{"id":6224,"date":"2019-12-29T18:20:48","date_gmt":"2019-12-29T17:20:48","guid":{"rendered":"http:\/\/eromakia.fr\/?page_id=6224"},"modified":"2021-07-19T03:34:47","modified_gmt":"2021-07-19T01:34:47","slug":"arme-fatale-artemisia-gentileschi-ou-la-tactique-de-laccusation-de-viol-au-xviie-siecle","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/arme-fatale-artemisia-gentileschi-ou-la-tactique-de-laccusation-de-viol-au-xviie-siecle\/","title":{"rendered":"[Arme fatale] \u2013 Artemisia Gentileschi ou la tactique de l&rsquo;accusation de viol au XVIIe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"<p>Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;affirment les sempiternelles pleureuses f\u00e9ministes, la place des femmes dans l&rsquo;histoire\u00a0et l&rsquo;histoire de l&rsquo;art (dans la civilisation occidentale d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale) est tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre aussi mis\u00e9rable que ce qu&rsquo;elles pr\u00e9tendent\u00a0\u2013 cette fausse victimisation servant\u00a0surtout \u00e0 asseoir leurs revendications p\u00e9cuniaires et leurs aspirations\u00a0gynocratiques.<\/p>\n<p>La place des femmes dans la peinture des XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles notamment, pour qui pose sur ces p\u00e9riodes un regard objectif, est\u00a0en effet\u00a0loin d&rsquo;\u00eatre aussi n\u00e9gligeable que les incantations f\u00e9ministes nous en rebattent les oreilles.\u00a0C&rsquo;est ce qu&rsquo;a montr\u00e9 l&rsquo;exposition tenue au Mus\u00e9e des Beaux-Arts de Gand en 2018, \u00ab\u00a0<em><a href=\"https:\/\/www.mskgent.be\/fr\/expositions\/les-dames-du-baroque\">Les Dames du baroque. Femmes peintres dans l&rsquo;Italie des XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles\u00a0\u00bb<\/a><\/em>. Non seulement les femmes peintres \u00e9taient\u00a0nombreuses\u00a0en ces si\u00e8cles, mais elles affirmaient, qui plus est, des caract\u00e8res puissants. Cette exposition a mis en \u00e9vidence\u00a0le\u00a0<em>\u00ab <\/em>r\u00f4le d\u00e9terminant<em> \u00bb\u00a0<\/em>jou\u00e9 par des femmes dans la peinture de la Contre-R\u00e9forme, entre les ann\u00e9es 1580 et 1680 environ, comme le rappelle \u00c9ric Bi\u00e9try-Rivierre : \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lefigaro.fr\/arts-expositions\/2018\/12\/05\/03015-20181205ARTFIG00289-quand-le-baroque-faisait-son-metoo.php\">Quand le baroque faisait son #MeToo<\/a>\u00a0\u00bb (<em>Le Figaro<\/em>, 6\/12\/2018).<\/p>\n<p>Les noms de ces femmes peintres s&rsquo;\u00e9gr\u00e8nent d\u00e9sormais et la liste ne cesse de s&rsquo;allonger : Sofonisba Anguissola (1532-1625), Fede Galizia, Giovanna Garzoni, Orsola Maddalena Caccia, Lavinia Fontana (1552-1614,\u00a0fille de Prospero Fontana), Virginia da Vezzo (femme de Simon Vouet), Marietta Robusti (\u00ab\u00a0la Tintoretta\u00a0\u00bb), Elisabetta Sirani,\u00a0Artemisia Gentileschi \u2013 pour l\u2019Italie des XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.\u00a0On conna\u00eet \u00e9galement les flamandes Michaelina Wautier (1604-1689), Judith Leyster (1609-1660), Clara Peeters (1594-1657). Pour le XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on peut encore citer la v\u00e9nitienne Rosalba Carriera (1675-1757) ou les fran\u00e7aises Ad\u00e9la\u00efde Labille-Guiard (1749-1803), Anne Vallayer-Coster (1744-1818) et Elisabeth Vig\u00e9e-Lebrun (1755-1842). D\u00e9monstration s\u2019il en est que la p\u00e9riode de la Contre-R\u00e9forme catholique, tant d\u00e9cri\u00e9e par nos progressistes d\u00e9constructivistes, \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 plut\u00f4t ouverte au f\u00e9minin ;\u00a0<strong>comme la civilisation occidentale dans son ensemble <\/strong>\u2013 celle-la m\u00eame qui a permis la naissance et l&rsquo;expansion de <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/lunivers-feministe\/\">ce f\u00e9minisme parano\u00efaque qui pourrit sur pied aujourd\u2019hui<\/a>.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 1rem;\">Si ces femmes peintres ont souvent \u00e9t\u00e9 filles, soeurs ou \u00e9pouses d&rsquo;artistes connus, \u00ab\u00a0il serait faux de croire qu&rsquo;elles s&rsquo;y sont trouv\u00e9es \u00e0 jamais cantonn\u00e9es au r\u00f4le d&rsquo;assistant ou de peintre de natures mortes. Souvent, elles ont pu acc\u00e9der au grand genre\u00a0\u00bb, rappelle \u00e9galement \u00c9. Bi\u00e9try-Rivierre. Et en effet, elles se sont empar\u00e9es des grands th\u00e8mes iconographiques de l&rsquo;\u00e9poque, souvent empreints d&rsquo;une passion, d&rsquo;une sensualit\u00e9 ou d&rsquo;une violence qu&rsquo;elles ne semblaient pas \u00eatre les derni\u00e8res \u00e0 appr\u00e9cier. <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-plaisir-feminin-en-peinture\/\">Ces femmes nous apparaissent curieusement bien moins pudibondes et mijaur\u00e9es que nos f\u00e9ministes contemporaines<\/a>. De m\u00eame, \u00e9crit \u00c9. B.-R., \u00ab\u00a0leurs autoportraits \u00e0 l&rsquo;attention des commanditaires trahissent aussi orgueil, ambition et go\u00fbt partag\u00e9 du luxe\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0<\/span>Pendant la seconde moiti\u00e9 du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, elles n&rsquo;ont plus seulement \u00e9t\u00e9 les objets\/sujets de la peinture des hommes. Elles sont devenues elles-m\u00eames des auteures [ndlr\u00a0: \u00ab\u00a0auteurs\u00a0\u00bb], capables d&rsquo;inventer et d&rsquo;interpr\u00e9ter les genres, de repr\u00e9senter toutes iconographies, sacr\u00e9es ou profanes<em style=\"font-size: 1rem;\">\u00a0\u00bb<\/em><span style=\"font-size: 1rem;\">, r\u00e9capitule de de son c\u00f4t\u00e9 Francesco Solinas dans le catalogue de l&rsquo;exposition.<\/span><\/p>\n<p><strong>Artemisia Gentileschi, ic\u00f4ne f\u00e9ministe, vraiment ?<\/strong><\/p>\n<p>Artemisia Gentileschi (1593-v. 1652) est la plus c\u00e9l\u00e8bre de ces femmes\u00a0peintres baroques. Je l&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e \u00e0 titre\u00a0<a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-plaisir-feminin-en-peinture\/\">d&rsquo;exemple de femme qui aimait peindre la nudit\u00e9 f\u00e9minine<\/a>, \u00e0 commencer par la sienne propre puisque, tr\u00e8s jolie femme\u00a0qui ne d\u00e9daignait pas poser nue pour des coll\u00e8gues peintres, elle prenait \u00e9galement son propre corps d\u00e9nud\u00e9 comme mod\u00e8le gr\u00e2ce \u00e0 des miroirs. Les femmes adorent depuis toujours repr\u00e9senter et exposer leur beaut\u00e9 et leur nudit\u00e9, n&rsquo;en d\u00e9plaise aux f\u00e9ministes aigries. Et ce, pas seulement en raison d&rsquo;une pr\u00e9tendue soumission int\u00e9rioris\u00e9e \u00e0 leur condition victimaire de femmes\u00a0(<a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/2019\/03\/01\/manon-garcia-philosophe-soumise-a-lideologie-victimaire\/\">un fantasme f\u00e9ministe<\/a>),\u00a0ni m\u00eame\u00a0parce que, comme dans le cas d&rsquo;Artemisia, elles n\u2019auraient pas eu l&rsquo;autorisation de faire poser\u00a0des femmes nues dans\u00a0leurs ateliers. Il y a de toute \u00e9vidence,\u00a0derri\u00e8re la licence artistique d&rsquo;Artemisia, une part assum\u00e9e de libert\u00e9, de plaisir et de provocation ; toutes choses ne pouvant qu&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 la grille de lecture\u00a0\u00e9triqu\u00e9e des f\u00e9ministes contemporaines. Ces derni\u00e8res ne peuvent en effet envisager un seul instant qu\u2019une femme soit autre chose qu\u2019une serpilli\u00e8re soumise au \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/la-supercherie-du-patriarcat\/\">patriarcat<\/a>\u00a0\u00bb m\u00eame \u2013 surtout \u2013 devant la d\u00e9monstration implacable du contraire. Tout \u00e0 leur fonds de commerce victimaire pour obtenir des subventions, il n\u2019y a rien de tel que ces f\u00e9ministes pour rabaisser <em>toutes les femmes<\/em> et les enfermer <em>ad vitam<\/em> dans\u00a0leurs\u00a0propres turpitudes et leur (r\u00e9)vision n\u00e9vrotique de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Dans <em>Suzanne et les vieillards<\/em>, son tout premier tableau termin\u00e9 en 1610 alors qu\u2019elle n\u2019a que 17 ans, Artemisia donne donc \u00e0 son h\u00e9ro\u00efne ses propres seins et son ventre, probablement \u00e9tudi\u00e9s dans un miroir.