{"id":17318,"date":"2021-11-08T17:22:32","date_gmt":"2021-11-08T16:22:32","guid":{"rendered":"https:\/\/eromakia.fr\/?page_id=17318"},"modified":"2022-04-23T18:10:38","modified_gmt":"2022-04-23T16:10:38","slug":"la-domination-masculine-existe-t-elle-compte-rendu-de-la-domination-masculine-nexiste-pas-de-peggy-sastre","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/eromakia.fr\/index.php\/la-domination-masculine-existe-t-elle-compte-rendu-de-la-domination-masculine-nexiste-pas-de-peggy-sastre\/","title":{"rendered":"[La domination masculine existe-t-elle ?] \u2013 Peggy Sastre, La Domination masculine n\u2019existe pas (compte-rendu)"},"content":{"rendered":"\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>Texte \u00e9galement paru <a href=\"https:\/\/decolonialisme.fr\/?p=5912\">sur le site de l&rsquo;<em>Observatoire du D\u00e9colonialisme<\/em><\/a> le 15\/10\/21 <\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la rage et le ressentiment f\u00e9ministes saturent l\u2019espace m\u00e9diatique, <em><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/domination-masculine-nexiste-pas\/dp\/2843377811\/ref=sr_1_1?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91\">La Domination masculine n\u2019existe pas<\/a> <\/em>(2015) demeure un essai on ne peut plus actuel. Son titre, qui para\u00eet compl\u00e9ter celui de Pierre Bourdieu, <em>La Domination masculine<\/em> (1998), prend cependant, tout comme son contenu, le contrepied exact du f\u00e9minisme victimaire contemporain enti\u00e8rement bas\u00e9 sur les th\u00e9ories issues du structuralisme et de l\u2019approche socio-culturelle (\u00ab&nbsp;tout est construction sociale&nbsp;\u00bb). En reconnaissant le substrat irr\u00e9ductible des diff\u00e9rences biologiques entre hommes et femmes et en les repla\u00e7ant dans la perspective de l\u2019\u00e9volution, l\u2019approche de Peggy Sastre apporte non seulement un \u00e9clairage original et pertinent sur nos difficult\u00e9s intersexuelles contemporaines, mais autant de pistes pour r\u00e9fl\u00e9chir aux solutions \u00e0 leur apporter.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Constructions sociales&nbsp;\u00bb contre sociobiologie&nbsp;: la guerre de tranch\u00e9es<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Parce qu\u2019il r\u00e9habilite la biologie tout en mettant \u00e0 la port\u00e9e de tous une synth\u00e8se d\u2019\u00e9tudes issues de la recherche anglo-saxonne et am\u00e9ricaine en sociobiologie, cet essai pourrait \u00eatre vu comme un manifeste de l\u2019\u00e9volutionnisme ou du darwinisme, un courant de pens\u00e9e \u00e9galement appel\u00e9 \u00ab&nbsp;psychologie \u00e9volutionniste&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e9vopsy&nbsp;\u00bb ou mieux encore, \u00ab&nbsp;\u00e9vof\u00e9minisme&nbsp;\u00bb selon la terminologie forg\u00e9e par Peggy Sastre (PS) elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur non sp\u00e9cialiste ne pourra manquer d\u2019\u00eatre surpris par l\u2019absence totale de r\u00e9f\u00e9rences francophones dans l\u2019imposante bibliographie rassembl\u00e9e dans les notes (p. 227-272) \u2013 ce qui le mettra d\u2019embl\u00e9e sur la piste du rejet, voire de la sainte terreur, que semble susciter l\u2019\u00e9volutionnisme dans l\u2019universit\u00e9 fran\u00e7aise. Ce que confirme Christophe Darmangeat&nbsp;: &nbsp;\u00ab&nbsp;Aujourd\u2019hui encore, dans l\u2019universit\u00e9 fran\u00e7aise, le rejet \u2013 souvent violent \u2013 de l\u2019\u00e9volutionnisme repr\u00e9sente sans doute la premi\u00e8re id\u00e9e, et la plus fondamentale, inculqu\u00e9e \u00e0 tout \u00e9tudiant en anthropologie&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.afis.org\/Penser-l-evolution-sociale-quelques-mauvais-proces-faits-a-l-evolutionnisme\">Penser l\u2019\u00e9volution sociale&nbsp;: quelques mauvais proc\u00e8s faits \u00e0 l\u2019\u00e9volutionnisme<\/a>&nbsp;\u00bb, 5\/06\/21).<\/p>\n\n\n\n<p>En raison de cet attachement (une forme de chauvinisme, diront certains) au structuralisme et parce que le conflit semble r\u00e9actualiser les vieilles querelles sur la nature et la culture ou sur l\u2019inn\u00e9 et l\u2019acquis, la recherche fran\u00e7aise en anthropologie sociale semble donc camper sur une posture quasi irrationnelle vis-\u00e0-vis de l\u2019approche \u00e9volutionnaire. Alors que, comme l\u2019\u00e9crit PS&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pourquoi l\u2019\u00e9volution ne serait-elle pertinente que pour expliquer ce qui se passe en dessous du menton et pas au-dessus&nbsp;?&nbsp;\u00bb, d\u00e9non\u00e7ant au passage le \u00ab&nbsp;cr\u00e9ationnisme mental&nbsp;\u00bb qui s\u00e9vit toujours (p. 211).<\/p>\n\n\n\n<p>Le darwinisme&nbsp;est \u00ab&nbsp;descriptif, pas prescriptif&nbsp;\u00bb, comme elle le rappelle p. 15, pr\u00e9cisant que si son vocabulaire (avec notamment la dialectique \u00ab&nbsp;co\u00fbt\/b\u00e9n\u00e9fice&nbsp;\u00bb dans le contexte du viol) a pu choquer les \u00e2mes sensibles, d\u00e9crypter les fondements \u00e9volutifs des violences sexuelles ne revient ni \u00e0 s\u2019y r\u00e9signer, ni \u00e0 les justifier et que la science ne requiert \u00ab&nbsp;ni indignation ni approbation morale et sociale&nbsp;\u00bb. Car l\u2019objet de la sociobiologie n\u2019est autre que \u00ab&nbsp;d\u2019augmenter le bagage de connaissance que l\u2019humanit\u00e9 peut exploiter pour comprendre et modifier le monde qui l\u2019entoure&nbsp;\u00bb (p. 143-144). On voit difficilement en effet pourquoi le paradigme de l\u2019\u00e9volution des esp\u00e8ces et des lois de la s\u00e9lection naturelle, unanimement accept\u00e9 dans les sciences de la vie, devrait \u00eatre aussi violemment rejet\u00e9 quand il s\u2019agit des soci\u00e9t\u00e9s humaines \u2013 une id\u00e9e qui pr\u00e9vaut est que l\u2019\u00e9volution sociale aurait \u00ab&nbsp;depuis longtemps gagn\u00e9 son autonomie vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9volution biologique&nbsp;\u00bb (C. Darmangeat). Afin de pouvoir revenir sur ces questions en conclusion, je vais d\u2019abord pr\u00e9senter, chapitre par chapitre, le contenu de l\u2019ouvrage de PS.<\/p>\n\n\n\n<p>Le livre est divis\u00e9 en sept chapitres abordant les principaux th\u00e8mes qui nourrissent le f\u00e9minisme contemporain (harc\u00e8lement sexuel, violences conjugales, \u00ab&nbsp;culture du viol&nbsp;\u00bb, violence masculine, etc.), d\u00e9montrant \u00e0 chaque fois que l\u2019hypoth\u00e8se f\u00e9ministe d\u2019un complot misogyne ourdi par une masculinit\u00e9 m\u00e9chante et vicieuse, dans le seul but de mettre les femmes en esclavage sous la f\u00e9rule de la \u00ab&nbsp;domination masculine&nbsp;\u00bb, ne tient pas. Ce que les f\u00e9ministes rebaptisent \u00ab&nbsp;patriarcat&nbsp;\u00bb, oppression ou domination ne sont en r\u00e9alit\u00e9 que des <em>strat\u00e9gies reproductives distinctes<\/em> mais au final convergentes&nbsp;; l\u2019apparente \u00ab&nbsp;domination masculine&nbsp;\u00bb recouvrant m\u00eame une r\u00e9alit\u00e9 cruelle au sein de laquelle les hommes paient un tr\u00e8s lourd tribut en termes de violence, d\u00e9ch\u00e9ance ou rel\u00e9gation dans les bas-fonds de la soci\u00e9t\u00e9 \u2013 un v\u00e9ritable g\u00e2chis masculin, en somme.