[Idéologie de la domination] – La femme moderne et « l’emprise »

Cela fait plus d’une décennie maintenant que je vois monter la notion « d’emprise » dans les cercles féministes, mais pas seulement. Depuis qu’elles s’en sont emparées toutefois, le concept est devenu la tarte à la crème des réseaux sociaux et des forums féminins, dans la mesure où il constitue le pendant du célèbre « pervers narcissique » ; « l’emprise » étant l’arme fatale permettant à ce nouveau loup-garou de séduire puis, tôt ou tard, de laisser pour psychiquement morte sa victime consentante. Je me dois donc de consacrer une page à cette notion, tant elle sera amenée à devenir centrale, non seulement dans les tribunaux médiatiques, mais désormais – et certainement pour le pire – dans les véritables prétoires.

Il ressort de cette complainte sur les réseaux sociaux et dans la nouvelle littérature du genre (le genre « Ouin ouin, je me suis fait croquer par le grand méchant loup ») que la notion « d’emprise » sert surtout dans ce contexte à régler leur compte à des hommes ayant fait souffrir ou torturé psychologiquement de malheureuses ingénues aussi béates que consentantes dans un premier temps avant de devenir d’impitoyables viragos vengeresses une fois qu’il n’y a plus rien à gratter. Avant d’évoquer les derniers exemples médiatiques de ces récits d’auto-promotion victimaire, il convient de se demander ce que recouvre au juste l’emprise.

Idéologie de la domination

Si l’on consulte la courte définition qu’en donne Le Robert : « Domination intellectuelle ou morale », on comprend tout de suite pourquoi la notion d’emprise déclenche instantanément un orgasme chez les féministes : il y est question de la fameuse domination, forcément masculine, que leur gourou Pierre Bourdieu et ses sectateurs ont théorisée au fil de leurs hallucinations déconstructivistes d’extrême gauche. On se rappellera que sur le plan des fantasmes sexuels, la domination/soumission est l’impensé des féministes, pour la plupart des névrosées obsédées par le pouvoir phallique (cf. « L’envie du pénis chez les féministes ») rêvant pourtant secrètement de se faire culbuter par des machos (« Je suis féministe mais j’aime avoir des rapports sexuels avec un macho, pourquoi ? » ), allant même jusqu’à « philosopher » leur désir refoulé de soumission (cf. « Manon Garcia ou la « philosophie » soumise à l’idéologie victimaire »). Il semble donc assez clair d’emblée que la notion d’emprise recouvre chez elles une forme de dissonance cognitive qu’il pourra être intéressant d’explorer.

Quoi qu’il en soit, le culte et le fantasme de la « domination masculine » sont réellement ce qui nourrit la quasi totalité des productions néo-féministes, qu’elles soient « artistiques  » ou « littéraires » (je mets des guillemets en raison de leur niveau intellectuel souvent pitoyable – les bassines de larmes couplées aux petits poings rageurs fièrement brandis sur un ennemi imaginaire ne faisant pas nécessairement bon ménage avec la créativité et le talent véritables).

Dans cette définition de l’emprise, la seconde notion importante, qui nourrit dans le même temps le néo-féminisme, est celle du harcèlement moral, un concept couplé à celui du « pervers narcissique » et développé depuis une vingtaine d’années par la psychiatre Marie-France Hirigoyen. Alors même que ses constats ne devraient pas être sexués (les harceleurs et les manipulateurs sont indifféremment des deux sexes – les mères vis-à-vis de leurs enfants jouant notamment un grand rôle dans le phénomène), ses travaux sont instrumentalisés par les idéologues néoféministes afin de servir leur misandrie congénitale. Ces dernières insistent toujours sur le fait que les manipulateurs seraient à 80 ou 90% des hommes – alors que la réalité est évidemment plus nuancée : ce n’est pas parce qu’ils ne prennent pas exactement les mêmes formes que ces structures de la personnalité ne sont pas équitablement partagées. Le néo-féminisme incarne d’ailleurs à lui tout seul une forme de harcèlement moral envers les hommes, comme en témoignent par exemple la condamnation pour diffamation prononcée à l’encontre de Sandra Muller dans l’affaire #BalanceTonPorc ou les actuels lynchages médiatiques que subissent Richard Berry, Maxime Cochard, Olivier Duhamel, Gabriel Matzneff, Patrick Poivre d’Arvor, Woody Allen ou Roman Polanski et ce, quels que soient les faits, vérifiables ou inventés, qu’on leur impute. Le ressort de toutes ces attaques, à travers la notion d’emprise toujours invoquée, n’est jamais autre chose que le fantasme de la « domination masculine », le pouvoir phallique absolu qu’auraient exercé ces hommes sur d’innocentes victimes sans défense – sinon que la réalité est rarement aussi simpliste.

