas y répondre, c’est très bien aussi. Rien à redire, donc.

  • Moix est le valet du féminisme, puisqu’il en est le meilleur rabatteur

Féministe ou anti-féministe selon ses postures ou ses besoins, voire les deux en même temps, Moix vient en tout cas de remettre une énorme pièce dans la machine féministe. Il vient même de tirer une grosse cartouche dans le fondement des mascus qui le soutiennent.  Car qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

Le féminisme est revigoré au-delà de toute espérance. Quelle femme de plus 40 ans, directement insultée dans sa chair et rappelée au mépris général envers la femme vieillissante – y compris de la part des autres femmes, d’ailleurs, car compétition sexuelle exige, les femmes plus jeunes ou plus sexy frétillent d’avoir le bon âge et de pouvoir renvoyer la concurrence dans les cordes (la « sororité féministe universelle » démontrant une fois de plus qu’elle n’est qu’un concept vide) –, quelle femme de plus de 35 ans, donc, ne va pas se tourner vers les féministes pour y trouver réponses et soutien ?

Moix aurait-il oublié qu’il incarnait l’homme blanc de 50 ans, riche et occidental, c’est-à-dire l’ennemi juré des féministes ? Celles-ci ne manqueront pas de redoubler de coups sur ce profil masculin et comme on peut s’y attendre, cette surenchère haineuse n’aura comme effet que d’alimenter un peu plus la guerre des sexes et la fureur des deux camps l’un envers l’autre.

Pour autant, j’insiste, la question du vieillissement (des hommes comme des femmes) ne doit pas être laissée aux seules féministes. On est ici au croisement de la biologie et de la culture, et pas nécessairement dans l’idéologie victimaire de gauche. La question est bien plus vaste que cette approche par le petit bout de la lorgnette.

Je suis bien la seule à ne pas être surprise de voir M. Schiappa mouiller sa chemise pour défendre son laquais : entre féministes crasses, on se comprend forcément… Marlène Schiappa incarne ici la misogynie féministe à courte vue (je reviendrai dans un prochain article sur la misogynie féministe).

  • Moix est misogyne et ce n’est pas féministe que de le dire

En ce qui me concerne, je suis anti-féministe mais pas misogyne ; ce sont des choses séparées, comme je l’expliquais dans cet article : « Combattre le féminisme, oui. Sombrer dans la misogynie crasse, non« . Et je considère que la dernière posture de Moix est bien de la misogynie.

On m’a rétorqué que la misogynie était la haine des femmes et que Moix n’avait fait qu’exprimer ses goûts.  Une analyse plus fine de sa personnalité fait pourtant bien ressortir non seulement sa peur, mais aussi sa haine des femmes. Quand on déclare ne pouvoir « aimer » des femmes que si elles sont réduites à leurs corps, leur âge ou leur race (qu’il confond d’ailleurs avec leur nationalité : « les chinoises », « les japonaises », etc.), on n’aime pas ces femmes : on a seulement besoin d’une fixation érotique, d’une objétisation et d’une mise à distance pour pouvoir surmonter son dégoût absolu affiché pour toute femme ne rentrant pas dans ses critères. Ce genre d’homme qui crache sur le corps féminin est rarement un grand amoureux de ce corps, même jeune (car il ne sert qu’à lui faire oublier sa peur et son dégoût), et encore moins de la femme qui se trouve derrière.

Les mauvaises justifications de l’evopsy

Moix m’a vite fait penser à certains discours masculinistes radicaux qui, trop contents de découvrir l’évopsy, y trouvent matière à justifier leurs comportements les plus primaires, à savoir : « L’évopsy dit que le singe en nous bande seulement sur la femelle jeune et fertile ; ça veut dire qu’on peut se comporter comme de gros babouins en société – comme Moix, quoi ». Et de justifier l’injustifiable : non pas la préférence (en réalité très régressive) de Moix pour les corps jeunes, mais l’affichage vulgaire et haineux de cette préférence. Et donc d’encourager la guerre (sale) des sexes.

Comme l’écrit Claude Habib, il existe en France « une tradition d’entente joueuse entre les sexes, qui se renouvelle de génération en génération, et qui est une particularité nationale, même si elle ne se connaît pas comme telle. Cette variante est rare – en tout cas elle est moins commune que la guerre des sexes, telle que la prône le féminisme mondialisé ». Moix et ses alliées féministes achèvent de la mettre à bas.

