L’antiféminisme aujourd’hui

J’ai adopté depuis peu (2019) l’étiquette antiféministe, puisque ma critique acerbe du néo-féminisme me renvoie de facto dans cette catégorie. Je vois dans le même temps redoubler les attaques contre les antiféministes – distingués sur le plan lexical des masculinistes pour finalement être précipités dans la même fosse –, et particulièrement contre les femmes antiféministes.

Je perçois néanmoins une certaine perplexité parmi ceux qui pourfendent le nouveau cyber-antiféminisme, tout particulièrement celui porté par des femmes. La tendance étant de confondre allègrement les nouvelles formes de l’antiféminisme avec ses antécédents historiques, je vais donc repréciser mon positionnement, en répondant pour ce faire aux arguments de Christine Bard, qui se trouve actuellement à la pointe de ces attaques, tout au moins en France.

Dans Le Devoir du 18 mai 2019, «Antiféminismes et masculinismes d’hier à aujourd’hui : des salauds manifestes » (on notera le titre qui ne fait pas dans la dentelle), celle-ci précise « qu’il y a évidemment plus de plaisir à travailler sur les féminismes, les femmes rebelles », gna gna gna. Bonne nouvelle, elle va pouvoir travailler sur d’authentiques femmes rebelles, de celles qui refusent de se coucher devant le rouleau compresseur du conformisme intellectuel féministe, ce « nouveau communisme » (l’expression est d’Eugénie Bastié) qu’elle incarne.

Elle invoque ensuite « les chercheuses et les chercheurs (plus rares) [qui] se reconnaissent dans les luttes du passé pour l’égalité des sexes ». C’est un demi-aveu intéressant car elle reconnaît implicitement que les luttes pour l’égalité appartiennent au passé, ce que je dis également. Je rappelle que je suis entièrement pour l’égalité des sexes et que je me reconnais dans l’Equity Feminism ou féminisme pour l’égalité des droits de Camille Paglia, Christina Hoff Sommers, Paula Wright, Elisabeth Badinter, etc. Je vis en France, où hommes et femmes sont parfaitement égaux en droits et je n’ai jamais souffert de la moindre discrimination sexiste (j’ai même parfaitement conscience de mes privilèges féminins). Je suis fermement attachée à cette égalité des droits et considère que tout le reste, des discours délirants du féminisme du genre aux avatars intersectionnels du néo-féminisme ne sont que des divagations idéologiques et/ou toxiques.

Je déplore grandement l’adhésion de C. Bard (et de l’université française en général) au néo-féminisme intersectionnel, cette pleurnicherie au carré puis au cube servilement importée des Etats-Unis qui accompagnera, je l’espère, le féminisme dans sa tombe :  « Aujourd’hui, les féministes de la troisième vague réfléchissent à la manière dont les différentes oppressions peuvent se cumuler pour les femmes racisées, lesbiennes ou en situation de handicap… Ce « féminisme intersectionnel », issu du black feminism [« afro-féminisme »], invite à reconfigurer la pensée féministe. »

Ce féminisme intersectionnel, c’est le féminisme raciste, sexiste, indigéniste et islamique ; celui qui fait la promotion du voile et de l’islam, celui qui exclut les blancs et les hommes des réunions (la fameuse « non-mixité »), celui qui ferme les yeux sur les viols et les agressions pour peu qu’ils soient commis par des « racisés », etc. Il est la lie de l’humanisme et de l’université.

La logique du féminisme intersectionnel.

C. Bard dit aussi  : « Avec les antiféministes, il y a plutôt un effet repoussoir. Les discours de haine ne sont pas très agréables à étudier« . Eh bien, je ressens exactement la même chose, mais en sens inverse. J’ai souvent en tête cette image de devoir plonger mes mains dans le purin quand je dois examiner la haine féministe – puisque c’est précisément cette haine pure, cette masculinophobie délirante et ces discours victimaires pathologiques qui sont à l’origine de ce site.

Le néo-féminisme est un féminisme lacrymal.