Suivant la logique féministe, le monde de « l’emprise » est donc très binaire : selon elles et les psychologues 2.0, la victime n’a jamais rien à se reprocher, elle est bonne, parfaite, humaine, empathique, généreuse – avec comme seuls éventuels défauts le côté ingénue ou bonne poire ; en bref, elle incarne la féminité dans toute sa splendeur, alors qu’en face, on trouve naturellement le mâle personnifié (je ne prends même plus la peine d’écrire mal, puisque ce mot s’écrit désormais mâle et que c’est la masculinité en soi qui est honnie et vilipendée), « l’emprise » étant d’ores et déjà devenue le terrain de la lutte des femmes (= le bien) contre les hommes (= le mal) – et c’est justement en cela que le concept prospère autant.

Le Tentateur et les vierges folles

Le plus déplorable est donc qu’en ce début de XXIe siècle, les néoféministes nous ont ressuscité tout à la fois les « précieuses ridicules » du XVIIe siècle, les fausses ingénues du XVIIIe et les neurasthéniques et autres bigotes victoriennes du XIXe, qui toutes prenaient vapeur et réclamaient à grands cris leurs sels et leurs confesseurs. Tous ces siècles de « libération » pour revenir sangloter sur le grand méchant loup avec qui on a consenti, mais que finalement non, parce qu’en fait, on a rencontré le Diable et qu’on était « sous empriiiise, ouin ouin ouin » (soupir…).

Satan devant le juge – allégorie de la femme moderne

La dernière nunuche en date (février 2020), celle qui s’en prend à PPDA, est tellement caricaturale qu’on pourrait espérer, si la bêtise ambiante n’avait pas déjà retourné autant de cerveaux, que le ridicule et l’imposture finissent par entraîner par le fond tous ces mauvais récits de fausses agressions. Le seul bon côté est qu’elles se concurrencent entre elles et se font réciproquement de l’ombre, divisant de fait la manne financière pour chacune – je ne peux croire qu’il y ait un public assez neu-neu pour se jeter sur autant de livres plus indigents et mal écrits les uns que les autres. J’ose même espérer que l’effet de saturation est proche, puisque cette dernière affaire Porcel/PPDA semble susciter un début de lassitude dans le public et soulever beaucoup de bonnes questions sur le fond, y compris chez certains sympathisants du féminisme.

Que nous racontent donc tous ces parangons de vertu, ces oies blanches dénuées de tout calcul, qui dans leur bonté d’âme auraient accepté de faire manger toutes crues par le vice sur pied en personne, et qui se réveillent des années plus tard dans les affres, toutes ces Springora et autres Porcel ? (Porcel, quel nom prédestiné pour balancer…).

En vérité, elles nous ramènent directement au Moyen Âge – un Moyen Âge où on savait pourtant mieux qu’elles rire de si peu –, quand de naïves et imprévoyantes vierges folles, sur les portails des églises, se laissaient berner par le doux visage et les beaux atours du Tentateur, un beau et séduisant jeune homme à la mode du temps… en réalité le Diable en personne qui s’était fait homme afin de mieux les leurrer et les entraîner dans la tentation : il leur tend la pomme du péché de chair alors que les crapauds, les lézards et les serpents qui grouillent et s’échappent de son dos révèlent sa véritable nature. Le portrait craché de nos « pervers narcissiques » !

Cathédrale de Strasbourg, Le Tentateur et les vierges folles, vers 1280-1300 / Le Tentateur, détail (statue originale déposée au Musée de l’Oeuvre de Strasbourg)

Florence Porcel ou Vanessa Springora, nos nouvelles vierges folles, n’y ont évidemment vu que du feu, incapables dans leur candeur d’identifier le péché de fornication dans lequel les ont entraînées leurs diaboliques tentateurs. Florence Porcel – dont le patronyme même est un condensé de « porc » et de « pucelle » – joue justement sur sa virginité lors de son premier rapport avec PPDA en 2014 – mais elle le suce encore, toute contente, 5 ans plus tard, ne réalisant que 16 ans après, au moment de sortir un mauvais livre, que « ouin ouin, c’était un viool sous empriiise », et gna gna gna… Cette manière d’exploiter l’emprise à des fins marketing discrédite au passage toutes celles et ceux qui en sont réellement victimes et qui passeront désormais pour des affabulateurs ou des guignols, maintenant que le terme est galvaudé et vidé de son sens par toutes ces manipulatrices. Évidemment, qu’elles n’étaient pas nées de la dernière pluie et qu’elles savaient très bien ce qu’elles faisaient, y compris Miss Springora, dont la précocité intellectuelle et sexuelle ne faisait aucun doute dès l’âge de 15 ou 16 ans (voir plus bas). Mais se poser en victime du Mâle est tellement plus valorisant, de nos jours…