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce sont les femmes qui d\u00e9cident<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>De m\u00eame que la quatri\u00e8me de couverture, l\u2019introduction (\u00ab&nbsp;Entrer dans la caverne&nbsp;\u00bb) nous rappelle que les caract\u00e8res masculins aujourd\u2019hui vilipend\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 choisis et valoris\u00e9s pendant des mill\u00e9naires par les femmes elles-m\u00eames \u2013 car ils \u00e9taient utiles \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats reproductifs. \u00ab&nbsp;Qualit\u00e9s&nbsp;\u00bb masculines qui sont tout \u00e0 la fois la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9, la prise de risques, la force, mais aussi la violence voire la brutalit\u00e9, autant de choses que ne peut plus entendre la f\u00e9ministe du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>Une des notions de base du darwinisme (dont les fondements th\u00e9oriques sont r\u00e9sum\u00e9s en annexe, p. 217-226) concerne \u00ab&nbsp;l\u2019incertitude de paternit\u00e9&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;choix cryptique f\u00e9minin&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire le fait que l\u2019homme ne peut jamais avoir la certitude absolue que l\u2019enfant qui nait est bien le sien (il est difficile aussi de savoir exactement quand la femme est fertile) et surtout le fait que \u00ab&nbsp;les femmes sont un facteur limitant pour la reproduction des hommes et non l\u2019inverse, car c\u2019est \u00e0 elles que reviennent le choix et la d\u00e9cision ultimes en termes de reproduction&nbsp;\u00bb (p. 223). Parce que l\u2019\u00eatre humain a toujours eu, et jusqu\u2019\u00e0 une p\u00e9riode r\u00e9cente, une existence courte d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la survie et la reproduction, toute son histoire, consciente ou inconsciente, va tourner autour du sexe, de la sexualit\u00e9 et de la ma\u00eetrise du march\u00e9 sexuel (p. 11) \u2013 autant de questions qui obs\u00e8deront par ricochet les f\u00e9ministes d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Le postulat du darwinisme est que l\u2019homme qui \u00e9volue aujourd\u2019hui dans un monde moderne qui s\u2019est transform\u00e9 tr\u00e8s rapidement en \u00e0 peine deux si\u00e8cles et demi est sensiblement (pour ne pas dire exactement) le m\u00eame, biologiquement parlant, que celui qui peuplait les cavernes il y a 30000 ans, voire bien davantage, vivant en groupements humains de petite taille et luttant \u00e2prement pour sa survie. Sinon qu\u2019aujourd\u2019hui, dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales prosp\u00e8res et pacifi\u00e9es, la survie n\u2019est plus un enjeu aussi crucial et la reproduction non plus, les femmes pouvant m\u00eame passer la totalit\u00e9 de leur existence hors f\u00e9condit\u00e9 si elles le souhaitent. Des param\u00e8tres r\u00e9cents qui changent tout et dont la lecture f\u00e9ministe victimaire ne tient jamais compte, obnubil\u00e9e qu\u2019elle est \u00e0 revisiter l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 et \u00e0 appliquer sa grille de lecture ultra contemporaine \u00e0 un monde qui n\u2019existe plus.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Une diff\u00e9rence n\u2019a jamais fait une hi\u00e9rarchie&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 1, \u00ab&nbsp;Bilan de comp\u00e9tences&nbsp;\u00bb, revient sur la question des \u00ab&nbsp;st\u00e9r\u00e9otypes sexuels ou genr\u00e9s&nbsp;\u00bb, rappelant qu\u2019ils ont longtemps \u00e9t\u00e9 profitables aux deux sexes et qu\u2019ils sont m\u00eame toujours valables dans certaines disciplines scolaires (p. 21). Bien que cela soit inaudible pour les f\u00e9ministes, il s\u2019agit effectivement d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Les hommes sont toujours plus comp\u00e9titifs en situation de n\u00e9gociation (p. 26) \u2013 ce qui explique au passage les diff\u00e9rences de salaires des hauts revenus, directement li\u00e9s \u00e0 cette capacit\u00e9 de n\u00e9gociation \u2013&nbsp;; ils ne rejettent pas les notions de hi\u00e9rarchie quand les femmes pr\u00e9f\u00e8rent l\u2019\u00e9galitarisme et la coop\u00e9ration et ils valorisent plus ouvertement l\u2019argent, alors que \u00ab&nbsp;les femmes ont mieux \u00e0 faire que gagner de l\u2019argent, reproductivement parlant&nbsp;\u00bb (p. 27-28). Les orientations professionnelles vers les STEM ou les sciences de l\u2019ing\u00e9nieur restent essentiellement masculines, les femmes pr\u00e9f\u00e9rant toujours, en d\u00e9pit des intenses campagnes pour les pousser vers les sciences \u00ab&nbsp;dures&nbsp;\u00bb, ce qui a trait aux personnes. Les hommes restent quant \u00e0 eux davantage port\u00e9s sur l\u2019abstrait et l\u2019objectal, en raison notamment d\u2019influences hormonales pr\u00e9natales (p. 31-32). PS d\u00e9veloppe \u00e9galement la question du dimorphisme&nbsp;sexuel et notamment des diff\u00e9rences de psychologie et de cerveau entre les sexes, que l\u2019\u00e9volution a fa\u00e7onn\u00e9s diff\u00e9remment (p. 25). Certaines diff\u00e9rences cognitives&nbsp;entre les sexes sont av\u00e9r\u00e9es&nbsp;: on sait par exemple de mani\u00e8re indiscutable que les hommes sont plus forts en aptitudes spatiales pour pr\u00e9dire la rotation alors que les femmes sont meilleures en verbal, grammaire, orthographe ou m\u00e9morisation de mots (p. 30).<\/p>\n\n\n\n<p>Ces passages ont provoqu\u00e9 une violente animosit\u00e9 de la part d\u2019Odile Fillod, qui a pouss\u00e9 le journal <em>Le Monde<\/em> \u00e0 pilonner le travail de Peggy Sastre, suscitant en r\u00e9action une lev\u00e9e de boucliers de la part de sp\u00e9cialistes venus d\u00e9fendre le s\u00e9rieux des \u00e9tudes sur le cerveau auxquelles PS faisait r\u00e9f\u00e9rence. La querelle sur les diff\u00e9rences de cerveau masculin et f\u00e9minin court toujours, en raison d\u2019une id\u00e9ologie f\u00e9ministe h\u00e9g\u00e9monique qui refuse dogmatiquement d\u2019accepter les r\u00e9sultats des sciences de la vie. \u00c0 titre d\u2019exemple, j\u2019\u00e9coutais ce week-end le physicien et m\u00e9decin Denis le Bihan sur <em>CNews<\/em> (<a href=\"https:\/\/www.cnews.fr\/emission\/2021-10-10\/reperes-du-10102021-1136210\">dans l\u2019\u00e9mission \u00ab&nbsp;Rep\u00e8res&nbsp;\u00bb<\/a> du 10\/10\/21) exposant de mani\u00e8re passionnante ses travaux d\u2019imagerie m\u00e9dicale sur le cerveau. Quand il a rappel\u00e9 incidemment que les cerveaux des hommes et des femmes \u00e9taient diff\u00e9rents, il a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement interrompu et emp\u00each\u00e9 de poursuivre par un Jean-Pierre Elkabbach qui vocif\u00e9rait \u00ab&nbsp;Et l\u2019\u00e9galit\u00e9, et l\u2019\u00e9galit\u00e9&nbsp;?&nbsp;\u00bb, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une prescription religieuse.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un \u00ab&nbsp;plafond de verre&nbsp;\u00bb mais aussi un \u00ab&nbsp;plancher de verre&nbsp;\u00bb pour les femmes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre aborde \u00e9galement les diff\u00e9rences de salaire. \u00c0 l\u2019encontre de la doxa dominante, Peggy Sastre signale que chez les c\u00e9libataires sans enfants de moins de 40 ans, on ne rel\u00e8ve aucun \u00e9cart de salaire significatif (p. 28) et que si les femmes sont effectivement plus rares tout en haut de la pyramide, ce sont bien les hommes qui s\u2019entassent au plus bas de l\u2019\u00e9chelle sociale, une r\u00e9alit\u00e9 que les femmes, qui privil\u00e9gient la prudence et la d\u00e9pendance, connaissent moins et que les f\u00e9ministes ne veulent entendre. De par leur t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 et leur \u00e9go\u00efsme, on retrouve davantage d\u2019hommes en haut de l\u2019\u00e9chelle sociale, certes, mais ce n\u2019est pas non plus sans raisons, sans efforts et sans sacrifices. Ils n\u2019ont pas non plus d\u2019horloge biologique (p. 33-34).<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes sont les premi\u00e8res victimes de la violence, rappelle PS au <em>Matin<\/em> (<a href=\"https:\/\/www.lematin.ch\/story\/l-evolution-a-fait-les-machos-512156880228\">\u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9volution a fait les machos&nbsp;\u00bb<\/a>, 23\/12\/2015), \u00ab&nbsp;puisque ce sont eux majoritairement qui meurent en raison de la brutalit\u00e9 sous toutes ses formes. Ils sont aussi les plus vuln\u00e9rables&nbsp;: les hommes sont surrepr\u00e9sent\u00e9s parmi les SDF ou les d\u00e9tenus. Les femmes, si elles subissent un plafond de verre, ont \u00e9galement sous les pieds un plancher de verre qui les soustrait majoritairement \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame pauvret\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>PS d\u00e9nonce \u00e0 juste titre l\u2019\u00e9galitarisme forcen\u00e9 dans le choix des orientations, ce qui ne va pas sans cr\u00e9er de nouvelles barri\u00e8res et un nouvel arbitraire pouvant forcer les gens \u00e0 faire autre chose que ce qu\u2019ils veulent r\u00e9ellement \u2013 probl\u00e8me qui se pose actuellement dans les pays scandinaves o\u00f9 les f\u00e9ministes se demandent comment elles peuvent <em>forcer<\/em> les filles \u00e0 choisir des m\u00e9tiers de gar\u00e7ons alors qu\u2019elles ne le souhaitent pas intimement. Il ne faut pas \u00ab&nbsp;se laisser aveugler par des consid\u00e9rations id\u00e9ologiques qui font du r\u00e9el le d\u00e9but d\u2019une insulte, m\u00eame si elles ont l\u2019air de nous placer d\u2019office dans le camp du bien&nbsp;\u00bb, \u00e9crit PS p. 36.