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6256\" aria-describedby=\"caption-attachment-6256\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-6256\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Suzanne_1610-721x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"746\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Suzanne_1610-721x1024.jpg 721w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Suzanne_1610-211x300.jpg 211w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Suzanne_1610-768x1091.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6256\" class=\"wp-caption-text\">Artemisia Gentileschi, Suzanne et les vieillards, 1610, Pommersfelden (Collection Sch\u00f6nborn).<\/figcaption><\/figure>\n<p>17 ans plus tard, on retrouve\u00a0le corps nu d&rsquo;Artemisia dans un tableau de Charles Mellin, un de ses amis peintres, pour qui elle aurait pos\u00e9 en nu quasi int\u00e9gral, sans attribut particulier qui permette d\u2019identifier un sujet religieux ou mythologique. L\u2019\u00e9rotisme de la sc\u00e8ne, son cadrage en \u00ab\u00a0plan am\u00e9ricain\u00a0\u00bb, la tenture de velours cramoisi qui semble anticiper d&rsquo;un si\u00e8cle et demie\u00a0le c\u00e9l\u00e8bre <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-verrou-de-fragonard-ou-lequilibre-asymetrique-des-desirs\/\"><em>Verrou<\/em> de Fragonard<\/a>\u00a0(v. 1774), tout en fait un portrait tr\u00e8s en avance sur son temps.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6252\" aria-describedby=\"caption-attachment-6252\" style=\"width: 766px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6252 size-full\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Mellin_Vouet_Cahors.jpg\" alt=\"\" width=\"766\" height=\"510\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Mellin_Vouet_Cahors.jpg 766w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Mellin_Vouet_Cahors-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 89vw, (max-width: 767px) 82vw, 740px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6252\" class=\"wp-caption-text\">Charles Mellin, Femme couch\u00e9e, 1627 (90 x 135 cm), Cahors, Mus\u00e9e Henri-Martin.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Artemisia qui s&rsquo;inspire de son propre corps pour peindre des <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-dejeuner-sur-lherbe-et-la-femme-nue\/\">nus quasiment r\u00e9alistes \u00e0 la Manet<\/a>, tel cet\u00a0autoportrait \u00e9rotique en Cl\u00e9op\u00e2tre succombant\u00a0\u00e0 la morsure d&rsquo;un aspic (m\u00e9taphore \u00e0 peine voil\u00e9e de la \u00ab\u00a0petite mort\u00a0\u00bb de l&rsquo;orgasme, <a href=\"https:\/\/vimeo.com\/311091886\">le serpent \u00e9tant un symbole phallique bien connu<\/a>) n&rsquo;\u00e9tait pour autant pas la seule femme \u00e0 peindre son propre corps d\u00e9nud\u00e9. A la m\u00eame \u00e9poque, Lavinia Fontana s&rsquo;\u00e9tait\u00a0peinte nue en Minerve d\u00e9barrass\u00e9e de son armure. Ces exemples vont donc \u00e0 l&rsquo;encontre du discours f\u00e9ministe victimaire sur les nus f\u00e9minins \u00ab\u00a0obj\u00e9tis\u00e9s\u00a0\u00bb par des peintres masculins voyeurs.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6299\" aria-describedby=\"caption-attachment-6299\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6299 size-large\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/artemisia-Cl\u00e9opatre-1024x656.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"336\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/artemisia-Cl\u00e9opatre-1024x656.jpg 1024w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/artemisia-Cl\u00e9opatre-300x192.jpg 300w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/artemisia-Cl\u00e9opatre-768x492.jpg 768w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/artemisia-Cl\u00e9opatre.jpg 1683w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6299\" class=\"wp-caption-text\">Artemisia Gentileschi, La Mort de Cl\u00e9op\u00e2tre (1613 ou 1621-22), Milan.<\/figcaption><\/figure>\n<figure id=\"attachment_6300\" aria-describedby=\"caption-attachment-6300\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6300 size-large\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/LFontana_Minerve-740x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"726\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/LFontana_Minerve-740x1024.jpg 740w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/LFontana_Minerve-217x300.jpg 217w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/LFontana_Minerve.jpg 750w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6300\" class=\"wp-caption-text\">Lavinia Fontana, Minerve s&rsquo;habillant (1613), Rome, Galerie Borgh\u00e8se.<\/figcaption><\/figure>\n<p>La biographie d&rsquo;Artemisia nous apprend que celle-ci a men\u00e9 une brillante carri\u00e8re internationale, recevant des commandes des plus grandes cours europ\u00e9ennes, \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal des grands peintres masculins de son temps. Apr\u00e8s qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 red\u00e9couverte par l\u2019historien de l\u2019art Roberto Longhi dans les ann\u00e9es 1910, elle est devenue une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0ic\u00f4ne f\u00e9ministe\u00a0\u00bb dans les ann\u00e9es 60-70, aupr\u00e8s notamment des pires f\u00e9ministes radicales de la plan\u00e8te (Gloria Steinem et consorts) qui, n&rsquo;h\u00e9sitant pas \u00e0 manipuler son histoire, en ont fait une de leurs habituelles pauvrettes victimes du \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb, alors qu&rsquo;elle \u00e9tait, de mani\u00e8re \u00e9clatante, tout le contraire.<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0l&rsquo;occasion de la <a href=\"https:\/\/www.artcurial.com\/fr\/lot-artemisia-gentileschi-rome-1593-naples-vers-1652-lucrece-toile-3949-36\">vente r\u00e9cente de son tableau\u00a0<em>Lucr\u00e8ce<\/em><\/a>, une huile sur toile peinte entre 1630 et 1635, j&rsquo;ai pu voir passer et repasser la fameuse affaire de son \u00ab\u00a0viol\u00a0\u00bb pr\u00e9sum\u00e9, devenu l&rsquo;argument\u00a0massue qui a peut-\u00eatre aid\u00e9 le tableau \u00e0 atteindre la somme exceptionnelle de 4,77 millions d\u2019euros lors de sa vente \u00e0 Paris par <em>Artcurial,<\/em> le 13\/11\/2019 \u2013 la Lucr\u00e8ce du tableau qui se suicide apr\u00e8s son viol \u00e9tant ouvertement pr\u00e9sent\u00e9e comme un double tragique d&rsquo;Artemisia, elle-m\u00eame viol\u00e9e dans sa jeunesse.<\/p>\n<figure id=\"attachment_6228\" aria-describedby=\"caption-attachment-6228\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-6228 size-large\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Lucretia_artcurial-800x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"672\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Lucretia_artcurial-800x1024.jpg 800w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Lucretia_artcurial-234x300.jpg 234w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Lucretia_artcurial-768x983.jpg 768w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Lucretia_artcurial.