N’oublions pas tout de même que depuis l’après-guerre, le féminisme fabrique des mijaurées et des nunuches à la pelle, ces générations de petites filles de plus en plus fragiles dont je parle souvent, définitivement incapables de quitter le monde de leur enfance peuplé de licornes arc-en-ciel et de petits poneys asexués (même le monde de Candy est déjà devenu trop violent pour elles, car trop « hétéronormé »), et d’affronter le vrai monde, celui des hommes qui sont le Diable, forcément, car pour ces néo-puritaines, homme, Diable, séduction, désir et pénis, c’est tout un.

Cathédrale de Bourges, XIIIe siècle. les damnés entraînés vers l’enfer par des démons / Diable sexué (détails).

Que le pénis soit l’instrument du diable, les images du Moyen Âge nous l’enseignaient déjà – avec humour, toujours. Ainsi à la cathédrale de Bourges, le démon grimaçant qui entraine un réprouvé vers l’enfer est-il doté d’un magnifique pénis… Une image qui tapisse à coup sûr l’inconscient de nos nouvelles bigotes bitophobes, pour qui le pénis masculin est tout autant objet de fascination que de terreur – et donc d’emprise, désormais.

Le choeur sanglotant des vierges en treillis

L’affaire PPDA est particulièrement révélatrice des incohérences du discours néo-féministe. D’un côté, ces militantes n’ont de cesse de nous imposer l’image de la femme battante, musclée, hommasse, vindicative et guerrière, soi-disant à même d’écrabouiller comme une grosse bouse le « patriarcaca », alors que dans le même temps, elles vont se représenter dans cette mauvaise littérature comme de pauvres petites choses irresponsables, ne bitant rien à rien de ce qui leur arrive, tout juste bonnes à se retrouver « sous emprise » et à perdre tous leurs moyens dès qu’elles sont mises en face d’un mâle un tant soit peu sûr de lui et charismatique. C’est en cela que le féminisme devrait s’assumer comme une forme en soi de dissonance cognitive.

Bon alors, faudrait savoir ! Vous êtes des guerrières ou des pleureuses neurasthéniques ?

Cette manière de ramener la femme au vieux statut de la pauvrette soumise au Malin (qui s’appelle donc aujourd’hui le Mâle) au point d’aller pleurer chez le juge pour qu’il punisse le vilain garçon qui a osé offenser sa vertu et bafouer sa haute moralité est particulièrement décourageant. C’est pourtant ce à quoi on a assisté ces derniers jours avec « l’emprise » reconnue comme « contrainte morale » au procès de Georges Tron qui, heureusement, se pourvoit en cassation. C’est le grand retour de la dévote sous emprise avec ses sels et ses bassines de larmes, mais qui aujourd’hui réclame au juge de régler ses comptes avec son ex – car dans ces affaires médiatiques, l’emprise n’est jamais autre chose que la nouvelle manière de qualifier le sentiment amoureux une fois que l’histoire a capoté. Nous sommes à chaque fois face à des amoureuses dépitées qui ont dû finir par admettre qu’elles n’avaient été qu’un plan cul parmi d’autres dans l’agenda fourni du Don Juan qui les a consommées par routine. Et cela, elles ne peuvent l’encaisser et il va falloir que l’homme en question leur rembourse d’une manière ou d’une autre leur attachement.

La nunuche 2021 va donc invoquer « l’emprise » pour revenir sur son consentement des années, voire des décennies plus tard. Il est pourtant aberrant de parler d’emprise quand on se situe dans le domaine de la relation amoureuse et surtout de la zone grise de la sexualité – les grandes histoires d’amour passionnelles, des plus romanesques au plus tragiques, sont toutes des histoires d’emprise, comme le rappelle très bien Jean-Paul Brighelli : « Les souvenirs de viols se ramassent à la pelle », Causeur, 19/02/21).