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La femme chasseresse<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le sujet de la femme chasseresse, qui fait encore l\u2019actualit\u00e9 ces jours-ci, est abord\u00e9 (p. 30) \u00e0 travers le th\u00e8me de la prise de risques. PS rappelle que dans les soci\u00e9t\u00e9s jadis qualifi\u00e9es de \u00ab&nbsp;primitives&nbsp;\u00bb, sur 179 \u00e9tudi\u00e9es, il n\u2019en existe aucune o\u00f9 les femmes ont l\u2019exclusivit\u00e9 de la chasse et que dans 166 d\u2019entre elles, les hommes sont seuls \u00e0 la pratiquer. C. Darmangeat confirme cet \u00e9tat de fait dans sa critique du documentaire \u00ab&nbsp;Lady Sapiens&nbsp;\u00bb diffus\u00e9 tout r\u00e9cemment (<a href=\"http:\/\/cdarmangeat.blogspot.com\/2021\/10\/lady-sapiens-les-femmes-prehistoriques.html\">\u00ab&nbsp;Lady Sapiens : les femmes pr\u00e9historiques, d\u2019un st\u00e9r\u00e9otype \u00e0 l\u2019autre ?&nbsp;\u00bb<\/a>, 11\/10\/21)&nbsp;: sur les cinq continents, les femmes sont \u00ab&nbsp;presque universellement exclues du maniement des armes tranchantes ou per\u00e7antes les plus l\u00e9tales, comme la lance ou l\u2019arc, et donc de certaines activit\u00e9s sp\u00e9cifiques&nbsp;\u00bb. \u00c0 part chez les Agta des Philippines, \u00ab&nbsp;aucune population de chasseurs-cueilleurs observ\u00e9e en ethnologie n\u2019a jamais permis aux femmes de manier lances et arcs et d\u2019intervenir ainsi dans la mise \u00e0 mort sanglante du gros gibier&nbsp;\u00bb. Et encore, ces derni\u00e8res le faisaient, car c\u2019\u00e9tait un peuple \u00ab&nbsp;qui se procurait ses produits v\u00e9g\u00e9taux aupr\u00e8s d\u2019agriculteurs voisins, et qu\u2019il \u00e9tait donc tout entier sp\u00e9cialis\u00e9 dans l\u2019acquisition de ressources alimentaires carn\u00e9es&nbsp;\u00bb. Quant \u00e0 l\u2019affirmation \u00ab&nbsp;selon laquelle 30\u202f% \u00e0 50\u202f% des chasseurs de l\u2019Am\u00e9rique ancienne \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 des chasseresses, elle repose sur des \u00e9l\u00e9ments tout aussi fragiles&nbsp;\u00bb. Seule une femme poss\u00e9dait dans sa s\u00e9pulture des objets de chasse au gros gibier, mais la fiabilit\u00e9 avec laquelle son sexe a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 n\u2019est que de 80% (or il faut un minimum de 95% pour \u00eatre certain). Les actuels d\u00e9veloppements f\u00e9ministes sur les femmes chasseresses dans les soci\u00e9t\u00e9s primitives ne reposent donc en d\u00e9finitive sur rien.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Harc\u00e8lement&nbsp;: les hommes veulent du sexe, pas du pouvoir<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 2, \u00ab&nbsp;Sph\u00e8res du harc\u00e8lement&nbsp;\u00bb, traite du harc\u00e8lement sexuel, \u00ab&nbsp;une notion incub\u00e9e dans les cercles f\u00e9ministes d\u2019un pays o\u00f9 les mutations sexuelles du march\u00e9 du travail ont \u00e9t\u00e9 les plus rapides et les plus patentes&nbsp;: les \u00c9tats-Unis&nbsp;\u00bb, mais une notion probl\u00e9matique car n\u2019ayant pas re\u00e7u de d\u00e9finition universelle (p. 44). Les f\u00e9ministes s\u2019obstinent \u00e0 voir le harc\u00e8lement sexuel comme un \u00ab&nbsp;outil du patriarcat&nbsp;\u00bb fonctionnant sur un besoin typiquement masculin de puissance et domination sur les femmes qui n\u2019aurait rien \u00e0 voir avec le sexe, ce que PS conteste formellement. C\u2019est bien le pouvoir qui est un outil du sexe, et non l\u2019inverse&nbsp;: le harceleur harc\u00e8le en premier lieu parce qu\u2019il a envie de copuler. \u00c0 ce titre, elle rel\u00e8ve que les harceleurs sont le plus souvent des coll\u00e8gues de statut \u00e9gal ou inf\u00e9rieur (p. 48) et que selon le contexte et\/ou la personne qui les endosse, des comportements identiques pourront \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme neutres, bienveillants, si ce n\u2019est s\u00e9duisants et attirants (p. 51). Aucune de ces assertions n\u2019est gratuite mais fond\u00e9e sur une ou plusieurs \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019on met en regard le fait que les victimes&nbsp;sont majoritairement jeunes, c\u00e9libataires et per\u00e7ues comme vuln\u00e9rables et que pour des raisons \u00e9volutionnaires, les hommes sont port\u00e9s \u00e0 voir des signaux sexuels l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y en a pas toujours, le harc\u00e8lement sexuel pourrait \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une mani\u00e8re de \u00ab&nbsp;v\u00e9rifier la disponibilit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 54-55) valant comme un \u00ab&nbsp;avantage reproductif pour l\u2019homme&nbsp;\u00bb, parmi d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pas la bonne personne et pas les bons codes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019indice de sociosexualit\u00e9 mesure le profil sexuel g\u00e9n\u00e9ral d\u2019un individu, du \u00ab&nbsp;coinc\u00e9&nbsp;\u00bb (sociosexualit\u00e9 basse) \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019obs\u00e9d\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;(sociosexualit\u00e9 haute)&nbsp;; il est \u00e9galement \u00e0 noter que les personnes \u00e0 sociosexualit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e sont, en tendance, jug\u00e9es les plus s\u00e9duisantes (p. 54). PS rappelle ensuite que \u00ab&nbsp;personne, nulle part n\u2019a envie de harceler tout le monde&nbsp;\u00bb&nbsp;et que si dominer \u00e9tait leur but, les harceleurs cibleraient des gens \u00e0 la sociosexualit\u00e9 basse&nbsp;; or c\u2019est l\u2019inverse que l\u2019on constate&nbsp;: les hommes \u00e0 sociosexualit\u00e9 haute harc\u00e8lent pr\u00e9f\u00e9rentiellement des femmes \u00e0 sociosexualit\u00e9 haute \u00e9galement. Curieusement (mais pas tant que \u00e7a), ce sont les femmes \u00e0 sociosexualit\u00e9 basse qui vont davantage <em>se sentir<\/em> harcel\u00e9es \u2013 alors qu\u2019elles le sont statistiquement moins que les autres (p. 57).<\/p>\n\n\n\n<p>PS revient \u00e9galement sur le ph\u00e9nom\u00e8ne du harc\u00e8lement de rue, rappelant que le probl\u00e8me vient surtout du fait qu\u2019il s\u2019agit d\u2019hommes qui n\u2019ont aucune chance, manipulant \u00ab&nbsp;de mauvais codes de s\u00e9duction, utilis\u00e9s par les mauvaises personnes&nbsp;\u00bb et que cette figure de l\u2019\u00ab&nbsp;homme de la rue&nbsp;\u00bb s\u2019oppose radicalement \u00e0 l\u2019hypergamie \u2013 le fait de choisir comme partenaire sexuel, \u00e0 plus ou moins long terme, quelqu\u2019un d\u2019un statut (social, intellectuel) plus \u00e9lev\u00e9 que le sien&nbsp;; ce \u00e0 quoi l\u2019\u00e9volution pr\u00e9dispose les femmes (p. 59).<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours \u00e0 l\u2019encontre du discours dominant, PS rappelle aussi qu\u2019un \u00ab&nbsp;petit tiers de femmes utilisent sciemment la tactique du non qui veut dire oui&nbsp;\u00bb car elle a pu \u00eatre avantageuse&nbsp;: temporiser le consentement permet \u00e0 la fois de tester l\u2019homme et de ne pas passer pour \u00ab&nbsp;trop facile&nbsp;\u00bb. Parce que les femmes ont aussi \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es pour faire les difficiles, un non peut parfois signifier \u00ab&nbsp;essaie encore&nbsp;\u00bb (p. 62-63). Et de rappeler que les \u00e9tudes sur le harc\u00e8lement ne demandent jamais aux femmes combien de fois elles ont r\u00e9pondu favorablement aux sollicitations\u2026 quand on sait que 30 % des couples se forment au travail (p. 64). Il ressort encore une fois que le harceleur se sert de son pouvoir pour copuler&nbsp;et que si ce dernier peut \u00eatre un moyen, le sexe en est toujours la fin (p. 65).