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6228\" class=\"wp-caption-text\">Artemisia Gentileschi, Lucr\u00e8ce, vers 1630-35, coll. priv\u00e9e.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Matthieu Fournier, directeur du d\u00e9partement Ma\u00eetres anciens d\u2019<em>Artcurial<\/em>, explique qu\u2019Artemisia \u00ab\u00a0incarne parfaitement les luttes f\u00e9minines du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb\u2009:\u00a0\u00ab\u2009C\u2019est une <strong>\u0153uvre autobiographique\u2009<\/strong>: Lucr\u00e8ce, patricienne romaine outrag\u00e9e par le fils du dernier roi de Rome, va par son suicide, renverser la royaut\u00e9 et \u00e9tablir la r\u00e9publique\u2009\u00bb, ou encore\u00a0: \u00ab\u00a0Ce tableau peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 <strong>comme un autoportrait<\/strong> d\u2019Artemisia, tant l\u2019histoire de Lucr\u00e8ce et celle de l\u2019artiste sont proches. Toutes deux victimes de viol, elles firent face au d\u00e9shonneur. La seule issue pour Lucr\u00e8ce sera la mort. Le temp\u00e9rament d\u2019Artemisia lui permettra de rena\u00eetre \u00e0 travers l\u2019accomplissement magistral de son \u0153uvre picturale\u00a0\u00bb ; d\u00e9roulant ici l\u2019antienne de la <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-fantasme-de-la-culture-du-viol\/\">\u00ab\u00a0culture du viol\u00a0\u00bb<\/a> reprise en choeur par la presse. Et m\u00eame si l\u2019\u00e9vidence \u2013 ce n\u2019est pas un autoportrait, puisqu&rsquo;on en poss\u00e8de d&rsquo;Artemisia qui sont diff\u00e9rents\u00a0\u2013 oblige \u00e0 un peu plus de prudence, on \u00e9crira tout de m\u00eame que\u00a0: \u00ab\u00a0Si le jeu de l&rsquo;autoportrait n&rsquo;est pas \u00e0 proprement retenu pour notre toile, nous sommes face \u00e0 ce que nous pourrions d\u00e9crire comme un <strong>\u2018sujet autobiographique<\/strong>\u2019 \u00bb.<\/p>\n<p>C&rsquo;est\u00a0toujours aller un peu vite en besogne, comme nous allons le voir. C&rsquo;est\u00a0aussi l&rsquo;occasion de se rendre compte \u00e0 quel point l&rsquo;argument du viol, ou de la \u00ab\u00a0culture du viol\u00a0\u00bb, est devenu une approche marketing de choix \u2013 le <strong>marketing du viol<\/strong> \u00e9tant par ailleurs une vieille ficelle f\u00e9ministe bien connue, <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/2019\/02\/14\/quand-claire-bretecher-prophetisait-la-culture-du-viol\/\">comme Claire Br\u00e9techer le croquait brillamment \u00e0 la fin des ann\u00e9es 70<\/a>. Aujourd&rsquo;hui, toute maison d&rsquo;\u00e9dition qui veut garder la t\u00eate hors de l&rsquo;eau se doit d&rsquo;user et d&rsquo;abuser de cette tactique \u00e9prouv\u00e9e. Elles ne s&rsquo;en privent d&rsquo;ailleurs pas, comme leurs titres qui font le buzz le d\u00e9montrent r\u00e9guli\u00e8rement. Il ne s&rsquo;agit plus de litt\u00e9rature depuis longtemps, naturellement, uniquement de \u00ab\u00a0marketing du viol\u00a0\u00bb et de n\u00e9o-f\u00e9minisme bigot.<\/p>\n<p>D\u2019aucuns rel\u00e8vent cependant l\u2019\u00e9rotisme\u00a0de cette <em>Lucr\u00e8ce<\/em>, surprenant \u00e0 premi\u00e8re vue sous le pinceau d\u2019une femme cens\u00e9ment traumatis\u00e9e par sa propre histoire : \u00ab\u00a0La toile, qui s\u2019inscrit dans l\u2019esth\u00e9tique caravagesque tant par le choix de son sujet que par son cadrage \u00e0 mi-corps et son utilisation puissante du clair-obscur, illustre pleinement la sp\u00e9cificit\u00e9 de la mani\u00e8re d\u2019Artemisia Gentileschi. La remarquable l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et le raffinement du voile qui glisse des \u00e9paules nues de Lucr\u00e8ce fait ici de <strong>l\u2019\u00e9rotisme un ressort dramatique inattendu<\/strong> qui souligne d\u2019autant la violence du geste \u00bb. Inattendu\u00a0? Pas tant que cela, en v\u00e9rit\u00e9, car l&rsquo;\u00e9rotisme assum\u00e9 est bien la signature propre d&rsquo;Artemisia, sa mani\u00e8re baroque de jouer avec le sexe et la douleur \u2013 ce en quoi elle s&rsquo;inscrit pleinement dans <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/eromakia-varia\/\">\u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9romachie\u00a0\u00bb<\/a>, le concept qui donne son nom \u00e0 ce site.<\/p>\n<p>La pr\u00e9c\u00e9dente vente d\u2019une oeuvre d\u2019Artemisia, le 19 d\u00e9cembre 2017 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Drouot de Paris, s\u2019\u00e9tait conclue par la somme de\u00a02,3 M \u20ac ; une toile revendue peu apr\u00e8s pour 3,6\u00a0M \u00a3 \u00e0 la National Gallery de Londres. Il s\u2019agissait de son\u00a0<em>Autoportrait en<\/em>\u00a0<em>Sainte Catherine\u00a0d&rsquo;Alexandrie,<\/em> o\u00f9 elle apparaissait, suivant une pratique courante \u00e0 l\u2019\u00e9poque, sous les traits d\u2019une sainte martyre (voir\u00a0par exemple les nombreux <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/la-fausse-repentante-ou-la-belle-aux-seins-nus\/\">portraits \u00e9rotiques en Madeleine p\u00e9nitente<\/a> des\u00a0XVI<sup>e<\/sup>-XVII<sup>e<\/sup>-XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles).<\/p>\n<figure id=\"attachment_6230\" aria-describedby=\"caption-attachment-6230\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-6230\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365-1024x1017.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"521\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365-1024x1017.jpg 1024w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365-150x150.jpg 150w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365-300x298.jpg 300w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365-768x763.jpg 768w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365.jpg 1208w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/1208px-Artemisia_Gentileschi_-_Self-Portrait_5365-100x100.jpg 100w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6230\" class=\"wp-caption-text\">Artemisia Gentileschi, Autoportrait en Sainte-Catherine (Londres, National Gallery)<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00c0 propos de cette vente de 2017, la presse insistait d\u00e9j\u00e0 lourdement sur les liens \u00e0 \u00e9tablir entre le viol qu&rsquo;Artemisia aurait subi dans sa jeunesse et l&rsquo;ensemble de sa carri\u00e8re et de ses choix artistiques. \u00c0 tel point que les articles sur la vente du tableau \u00e9taient\u00a0chapeaut\u00e9s\u00a0\u00ab\u00a0<em>F\u00e9minisme<\/em>\u00a0\u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019OPA des f\u00e9ministes sur Artemisia, otage involontaire de la complainte victimaire\u00a0: \u00ab<a href=\"https:\/\/www.bilan.ch\/opinions\/etienne-dumont\/feminisme-la-national-gallery-de-londres-soffre-un-artemisia-gentileschi\">\u00a0<em>F\u00e9minisme<\/em>. La National Gallery de Londres s&rsquo;offre une toile d&rsquo;Artemisia Gentileschi<\/a>\u00a0\u00bb, titre ainsi cet organe de presse suisse.\u00a0Mais l\u2019auteur de relever, lorsqu\u2019il cite Hannah Rothschild, membre f\u00e9ministe du conseil d&rsquo;administration\u00a0de la National Gallery de Londres expliquant que l&rsquo;essentiel \u00e9tait \u00ab\u00a0d&rsquo;augmenter le nombre de tableaux importants du mus\u00e9e peints par des femmes\u00a0\u00bb que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 une approche bien d\u00e9valorisante du travail d\u2019Artemisia\u00a0: \u00ab\u00a0Artemisia se suffit \u00e0 elle-m\u00eame. Il est temps de rel\u00e9guer \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan le viol dont elle fut la victime et pour lequel elle intenta un proc\u00e8s&#8230; qu&rsquo;elle a du reste gagn\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il tr\u00e8s justement.