Les mécanismes de l’emprise existent véritablement, nul ne le conteste, puisqu’ils appartiennent aux ressorts de la psychologie et des relations interpersonnelles, avec leur lot de luttes et de coups bas, particulièrement dans le domaine des phénomènes sectaires ou de l’escroquerie pure et simple, avec de véritables victimes qui peuvent même y laisser leur vie. Mais la manière dont les neofem viennent aujourd’hui demander au juge (affaire Tron) ou aux médias et réseaux sociaux de régler leurs histoires de cul ou leurs échecs amoureux est particulièrement minable. Je considère que cette emprise-là est réellement devenue une tarte à la crème et qu’il ne faudrait pas la confondre avec la véritable manipulation mentale.

« Emprise » ou séduction féminine non assumée ?

Harvey Weinstein pratiquant l’emprise avec de futures violées

On pourrait résumer le problème de ces filles qui invoquent « l’emprise » de la manière suivante – car les mêmes caractéristiques se retrouvent toujours :

  • Elles se sont jetées dans les bras d’un séducteur, un homme à femmes, un « mâle alpha », un Don Juan, un bad boy, un Casanova, une bête de sexe, un homme de pouvoir, une star médiatique, etc. Elles s’y sont jetées en connaissance de cause : c’est même uniquement parce qu’il est un homme à femmes qu’elles se sont mises à genoux dans son bureau pour le sucer (n’est-ce pas Florence Porcel ?). Le mécanisme de cette attirance est parfaitement connu, j’en ai déjà parlé : Féministes et pervers narcissiques : les liaisons dangereuses. 80% des femmes sont attirées par 20% (voire moins) des hommes : elles se jettent toutes sur les pièges à filles pour des raisons évolutionnaires et psychologiques qui s’expliquent très bien même si on peut les déplorer.
  • Elles vont alors toutes vivre des montagnes russes émotionnelles, des sentiments exacerbés de passion, de fureur, d’amour fou, mais aussi de rage, de jalousie et de vexations. Parce qu’il est un homme à femmes qui a pour habitude de consommer ses plans cul puis de les remplacer sans trop d’états d’âme, leur homme, une fois que l’histoire s’avère bien mal engagée, se verra alors étiqueter « pervers narcissique » et le phénomène « d’emprise » arrivera immanquablement sur le tapis.
  • Plutôt que de suivre les conseils avisés, pourtant faciles à trouver un peu partout, de passer son chemin et de lâcher l’affaire, la victime consentante va préférer s’accrocher et ne rien lâcher tant que l’histoire ne sera pas arrivée à son terme : en général une rupture définitive extrêmement douloureuse car trop tardive.
  • Il est HUMAIN de vivre ce type d’expériences car elles sont inscrites dans nos gènes ; nous sommes génétiquement programmées pour être instinctivement attirées par ce type d’hommes. Ce n’est donc pas une faute d’avoir succombé, ce n’est pas une faute d’avoir couché ou d’avoir sucé ce personnage : c’est la vie, tout simplement ! L’amour passion (et le sexe passion) font souvent très mal – c’est même pour cela qu’on parle d’amour passion et pas d’amour plan plan, et c’est aussi pour cela que ces histoires sont tant recherchées et aussi inoubliables à expérimenter.
  • Mais cela, les femmes, et plus encore les féministes, qui incarnent une forme de femellitude exacerbée dans ce qu’elle a de pire, ne peuvent l’entendre. Enferrées dans leur vision du monde binaire, il faut toujours qu’elles y appliquent leur pauvre grille de lecture « moi victime/toi bourreau ». Elles ne peuvent accepter l’idée qu’il n’est inscrit nulle part qu’une affaire de coeur ou de sexe doive être « égalitaire » en tous points, et que sinon, c’est à la justice de punir l’impétrant – on n’entre pas dans une histoire d’amour ou de sexe avec un formulaire Cerfa à la main, comme elles voudraient pourtant nous l’imposer. La féministe veut toujours tout régenter, tout moraliser, réclamer des assurances affectives (même si ce dernier point est bien humain et compréhensible), et surtout s’acharner à rendre banale et conformiste une histoire qui ne l’est génétiquement pas. C’est ici encore où elle est en dissonance cognitive et dans le déni : elle rejette et maudit d’un côté ce qu’elle a recherché frénétiquement de l’autre. Ma conclusion personnelle sur cette question est assez simple : il y a des hommes pour les plans cul et des hommes pour l’engagement durable et ce ne sont pas nécessairement les mêmes. À chacune de faire les bons choix et de les assumer ensuite : les hommes ne sont pas tous les mêmes et on ne peut pas toujours avoir le beurre avec l’argent du beurre, comme dit la sagesse populaire.
  • Jusqu’ici, il n’était pas possible de demander à ce que la justice punisse un homme simplement parce qu’il n’a pas été gentil, parce qu’il nous a ghostée, parce qu’il a été macho ou goujat, ou parce qu’il n’a pas répondu à notre amour absolu par une forme d’amour équivalente. C’est la raison pour laquelle ces dernières années, les plaintes pour viols et agressions sexuelles ont explosé – parce que c’était la seule manière de traîner en justice un homme qui vous avait abandonnée ou remplacée par une autre. Cette forme de ressentiment est aussi l’unique ressort de la terrible vengeance de Patricia Cahuzac qui a conduit son mari à la mort sociale, ici par la dénonciation des fraudes fiscales dans lesquelles elle avait pourtant largement trempé elle-même. Malheureusement, avec l’affaire Georges Tron, cette notion d’emprise qui vient de faire son entrée dans un jugement signifie qu’une femme va pouvoir désormais faire punir un homme sous n’importe quel prétexte, en appelant à sa vertu outragée – ou sa morale sexuelle de petite bourgeoise qui n’assume jamais de payer les pots cassés de ses propres agissements.
  • Car que recherchaient ces jeunes femmes avec tous ces hommes plus mûrs et plus âgés qu’elles, déjà installés dans la vie et au sommet de la pyramide, déjà célèbres et influents, sinon d’être éclaboussées par leur pouvoir et leur lumière et d’en profiter ? Pourquoi ont-elles couché, utilisé leurs appâts, leur jeunesse, leur fraicheur, leur sex-appeal, sinon pour les séduire elles aussi et en tirer un avantage souvent matériel, professionnel ou social ? Florence Porcel reconnaît qu’elle attendait de PPDA un coup de pouce professionnel. L’accusatrice de Darmanin attendait des retours concrets de sa prestation sexuelle (l’effacement d’une peine sur son casier), Valentine Monnier qui accuse Polanski à 45 ans de distance espérait un rôle dans un film, et ainsi de suite. C’est toujours la rancoeur, la jalousie et le ressentiment qui déclenchent ensuite ces accusations à distance. Des choses moralement assez basses, mais ceux ou celles qui se drapent dans la moralité sont souvent ceux qui en détiennent le moins.
  • En définitive, le plus insupportable est probablement cette terrible hypocrisie, quand on les entend parler « d’emprise » ou de « viol », puis qu’on retrouve leurs écrits ou leurs photos, qui montrent qu’elles étaient non seulement consentantes, mais bel et bien demandeuses tout à la fois de sexe et de services. C’est le cas de la plupart des « victimes » d’Harvey Weinstein (voir photo ci-dessus) ou même de Florence Porcel, qui en plus d’écrire comme une élève de cinquième assez moyenne, reconnaît que tout aurait bien été si elle avait été traitée en princesse et que PPDA l’avait baisée dans un lit conjugal et non pas entre deux portes :
Florence Porcel, in Pandorini, 2021, p. 206. Merci à Guilaine Depis pour la photo et les témoinages.