Dans une autre interview parue dans Le Monde du 20 mars 2019, « L’antiféminisme fait converger des haines multiples » , la même Christine Bard déroule peu ou prou les mêmes arguments, confondant encore les antiféministes avec des « adversaires de l’égalité hommes-femmes », ce qui est mensonger mais surtout, ne veut rien dire. Car de quelle égalité parle-t-on ici ? De l’égalité en droits ? Elle est actée depuis longtemps et à part quelques Incels extrémistes, plus personne ne la remet en question. De l’égalité clitoridienne, urinairemenstruelle, fécale et autres pleurnicheries dignes de l’asile ? Dans ce cas, je n’ai effectivement que mépris pour ces pitreries.

Viennent ensuite les anathèmes idéologiques. Du haut de l’autorité morale que confère automatiquement un positionnement ultra-conformiste d’extrême gauche, l’antiféminisme serait forcément un « discours ultraconservateur ». C’est faux, puisque l’antiféminisme vient aussi historiquement de la gauche prétendument progressiste, comme C. Bard le rappelle elle-même, et Elisabeth Badinter, pour ne citer qu’elle (que les néoféministes traitent aujourd’hui de masculiniste), a toujours été une femme de gauche .

Vient ensuite le couplet attendu sur les « ressorts de la domination masculine », le vieux mantra idéologique qui enferme à vie les néoféministes alors que, du point de vue évolutionniste, la domination masculine n’existe pas et que le « patriarcat » (né en 1970) est une supercherie.

On touche ensuite à un argument recevable, à savoir que l’antiféminisme se développe aujourd’hui en réaction à l’idéologie du genre, ce fatras de divagations fondées sur la paranoïa et la pathologie narcissique néo-féministes. Les choses sont cependant présentées de manière faussée : « L’idée centrale du discours antiféministe, c’est que le féminisme nie la différence des sexes : l’inégalité serait un fait de nature nécessaire à l’ordre social. » Non. La différence ou la complémentarité des sexes s’adresse à l’ordre humain, ontologique ou anthropologique, bien en deçà et au-delà du social ou du politique . Permettre à un enfant de naître de la différence des sexes, c’est participer au respect fondamental de son humanité, de sa construction psychique et de sa vie entière. Quant à « l’inégalité » ontologique entre les sexes, elle n’est qu’une vue de l’esprit féministe

Elle défend ensuite comme il se doit (signe imparable du délabrement intellectuel de l’université française), l’écriture inclusive, cette indignité :  « L’antiféminisme (…) défend le respect de cette norme sur un plan concret législatif par exemple, mais aussi symbolique contre l’écriture inclusive, par exemple. C’est l’ordre genré du monde qui est en jeu« . Oui oui, mais moi j’attends toujours que les publications universitaires sur le genre soient intégralement torchonnées en inclusive version hardcore (« L’éducateurice de mon enfant dit qu’iel a des talents de créateurice », bla bla bla…) ; ce sera l’assurance que plus personne ne les lira ! – à part peut-être quelques étudiantes égarées dans les Masters en Pleurnicherie, antichambre du chômage longue durée. Comment se fait-il que ce ne soit pas encore le cas ? L’inclusive serait-elle réservée aux pauvres, aux incultes et aux idiots ? Avant de l’imposer à ceux qui ne vous ont rien demandé, commencez donc par vous l’infliger à vous-mêmes !

Vient enfin le sujet qui m’intéresse :  Comment peut-on expliquer l’antiféminisme d’un certain nombre de ­femmes ?

Faute d’une explication claire, plusieurs pistes sont envisagées, avec en premier ressort le lieu commun de la « conscience de classe » : « A l’instar de la conscience de classe, un certain nombre de facteurs favorables doivent être réunis pour qu’une telle conscience prenne forme et pèse sur le cours de l’histoire. » Parle-t-elle ici de la « classe des femmes », éternelles prolétaires selon la doxa féministo-marxiste, opposée à la classe des hommes, éternels exploitateurs de type blanc, capitaliste, hétéro,  cisgenre, etc. ? Ou bien reprend-elle le vieux cliché qui voudrait que les femmes antiféministes soient automatiquement de droite et de classe aisée ? C’est faux, puisqu’on sait aujourd’hui que l’électorat de gauche recrute davantage que celui de droite chez les bobos de centre-ville ou les bourgeois universitaires. Les femmes antiféministes proviennent de tous les milieux sociaux.