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019en est-il\u00a0exactement de ce fameux viol et de son proc\u00e8s ? Il est temps d\u2019y regarder de plus pr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>Le proc\u00e8s pour viol de 1612<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 la veille de ses 18 ans, Artemisia, d\u00e9j\u00e0 peintre accomplie, \u00e9tait semble-t-il tout aussi pr\u00e9coce en amour. Fille de temp\u00e9rament, vivant entour\u00e9e de libertins et d\u2019aventuriers dans un univers haut en couleurs, elle entretenait une liaison depuis au moins un an avec Agostino Tassi, un peintre paysagiste de 28 ans, ami et coll\u00e8gue de son p\u00e8re. Celui-ci, qui se disait tr\u00e8s amoureux d\u2019elle, la formait dans le m\u00eame temps \u00e0 ses techniques picturales, notamment la perspective.<\/p>\n<p>Selon les actes d&rsquo;un proc\u00e8s rocambolesque o\u00f9 tout le monde mentait et jouait la com\u00e9die,\u00a0Agostino aurait promis le mariage \u00e0 Artemisia apr\u00e8s l&rsquo;avoir \u00ab\u00a0viol\u00e9e\u00a0\u00bb (selon les dires de la jeune femme et de son p\u00e8re), mais n&rsquo;aurait pu tenir cet engagement car il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 \u2013 il se vantait dans les faits d&rsquo;avoir mis un contrat sur la t\u00eate de sa femme pour se d\u00e9barrasser d\u2019elle car elle \u00e9tait partie vivre avec un amant, mais ce dernier lui versait r\u00e9guli\u00e8rement de l\u2019argent pour qu\u2019il n\u2019en fasse rien. Comme on le voit, les moeurs romaines \u00e9taient plut\u00f4t libres et la vie sexuelle des uns et des autres\u00a0passablement dissolue.<\/p>\n<p>Les actes de ce proc\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 \u00e9dit\u00e9s et traduits en fran\u00e7ais (<a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Actes-proc%C3%A8s-pour-viol-1612\/dp\/2721002619\"><em>Artemisia Gentileschi,\u00a0Actes d\u2019un proc\u00e8s pour viol<\/em>\u00a0suivi de<em>\u00a0Lettres<\/em>, Paris, \u00e9d. Des femmes, 1984<\/a>) et l\u2019on en trouve aussi des extraits assortis d\u2019une tr\u00e8s int\u00e9ressante analyse dans un article en ligne de Marthe Coppel-Bastch, \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.cairn.info\/revue-adolescence1-2008-2-page-365.htm\">Artemisia Gentileschi (1593-1653). sexualit\u00e9, violence, peinture\u00a0\u00bb, dans <em>Adolescence<\/em>,\u00a02008\/2 (n\u00b0\u00a064), p. 365-387<\/a>. \u00ab\u00a0On y d\u00e9couvre un imbroglio de faux t\u00e9moignages, de mensonges et d\u2019accusations r\u00e9ciproques, \u00e0 partir de quoi il est tr\u00e8s difficile de deviner ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9. Outre l\u2019accus\u00e9, les t\u00e9moins qui d\u00e9filent tout au long des audiences semblent rivaliser pour cacher la v\u00e9rit\u00e9 \u00bb, \u00e9crit M. Coppel-Bastch, qui rel\u00e8ve aussi la libert\u00e9 de ton et la libert\u00e9 de m\u0153urs qui \u00e9manent de cette petite soci\u00e9t\u00e9 d\u2019artisans romains des ann\u00e9es 1610. \u00ab\u00a0L\u2019histoire du proc\u00e8s s\u2019apparente presque \u00e0 une farce avec des personnages st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s\u00a0: la jeune fille, l\u2019entremetteuse, le s\u00e9ducteur, le m\u00e9chant, le p\u00e8re\u2026\u00a0\u00bb, \u00e9crit-elle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est Orazio, le p\u00e8re d&rsquo;Artemisia, qui en 1612, soit un an apr\u00e8s les faits, intente ce proc\u00e8s, et non elle. Comme tout le monde, il \u00e9tait au courant de cette liaison et de cette affaire depuis longtemps, mais semble s&rsquo;\u00eatre f\u00e2ch\u00e9 uniquement lorsqu&rsquo;il a compris que le mariage n\u2019aurait pas lieu. Le proc\u00e8s est intent\u00e9 non pour \u00ab\u00a0viol\u00a0\u00bb, mais pour \u00ab<em>\u00a0stupro<\/em>\u00a0\u00bb stupre, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9floration non suivie de mariage et en l\u2019occurrence ici, violente. Le probl\u00e8me est\u00a0visiblement\u00a0moins la relation sexuelle que la promesse de mariage non tenue. Le pr\u00e9texte du \u00ab\u00a0viol\u00a0\u00bb\u00a0semble donc mont\u00e9 en \u00e9pingle pour trouver une solution \u00e0 la d\u00e9floration d&rsquo;Artemisia qui, dans cette soci\u00e9t\u00e9 du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, constituait un\u00a0frein \u00e9vident\u00a0pour se marier honorablement. Au terme d&rsquo;un proc\u00e8s qui aura dur\u00e9 neuf mois, Agostino\u00a0est condamn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;exil, sentence qui ne sera\u00a0cependant pas appliqu\u00e9e\u00a0\u2013 il n\u2019a jamais quitt\u00e9 Rome et plusieurs documents attestent que lui et Artemisia se sont revus.<\/p>\n<p>Selon les actes, Artemisia raconte elle-m\u00eame qu\u2019apr\u00e8s\u00a0cette exp\u00e9rience\u00a0sexuelle brutale, Agostino lui a promis de l\u2019\u00e9pouser\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Pour me calmer il me dit\u00a0:<\/em>\u00a0\u00ab\u00a0<em>Donnez-moi la main. Je vous promets de vous \u00e9pouser d\u00e8s que je serai sorti du labyrinthe dans lequel je me trouve en ce moment.\u00a0\u00bb \u00c0 cette bonne promesse je me tranquillisai et c\u2019est \u00e0 cause de cette promesse qu\u2019il m\u2019a amen\u00e9e <strong>\u00e0 plusieurs reprises \u00e0 consentir avec amour \u00e0 ses d\u00e9sirs<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Ils \u00e9taient donc amoureux l&rsquo;un de l&rsquo;autre et avaient des relations sexuelles suivies et consenties. Sur l&rsquo;\u00e9pisode de sa d\u00e9floration, la d\u00e9position d&rsquo;Artemisia est particuli\u00e8rement floue et \u00e9vasive : \u00ab\u00a0<em>Elle r\u00e9pondit\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 Agostino me violenta, comme je l\u2019ai dit, j\u2019avais mes menstruations. C\u2019est pourquoi je ne puis dire avec certitude \u00e0 sa Seigneurie si c\u2019est \u00e0 cause de ce que fit Agostino que ma nature perdait du sang, parce qu\u2019aussi je ne savais pas exactement comment se passaient ces choses-l\u00e0. Il est bien vrai cependant que je me rendis compte que le sang \u00e9tait plus rouge qu\u2019\u00e0 l\u2019ordinaire.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Agostino se d\u00e9fend vigoureusement en expliquant qu\u2019Artemisia \u00e9tait \u00ab\u00a0une libertine et une putain qui se conduisait mal\u00a0\u00bb et qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait plus vierge car elle avait eu bien d\u2019autres amants avant lui \u2013 et personne ne peut en effet conclure quoi que ce soit de\u00a0la d\u00e9claration\u00a0plut\u00f4t fut\u00e9e d&rsquo;Artemisia. Agostino continue : <em>\u00ab\u00a0Si Artemisia dit que j\u2019ai eu commerce avec elle \u00e0 plusieurs reprises et que je lui ai \u00f4t\u00e9 sa virginit\u00e9, elle ne dit pas la v\u00e9rit\u00e9 et elle ne raconte que des mensonges. Pl\u00fbt au ciel que tout le monde lui ait \u00f4t\u00e9 sa virginit\u00e9 autant que moi je la lui ai \u00f4t\u00e9e\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Un t\u00e9moin raconte aussi\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Plusieurs fois Agostino m\u2019a dit vouloir \u00e9pouser Artemisia. Il en \u00e9tait si jaloux qu\u2019il faisait monter la garde devant chez elle jour et nuit \u00e0 toutes sortes de gens pour voir si quelqu\u2019un y entrait. [\u2026] Il a \u00e9galement \u00e9crit plusieurs sonnets et plusieurs lettres qui me sont adress\u00e9s dans lesquels on voit qu\u2019il est tr\u00e8s amoureux d\u2019Artemisia.