C’est aussi le cas de Vanessa Springora, qui écrit dans Le Consentement que « l’amour n’a pas d’âge. Notre histoire aurait été sublime si G. m’avait aimée toujours, au lieu de passer à d’autres femmes après moi ». On a tous compris, notamment à la lecture de la lettre qu’elle avait écrite à Matzneff alors qu’elle avait 16 ans (« Je suis heureuse que les dernières heures que j’ai vécues avec toi aient été des heures de félicité, de plaisir, de tendresse. (…)Tu es mon premier amant, mon tendre initiateur, celui qui a fait en sorte que je garde toute ma vie un beau souvenir de ma découverte de l’amour. Tu m’as ouvert les yeux, je suis née dans tes bras », etc.), qu’elle vivait une histoire avec lui en parfaite maîtrise des événements et que la rupture qu’elle a elle-même provoquée et qui l’a fait souffrir pendant des années n’avait rien à voir avec de l’inceste ou du viol. C’est uniquement un règlement de comptes parce qu’elle n’a pas supporté de n’être pas la seule et l’unique, la reine du cheptel – car tout est toujours là. Toutes celles qui crient à « l’emprise » dans ce contexte sont celles qui ont été remplacées par leur séducteur. Sous une autre emprise, de type sectaire celle-là, celle des féministes qui récupèrent l’affaire, c’est alors la revanche des perdantes et des jalouses qui trouvent enfin le moyen de se venger et de mettre en coupe réglée leur initiateur sexuel ; c’est surtout la revanche du ressentiment et du culte narcissique de la victimitude. Il faut pourtant accepter qu’on ne puisse forcer quelqu’un à vous aimer. C’est une expérience extrêmement douloureuse à vivre, peut-être la pire dans une vie, mais… c’est la vie. Et c’est tout le problème de ces petites princesses narcissiques qui réclament l’égalité là où il n’est écrit nulle part que l’amour est un dû. Il faut savoir partir et passer à autre chose sans n’avoir plus d’autre obsession que de se venger et de détruire l’autre.