Sont ensuite suspectés « une stratégie de distinction visant la notoriété » pour des journalistes ou écrivains (je me refuse d’insulter une femme écrivain en la traitant d’écrivaine), ce qui est tout de même assez léger comme explication ; puis l’identité de classe aristocratico-bourgeoise et le rôle du Vatican, ce qui est un peu court aussi. Personnellement, ce n’est pas le Vatican qui m’influence – l’inanité du paradigme victimaire et du sexisme misandre qui l’accompagne me suffisent amplement.

Arrive enfin un paragraphe auquel je souscris dans les grandes lignes  : « L’antiféminisme féminin est parfois aussi une manière de se désolidariser d’un mouvement collectif jugé inutile, nocif, sexiste, misandre, victimaire… Ce discours n’est pas opposé au principe d’égalité mais il estime qu’aujourd’hui, les femmes sont libres et égales aux hommes : il s’en prend donc au féminisme en reprenant tout le corpus des représentations négatives. »

Il s’agit de cela, en effet, et il va falloir maintenant se demander pourquoi le mouvement féministe apparaît aussi outrageusement sexiste, victimaire, misandre… au point de susciter le rejet, le dégoût voire la colère d’un nombre grandissant d’hommes, mais aussi de femmes (c’est mon cas).

Il est donc urgent de prendre en considération les nouvelles raisons pour lesquelles des femmes qui au départ croyaient naïvement que le féminisme était une valeur défendable, découvrent avec consternation qu’il n’en est plus rien. L’antiféminisme est aujourd’hui une dénonciation du néo-féminisme, c’est-à-dire de la dérive extrémiste du féminisme pour l’égalité en droits (« Equity feminism » ou « féminisme égalitaire »), devenu « féminisme antipatriarcal », « féminisme du genre (« Gender feminism »), « féminisme intersectionnel », « féminisme islamique », « éco-féminisme », etc., autant de chapelles reposant sur le mythe du patriarcat et la misandrie qui l’accompagne.

Comme le rappelle la page Wikipedia dédiée, « l’antiféminisme est un néologisme désignant des critiques ou une opposition aux mouvements ou aux thèses féministes, pour des raisons politiques, philosophiques, religieuses, sociologiques ou culturelles. Il s’applique soit à la lutte contre l’émancipation féminine, soit au refus des thèses d’un ou plusieurs mouvements se disant « féministes ». Mon antiféminisme n’est pas contre les femmes (dont je suis), contre l’égalité en droits ou contre ma propre émancipation (dont je jouis pleinement et à laquelle je suis fermement attachée). Il est contre l’idéologie féministe et ses dérives continuelles.

Il suffit donc de se montrer critique envers les postulats idéologiques du néo-féminisme ou de les révoquer en doute pour être antiféministe, ce qui ne signifie nullement qu’on adhère à quelque thèse raciste, misogyne, homophobe ou ultraconservatrice que ce soit.

J’attends pour ma part  le jour où l’antiféminisme universitaire pourra sortir du bois dans ce pays et où l’on pourra dénoncer paisiblement les errements du néo-féminisme sans être ostracisé et rejeté dans le nazisme. Toutes les opinions, surtout quand elles sont fondées sur la démarche scientifique et historique (bien davantage que celles des féministes, justement, qui sont exclusivement des constructions sociales) devraient avoir droit de cité à l’université. Mais ce jour semble encore bien éloigné.

[à suivre…]

. Sur le même thème :

La femme antiféministe, épine dans le pied des féministes

La terreur féministe à l’université

[Imposture féministe ] – Le « patriarcat » est né en 1970