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Comme l\u2019\u00e9crit Marthe Coppel-Batsch\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai m\u00eame \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 imaginer qu\u2019Artemisia ait pu c\u00e9der \u00e0 Agostino ce jour-l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que le sang des menstruations pouvait laisser le s\u00e9ducteur dans l\u2019illusion de la d\u00e9floration. L\u2019Artemisia que je m\u2019invente l\u00e0, est une jeune femme tr\u00e8s vivante, qui doit \u00e9voluer dans une \u00e9poque remplie de contradictions, pleine de sensualit\u00e9 et d\u2019interdits f\u00e9roces.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Son honneur \u00e9tant plus ou moins lav\u00e9 publiquement, m\u00eame s&rsquo;il semble que le proc\u00e8s ait \u00e9t\u00e9 en lui-m\u00eame plus \u00e9prouvant et d\u00e9shonorant que l&rsquo;acte sexuel lui-m\u00eame \u2013 Artemisia ayant \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 un examen gyn\u00e9cologique public par deux sages-femmes ainsi qu&rsquo;au supplice de la question (en lui enserrant les doigts dans des fils m\u00e9talliques), elle \u00e9pouse quelques jours apr\u00e8s le verdict, pour la forme, un peintre de second rang, Pierantonio Stattiesi, avec qui elle part s\u2019installer \u00e0 Florence\u00a0afin de mettre sur orbite sa florissante carri\u00e8re de peintre. \u00c0 23 ans, elle est la premi\u00e8re femme \u00e0 int\u00e9grer l&rsquo;<em>Accademia del disegno<\/em> de\u00a0Florence fond\u00e9e par Vasari pour perp\u00e9tuer l&rsquo;oeuvre de Michel-Ange. Elle y reste sept ans, se s\u00e9pare de son mari, a plusieurs amants dont l&rsquo;aristocrate florentin\u00a0Francesco Maria Maringhi et deux filles qu\u2019elle \u00e9l\u00e8ve seule. Francesco Solinas a d\u00e9couvert en 2011 trente-six des \u00e9mouvantes\u00a0lettres \u00ab passionn\u00e9es, presque libertines \u00bb qu&rsquo;elle avait adress\u00e9es \u00e0 cet amant banquier \u2013 ce qui d\u00e9montre encore\u00a0que la soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e9poque n&rsquo;\u00e9tait pas si corset\u00e9e qu&rsquo;on le pr\u00e9tend et le \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb pas si \u00e9prouvant que cela \u00e0 vivre.\u00a0Puis, lass\u00e9e de la vie florentine,\u00a0elle rentre \u00e0 Rome avec ses quatre enfants dont un, probablement, de Maringhi.\u00a0Elle y dirige un atelier \u00e0 succ\u00e8s, s\u00e9journe trois ans \u00e0 Venise, puis s&rsquo;installe \u00e0 Naples, au fa\u00eete de sa gloire, o\u00f9 elle r\u00e8gne de nouveau sur un atelier de nombreux assistants.<\/p>\n<p><span style=\"font-size: 1rem;\">Ce qui ressort donc objectivement de cette soci\u00e9t\u00e9 italienne\u00a0du d\u00e9but du XVII<\/span><sup>e<\/sup><span style=\"font-size: 1rem;\"> si\u00e8cle, c\u2019est que la \u00ab\u00a0domination masculine\u00a0\u00bb n&rsquo;y explose pas tant que cela \u00e0 la vue. La libert\u00e9 de moeurs y est grande, les femmes sont d\u00e9gourdies, manipulatrices et libertines comme devant et le filtre f\u00e9ministe victimaire fait plut\u00f4t rire. La femme d&rsquo;Agostino se moque bien de lui, en compagnie de son amant.\u00a0<\/span>Personne ne semble relever non plus que la justice eccl\u00e9siastique de cette soci\u00e9t\u00e9 si \u00ab\u00a0patriarcale\u00a0\u00bb\u00a0s&rsquo;est rang\u00e9e sans difficult\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une jeune femme de 19 ans, alors m\u00eame que l&rsquo;histoire \u00e9tait cousue de fil blanc. Faut-il rappeler que dans l&rsquo;Inde du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on n\u2019en est toujours pas l\u00e0\u00a0? Et je ne parle m\u00eame pas de ces douces soci\u00e9t\u00e9s chariatiques tant fantasm\u00e9es par nos d\u00e9constructivistes de gauche&#8230; Il y a donc un anachronisme total \u00e0 traiter Artemisia comme une pauvrette victime de viol traumatis\u00e9e \u00e0 vie par cet \u00e9v\u00e9nement. Elle n\u2019\u00e9tait manifestement pas plus victime que moi et toute sa vie t\u00e9moigne brillamment \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/critique-du-neo-feminisme\/je-peux-temoigner-que-du-viol-on-sen-sort\/\">que du viol, on s&rsquo;en sort<\/a>\u00a0\u00bb, comme qui dirait.<\/p>\n<p><strong>Une femme de caract\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>S\u2019il ressort non seulement de sa vie mais de sa peinture qu&rsquo;Artemisia avait le caract\u00e8re bien tremp\u00e9, ses th\u00e8mes de pr\u00e9dilection, des h\u00e9ro\u00efnes bibliques qui massacrent des hommes, ne sont toutefois pas \u00e0 rapporter qu&rsquo;\u00e0 son histoire personnelle, loin s\u2019en faut. Ces th\u00e8mes font partie int\u00e9grante du fonds culturel de l&rsquo;\u00c9glise catholique depuis le Moyen \u00c2ge,\u00a0o\u00f9 le mod\u00e8le des h\u00e9ro\u00efnes bibliques est interpr\u00e9t\u00e9 depuis les origines du christianisme\u00a0comme une pr\u00e9figure de la Vierge Marie\u00a0et\u00a0de l&rsquo;\u00c9glise triomphante. Dans le contexte de la Contre-R\u00e9forme catholique, o\u00f9 l&rsquo;on revient\u00a0aux fondamentaux iconographiques \u2013 et surtout au culte marial \u2013, il ne faut donc pas aller trop vite en besogne pour\u00a0apposer la sempiternelle lecture misandro-revancharde sur le choix de ces sujets guerriers, \u00ab\u00a0f\u00e9ministes\u00a0\u00bb en apparence, ou tout au moins donnant l\u2019impression d\u2019une revanche violente des femmes sur les hommes. Ces th\u00e8mes rappellent tout de m\u00eame, au passage, que la figure f\u00e9minine a toujours \u00e9t\u00e9 mise en avant, au sein m\u00eame du fameux \u00ab\u00a0patriarcat de l\u2019homme banc\u00a0\u00bb, comme une figure naturelle du bien contre le mal, et que\u00a0la civilisation occidentale n&rsquo;a jamais minimis\u00e9 la force de frappe du sexe f\u00e9minin, que celle-ci soit physique ou symbolique.<\/p>\n<p><em>L&rsquo;exemple de Judith<\/em><\/p>\n<figure id=\"attachment_6232\" aria-describedby=\"caption-attachment-6232\" style=\"width: 525px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-large wp-image-6232\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Judith_Beheading_Holofernes_Naples-804x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"525\" height=\"669\" srcset=\"https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Judith_Beheading_Holofernes_Naples-804x1024.jpg 804w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Judith_Beheading_Holofernes_Naples-236x300.jpg 236w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Judith_Beheading_Holofernes_Naples-768x978.jpg 768w, https:\/\/eromakia.fr\/wp-content\/uploads\/2019\/12\/Artemisia_Gentileschi_-_Judith_Beheading_Holofernes_Naples.jpg 1178w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-6232\" class=\"wp-caption-text\">Artemisia Gentileschi, Judith\u00a0d\u00e9capitant Holopherne, 1620 (version du mus\u00e9e di Capodimonte de Naples)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Si le choix de ses sujets \u00e9tait parfaitement en phase avec la culture de son temps (d&rsquo;autant qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de commandes), on peut toutefois accepter l\u2019id\u00e9e qu\u2019Artemisia ait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u2013 et particuli\u00e8rement appr\u00e9ci\u00e9\u00a0\u2013 peindre des sujets tir\u00e9s de l&rsquo;histoire ancienne mettant en sc\u00e8ne des \u00ab\u00a0femmes fortes\u00a0\u00bb. Rappelons encore que la <em>mulier fortis<\/em> est un des grands th\u00e8mes issus du bagage jud\u00e9o-chr\u00e9tien\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Mulierem fortem quis inveniet<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0Une femme forte, qui la trouvera\u00a0?\u00a0\u00bb, <em>Proverbes<\/em> 31, 10) \u00bb. Judith, Lucr\u00e8ce, Jael\u00a0ou Suzanne incarnent tout particuli\u00e8rement cette figure, mais aussi sainte Catherine et quelques autres martyres en lesquelles elle s\u2019est parfois auto-portraitur\u00e9e (voir plus haut).