Ces accusatrices opportunistes sont souvent des intolérantes à la frustration, car en tant que petites filles gâtées et surprotégées des classes supérieures, ayant pour habitude de naviguer dans une société hyper-féminisée conçue par et pour elles, elles ne peuvent affronter le réel et accepter le monde tel qu’il est. Toutes ces dénonciatrices qui pondent des livres vengeurs ou s’épanchent devant les micros sont des privilégiées : Coline Berry, Vanessa Springora, Camille Kouchner, Florence Porcel, Sandra Muller, Adèle Haenel… Il ne s’agit que de féministes favorisées et autoritaires ayant pour habitude d’avoir le monde à leurs pieds car membres d’une caste dominante qui ne tolère d’encaisser le moindre revers. Ces « filles à maman » (puisque dans le monde qu’elles ont construit, le père a généralement disparu, avec ou sans son consentement) ont alors besoin de le remplacer par un système judiciaire et des institutions morales et étatiques paternalistes. Et c’est là le plus grand paradoxe. Quand on vient réclamer à la puissance publique de punir votre amant qui n’a pas été gentil et qui ne vous a pas baisée selon le code de la vertu, c’est qu’on vient supplier ce qui remplace aujourd’hui l’ancienne fonction paternelle : le besoin criant d’être protégée, paternée et respectée dans sa moralité est assez flagrant. Plus les féministes pleurent sur le « patriarcat » qui soi-disant les soumet, plus elles exigent dans le même temps qu’on les protège et qu’on les bichonne, que la société toute entière ne soit plus qu’une grande nounou bienveillante et empathique, un cocon protecteur gynocentré tenu d’une main de fer par une Super Nanny tout à la fois bienveillante et mère fouettarde, qui taperait sur la main des mauvais garçons qui soulèvent les jupes des filles et leur demanderait de s’excuser. Le manque de présence paternelle, qui est un fait avéré dans la plupart des foyers féministes (mais pas seulement) se révèle en creux dans cette incapacité à affronter le monde à la moindre difficulté – et cela devient un problème sociétal typiquement féministe.

Le reflexe conditionné de renier ses anciennes amours

D’un point de vie évolutionnaire et plus largement anthropologique, l’attitude de Florence Porcel illustre parfaitement ce besoin – cette nécessité, même, car en grande partie inconsciente – qu’ont les femmes d’effacer les taches de leurs anciennes copulations. Une femme « bien » se doit de laver la faute qui a pu souiller sa pureté, sa virginité, sa fraicheur et donc la démonétiser, si jamais l’acte en question n’a pas conduit à une union en bonne et due forme. On pourrait croire qu’il s’agisse là de vieux réflexes cantonnés aux anciens systèmes « patriarcaux » ou aux sociétés « archaïques » de type islam ; mais à voir ces nouvelles pucelles brandissant leur naïveté et leur vertu dans l’espace public pour être absoutes, on comprend qu’il n’en est rien.

Au XVIIe siècle, les courtisanes déchues, après avoir par la grâce de leurs charmes ou de leur entregent triomphé un temps sous les ors de Versailles, se retiraient au couvent pour expier, aussitôt qu’une nouvelle favorite prenait leur place dans la couche royale. C’est ainsi qu’elles se faisaient peindre en « Madeleine repentante », ou plus exactement faussement repentante, car elles ne manquaient jamais de rappeler au passage qu’elles avaient encore de beaux restes :

Que sont aujourd’hui les Porcel, Springora et toutes celles qui viennent renier leurs consentements passés, sinon de fausses repentantes qui, n’ayant plus désormais l’intention de rejoindre le couvent, choisissent de restaurer leur haute moralité sexuelle par une confession publique, invoquant une « emprise » extérieure qui tombe à pic ? Laquelle, en plus de les disculper et de les blanchir, a l’avantage de faire condamner comme agent du mal absolu leur Séducteur (un des anciens noms du diable). Malgré le féminisme, les femmes n’ont donc pas beaucoup changé… Et ce, parce qu’il existe des invariants biologiques et évolutionnaires qui seront toujours plus forts que l’idéologie du genre : pour pouvoir attraper un mâle dominant et enfanter avec lui (l’objectif des 80%/20%), une femme doit encore et toujours pouvoir lui démontrer qu’elle est pure et fiable – que cela soit vrai ou pas, c’est une autre histoire. Cette mauvaise littérature néo-confessionnelle et néo-vertueuse risque donc d’avoir encore de beaux jours devant elle.

