[Patriarcat imaginaire] – Pascal Picq ou la paléoanthropologie façon MadMoiZelle

Depuis que les préhistoriens ont le cerveau mangé par le féminisme, je ne donne plus très cher de leur évolution.

Le Collège de France est-il devenu l’arrière-boutique du forum féministe MadMoiZelle ? C’est à ce constat tragique que conduit la découverte de la bouillie victimaire répandue ces jours-ci par Pascal Picq sur les canaux habituels de la propagande néoféministe : « Domination masculine, violences faites aux femmes… Pascal Picq fait parler les singes et la Préhistoire », France Inter (FI), « Pascal Picq, une préhistoire du patriarcat », France Culture (FC), « Comment les hommes ont-ils inventé le patriarcat ? », L’Obs », etc. Ou comment un chercheur réputé en arrive à se saborder intellectuellement pour complaire au conformisme ambiant et se faire adouber par les forums de la « cancel culture ». Que la honte s’abatte sur lui.

Même s’il ne s’agit que de pures élucubrations, d’authentiques divagations sans aucune base scientifique et sans la moindre possibilité de vérification, celles-ci nous sont présentées comme le changement paradigmatique du Grand Soir. « Plus que d’apporter des réponses, il s’agit de poser des questions et proposer des hypothèses autour d’un sujet encore en chantier » (FC), prend-on pourtant la peine de nous préciser.

De simples hypothèses, donc. Mais en l’occurrence ici, de l’idéologie et de la sociologie bourdieusiennes à l’état chimiquement pur : « Nous, les Homo sapiens, (…) nous rajoutons en plus, avec notre évolution culturelle, les formes symboliques dont avait déjà parlé Pierre Bourdieu sur « la domination masculine », gneu gneu gneu (FI). Revoilà donc encore saint Bourdieu et sa « domination masculine », comme c’est original ! Mais avez-vous envisagé un seul instant que vos hypothèses soient fausses et que vos bourdieuseries soient un jour balayées comme les prurits déconstructivistes et néo-marxistes qu’ils sont ?

Et que faites-vous du doute, dont vous parlez du bout des lèvres au détour d’une phrase ? « Nous sommes sans doute l’espèce la plus violente et coercitive entre hommes et femmes aujourd’hui » (FI). « Sans doute », oui, vous faites bien d’être prudent ! La vérité, c’est que vous n’en savez rien ! D’autant que c’est FAUX et que votre maître à « penser », Françoise Héritier, plus idéologue et militante que scientifique, racontait déjà n’importe quoi sur le sujet ! Car non, bien sûr que non, les hommes ne sont pas les mâles les plus violents de la création : tous les mâles sont violents et tuent leurs femelles, absolument tous, y compris les singes, et vous êtes bien placé pour le savoir ! Alors pourquoi colporter encore et toujours ces sornettes ?

Sous la désolante influence du féminisme radical et de son mentor Françoise Héritier, Pascal Picq en est donc réduit à ravaler toute la paléoanthropologie à cette phraséologie victimaire éculée, cette pleurnicherie professionnelle qui veut « questionner le machisme » : « Toute l’archéologie a été marquée par cette culture extraordinairement machiste du XIXe siècle, qui s’est inscrite dans l’université et qui n’a jamais été questionnée », haan… (FC). Eh oui, l’université française aux mains des féministes n’est plus que ce pitoyable défilé d’intellectuels en carton qui « questionnent le machisme » à plein temps depuis que c’est devenu obligatoire. Une collègue féministe de P. Picq, la grande intellectuelle Camelia Jordana, « questionne » au même moment « les peurs » qui font que « les hommes blancs sont, dans l’inconscient collectif, responsables de tous les maux de la Terre » (il y a du niveau, comme on le voit). Le plus drôle est que Pascal Picq se croit novateur et original quand il n’est qu’un parangon du conformisme féministe le plus convenu : « J’ai voulu m’extraire des stéréotypes ou des idéologies propres à une partie des sciences sociales par un regard neuf, une approche scientifique évolutionniste » (Le Monde). Ha ha.