<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 3, \u00ab&nbsp;Secrets de famille&nbsp;\u00bb, \u00e9claire \u00e0 la lumi\u00e8re du darwinisme le sujet complexe des violences conjugales. Le chapitre revient d\u2019abord sur la notion \u00e9volutionnaire centrale de l\u2019<em>incertitude de paternit\u00e9 <\/em>et sur son corollaire, le d\u00e9sinvestissement paternel&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un homme est plus enclin \u00e0 s\u2019investir pour ses enfants biologiques que pour ceux que sa compagne aura faits avec un autre homme, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui reste stable parmi diff\u00e9rentes cultures&nbsp;\u00bb et que de nombreuses \u00e9tudes confirment. \u00ab&nbsp;Du fait du caract\u00e8re antith\u00e9tique de leurs dynamiques reproductives, chez les humains comme dans la plupart des esp\u00e8ces \u00e0 reproduction sexu\u00e9e, le m\u00e2le est celui qui d\u00e9laisse le plus sa prog\u00e9niture&nbsp;\u00bb, une donn\u00e9e de l\u2019\u00e9volution que ne contredisent pas les actuels foyers monoparentaux \u2013&nbsp;m\u00eame si divers facteurs nuancent cette situation, comme le fait que le plus le p\u00e8re sera \u00e9duqu\u00e9 et plus il sera enclin \u00e0 payer la pension alimentaire. Mais c\u2019est quand la m\u00e8re se remarie que le p\u00e8re a le plus de chances de cesser de payer cette pension. Une femme est toujours certaine d\u2019\u00eatre la m\u00e8re de ses enfants alors qu\u2019un homme non&nbsp;; raison pour laquelle avant l\u2019\u00e2ge d\u2019un an les b\u00e9b\u00e9s ressemblent souvent davantage \u00e0 leur p\u00e8re&nbsp;; et c\u2019est aussi ce que disent ceux qui le regardent \u2013 une mani\u00e8re ancestrale de prot\u00e9ger la m\u00e8re et l\u2019enfant d\u2019une mise \u00e0 mort possible (p. 72-73).<\/p>\n\n\n\n<p><em>La violence conjugale \u00e0 la lumi\u00e8re de la perspective \u00e9volutionnaire&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>On peut selon cette approche faire ressortir les trois param\u00e8tres fondamentaux de la violence domestique masculine&nbsp;: si la <em>jalousie sexuelle<\/em>&nbsp;en constitue le fondement principal, la violence conjugale serait \u00e9galement un double moyen de punir et de pr\u00e9venir l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 sexuelle, ainsi qu\u2019une strat\u00e9gie palliative \u00e0 cette forme d\u2019infid\u00e9lit\u00e9 (p. 78). Elle pourrait donc s\u2019interpr\u00e9ter comme des \u00ab&nbsp;strat\u00e9gies pr\u00e9ventives et palliatives&nbsp;\u00bb, du fait que l\u2019agresseur se sente (ou est r\u00e9ellement) menac\u00e9 dans sa capacit\u00e9 reproductive et dans la dispersion de ses g\u00e8nes (p. 79). Il faut encore rappeler que cette explication darwinienne ne se veut qu\u2019une observation froide et en rien une justification de la violence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fl\u00e9au de la jalousie touche les deux sexes. L\u2019intensit\u00e9 de cette \u00e9motion est ressentie identiquement que l\u2019on soit un homme ou une femme&nbsp;; ce qui va diff\u00e9rer est le type de jalousie ressentie&nbsp;: elle sera plut\u00f4t d\u2019ordre affective et sentimentale chez les femmes et sexuelle chez les hommes&nbsp;et cette dichotomie est universelle (p. 81-82). Entre la jalousie morbide et la jalousie non pathologique, il n\u2019existe de plus qu\u2019une diff\u00e9rence de degr\u00e9 et non de nature. Mais il existe une dangerosit\u00e9 propre \u00e0 la jalousie masculine car celle-ci est un catalyseur sp\u00e9cifique de violence domestique, ce que confirment nombre d\u2019\u00e9tudes (p. 86). Elle porte aussi plus souvent sur des femmes ayant eu des enfants d\u2019un pr\u00e9c\u00e9dent partenaire (p. 87), en raison comme on l\u2019a vu plus haut, de la r\u00e9ticence naturelle de l\u2019homme \u00e0 entretenir les enfants d\u2019un autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes montrent aussi que l\u2019\u00e2ge de la femme joue un r\u00f4le&nbsp;: les violences conjugales ont tendance \u00e0 baisser \u00e0 mesure que la femme approche de la m\u00e9nopause et du tournant des 45 ans&nbsp;: les femmes en \u00e2ge de procr\u00e9er en sont statistiquement dix fois plus victimes. Il s\u2019agirait donc possiblement d\u2019une strat\u00e9gie inconsciente pour \u00ab&nbsp;contr\u00f4ler la capacit\u00e9 reproductive de la femme&nbsp;\u00bb. De ce point de vue, le viol conjugal&nbsp;peut m\u00eame \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une technique de \u00ab&nbsp;comp\u00e9tition spermatique&nbsp;\u00bb (le sperme du mari venant imm\u00e9diatement concurrencer celui de l\u2019amant putatif) (p. 91).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas de l\u2019uxoricide (le meurtre de l\u2019\u00e9pouse ou de la compagne), terme qui devrait supplanter l\u2019appellation impropre de \u00ab&nbsp;f\u00e9minicide&nbsp;\u00bb (car ces femmes ne sont pas tu\u00e9es parce qu\u2019elles sont des femmes mais parce qu\u2019elles sont l\u2019\u00e9pouse particuli\u00e8re d\u2019un homme particulier), la jalousie et la suspicion d\u2019infid\u00e9lit\u00e9 sont relev\u00e9es dans 80% des cas (p. 93). Le crime conjugal pourrait alors s\u2019expliquer&nbsp;\u00e9volutionnairement parlant pour son c\u00f4t\u00e9 dissuasif plus que punitif,&nbsp;parce qu\u2019il envoie un message aux potentiels concurrents&nbsp;: l\u2019homme donne ici un exemple de ce qu\u2019il est capable de faire. La m\u00eame logique s\u2019appliquerait au caract\u00e8re dissuasif des crimes d\u2019honneur&nbsp;auxquels le chapitre 4, \u00ab&nbsp;Aux champs d\u2019honneur&nbsp;\u00bb,est d\u00e9di\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tudes sur le sujet ont fait ressortir que partout dans le monde, un niveau de violence \u00e9lev\u00e9 accompagnait les soci\u00e9t\u00e9s pastorales, bien plus que les soci\u00e9t\u00e9s agricoles&nbsp;(p. 97). Parmi ses manifestations, on retrouve la vendetta ou, comme chez les sudistes blancs am\u00e9ricains, la culture de l\u2019honneur. Chez ces derniers, un peuplement d\u2019origine pastorale (des bergers \u00e9cossais et irlandais, alors que le nord des \u00c9tats-Unis avait re\u00e7u des colons venus des grands centres c\u00e9r\u00e9aliers anglais, allemands ou hollandais) la violence \u00e9tait end\u00e9mique mais accept\u00e9e, car consid\u00e9r\u00e9e comme \u00ab&nbsp;r\u00e9active&nbsp;\u00bb \u00e0 des insultes remettant en question l\u2019honneur de l\u2019insult\u00e9 (p. 97-103). PS souligne aussi le r\u00f4le des femmes dans cette culture de la violence (p. 104)&nbsp;: elles la d\u00e9fendaient ouvertement et \u00e9duquaient leurs enfants en ce sens. Les conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s de retour de la guerre avouaient m\u00eame qu\u2019ils avaient \u00ab&nbsp;peur des femmes s\u2019ils rentraient vaincus car elles auraient eu honte d\u2019eux&nbsp;\u00bb (p. 106). De la m\u00eame mani\u00e8re, les femmes attisent le ressentiment des hommes de leur clan, quitte \u00e0 les pousser \u00e0 commettre des \u00ab&nbsp;actes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce go\u00fbt pour la violence r\u00e9pond \u00e0 des m\u00e9canismes \u00e9volutifs et on attribue m\u00eame une \u00ab&nbsp;existence autonome&nbsp;\u00bb \u00e0 la culture de l\u2019honneur&nbsp;: bien que le pastoralisme ne soit plus structurant comme autrefois, cette culture s\u2019est exprim\u00e9e ensuite dans le \u00ab&nbsp;romantisme guerrier&nbsp;\u00bb par exemple ou lorsque \u00ab&nbsp;l\u00e2ches et traitres sont toujours assimil\u00e9s&nbsp;\u00bb dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9velopp\u00e9es. Il s\u2019av\u00e8re de plus que tr\u00e8s peu d\u2019hommes sont r\u00e9ellement indiff\u00e9rents \u00e0 l\u2019insulte&nbsp;: il s\u2019agissait \u00e0 l\u2019origine d\u2019un facteur de survie afin de pouvoir conserver partenaires et ressources. Il existe donc encore une diff\u00e9rence de degr\u00e9 mais pas de nature entre les hommes appartenant aux cultures de l\u2019honneur ou non (p. 107-109).