Sortir de l’emprise par la sublimation et la création

Ces féministes et autres « rescapées » du Mâle sont d’autant plus disertes sur la fatale et mortelle « emprise », cette toile d’araignée perverse qui les tient captives et les englue… qu’elles en sont toutes sorties ! Elles sont donc la preuve vivante qu’elle n’est pas si fatale qu’elles le prétendent et qu’on en sort non seulement librement, mais plus forte et plus aguerrie que quand on y est entrée. Il se présente en fait deux voies quand on sort de cette expérience généralement inoubliable [attention : ne jamais oublier ne signifie pas qu’on soit toujours victime ; c’est ce que les victimistes professionnelles ne comprennent pas : elles confondent la mémoire et le traumatisme et c’est en cela que Muriel Salmona est dans l’imposture avec sa « mémoire traumatique » (Richard McNally, dans Remembering Trauma, 2005, a démonté ce concept frauduleux)].

  • Soit, une fois sortie, on passe le reste de sa vie dans la haine et le ressentiment : c’est le cas de nos « écrivaines » sus-mentionnées (j’emploie à dessein ce terme féministe « d’écrivaine » que je méprise et qui pour moi signifie « écrivaillonnes » ou « torche-culs ») qui, avec leurs appels hypermédiatisés à la curée et au lynchage, outre le fait qu’elles s’économisent lâchement un(e) attaché(e) de presse, se vautrent dans la bassesse morale. De plus, il n’aura échappé à personne que toutes ces histoires ne touchent que des hommes blancs, riches et célèbres. Le pouvoir, le succès et l’argent ont d’abord été pour toutes ces femmes des aphrodisiaques puissants avant de devenir l’objet de leur ressentiment et d’une incurable aigreur mis au service de l’agenda déconstructiviste féministe.
  • Soit, en n’oubliant pas pour autant (je ne vois pas pourquoi il faudrait effacer, salir ou renier une partie importante de sa vie), on apprend à sublimer positivement cette expérience. Comme la philosophe et psychanalyste Cynthia Fleury l’a très bien expliqué, il faut apprendre à sortir de la rumination et du discours victimaires afin de « trouver le chemin de l‘amertume réconciliée, car c’est le territoire de la vie ». Elle ajoute qu’il faut « dépasser le ressentiment, non pas par la réparation, mais par la création ». Il faut même, et c’est le plus difficile à entendre pour les victimistes, savoir « renoncer à la réparation », car « dans l’humain, on ne répare pas ce qui est cassé ; c’est cassé : on répare par métaphorisation, en créant autre chose ». Et il est toujours possible de le faire. C’est certainement un chemin moins facile et plus exigeant que la haine destructrice, mais c’est au final plus gratifiant car on en sort grandi(e).

Oui à « l’emprise », oui aux amours malheureuses, oui au bad sex !

Mais bien sûr, oui à tout cela ! Car cette emprise amoureuse qui terrifie tant nos nouvelles victimes de tout n’est rien d’autre que le sel de la vie elle-même ! (encore une fois, je ne parle pas ici de la véritable emprise sectaire mais de tous ces plans cul foireux qui ont laissé un goût amer à nos pleureuses professionnelles). Ce sont des expériences éprouvantes, certes, mais la vie elle-même est éprouvante et en vérité, quand on accepte d’être un peu objective, on reconnaît que ces histoires-là nous ont en réalité apporté autant qu’elles nous ont coûté. Parce que l’autre versant de « l’emprise » amoureuse et/ou sexuelle, c’est aussi très souvent l’exaltation (même brève), l’amour fou, l’amour aveugle, l’amour toxique, oui et alors ? Il ne faut pas se mentir, ce sont les attachements les plus toxiques qui sont les plus excitants, ce sont ceux qui ont permis d’écrire les plus belles pages de la littérature ou de tourner les plus beaux films. Et jamais les litanies de plaintes, de dénonciations et de crachats de nos écrivaillonnes médiatiques ne caresseront ce firmament.