<\/p>\n<p>Mais de l\u00e0 y voir une \u00ab\u00a0Artemisia se r\u00eavant en Judith vengeresse tranchant la t\u00eate d&rsquo;un &lsquo;Holopherne-Tassi'\u00a0\u00bb, il s&rsquo;agit de surinterpr\u00e9tation caract\u00e9ris\u00e9e. Cette derni\u00e8re est le fait de\u00a0<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Mary_Garrard\">Mary Garrard<\/a>, universitaire am\u00e9ricaine qui a plaqu\u00e9 sur Artemisia\u00a0l&rsquo;habituelle\u00a0relecture f\u00e9ministe victimaire et tendancieuse de l&rsquo;histoire. Les deux tableaux de Judith d\u00e9capitant Holopherne conserv\u00e9s \u00e0 Florence et Naples ont \u00e9t\u00e9 peints entre 1614 et 1620 (et non pas en 1612, lors du proc\u00e8s). Les lire comme une vengeance cathartique vis-\u00e0-vis d&rsquo;Agostino Tassi\u00a0rel\u00e8ve de la pure interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>La Judith\u00a0d&rsquo;Artemisia emprunte simplement \u00e0 l&rsquo;iconographie\u00a0de\u00a0son temps \u2013 les autres femmes peintres de la p\u00e9riode, Lavinia Fontana, Fede Galizia ou Virginia Vezzi, ont\u00a0\u00e9galement\u00a0peint des\u00a0<em>Judith et Holopherne \u2013<\/em>, mais aussi et surtout au Caravage, le grand ma\u00eetre du t\u00e9n\u00e9brisme italien. Si la composition, la violence dramatique des visages convuls\u00e9s et les contrastes lumineux (le fameux \u00ab\u00a0clair-obscur\u00a0\u00bb) lui sont directement imputables, le d\u00e9collet\u00e9 g\u00e9n\u00e9reux de Judith reste toutefois la\u00a0marque\u00a0propre de la jeune peintre. On\u00a0rel\u00e8ve encore une fois son go\u00fbt assum\u00e9 pour le f\u00e9minin \u00e9rotique et sensuel \u2013 d\u00e9monstration s&rsquo;il en est que la peinture du f\u00e9minin \u00e9rotique n&rsquo;est pas le propre du <em>male gaze<\/em>, comme l&rsquo;affirme faussement la complainte f\u00e9ministe.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;\u00e9crit Henri Soldani,\u00a0\u00ab\u00a0l&rsquo;\u00c9glise ne craint pas plus cette femme au destin marqu\u00e9 qu&rsquo;elle n&rsquo;a refoul\u00e9 le peintre aux moeurs dissolues. Sinon, les tableaux ne se seraient pas multipli\u00e9s autant\u00a0\u00bb (<em>Le Spectacle du Monde<\/em>, n\u00b0586, 1\/02\/2012). L&rsquo;examen minutieux et objectif des faits (ici, la renomm\u00e9e internationale d&rsquo;Artemisia et sa totale libert\u00e9\u00a0 de mouvement et d&rsquo;expression) permet de se rendre compte \u00e0 quel point les fantasmes victimaires f\u00e9ministes sont sans objet. Preuve \u00e9galement de l&rsquo;ouverture d&rsquo;esprit de cette soci\u00e9t\u00e9 et de cette \u00e9glise de la Contre-R\u00e9forme tant caricatur\u00e9e, qui n&rsquo;avait pourtant de cesse de valoriser les femmes, qu&rsquo;elles soient saintes, martyres, p\u00e9cheresses, et que l&rsquo;on retrouve \u00e0 longueur de tableaux, belles, sensuelles, r\u00eaveuses ou m\u00e9lancoliques.<\/p>\n<p>D&rsquo;aucuns d\u00e9plorent \u00e0 juste titre cette OPA sur Artemisia : \u00ab\u00a0\u00c0 la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on a voulu en faire une h\u00e9ro\u00efne du f\u00e9minisme. Au risque d&rsquo;en faire non une artiste, mais un ph\u00e9nom\u00e8ne dont l&rsquo;oeuvre se perd dans une psychanalyse de pacotille, oublieuse du contexte social et culturel\u00a0\u00bb r\u00e9sume Vincent Noce (\u00ab\u00a0Artemisia, chevalet de batailles\u00a0\u00bb, <em>Lib\u00e9ration<\/em>, 26\/04\/12). \u00ab Mais c&rsquo;est par le traumatisme de son viol, qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 un proc\u00e8s retentissant, qu&rsquo;a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 connue cette artiste tr\u00e8s talentueuse,\u00a0d\u00e9plore Magali Nachtergael.\u00a0<em>On hyst\u00e9rise toujours plus le parcours des femmes<\/em>. \u00bb (<em>Ouest-France<\/em>, 13\/12\/14). Et c&rsquo;est bien l\u00e0 tout le paradoxe f\u00e9ministe : d\u00e9fendre la femme de mani\u00e8re hyst\u00e9rique en faisant de toutes les femmes des hyst\u00e9riques,\u00a0tout en fustigeant ceux qui traitent les femmes d&rsquo;hyst\u00e9riques&#8230;<\/p>\n<p><strong>Le marketing du viol ou la garantie du frisson qui fait vendre<\/strong><\/p>\n<p>Les penchants affirm\u00e9s d&rsquo;Artemisia pour la sensualit\u00e9, la nudit\u00e9, le d\u00e9voilement, le voyeurisme, le sexe, la douleur et l&rsquo;\u00e9rotisme au sens large sont-ils\u00a0\u00e0 rapporter syst\u00e9matiquement \u00e0 son pr\u00e9sum\u00e9 \u00ab\u00a0viol\u00a0\u00bb ? Si c&rsquo;est le cas, ce serait\u00a0alors pour le souvenir cuisant qu&rsquo;a d\u00fb lui laisser le proc\u00e8s,\u00a0davantage que pour la violence de l&rsquo;acte sexuel en lui-m\u00eame \u2013 qui l&rsquo;a\u00a0visiblement\u00a0moins traumatis\u00e9e que\u00a0nos actuelles f\u00e9ministes neurasth\u00e9niques et misandres. Il suffit de consid\u00e9rer sa\u00a0carri\u00e8re, ses amours, son temp\u00e9rament, mais \u00e9galement son style figuratif et la parfaite ma\u00eetrise de son art pour comprendre que l&rsquo;aventure avec Agostino ne lui a de toute \u00e9vidence pas laiss\u00e9 tant de s\u00e9quelles que cela,\u00a0si ce n&rsquo;est\u00a0pas du tout\u00a0\u2013 et <strong>qu&rsquo;elle s&rsquo;en est peut-\u00eatre m\u00eame amus\u00e9e toute sa vie, voire en a fait son fonds de commerce<\/strong>.\u00a0Car apr\u00e8s tout, qu&rsquo;est-ce qui l&#8217;emp\u00eachait de tirer des traites \u00e0 vie sur les \u00e9v\u00e9nements qui l&rsquo;ont rendue c\u00e9l\u00e8bre et ont certainement boost\u00e9 sa carri\u00e8re, aur\u00e9ol\u00e9e du piment de ce scandale sexuel\u00a0plut\u00f4t \u00ab\u00a0baroque\u00a0\u00bb ? Artemisia \u00e9tait tout simplement ultra sexy avant l&rsquo;heure et elle a su exploiter le filon d&rsquo;une main de ma\u00eetre. Elle n&rsquo;aura \u00e9t\u00e9 ni la premi\u00e8re ni la derni\u00e8re \u2013 tout le monde sait, \u00e0 commencer par les femmes, que le sexe a toujours fait vendre, hier comme aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Il ne faut donc pas psychologiser \u00e0 outrance sa peinture et surtout, il ne faut pas se contenter de victimiser Artemisia en manipulant son histoire\u00a0ou rechercher sans fin des signes \u00ab\u00a0d&rsquo;expiation\u00a0\u00bb dans ses nus \u00e9rotisants. En aucune mani\u00e8re, elle n&rsquo;incarne \u00ab\u00a0les luttes f\u00e9minines du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.\u00a0\u00bb Pas plus Artemisia que moi-m\u00eame ne sommes victimes du patriarcat sous pr\u00e9texte que nous sommes n\u00e9es femmes, au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0ou au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. L&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;une femme libre et forte ait pu exister sur cette terre semble plus que jamais inaccessible au f\u00e9minisme victimaire.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;Artemisia soit une femme forte, sa correspondance\u00a0en t\u00e9moigne \u00e0\u00a0r\u00e9p\u00e9tition : \u00ab\u00a0<em>Vous trouverez en moi l&rsquo;\u00e2me de C\u00e9sar dans un corps de femme\u00a0<\/em>\u00bb, \u00e9crivait-elle. \u00ab\u00a0<em>Si j&rsquo;\u00e9tais un homme, je doute fort que les choses se passeraient de cette fa\u00e7on<\/em>.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0<em>Mais je montrerai \u00e0 Votre Seigneurie ce qu&rsquo;une femme sait faire !\u00a0<\/em>\u00bb, \u00e9crivait-elle encore en 1649 \u00e0 l&rsquo;un de ses commanditaires.