<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 5, \u00ab&nbsp;Ant\u00e9c\u00e9dents de violence&nbsp;\u00bb, s\u2019attache justement \u00e0 rechercher les origines de cette violence, en signalant d\u2019embl\u00e9e que la violence est un \u00ab&nbsp;ph\u00e9nom\u00e8ne disproportionnellement masculin&nbsp;\u00bb r\u00e9pondant \u00e0 des facteurs biologiques et que cette violence a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9e afin de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes adaptatifs&nbsp;aussi majeurs que la comp\u00e9tition pour l\u2019acc\u00e8s aux ressources, que celles-ci soient alimentaires, territoriales ou sexuelles. Il y aurait donc \u00ab&nbsp;une logique derri\u00e8re peu ou prou tous les actes de violence&nbsp;\u00bb (p. 111-113).<\/p>\n\n\n\n<p>Il en va ainsi chez les animaux non humains, o\u00f9 la violence s\u2019inscrit dans les deux cadres th\u00e9oriques darwiniens&nbsp;de la <em>s\u00e9lection sexuelle<\/em> et de l\u2019<em>investissement parental<\/em>&nbsp;: dans le contexte de la comp\u00e9tition pour le sexe, les m\u00e2les ciblent d\u2019autres m\u00e2les pour acc\u00e9der \u00e0 des femelles&nbsp;; une violence intrasexuelle parfois si co\u00fbteuse en vies qu\u2019elle peut alors \u00eatre ritualis\u00e9e (p. 115). On rel\u00e8ve \u00e9galement chez les animaux des cas d\u2019infanticide et d\u2019avortement s\u00e9lectif (p. 120),&nbsp;les femelles pr\u00e9f\u00e9rant se reproduire avec le meilleur m\u00e2le, \u00ab&nbsp;celui qui est tout en haut de la pyramide&nbsp;\u00bb (p. 123).<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les humains \u2013 chez lesquels il convient \u00e9galement de faire voler en \u00e9clats le \u00ab&nbsp;mythe du bon sauvage&nbsp;\u00bb, car les \u00e9tudes montrent sans ambigu\u00eft\u00e9 que la violence humaine n\u2019est en rien une invention r\u00e9cente \u00ab&nbsp;r\u00e9active&nbsp;\u00bb \u00e0 la modernit\u00e9 \u2013, le recours \u00e0 la violence s\u2019inscrit dans le m\u00eame type de comp\u00e9tition pour les ressources \u00e9nerg\u00e9tiques et sexuelles (p. 125-126).<\/p>\n\n\n\n<p>[Sur la violence masculine, voir aussi : William Buckner, \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/debats\/pourquoi-les-hommes-sont-plus-violents-que-les-femmes-10-12-2018-2278125_2.php\">Pourquoi les hommes sont plus violents que les femmes<\/a>&nbsp;\u00bb, <em>Le Point<\/em>, 10\/12\/18]<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le pouvoir des femmes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019oppos\u00e9 du narratif f\u00e9ministe victimaire, le darwinisme d\u00e9montre que \u00ab&nbsp;les femmes ont \u00e9t\u00e9 les instances d\u00e9cisionnelles de l\u2019\u00e9volution&nbsp;\u00bb (p. 127), car \u00ab&nbsp;si quelques hommes ont eu beaucoup d\u2019enfants, beaucoup d\u2019autres en ont eu peu ou pas du tout&nbsp;\u00bb (p. 129)&nbsp;: l\u2019humanit\u00e9 (celle qui a pu se reproduire) est en r\u00e9alit\u00e9 faite de deux fois plus de femmes que d\u2019hommes (p. 130). Ce point est \u00e0 rapporter au paradigme darwinien qui pose comme fondement la <em>comp\u00e9tition pour la survie et pour la reproduction<\/em> et d\u00e9veloppe le concept de \u00ab&nbsp;valeur adaptative&nbsp;\u00bb (ou <em>fitness<\/em>)&nbsp;: certains individus sont plus efficaces que d\u2019autres. C\u2019est dans ce cadre que les comp\u00e9titions \u00ab&nbsp;intrasexuelle&nbsp;\u00bb et&nbsp;\u00ab&nbsp;intersexuelle&nbsp;\u00bb prennent tout leur sens, de m\u00eame que l\u2019importance de la s\u00e9lection sexuelle (<em>cf.<\/em> \u00ab&nbsp;Rudiments th\u00e9oriques&nbsp;\u00bb, p. 219-222).<\/p>\n\n\n\n<p>Selon cette th\u00e9orie, le sexe le plus violent&nbsp;sera toujours celui dont l\u2019investissement parental est le moindre et le succ\u00e8s reproductif le plus variable \u2013 car il est celui qui doit prendre le maximum de risques pour acc\u00e9der \u00e0 des partenaires. Et les femmes ont appr\u00e9ci\u00e9 et m\u00eame recherch\u00e9 ce go\u00fbt de risque car, aussi contre-intuitif que cela paraisse aujourd\u2019hui, \u00ab&nbsp;les femmes choisissent les brutes&nbsp;\u00bb&nbsp;: plus un homme est violent et plus il a du succ\u00e8s aupr\u00e8s des femmes. Il en va de m\u00eame chez les femelles chimpanz\u00e9s (p. 131-132). En biologie comme ailleurs, l\u2019histoire est toujours \u00e9crite par les vainqueurs&nbsp;et les perdants voient leurs g\u00e8nes dispara\u00eetre avec leur dernier souffle. C\u2019est ainsi que chez les hommes, la mortalit\u00e9 violente concerne toujours majoritairement, aujourd\u2019hui comme au temps de nos anc\u00eatres, des hommes jeunes et pauvres (p. 136).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019instinct de violence (comme la jalousie, on l\u2019a vu plus haut) est partag\u00e9 \u00e0 \u00e9galit\u00e9 par les deux sexes&nbsp;: si, dans une \u00e9tude, 80% des hommes avouent des id\u00e9es meurtri\u00e8res, 60% des femmes le font aussi. La diff\u00e9rence est qu\u2019ensuite les femmes auront pr\u00e9f\u00e9rentiellement recours \u00e0 l\u2019agression indirecte ou relationnelle \u2013 ragots, d\u00e9nigrements, critiques, g\u00e9n\u00e9ralement sans risques de repr\u00e9sailles (p. 133). Des \u00e9tudes ont aussi montr\u00e9 que quand les femmes ovulent, elles jugent plus mal les autres femmes. Cette agressivit\u00e9 s\u2019inscrit pleinement dans ce que le darwinisme appelle la \u00ab&nbsp;comp\u00e9tition intrasexuelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le darwinisme postule en effet une \u00ab&nbsp;asym\u00e9trie fondamentale entre les int\u00e9r\u00eats reproductifs des deux sexes, elle-m\u00eame relevant d\u2019une in\u00e9galit\u00e9 biologique irr\u00e9ductible&nbsp;\u00bb&nbsp;: la femme produit un ovule par mois, les hommes des millions de spermatozo\u00efdes par jour, puis la femme vit la grossesse, l\u2019accouchement, l\u2019allaitement, etc. \u00ab&nbsp;Il s\u2019ensuit une asym\u00e9trie dans la th\u00e9orie de l\u2019investissement parental&nbsp;: le succ\u00e8s copulatoire n\u2019est pas forc\u00e9ment synonyme de succ\u00e8s reproductif&nbsp;: il faut que la descendance survive \u00e0 son tour. Il y a donc combinaison de deux processus distincts&nbsp;: conqu\u00eate du partenaire et investissement parental&nbsp;\u00bb (<em>cf<\/em>. p. 222).<\/p>\n\n\n\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de la guerre a aussi des explications \u00e9volutionnaires&nbsp;: \u00ab&nbsp;Entrer en contact avec un \u00e9tranger de la m\u00eame esp\u00e8ce est le plus puissant d\u00e9clencheur d\u2019agressivit\u00e9&nbsp;\u00bb, selon David Livingstone Smith (p. 139). Il s\u2019av\u00e8re \u00e9galement que les hommes subissent davantage le racisme et la discrimination sur des crit\u00e8res ethniques que les femmes (p. 140). Si l\u2019on rel\u00e8ve une forte sensibilit\u00e9 masculine \u00e0 la diff\u00e9rence, les femmes se montrent en g\u00e9n\u00e9ral plus ouvertes et tol\u00e9rantes \u00e0 la diff\u00e9rence et donc moins partantes pour la guerre (elles ont pour habitude, chez les femelles animales, de se soumettre au vainqueur, parfois de bon c\u0153ur, car leur descendance sera \u00e9galement plus puissante).<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 6, \u00ab&nbsp;Cultures du viol&nbsp;\u00bb est lui aussi d\u2019une actualit\u00e9 toujours br\u00fblante. Apr\u00e8s les pr\u00e9cautions d\u2019usages suscit\u00e9es par les intenses r\u00e9actions \u00e9motionnelles que le sujet d\u00e9cha\u00eene immanquablement chez les f\u00e9ministes, PS rappelle cette d\u00e9finition de 1975 du viol par Susan Brownmiller&nbsp;: \u00ab&nbsp;Processus d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 d\u2019intimidation par lequel <em>tous<\/em> les hommes maintiennent <em>toutes<\/em> les femmes dans un \u00e9tat de peur constant&nbsp;\u00bb (p. 146) et l\u2019on comprend mieux les origines d\u2019une certaine forme de parano\u00efa et d\u2019exag\u00e9ration f\u00e9ministes.