Certes, notre comportement social est aussi piloté par nos gènes – tout n’est pas culturel –, mais le tout génétique est une autre forme d’excès. Des études montrent que les choses changent parfois vite sous l’influence culturelle et que dans les civilisations avancées et pacifiques, les appariements hommes-femmes sont moins soumis aux vieux réflexes génétiques qu’autrefois. On constate que dans les sociétés modernes, les préférences sexuelles des hommes sont moins régressives et davantage ouvertes en direction des femmes de leur âge.

Même s’il est vrai que les hommes bandent plus facilement pour certaines femmes (dont les jeunes), contrairement à Moix, ils ne les choisissent pas pour les aimer, vivre avec ou les épouser : « Ces chiffres montrent que les préférences (affichées plus ou moins publiquement) et les attitudes sur un site de rencontre se différencient de la sexualité et de la conjugalité effectives. Les femmes avec qui les hommes se mettent en couple ou ont des relations affectives et/ou sexuelles ne sont pas forcément celles qu’ils trouvent les plus attirantes. »

L’argument selon lequel Moix préfère se mettre en couple avec des corps de 25 ans « parce que plus fertiles » tombe de lui-même : il ne correspond pas au comportement moyen des hommes.

Car il faut bien garder en tête que Moix n’est pas l’homme de la rue. Moix est un riche bobo médiatique qui peut se payer les corps qu’il veut et donc se complaire ad vitam dans son immaturité affective : il pourra toujours s’acheter des jeunes chinoises, non pas parce que c’est son « goût », mais d’abord parce que c’est dans ses moyens financiers. Sinon, il désirerait et baiserait des femmes de son âge, comme tout le monde.

Femmes de son âge qu’il n’est pas le dernier à désirer d’ailleurs, puisqu’on l’a vu frétiller au point d’en perdre ses moyens devant Carla Bruni ou Estelle Lefébure, qui ont toutes deux plus de 50 ans. Sa déclaration sur les femmes de 50 ans n’est évidemment qu’un grossier mensonge. La vérité, c’est qu’il est prêt à sauter sur qui veut bien de lui, mais comme il est en promo pour son dernier livre, il lui fallait un petit scandale bien senti. Comme il le rappelle lui-même dans ONPC pour se défendre, il s’agit d’un discours déjà servi ailleurs et donc parfaitement assumé.  Il a de plus relu et validé avant publication son interview dans Marie-Claire. Il savait très bien ce qu’il disait et l’impact que cela aurait : il a cherché à blesser uniquement pour faire le buzz.

« Sa » vérité, qui n’est que mensonge et manipulation, lui sert en réalité à cracher à la fois sur les femmes de son âge (pour se venger de toutes celles qui l’ont quitté), mais aussi sur les hommes de son âge (tous ceux qui ne peuvent pas se payer des jeunes chinoises toute l’année et à qui il envoie le message qu’il ne doit pas être confondu avec eux).

En conclusion, les prétendus goûts de Moix ne sont rien d’autre que l’étalage de ses mensonges, de sa veulerie et de sa capacité à faire le buzz pour assurer son existence médiatique. Son inclination pour les asiatiques de 25 ans lui est moins dictée par ses goûts ou ses gènes (qui ont bon dos) que par son porte-monnaie et sa consommation immodérée d’imagerie pornographique. Prétendre que cet homme dit des « vérités » ou qu’il représente les autres hommes, c’est se montrer bien naïf. Tout comme prendre au premier degré son dernier numéro de Caliméro narcissico-médiatique pour encore se faire plaindre après avoir agressé tout le monde. Qu’il assume au moins de récolter ce qu’il a semé !

  • Voir aussi :

Féministes et pervers narcissiques, les liaisons dangereuses

. Addendum : Moix, Moix et Moix

En attendant le dénouement de la guerre fratricide entre Caïn et Abel (et leur père José), et pour mettre provisoirement tout le monde d’accord :

« In the Bible Cain slew Abel and East of Eden he was cast
You’re born into this life paying for the sins of somebody else’s past
Daddy worked his whole life for nothing but the pain
Now he walks these empty rooms looking for something to blame
You inherit the sins, you inherit the flames 
Adam raised a Cain « 

Une pensée sur “Yann Moix-Moi-Moi et le féminisme”

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