Pascal Picq va même jusqu’à nous inventer le « féminicide » préhistorique : « Le féminicide est le propre de l’homme. Le pire ennemi de la femme, c’est l’homme et aujourd’hui les chiffres sont là », ouin…. (FC). Alors que ce concept, qui n’a aucun sens, n’est validé ni par la langue, ni par le droit : « Le terme de ‘’féminicide’’ contrevient à l’universalisme du droit français ». Quant aux chiffres, ils nous disent en réalité que les hommes sont toujours et partout davantage victimes de la violence que les femmes (lire : L’exploitation féministe des violences conjugales). Mais le verbiage victimaire ne s’arrête pas là : « Car l’histoire des femmes est longtemps restée invisible » ; « l’idéologie patriarcale domine », han, snif… Le chapelet nous sera égrené dans son intégralité : Pascal Picq est un élève très scolaire qui a bien appris sa leçon.

Cette manière consternante de réviser toute l’histoire de l’humanité à l’aune du prisme victimaire d’obsessions anachroniques – très marquées à l’extrême gauche qui plus est – est une faute épistémologie très grave, indigne d’un véritable intellectuel. Ceci nous dresse en tout état de cause un tableau affligeant de ce à quoi le coeur de la vie intellectuelle française est désormais réduit : un galimatias néoféministe pour obtenir des subventions, des viatiques, des postes à vie ou des micros qui se tendent dans les médias de gauche. Quelle que soit la discipline, on retrouvera toujours exactement la même grille d’analyse et exactement les mêmes conclusions écrites à l’avance : tout est toujours de la faute du « patriarcat » ; lequel « patriarcat » ne s’incarne naturellement que dans le mâle blanc occidental, personnification du mal absolu. Autrement dit, n’importe quelle contributrice de MadMoiZelle pourrait rédiger en quelques secondes les conclusions de tous les ouvrages de Pascal Picq : « Ouin ouin, nos zhoms, y sont vrément tro méchaaants !! Patriarcâââât !!!! ».

Pascal Picq avec des cheveux rouges

L’art pariétal et le jargon victimaire

Pascal Picq nous ressert également tous les lieux communs de l’inculture féministe, ce qui est aussi surprenant qu’impardonnable venant d’un préhistorien : « Car il existe très peu de représentations de l’évolution humaine où figurent des femmes » (FC). On se pince ! Tous les historiens et historiens de l’art savent parfaitement que les femmes sont omniprésentes dans les artefacts préhistoriques ou l’art pariétal et que les plus anciennes figurations anthropomorphes, dont les célèbres Vénus préhistoriques (environ 30 000 ans avant J.-C.), sont toutes des femmes ! De même qu’il est parfaitement de mauvaise foi de les accuser de dire que « c’est toujours l’homme qui peint la fresque et la femme qui empile les pigments » (FC) quand cela fait des lustres que l’on sait que les femmes sculptaient l’ivoire des défenses de mammouth et que leurs mains en négatif ou en positif étaient soufflées au pochoir au même titre que celles des hommes ! Ce charabia féministe victimaire sur « l’invisibilisation » des femmes n’en est que plus ridicule : « Ce thème [de la femme] a toujours été invisibilisé » (FI), mais n’importe quoi ! P. Picq doit pourtant concéder que « certes, on connait Lucy, la femelle singe australopithèque », oui mais gna gna gna, ouin ouin, y a pas de fââââmes à la préhistoire, bouhouhou… Quand ce cinéma s’arrêtera-t-il ? Les femmes de la préhistoire, on ne représentait qu’elles et on ne parle que d’elles depuis que l’archéologie existe !

« L’Origine du monde » de la Préhistoire (Paléolithique supérieur, environ 20 000 ans avant J.-C.). Bloc de grès gravé situé dans la forêt de Fontainebleau (France).

Le modèle des singes et des bonobos

Pour vendre son livre avec l’appui du marketing féministe, Pascal Picq établit une hiérarchie implicite au sommet de laquelle il place la « Fââââme », cette précieuse victime hautement sacralisée, immédiatement suivie par le modèle idéal du bonobo ; et il place tout en bas, comme il se doit, l’homme de sexe masculin, véritable et unique rebut de l’évolution.

Force lui est d’abord de concéder que « les chimpanzés sont très coercitifs, et traduisent un antagonisme sexuel très fort où tous les mâles dominent toutes les femelles. C’est un rapport qui reste assez violent » (FI). Bigre… Alors qu’il venait tout juste d’expliquer que la domination masculine n’était qu’un produit de la culture humaine, c’est ballot ! (« Les causes principales de notre malheur sont d’ordre culturel »). Alors les causes du malheur de la femelle chimpanzé, notre cousine, elles sont de quel ordre ? Leurs maris regardent trop de porno, eux aussi ? La « culture du viol » est trop prégnante sur leurs campus universitaires ? Qu’à cela ne tienne, la logique et la cohérence ne sont de toutes façons que des oripeaux rationalistes dont le féminisme a appris à se passer depuis fort longtemps.