Même si notre cerveau rationnel nous fait rechercher de belles et sereines histoires d’amour calme, qui durent 50 ans ou plus, il n’est jamais tout seul aux manettes et ce n’est pas toujours lui que nous suivrons. Et même si les féministes arrivaient un jour à nous imposer leur cauchemardesque sexe consenti avec accord écrit réciproque, rien ne pourra jamais empêcher ces autres histoires d’exister, quitte à s’y perdre volontairement. C’est ce que les nouvelles mères-la-morale n’accepteront jamais – sauf que le réel saura comme toujours se passer d’elles. Elles s’imaginent naïvement qu’elles vont pouvoir purger la psyché humaine de toute folie amoureuse et de toute forme « d’emprise », mais c’est un combat perdu d’avance.

Le sexe « sous emprise » existera toujours, tout comme le sexe tarifé, tout comme les promotions-canapé, tout comme les ambitieuses qui couchent pour réussir et qui décrochent la timbale. Nos piètres écrivaines pleines de ressentiment n’ont juste pas été assez malignes pour tirer les marrons du feu des coucheries de leur jeunesse, ou pour monétiser intelligemment leur sex-appeal quand elles avaient les hommes à leurs pieds, pour vieillir ensuite sereinement après avoir vécu des expériences tumultueuses. Eh bien, tant pis pour elles, qu’elles restent tirer des traites à vie sur leurs vilaines névroses. Elles feront face bien assez vite aux retours de bâtons judiciaires quand leurs accusations se seront révélées gratuites ou diffamatoires.

Les femmes ont toujours su utiliser tout ce qu’elles avaient en rayon (intelligence et/ou beauté, sex-appeal et/ou jeunesse, force de persuasion, de manipulation, etc.) et ne se sont jamais gênées pour le faire. Il est cependant faux de prétendre qu’on a forcément besoin de coucher pour réussir, comme j’ai pu le lire. C’est juste que la plupart du temps, la demande rencontre l’offre. Il ne faut ni condamner les femmes qui couchent pour les raisons qui leur chantent ni victimiser celles qui sont passées par là. Et encore moins s’auto-victimiser quand on n’assume plus d’avoir gagné sa vie ou vécu de ses charmes, comme font souvent les actrices vieillissantes.

  • De l’emprise à l’abandon

Je terminerai cet article par deux oeuvres d’art qui pourraient illustrer « l’emprise masculine », même si ce n’était pas nécessairement l’intention de leurs auteurs.

La première, La Main, d’Érick Aubry (2014), figure une petite femme à la fois soutenue et enserrée par une main qu’on peut imaginer masculine, même si ce n’est pas obligatoire. Elle élève, maintient et soutient tout à la fois la jeune femme nue, à laquelle elle sert de fauteuil, mais elle semble aussi la dominer car elle le pouvoir de l’écraser. Elle a donc un côté démiurge – elle peut être la main du sculpteur, cet alter ego des dieux anciens (Khnoum, le dieu potier égyptien ou Yahvé, qui a sculpté l’homme à partir du limon) ; elle semble en tout cas souligner le pouvoir, la force et la démesure de la main masculine. De quoi faire s’étouffer nos néofem qui ne pourront y voir qu’une allégorie de « l’emprise » ou de la « domination masculine ». Les gens plus équilibrés verront simplement une femme qui « s’appuie sur une main protectrice qui semble la guider dans ses pas. Sa main gauche s’appuie délicatement sur le doigt de l’immense main qui agit comme un appui ». La sculpture est également une référence à Rodin, par son style, son thème et même par sa blancheur, puisque Rodin s’inspirait des marbres et des plâtres anciens (ce que en quoi il serait aujourd’hui « problématique » pour les nouveaux fous furieux qui fustigent la « blancheur suprématiste » de la sculpture classique).

Erick Aubry, La Main, 2014

La seconde, Social Security de Martine Vaugel (1978), est un bronze qui représente le même sujet, une jeune femme nue tenue par la main d’un homme. Cette fois, la main est très clairement une belle main masculine aux doigts effilés, dont le pouce presse le Mont de Vénus de la femme et l’index son sein. La femme est renversée, comme offerte et abandonnée aux pressions et caresses de la main masculine. La sculpture est donc beaucoup plus érotique que la précédente et il est intéressant d’observer que c’est une femme qui s’est engagée dans cette voie. L’oeuvre remonte à une époque (qui semble déjà lointaine) où les femmes n’avaient pas encore peur d’afficher leur abandon au plaisir apporté par la main d’un homme – et on ne peut que s’en réjouir et saluer rétrospectivement cette sculptrice. Elle me fait également fortement penser à Camille Claudel, aussi ces deux oeuvres semblent-elles être les héritières de ces deux grands amoureux tragiques – où « l’emprise » a d’ailleurs inspiré à Camille Claudel ses plus belles oeuvres.

Martine Vaugel, Social Security, Bronze, 1979

[à suivre…]


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