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme pour le harc\u00e8lement sexuel (chap. 2), ce chapitre revient sur la question de d\u00e9terminer si le viol est une affaire de sexe ou de domination et la r\u00e9ponse est claire&nbsp;: il s\u2019agit de sexe uniquement. Comme le fait remarquer PS, on ne voit pas pourquoi un homme en passerait par le sexe pour avoir du pouvoir, ni pourquoi le viol ferait si peur aux femmes, au point de les assujettir. C\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019inverse&nbsp;: un homme qui viole est un homme qui veut du sexe. En termes darwiniens, le viol peut s\u2019appeler \u00ab&nbsp;coercition sexuelle&nbsp;\u00bb&nbsp;: le fait pour un m\u00e2le d\u2019augmenter les chances que la femelle s\u2019accouple avec lui plut\u00f4t qu\u2019avec un autre m\u00e2le (p. 147).<\/p>\n\n\n\n<p>Si le viol est un ph\u00e9nom\u00e8ne universel, rencontr\u00e9 dans toutes les soci\u00e9t\u00e9s, toutes les cultures humaines et dans un grand nombre d\u2019esp\u00e8ces animales, il n\u2019en est pas moins conditionnel, car tous les hommes ne vont pas violer, ni le faire pour les m\u00eames raisons. On doit d\u2019embl\u00e9e \u00e9liminer la cause pathologique&nbsp;: la corr\u00e9lation entre pathologie et agression sexuelle \u00e9tant plut\u00f4t maigre (p. 150). Il ressort \u00e9galement une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du viol&nbsp;: il appara\u00eet au final comme un \u00ab&nbsp;faute de mieux&nbsp;\u00bb pour le m\u00e2le qui a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 trouver d\u2019autres moyens pour garantir la transmission de ses g\u00e8nes (p. 152).<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les singes, notamment les chimpanz\u00e9s et les orangs-outangs o\u00f9 le viol est monnaie courante, les violeurs ciblent surtout les femelles fertiles&nbsp;; l\u2019objectif inconscient \u00e9tant manifestement d\u2019augmenter leurs chances de reproduction (p. 153). \u00c0 l\u2019inverse, il n\u2019y a pas de copulation forc\u00e9e chez les bonobos. On rel\u00e8ve en tout cas, dans les harems de singes, un go\u00fbt assum\u00e9 des femelles pour les m\u00e2les dominants, car \u00ab&nbsp;\u00eatre soumise \u00e0 un m\u00e2le, c\u2019est aussi profiter de sa protection&nbsp;\u00bb (p. 161).<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les humains, contrairement aux animaux, la coercition sexuelle aurait davantage \u00e0 voir avec le contr\u00f4le durable d\u2019un acc\u00e8s \u00e0 des partenaires sexuelles qu\u2019avec une simple augmentation des chances de les f\u00e9conder. Ceci est appuy\u00e9 par le fait que l\u2019on trouve des violeurs dans toutes les classes sociales, y compris chez des hommes qui n\u2019ont aucune difficult\u00e9 \u00e0 trouver des femmes&nbsp;; que le viol conjugal&nbsp;existe (pour dissuader d\u2019aller voir ailleurs&nbsp;et pour la comp\u00e9tition spermatique, comme vu au chap. 3) et qu\u2019il est souvent accompagn\u00e9 d\u2019autres formes de violences, psychologiques notamment (p. 162).<\/p>\n\n\n\n<p><em>Paradoxes f\u00e9minins<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des femmes, on rel\u00e8ve une relative \u00ab&nbsp;passivit\u00e9&nbsp;\u00bb des femelles humaines face au viol car celles-ci ont besoin de l\u2019investissement paternel pour assurer la survie de leur descendance (p. 163), de m\u00eame que des strat\u00e9gies de contre-adaptation en raison de l\u2019\u00e9norme potentiel traumatisant du viol pour une femme, \u00e0 savoir le risque de devoir assumer un enfant tout en perdant l\u2019assistance de son partenaire routinier (p. 164).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que de mani\u00e8re de nouveau contre-intuitive \u2013 mais logique d\u2019un point de vue \u00e9volutionnaire \u2013, plus le viol impactera ses capacit\u00e9s reproductives et plus la femme en souffrira psychologiquement&nbsp;; le traumatisme est donc plus grand pour les femmes en \u00e2ge de procr\u00e9er que pour les femmes m\u00e9nopaus\u00e9es. Il en va de m\u00eame pour les femmes mari\u00e9es, car le viol hypoth\u00e8que davantage leur avenir. Dans ce cas, moins le viol est violent et plus il est traumatisant, la femme pouvant avoir plus de mal \u00e0 prouver sa bonne foi. La cause en est toujours la m\u00eame&nbsp;: une grossesse non d\u00e9sir\u00e9e (p. 165). Pour les m\u00eames raisons, un viol conjugal ne sera pas celui dont une femme aura le plus peur car c\u2019est \u00ab&nbsp;moins pire que d\u2019\u00eatre viol\u00e9e par un inconnu&nbsp;\u00bb (p. 176).<\/p>\n\n\n\n<p>On rel\u00e8ve \u00e9galement, concernant le viol, un \u00ab&nbsp;syndrome du jeune m\u00e2le&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;de la jeune femelle&nbsp;\u00bb. Chez les hommes, la s\u00e9lection favorise les traits associ\u00e9s \u00e0 la prise de risques, un \u00e9tat de fait que le mariage att\u00e9nue sensiblement, une fois que l\u2019homme n\u2019a plus besoin de chasser les conqu\u00eates. C\u2019est ainsi que des criminels peuvent \u00ab&nbsp;se ranger&nbsp;\u00bb et que le pic des agresseurs se situe entre 18 et 30 ans (p. 167). Parall\u00e8lement, chez les femmes, la majorit\u00e9 des victimes a entre 16 et 24 ans. Il en ressort que le viol est davantage \u00e0 voir comme une strat\u00e9gie reproductive que comme un moyen masculin d\u2019asseoir domination, pouvoir et oppression. Les hommes violent g\u00e9n\u00e9ralement les femmes les plus attirantes et les plus susceptibles de tomber enceintes (des statistiques qui ont le don d\u2019exasp\u00e9rer les f\u00e9ministes, mais qui n\u2019en sont pas moins la r\u00e9alit\u00e9), de m\u00eame que des jeunes femmes qui ont quitt\u00e9 le foyer familial et n\u2019ont pas encore int\u00e9gr\u00e9 un foyer conjugal, et ne sont seront donc ni prot\u00e9g\u00e9es ni veng\u00e9es. Un \u00e9l\u00e9ment allant dans ce sens est que, de mani\u00e8re toujours aussi contre-intuitive, le taux de f\u00e9condit\u00e9 des viols est identique \u00e0 celui des rapports consentis.<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe cependant des m\u00e9canismes f\u00e9minins de pr\u00e9vention contre le viol. On a pu ainsi d\u00e9montrer que quand les femmes ovulent, elles ont davantage de force musculaire et que les femmes ovulantes recourent \u00e0 des strat\u00e9gies de prudence, de vigilance et de m\u00e9fiance&nbsp;: plus les femmes sont fertiles et plus elles ressentent les hommes comme \u00ab&nbsp;sexuellement coercitifs&nbsp;\u00bb. Elles sont \u00e9galement plus racistes quand elles ovulent (p. 171-172). Ces \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre rapport\u00e9s \u00e0 la seconde des citations ouvrant le livre (p. 7), \u00e0 propos du r\u00e9flexe normalement sens\u00e9 de toute jeune femme consistant \u00e0 prendre en consid\u00e9ration la dangerosit\u00e9 des jeunes gar\u00e7ons.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 7, \u00ab&nbsp;Une arme de survie et de procr\u00e9ation massive&nbsp;\u00bb, est consacr\u00e9 \u00e0 la religion et en particulier au terrorisme islamiste, toujours afin de d\u00e9montrer que la violence humaine s\u2019inscrit dans une logique \u00e9volutionnaire. Les religions ont toutes comme point de d\u00e9part une commune qu\u00eate de sens&nbsp;: \u00ab&nbsp;trouver de l\u2019action, de la cause, de l\u2019intention (voire de l\u2019intelligence) partout, m\u00eame (surtout) l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a que le silence \u00e9ternel des espaces infinis&nbsp;\u00bb (p. 182), un r\u00e9flexe auquel s\u2019adjoint la \u00ab&nbsp;d\u00e9tection hypersensible&nbsp;\u00bb, cette capacit\u00e9 humaine consistant \u00e0 prendre en compte un danger invisible afin de s\u2019en prot\u00e9ger. Les deux vont conf\u00e9rer ces points communs \u00e0 toutes les religions&nbsp;: l\u2019omniscience sociale et strat\u00e9gique des divinit\u00e9s et la propension des humains \u00e0 croire sans voir&nbsp;(p. 185). D\u2019un point de vue \u00e9volutionnaire, il est d\u00e9montr\u00e9 que les religions&nbsp;augmentent les comportements prosociaux et la coop\u00e9ration au sein des groupes, contribuant \u00e0 maximiser ses ressources, mais aussi \u00e0 se cr\u00e9er un ennemi&nbsp;: \u00ab&nbsp;aimer les siens, c\u2019est ha\u00efr les autres&nbsp;\u00bb (p. 187).