<\/p>\n<p>Aucune trace de victimisation chez Artemisia, jamais. Aucune trace de soumission \u00e0 un fantasmatique \u00ab\u00a0patriarcat\u00a0\u00bb non plus. Elle est donc l&rsquo;inverse exact d&rsquo;une f\u00e9minisme victimaire, dans la mesure o\u00f9 elle affirme au contraire n&rsquo;avoir rien \u00e0 envier aux hommes. Il est assez paradoxal que les radicales f\u00e9ministes aient fait leur \u00e9g\u00e9rie d&rsquo;une femme aussi diff\u00e9rente d&rsquo;elles \u2013 ce qui d\u00e9montre en creux l&rsquo;ampleur de leurs \u00e9garements.<\/p>\n<p>On peut interpr\u00e9ter l&rsquo;histoire d&rsquo;Artemisia de plusieurs\u00a0mani\u00e8res. Les f\u00e9ministes en ont\u00a0fait l&rsquo;otage de leur complainte victimaire alors que pour une femme comme moi,\u00a0 elle est tout l&rsquo;inverse : Artemisia n&rsquo;a pas v\u00e9cu en victime des hommes mais toujours en femme libre capable de prendre et de reprendre sa vie en main et qui sait, de manipuler les \u00e9v\u00e9nements et les gens qu&rsquo;elle croisait sur sa route.\u00a0N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;elle vivait dans un monde\u00a0o\u00f9 le pinceau, le poignard et le poison\u00a0circulaient dans les m\u00eames mains, que celles-ci soit f\u00e9minines ou masculines \u2013 un monde de passion et de fureur, bien \u00e9loign\u00e9 des milieux feutr\u00e9s, f\u00e9ministes et endogames de celles qui instrumentalisent aujourd&rsquo;hui son histoire.<\/p>\n<p><strong>Artemisia otage des f\u00e9ministes radicales<\/strong><\/p>\n<p><em>Le Monde<\/em>, jamais en retard d\u2019un proc\u00e8s d\u2019intention en mal-pensance, s\u2019est attaqu\u00e9 au film d\u2019Agn\u00e8s Merlet, <em>Artemisia<\/em>\u00a0(1997) qui, s\u2019appuyant sur les minutes du proc\u00e8s \u00e9voqu\u00e9 plus haut, abordait la biographie de la peintre sous l\u2019angle \u2013 justifi\u00e9, \u00e0 mon avis \u2013 de la passion amoureuse (\u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1998\/06\/21\/agnes-merlet-a-t-elle-abuse-de-sa-licence-artistique_3673627_1819218.html\">Agn\u00e8s Merlet a-t-elle abus\u00e9 de sa licence artistique ?\u00a0\u00bb<\/a>, <em>Le Monde<\/em>, 21\/06\/1998).<\/p>\n<p>Que n&rsquo;avait-elle fait l\u00e0&#8230; En bons chiens de garde du f\u00e9minisme radical (d\u00e9j\u00e0), le bureau d\u2019application du f\u00e9minisme tout-puissant lui reprochait,\u00a0par la plume de Claudine Mulard, d\u2019avoir os\u00e9 d\u00e9plaire aux grandes pr\u00eatresses (am\u00e9ricaines, comme il se doit) de la secte. Et de citer les correspondants du <em>London Times<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Un film fran\u00e7ais sur la premi\u00e8re femme peintre reconnue mondialement provoque une fureur f\u00e9ministe dans le monde des arts new-yorkais\u00a0\u00bb\u00a0et du\u00a0<em>New York Times<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Seuls des Fran\u00e7ais, semble-t-il, pouvaient transformer un proc\u00e8s pour viol en histoire d&rsquo;amour torride et pr\u00e9senter Artemisia en femme-enfant imp\u00e9tueuse d\u00e9vor\u00e9e par ses fantasmes \u00e9rotiques\u00a0\u00bb. Et de rappeler que la toute-puissante <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gloria_Steinem\">Gloria Steinem<\/a>\u00a0(une des pires f\u00e9ministes radicales de la plan\u00e8te) ainsi que sa coll\u00e8gue Mary Garrard\u00a0(la f\u00e9ministe preneuse d&rsquo;otage d&rsquo;Artemisia) avaient fait circuler une p\u00e9tition avec\u00a0un soi-disant \u00ab\u00a0rappel des faits historiques\u00a0\u00bb et sur les tableaux d\u2019Artemisia \u2013 comme si l&rsquo;avis de ces f\u00e9ministes fanatiques avait valeur d&rsquo;\u00e9vangile.<\/p>\n<p>Claudine Mulard traite ensuite Agn\u00e8s Merlet de r\u00e9visionniste en rapportant simplement que celle-ci avait rappel\u00e9 une v\u00e9rit\u00e9, \u00e0 savoir que \u00ab\u00a0personne ne dit la v\u00e9rit\u00e9 devant un tribunal\u00a0\u00bb \u2013 en l\u2019occurrence celui du proc\u00e8s d&rsquo;Artemisia, dont il suffit de se reporter aux actes (voir plus haut).<\/p>\n<p>La meilleure\u00a0r\u00e9ponse \u00e0 cela, c\u2019est Agn\u00e8s Merlet\u00a0en personne qui la donne, dans un droit de r\u00e9ponse paru la semaine suivante\u00a0: \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/1998\/06\/28\/le-destin-d-artemisia_3679021_1819218.html\">Le destin d\u2019Artemisia<\/a>\u00a0\u00bb (<em>Le Monde<\/em>, 29\/06\/1998) et qu\u2019il est\u00a0bon de citer <em>in extenso<\/em> tant les propos de la r\u00e9alisatrice r\u00e9sonnent d&rsquo;une actualit\u00e9 br\u00fblante :\u00a0\u00ab\u00a0J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surprise et pein\u00e9e de d\u00e9couvrir dans\u00a0<em>Le Monde<\/em>\u00a0(dat\u00e9 21-22 juin) l&rsquo;article sur le d\u00e9bat provoqu\u00e9 par la sortie am\u00e9ricaine de mon film\u00a0<em>Artemisia<\/em>\u00a0(&#8230;). Personne n&rsquo;a le monopole du destin d&rsquo;Artemisia Gentileschi. Les faits attest\u00e9s par les historiens et notamment ce fameux proc\u00e8s pour viol qui a tant compt\u00e9 dans la vie de cette artiste sont pr\u00e9sents dans mon film. Le reste, effectivement, est affaire d&rsquo;interpr\u00e9tation.\u00a0<strong>La mienne, qui associe \u00e0 ce viol une histoire d&rsquo;amour, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e par des historiennes de l&rsquo;art, comme la Britannique Germaine Greer<\/strong>. J&rsquo;ajoute que,\u00a0lors de sa sortie en Italie, mon film n&rsquo;a suscit\u00e9 aucun remous dans les milieux universitaires. On y compte pourtant plusieurs sp\u00e9cialistes d&rsquo;Artemisia Gentileschi\u00a0: par exemple\u00a0Eva Menzio, responsable de la premi\u00e8re publication des actes du proc\u00e8s, et dont les travaux m&rsquo;ont servi.\u00a0<strong>Les cris d&rsquo;orfraie des \u00ab\u00a0f\u00e9ministes\u00a0\u00bb Mary Garrard et Gloria Steinem me semblent en d\u00e9finitive en dire moins sur Artemisia Gentileschi que sur l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit de certains milieux intellectuels am\u00e9ricains, \u00e9gar\u00e9s par le \u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb.<\/strong>\u00a0On commence par s&rsquo;interroger sur le droit \u00e0 la \u00ab\u00a0licence artistique\u00a0\u00bb d&rsquo;un cr\u00e9ateur, par d\u00e9noncer ses \u00ab\u00a0abus\u00a0\u00bb, et\u00a0<strong>on finit par censurer purement et simplement<\/strong>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On ne saurait mieux dire&#8230; Germaine Greer, c&rsquo;est int\u00e9ressant, est cette ancienne f\u00e9ministe revenue de la \u00ab\u00a0culture du viol\u00a0\u00bb et de la misandrie qui l&rsquo;accompagne, et qui s&rsquo;oppose d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;approche\u00a0 victimaire de ses anciennes coll\u00e8gues (voir ma traduction de l&rsquo;article : <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/2018\/06\/01\/germaine-greer-demande-a-ce-que-la-peine-pour-viol-soit-reduite\/\">\u00ab\u00a0Germaine Greer demande \u00e0 ce que la peine pour viol soit r\u00e9duite\u00a0\u00bb<\/a>).\u00a0<span style=\"color: #333333;\">Quant au \u00ab\u00a0politiquement correct\u00a0\u00bb point\u00e9 ici en 1998, il est d\u00e9sormais ouvertement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le monde des arts et de la pens\u00e9e. Malheureusement, le f\u00e9minisme radical \u00e0 d\u00e9ferl\u00e9 et ses nuisances se r\u00e9v\u00e8lent chaque jour plus \u00e9videntes. <\/span><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;aveuglement du paradigme victimaire<\/strong><\/p>\n<p>L&rsquo;un des aspects les plus d\u00e9routants du f\u00e9minisme victimaire se trouve \u00eatre,\u00a0du fait de\u00a0son dogmatisme et de son manich\u00e9isme (\u00ab\u00a0hommes tous coupables\/femmes toutes victimes\u00a0\u00bb),\u00a0son incapacit\u00e9 ontologique \u00e0 faire de l&rsquo;histoire \u2013 alors m\u00eame que ces f\u00e9ministes pr\u00e9tendent la r\u00e9viser, affubl\u00e9es de leurs lunettes d\u00e9formantes. Comment peut-on pr\u00e9tendre r\u00e9\u00e9crire l&rsquo;histoire int\u00e9grale de l&rsquo;humanit\u00e9 sur la base d&rsquo;un tel pr\u00e9suppos\u00e9, aussi simpliste que fallacieux et contraire \u00e0 toute l&rsquo;anthropologie ?