Le bonobo bien couillu, nouveau gendre idéal.

« Mais l’existence des bonobos, dont les sociétés sont égalitaires, bla bla bla »… On nous présente derechef l’archétype parfait de cette gynocratie tant fantasmée, le fameux bonobo : « Puis vous avez les bonobos qu’il faudrait presque inventer s’ils n’existaient pas car, chez eux, le rapport mâles/femelles, au contraire, est plutôt sympa. Ils vivent en une espèce de gynocratie (le pouvoir est exercé par des femelles). Les mâles restent ensemble toute leur vie, les femelles migrent à la naissance et trouvent le moyen d’installer un équilibre des pouvoirs, ce qui est une exception » (FI). Lol ! Comment peut-on être plus caricatural…

Surtout quand on sait que la vie chez les bonobos est en réalité loin d’être aussi idyllique : « La violence existe aussi dans cette société «égalitaire et tolérante», en témoignent les fréquentes mutilations physiques dont ils sont victimes. » De même, « ces cousins de l’homme au caractère pourtant pacifique et coopératif semblent privilégier les personnalités dominatrices et brutales, selon une nouvelle série d’expériences. » Ou encore : « En 2014, l’équipe de Michael Wilson (université du Minnesota, États-Unis) a montré, pour 22 communautés de chimpanzés et bonobos, que 92 % des attaques sont provoquées par des mâles, qui constituent également les trois quarts des victimes » (cf. « Les grands singes sont-ils violents ?« ). Encore pire que chez les humains, donc. Soupir…

Il est inutile de multiplier les exemples, on a tous compris que cette idéalisation puérile des bonobos n’était là que pour satisfaire le féminisme séparatiste et revanchard et salir la masculinité ; procédés idéologiques fort bien connus, très peu reluisants et bien peu scientifiques.

Cet angélisme rousseauiste frise encore le ridicule : « Il n’y a pas de fatalité naturelle et universelle prédisposant à la violence » (FI). Mais c’est bien sûr, voyons, la violence n’est que culturelle ; d’ailleurs il suffira de venir prêcher le féminisme sur France Inter pour faire disparaître les crimes, tout le monde le sait. Comme le dit Camile Paglia, « l’université moderne ne comprend rien au mal », mais vraiment rien… Le plus grave étant que ce féminisme béat de gauchistes niais continuera encore longtemps à mettre les femmes en danger.

« L’évolution créa la femme », c’est cela, oui…

Le titre même de l’ouvrage dont Pascal Picq vient faire la promotion (« L’Évolution créa la femme ») est lui-même tout-à-fait ridicule, puisque si la biologie a créé les différences sexuelles, les deux sexes ont ensuite évolué tous les deux ! Comme si la femme seule était tributaire de l’évolution, comme si l’homme de sexe masculin était resté ad vitam un chimpanzé arriéré ou un sous-produit de l’évolution… Comment peut-on afficher une telle misandrie sans que personne ne réagisse ?

Et surtout quand toute l’histoire de l’évolution nous apprend au contraire que ce n’est pas la femme mais l’homme qui s’est le plus détaché de la nature ! En effet, comme nous le rappelle Eugénie Bastié (par exemple dans cette conférence), le masculin est beaucoup plus construit que le féminin. Camille Paglia insistait sur la même chose : avec les cycles menstruels, la grossesse, l’accouchement, l’allaitement, le soin des enfants, etc., la femme est, par ses fonctions biologiques, bien davantage soumise que l’homme aux cycles naturels et aux pouvoirs « chtoniens », comme elle dit. Même ses humeurs dépendent de ses cycles menstruels, sur lesquels elle a toujours bien peu de prise, malgré la contraception – la contraception elle-même modifiant sa nature ou l’altérant.