<\/p>\n\n\n\n<p>Comme les violeurs, les terroristes ne sont pas imputables d\u2019anomalies anthropologiques. La pauvret\u00e9 n\u2019est pas non plus un facteur pr\u00e9dictif et ils ne sont ni porteurs de maladies mentales graves, ni m\u00eame d\u00e9pressifs (p. 190). La religion appara\u00eet finalement comme un <em>outil<\/em> et non une <em>cause<\/em> du terrorisme, lequel pr\u00e9sente des parent\u00e9s avec les \u00ab&nbsp;rites de passage&nbsp;\u00bb car touchant identiquement la fin de l\u2019adolescence et le d\u00e9but de l\u2019\u00e2ge adulte (p. 194). L\u2019action terroriste, pour ces jeunes hommes qui tiennent \u00e0 leur groupe, appara\u00eet m\u00eame comme un facteur de coordination et de coop\u00e9ration au sein de ce groupe&nbsp;: non seulement ces jeunes se soumettent \u00e0 des rituels religieux r\u00e9barbatifs, mais leur sacrifice profite au cercle familial du sacrifi\u00e9 et donc \u00e0 ses g\u00e8nes (p. 198). Les kamikazes am\u00e9liorent m\u00eame parfois concr\u00e8tement la vie de leur famille (les martyrs palestiniens peuvent toucher jusqu\u2019\u00e0 25000 \u20ac des organisations terroristes)&nbsp;: il s\u2019agit donc d\u2019un investissement dans la descendance des porteurs de leurs g\u00e8nes. Les repr\u00e9sailles isra\u00e9liennes qui bombardent les maisons de leurs familles trouvent ici leur justification d\u2019un point de vue \u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La domination masculine existe-t-elle&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, PS propose de \u00ab&nbsp;Sortir de la caverne&nbsp;\u00bb&nbsp;: notre environnement a tellement chang\u00e9 que le foss\u00e9 s\u00e9parant les int\u00e9r\u00eats sexuels des hommes et des femmes s\u2019est fortement r\u00e9tr\u00e9ci. En d\u00e9finitive, nous rappelle-t-elle, \u00ab&nbsp;la domination masculine n\u2019existe pas, elle n\u2019est qu\u2019une des deux faces de la s\u00e9lection et du conflit sexuels, moteurs de processus en miroir qui ont vu les hommes dominer parce que les femmes ont pu aimer la domination et les femmes se soumettre parce que les hommes ont pu aimer la soumission&nbsp;\u00bb (p. 210).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une interview aux <em><a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/cheek\/feminisme-peggy-sastre-la-domination-masculine-nexiste-pas-317517-10-12-2015\/\">Inrocks<\/a> <\/em>(10\/10\/15), elle nuance cette position&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne faut pas s\u2019arr\u00eater au titre du livre&nbsp;: je voulais exprimer que la domination masculine n\u2019est pas celle que l\u2019on croit, mais qu\u2019elle existe bien. Je ne regrette pas, je suis tr\u00e8s nulle en titre, et celui-l\u00e0 est le moins pire, m\u00eame si je n\u2019en suis pas particuli\u00e8rement contente. Il a failli s\u2019appeler <em>Les D\u00e9chets<\/em>, mais c\u2019\u00e9tait trop vague, ou <em>Une autre histoire de la domination masculine<\/em>, qui ne se remarquerait pas dans l\u2019univers ultra concurrentiel de l\u2019\u00e9dition.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il ressort tout de m\u00eame de l\u2019expos\u00e9 de PS que la domination masculine n\u2019est qu\u2019apparente&nbsp;: la violence l\u00e9tale masculine est sans conteste immens\u00e9ment sup\u00e9rieure, la propension au viol et au for\u00e7age \u00e9galement, l\u2019app\u00e9tence pour la guerre, la comp\u00e9tition et le sang aussi. Mais les hommes sont incomparablement les premi\u00e8res victimes de cette violence, tant leur statut, en termes de reproduction, est d\u00e9favoris\u00e9&nbsp;; le g\u00e2chis masculin est immense et le nombre d\u2019hommes qui meurent jeunes, non seulement sans se reproduire mais sans m\u00eame avoir acc\u00e8s aux femmes, ou qui peuplent les bas-fonds de la soci\u00e9t\u00e9, la rue et les prisons, est sans commune mesure avec la situation plus prudente et plus prot\u00e9g\u00e9e des femmes. Comme pour la courbe de Gauss du QI, o\u00f9 l\u2019on retrouve davantage d\u2019hommes aux deux extr\u00e9mit\u00e9s (chez les d\u00e9ficients et chez les g\u00e9nies, alors que la majorit\u00e9 des femmes se regroupe autour de la moyenne), la situation des hommes couvre tout le spectre des situations, de la mis\u00e8re au succ\u00e8s, que ce soit dans la comp\u00e9tition pour le sexe comme pour le statut social.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas tenable de pr\u00e9tendre que la situation des femmes est d\u00e9favoris\u00e9e par rapport \u00e0 celle des hommes ou qu\u2019elles en sont les \u00e9ternelles victimes&nbsp;: partout et depuis toujours, le gar\u00e7on qui na\u00eet court un risque bien sup\u00e9rieur \u00e0 la fille de ne pas arriver \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte ou de mourir sans s\u2019\u00eatre reproduit. Pour quelques hommes qui occupent le haut de la pyramide, une quantit\u00e9 ont eu, ou auront encore, des destins tragiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Si la maternit\u00e9 a pu donner du pouvoir aux femmes (mais pas seulement, car elle les fragilise en m\u00eame temps), les femmes sont d\u2019abord les reines de la comp\u00e9tition sexuelle&nbsp;; leur puissance sur le march\u00e9 sexuel (rappelons que la sexualit\u00e9 reste le territoire fondamental de toute la rh\u00e9torique f\u00e9ministe) d\u00e9coule du fait que les hommes s\u2019entretuent depuis toujours pour les s\u00e9duire ou les f\u00e9conder. Les hommes n\u2019ont pas seulement cherch\u00e9 \u00e0 \u00ab&nbsp;contr\u00f4ler le pouvoir reproductif des femmes&nbsp;\u00bb, ils ont surtout cherch\u00e9 \u00e0 y <em>acc\u00e9der<\/em>, ce qu\u2019expose en d\u00e9tail le livre de PS.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son article sur \u00ab&nbsp;Lady Sapiens&nbsp;\u00bb, C. Darmangeat d\u00e9monte utilement quelques fausset\u00e9s v\u00e9hicul\u00e9es par celles qui d\u00e9fendent toujours le mythe d\u2019un \u00ab&nbsp;matriarcat&nbsp;\u00bb primitif&nbsp;(\u00ab&nbsp;une telle configuration, o\u00f9 les femmes auraient d\u00e9tenu le pouvoir sur les hommes, n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 observ\u00e9e nulle part sur la plan\u00e8te&nbsp;\u00bb) ou&nbsp;des femmes chasseresses (voir plus haut), et m\u00eame le positionnement de Fran\u00e7oise H\u00e9ritier qui voulait voir l\u2019inf\u00e9riorisation des femmes simplement inscrite dans les mentalit\u00e9s (<em>cf.<\/em> <a href=\"https:\/\/societes-plurielles.episciences.org\/6238\/pdf\">\u00ab&nbsp;Comment l\u2019anthropologie sociale \u00e9claire la perspective f\u00e9ministe&nbsp;\u00bb<\/a>, 2019). Pour autant, je ne souscris pas \u00e0 sa vision post-marxiste d\u2019une subordination des femmes relative \u00e0 la division sexu\u00e9e du travail ou \u00e0 l\u2019exploitation genr\u00e9e qui en d\u00e9coulerait. Il me semble au contraire que la puissance ontologique des femmes est une r\u00e9alit\u00e9 qui s\u2019observe ind\u00e9pendamment de tout r\u00f4le \u00e9conomique \u2013 car il s\u2019agit d\u2019un invariant biologique que le darwinisme explique de mani\u00e8re particuli\u00e8rement f\u00e9conde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut rappeler encore que la diff\u00e9rence biologique des sexes n\u2019implique en soi ni hi\u00e9rarchie ni domination d\u2019un sexe sur l\u2019autre. La biologie est&nbsp;; elle n\u2019a que faire de son interpr\u00e9tation victimaire ou morale. Je suis de ceux qui pensent que les structures sociales viennent en second et s\u2019adaptent comme faire se peut au substrat biologique et \u00e0 ses invariants. Sur son site, dans un commentaire, C. Darmangeat expose justement ses doutes quant \u00e0 la validit\u00e9 de la th\u00e9orie \u00e9volutionniste&nbsp;: \u00ab&nbsp;Face \u00e0 un trait culturel observ\u00e9 comme sinon universel, du moins largement r\u00e9pandu, comment la psychologie \u00e9volutionniste l&rsquo;attribue-t-elle \u00e0 une disposition c\u00e9r\u00e9brale s\u00e9lectionn\u00e9e par la biologie il y a 100 000 ans, et non \u00e0 une possible adaptation sociale intervenue \u00e0 un moment quelconque de l&rsquo;\u00e9volution des organisations humaines ?