<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que pr\u00e9tendent ces manipulatrices de la r\u00e9alit\u00e9, il n&rsquo;y a pas PAS \u00ab\u00a0d&rsquo;invisibilisation des femmes cr\u00e9atrices\u00a0\u00bb et encore moins de cette parabole victimaire \u00ab\u00a0de l&rsquo;arbre qui cache la for\u00eat\u00a0\u00bb brandie d\u00e8s que l&rsquo;on\u00a0croise la figure d&rsquo;une femme bien dans sa peau capable de tailler sa route dans ce monde.<\/p>\n<p>Dans une table-ronde intitul\u00e9e <a href=\"https:\/\/www.humanite.fr\/table-ronde-les-femmes-oubliees-de-lhistoire-et-de-la-culture-663092\">\u00ab\u00a0Les femmes, oubli\u00e9es de l&rsquo;histoire et de la culture ?\u00a0\u00bb<\/a> (<em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>, 2\/11\/18), on assiste \u2013 en citant justement Artemisia \u2013 \u00e0 la traditionnelle complainte sur la soi-disant n\u00e9gation syst\u00e9matique patriarcale, gna gna gna, de la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation f\u00e9minine\u00a0\u00bb dans l&rsquo;histoire, dont les livres scolaires ne parleraient pas, pas plus que des femmes ordinaires, ouin ouin&#8230; \u00c9normes et habituels mensonges ! Alors que parler de toutes les femmes, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce que fait continuellement l&rsquo;histoire occidentale. L&rsquo;historienne Catherine Lacour-Astol r\u00e9pond tr\u00e8s justement \u00e0 cela : \u00ab\u00a0Je ne suis pas certaine qu&rsquo;il y ait effacement des classes populaires dans l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;histoire. Au contraire, deux ouvrages r\u00e9cents &#8211;\u00a0<em>Une histoire populaire de la France<\/em>, de G\u00e9rard Noiriel, <em>Les Luttes et les r\u00eaves. Une histoire populaire de la France, de 1685 \u00e0 nos jours<\/em>, de Michelle Zancarini-Fournel\u00a0&#8211; <strong>t\u00e9moignent de la vivacit\u00e9 d&rsquo;une histoire sociale, vue d&rsquo;en bas, centr\u00e9e sur les vies des hommes et femmes anonymes<\/strong>.\u00a0\u00bb\u00a0Il est donc \u00e9minemment regrettable que le filtre f\u00e9ministe d\u00e9formant produise, comme toujours, un tel aveuglement.<\/p>\n<p>Artemisia, toute exceptionnelle qu&rsquo;elle fut par sa force de caract\u00e8re et son talent, n&rsquo;est ni la seule, ni la premi\u00e8re femme\u00a0peintre reconnue dans l\u2019histoire de l\u2019art. Et si elle a acquis une telle notori\u00e9t\u00e9, ce n&rsquo;est pas seulement \u00e0 cause, mais aussi\u00a0<em>gr\u00e2ce<\/em> \u00e0 ses aventures et m\u00e9saventures sexuelles. En cela, elle n&rsquo;est ni la premi\u00e8re ni la derni\u00e8re non plus\u00a0; c&rsquo;est un parcours de vie comme un autre. \u00ab\u00a0On ne saura jamais si Artemisia Gentileschi a \u00e9t\u00e9 ou non viol\u00e9e par Agostino Tassi (&#8230;) Une histoire assez confuse, pleine de cris, de fureurs, de mensonges (&#8230;) Victime ou non d\u2019un viol, Artemisia Gentileschi est, en tout cas, victime du proc\u00e8s\u00a0\u00bb, \u00e9crit\u00a0Gilbert Lascault (<em>La Quinzaine litt\u00e9raire<\/em>, 1\/09\/1984). Victime du proc\u00e8s ? Sur le coup, c&rsquo;est possible, mais avec le recul, c&rsquo;est moins s\u00fbr. Elle a certainement su tirer parti intelligemment de cette mise en sc\u00e8ne dans laquelle elle a habilement jou\u00e9 son r\u00f4le.<\/p>\n<p>Artemisia est une \u00ab\u00a0artiste c\u00e9l\u00e8bre, libre, autonome, qui \u00e0 travers toute son \u0153uvre exprime vigoureusement son <strong>refus du statut de victime<\/strong>\u00ab\u00a0, comme l&rsquo;\u00e9crit\u00a0judicieusement\u00a0Marthe Coppel-Bastch. On pourrait m\u00eame aller au-del\u00e0 et se demander si elle a jamais \u00e9t\u00e9 une victime. L&rsquo;accusation de viol est visiblement, en ce XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle romain, et exactement comme \u00e0 notre \u00e9poque, <a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/2020\/07\/12\/la-culture-du-viol-culture-du-harcelement-et-de-la-delation-feministes\/\">un des plus hauts lieux de l&rsquo;affabulation et de la manipulation<\/a> \u2013 il s&rsquo;agissait simplement ici pour un p\u00e8re de marier\u00a0honorablement\u00a0sa fille et de faire payer un imp\u00e9trant qui n&rsquo;avait pas tenu ses promesses (il n&rsquo;est pas exclu non plus qu&rsquo;Orazio ait eu un compte personnel \u00e0 r\u00e9gler avec Agostino). Artemisia a en tout cas su tirer haut la main son \u00e9pingle du jeu. Cette affaire est au final d&rsquo;une \u00e9tonnante modernit\u00e9, mais pas dans le sens\u00a0o\u00f9 les f\u00e9ministes l&rsquo;envisagent. Combien sont-elles aujourd&rsquo;hui, ces stars et ces starlettes dont la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 s&rsquo;est envol\u00e9e \u00e0 partir d&rsquo;une accusation, vraie ou fausse, de viol ? Business as usual \ud83d\ude09<\/p>\n<p>[\u00e0 suivre&#8230;]<\/p>\n<p><strong>. Voir aussi :<\/strong><\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"9YweswfAVT\"><p><a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-verrou-de-fragonard-ou-lequilibre-asymetrique-des-desirs\/\">Le Verrou de Fragonard ou l&rsquo;\u00e9quilibre asym\u00e9trique des d\u00e9sirs<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0Le Verrou de Fragonard ou l&rsquo;\u00e9quilibre asym\u00e9trique des d\u00e9sirs\u00a0\u00bb &#8212; Eromakia\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-verrou-de-fragonard-ou-lequilibre-asymetrique-des-desirs\/embed\/#?secret=ALfmDCiFi4#?secret=9YweswfAVT\" data-secret=\"9YweswfAVT\" width=\"525\" height=\"296\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"FIMDysNH1T\"><p><a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/2019\/02\/14\/quand-claire-bretecher-prophetisait-la-culture-du-viol\/\">[Humour et viol] \u2013 Quand Claire Bret\u00e9cher brocardait les f\u00e9ministes<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0[Humour et viol] \u2013 Quand Claire Bret\u00e9cher brocardait les f\u00e9ministes\u00a0\u00bb &#8212; Eromakia\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/2019\/02\/14\/quand-claire-bretecher-prophetisait-la-culture-du-viol\/embed\/#?secret=pwrDWrswlL#?secret=FIMDysNH1T\" data-secret=\"FIMDysNH1T\" width=\"525\" height=\"296\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"BR3RUnqH22\"><p><a href=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-verrou-de-fragonard-ou-lequilibre-asymetrique-des-desirs\/\">Le Verrou de Fragonard ou l&rsquo;\u00e9quilibre asym\u00e9trique des d\u00e9sirs<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" title=\"\u00ab\u00a0Le Verrou de Fragonard ou l&rsquo;\u00e9quilibre asym\u00e9trique des d\u00e9sirs\u00a0\u00bb &#8212; Eromakia\" src=\"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/le-verrou-de-fragonard-ou-lequilibre-asymetrique-des-desirs\/embed\/#?secret=ALfmDCiFi4#?secret=BR3RUnqH22\" data-secret=\"BR3RUnqH22\" width=\"525\" height=\"296\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;affirment les sempiternelles pleureuses f\u00e9ministes, la place des femmes dans l&rsquo;histoire\u00a0et l&rsquo;histoire de l&rsquo;art (dans la civilisation occidentale d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale) est tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre aussi mis\u00e9rable que ce qu&rsquo;elles pr\u00e9tendent\u00a0\u2013 cette fausse victimisation servant\u00a0surtout \u00e0 asseoir leurs revendications p\u00e9cuniaires et leurs aspirations\u00a0gynocratiques. 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