&nbsp;\u00bb. Je dirais que la r\u00e9ponse est dans le livre de PS&nbsp;: parce que les invariants les plus fondamentaux (sur la violence, le viol, l\u2019investissement paternel, la comp\u00e9tition pour les ressources, etc.) se retrouvent toujours de mani\u00e8re comparable sinon identique chez les animaux non humains. Il y aurait donc bien un substrat biologique encore plus ancien que les plus anciennes soci\u00e9t\u00e9s humaines.<\/p>\n\n\n\n<p>C. Darmangeat pose aussi cette question&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 cette difficult\u00e9 s\u2019en ajoute une autre, bien plus fondamentale encore, qui gr\u00e8ve toutes les recherches en sociobiologie ou en psychologie \u00e9volutionnaire : le fait qu\u2019un trait (culturel, comportemental ou psychologique) soit largement partag\u00e9 traduit-il n\u00e9cessairement une disposition inn\u00e9e, h\u00e9rit\u00e9e de la s\u00e9lection naturelle ?&nbsp;\u00bb. La r\u00e9ponse est la m\u00eame&nbsp;: quand on le trouve \u00e0 l\u2019identique dans les soci\u00e9t\u00e9s animales, on peut supposer que la s\u00e9lection naturelle y soit pour quelque chose, oui (sur le m\u00eame sujet : William Buckner, <a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/debats\/pourquoi-les-hommes-sont-des-primates-comme-les-autres-10-02-2019-2292417_2.php#\">\u00ab\u00a0Pourquoi les hommes sont des primates comme les autres\u00a0\u00bb<\/a>, <em>Le Point<\/em>, 10\/02\/19).<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ajouterais \u00e0 titre personnel que ce qui est expos\u00e9 dans ce livre r\u00e9sonne parfaitement avec mes propres exp\u00e9riences de vie et mes observations. Moi aussi, j\u2019ai dit non quand je pensais oui (et pas qu\u2019une fois)&nbsp;; comme PS, je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 traumatis\u00e9e par des exp\u00e9riences sexuelles que les f\u00e9ministes qualifieraient d\u2019insurmontables, je n\u2019ai jamais souffert du harc\u00e8lement sexuel (qui me fait toujours sourire ou hausser les \u00e9paules) et plus encore, je n\u2019accepte pas de me faire rhabiller en victime ontologique ou sociale de la domination masculine au pr\u00e9texte que je serais une femme. De toute ma vie, je n\u2019ai jamais crois\u00e9 la domination masculine, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 opprim\u00e9e par un homme et je m\u2019estime proprement insult\u00e9e de me voir associer, du simple fait de mon appartenance au sexe f\u00e9minin, \u00e0 la complainte victimaire universelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens de la campagne bretonne, de contr\u00e9es o\u00f9 au milieu du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on vivait encore comme au Moyen \u00c2ge \u2013 ou presque\u00a0: certains hameaux n\u2019ont \u00e9t\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.utl-morlaix.org\/2017\/01\/13\/lelectrification-des-campagnes-bretonnes-par-jerome-lucas\/\">\u00e9lectrifi\u00e9s que dans les ann\u00e9es 50 voire 60<\/a>, il n\u2019y avait pas d\u2019eau courante et les gens vivaient sur la terre battue, quasiment en autarcie avec les produits de leur ferme (chacun faisait son pain, son beurre, son p\u00e2t\u00e9, sa saucisse, son cidre, etc.). J\u2019ai connu ma grand-m\u00e8re, sa parent\u00e8le et son voisinage, tous issus de ce monde et chaque fois que je lis la prose du f\u00e9minisme victimaire, je repense \u00e0 ces hommes et \u00e0 ces femmes. Je pense surtout aux coups de trique que ma grand-m\u00e8re, qui maniait comme personne la fourche et le manche \u00e0 balai, aurait coll\u00e9s \u00e0 celles qui seraient venues lui expliquer qu\u2019elle \u00e9tait soumise \u00e0 la domination masculine. Son premier mari \u00e9tait mort en mer \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 31 ans (il \u00e9tait <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Terre-neuvas\">terre-neuvas<\/a>, il partait pour six mois de campagnes \u00e9reintantes de p\u00eache \u00e0 la morue dans des mers glac\u00e9es) pendant que rest\u00e9e \u00e0 terre, elle \u00e9tait couturi\u00e8re\u00a0; ensuite elle s\u2019est remari\u00e9e et avec son mari, ils sont devenus m\u00e9tayers. Tous deux travaillaient dur et s\u2019activaient du matin au soir, mon grand-p\u00e8re ne se posait quasiment jamais. C\u2019est toujours lui qui, avec les hommes des fermes voisines, prenait en charge les travaux les plus p\u00e9nibles ou les plus physiques\u00a0; ma grand-m\u00e8re faisant le reste. La vie \u00e9tait rude mais ils \u00e9taient heureux et ma m\u00e8re conserve une nostalgie sans fond de cette existence. J\u2019ai beau gratter, je ne vois pas du tout \u00e0 quelle oppression masculine ma grand-m\u00e8re, une femme de caract\u00e8re (et c\u2019est peu de le dire), pouvait bien \u00eatre soumise. Le corps de mon grand-p\u00e8re l\u2019a l\u00e2ch\u00e9 le premier et ma grand-m\u00e8re l\u2019a suivi dans la tombe quelques mois plus tard \u2013 \u00e0 81 ans, elle n\u2019avait pas envie de vivre sans lui. Je consid\u00e8re que ces vies simples et courageuses n\u2019ont pas \u00e0 \u00eatre r\u00e9\u00e9crites \u00e0 la lumi\u00e8re de je ne sais quel fantasme anti-patriarcal qui viendrait salir, \u00e0 grands coups de \u00ab\u00a0culture du viol\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0masculinit\u00e9 toxique\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0complot misogyne\u00a0\u00bb \u2013 l\u2019histoire de leur vie\u00a0; j\u2019estime m\u00eame que ce serait faire gravement offense \u00e0 leur histoire d\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p>Je consid\u00e8re pour ma part que la sup\u00e9riorit\u00e9 musculaire masculine existe (le dimorphisme sexuel est un fait incontestable) mais que cette domination musculaire \u2013 qui permet la violence, dont la coercition sexuelle, certes \u2013 ne signifie pas pour autant que les femmes soient universellement opprim\u00e9es par les hommes. Leur importance aux yeux de ces hommes, qui s\u2019entretuent depuis des mill\u00e9naires pour acc\u00e9der \u00e0 leur corps, devrait au contraire les faire r\u00e9aliser que leur pouvoir est immense. Je n\u2019exclus pas, d\u2019ailleurs, que la rage exponentielle des f\u00e9ministes puisse \u00eatre \u00e0 rapporter pr\u00e9cis\u00e9ment au fait que les hommes d\u2019aujourd\u2019hui aient de moins en moins envie de s\u2019entretuer pour leurs beaux yeux \u2013 mais c\u2019est une autre histoire\u2026<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><strong>Sur le m\u00eame sujet :<\/strong><\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Peggy Sastre, \u00ab&nbsp;<a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/debats\/qui-a-toujours-peur-de-darwin-06-01-2020-2356320_2.php\">Qui a (toujours) peur de Darwin ?<\/a>&nbsp;\u00bb, <em>Le Point<\/em>, 6\/01\/20 (article pour abonn\u00e9s &#8211; me demander une copie par mail si besoin)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/editos-du-point\/sebastien-le-fol\/pourquoi-les-hommes-se-comportent-ils-parfois-mal-avec-les-femmes-03-07-2021-2433995_1913.php\">\u00ab\u00a0Pourquoi les hommes&nbsp;se comportent-ils parfois mal avec les femmes\u2009?\u00a0\u00bb<\/a>, <em>Le Point<\/em>, 01\/07\/21<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.lepoint.fr\/phebe\/phebe-chez-les-chasseurs-cueilleurs-les-hommes-marchent-plus-que-les-femmes-29-03-2021-2419832_3590.php\">\u00ab\u00a0Chez les chasseurs-cueilleurs, les hommes marchent plus&nbsp;que les femmes\u00a0\u00bb<\/a>, <em>Le Point<\/em>, 29\/03\/21 <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Texte \u00e9galement paru sur le site de l&rsquo;Observatoire du D\u00e9colonialisme le 15\/10\/21 \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la rage et le ressentiment f\u00e9ministes saturent l\u2019espace m\u00e9diatique, La Domination masculine n\u2019existe pas (2015) demeure un essai on ne peut plus actuel. 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