La masculinité est essentiellement une construction sociale, quoi qu’en pense Pascal Picq. On naît femme, mais on devient homme ; Beauvoir avait tort et elle aurait mieux fait de laisser en paix la formule bien plus égalitaire et humaniste d’Erasme, « On ne naît pas homme, on le devient » (‘‘Homines non nascuntur sed finguntur’’) – il parlait du genre humain. Ainsi, contrairement aux femmes, les hommes ont toujours eu besoin de rites de passage pour devenir des hommes. Inversement, la féminité va tellement de soi qu’il n’y jamais eu de « crise de la féminité » – alors que de la masculinité, oui, et nous sommes en plein dedans. L’évolution a beaucoup plus modelé et transformé les hommes que les femmes – et particulièrement la civilisation. Mais ce n’est pas parce qu’une chose est « construite » qu’elle doit nécessairement être « déconstruite » ! C’est ici à nouveau l’occasion de répéter que le concept de « patriarcat » au sens de « domination masculine », dont Pascal Picq se gargarise, n’est qu’une chimère 100% idéologique qui ne sert qu’à faire tourner le business néoféministe :

Comme le rappelle également Eugénie Bastié, le « patriarcat » n’a d’autre raison d’être que biologique et évolutionnaire. Les hommes étaient bien obligés de déléguer la grossesse aux femmes et de fait, pour garantir leur paternité, de surveiller et privatiser le corps des femmes (vers 1h13). Il est quand même facile de comprendre qu’aucun homme n’a envie de risquer sa vie pour ramener au foyer des ressources pour élever les enfants du voisin ! Et c’est encore et toujours la principale raison qui déclenche la jalousie ou la violence masculines. La pleurnicherie féministe n’a donc ici aucune raison d’être : « l’auteur montre à quel point le contrôle de la production et de la reproduction de la femme a été un enjeu dans l’histoire de l’humanité » (L’Obs). Évidemment, ça tombe sous le sens ! Mais il n’y a pas de quoi aller s’inventer une oppression imaginaire ou partir dans des délires paranoïaques pour cela…

De même, pendant des siècles, la force physique des hommes était à la fois une menace, une nécessité pour les travaux quotidiens et une sécurité pour défendre sa famille ou sa communauté. Aujourd’hui, elle n’est plus d’aucune utilité sociale; raison supplémentaire qui fait que le patriarcat n’existe plus. Par ailleurs, les hommes n’ont certainement pas « inventé le patriarcat », comme le titre l’Obs, sans le concours actif des femmes, qui l’ont toujours plébiscité à égale hauteur (pour la protection qu’il leur apportait, notamment). Et parce que c’est ce « patriarcat » qui a bâti toute la civilisation humaine, tout simplement !

Assez de male bashing et d’attaques contre la civilisation !

Il y en a plus qu’assez de lire ce genre de choses : « D’après Pascal Picq, c’est l’évolution culturelle de l’homme qui doit être mise en cause » (FI), alors que c’est l’inverse qu’il faut comprendre : c’est l’évolution culturelle qui pendant des millénaires a civilisé et réduit la violence naturelle ! Assez de ce rousseauisme benêt ! Le « patriarcat » n’est dans les faits rien d’autre que la civilisation. Cette vieille lune gauchiste et déconstructiviste de la « tabula rasa » qui n’a d’autre but que de démolir la culture et la civilisation pour les livrer stupidement à la barbarie islamique (par exemple) est de plus en plus insupportable en ces temps de guerre.

Pascal Picq va même jusqu’à souscrire au féminisme intersectionnel : « la première classe des opprimés, ce sont les femmes » (FI). Ben voyons. Tous les mâles massacrés par la compétition intrasexuelle ou les guerres n’étaient pas opprimés, eux… Mais c’est normal de mourir assassiné quand on naît du mauvais sexe, pas vrai ? (lire :  « La vie d’un homme vaut-elle moins que celle d’une femme ? » (Le Point, juillet 2019). Jusqu’où cette débandade intellectuelle va-t-elle aller ? Qu’est-ce que cette politisation délirante d’extrême gauche peut-elle bien apporter à la paléoanthropologie ? Il en va de même pour sa compromission dans la rhétorique de la « guerre des sexes » : « A quand remonte cette guerre constante faite aux femmes par les hommes ? » (L’Obs), gnéé…. On se croirait décidément sur le forum de MadMoiZelle… Toutes ces études pour en arriver là, à sangloter bêtement comme une nunuche qui ne se remettrait pas de son premier échec amoureux, c’est bien triste.

Je note encore les discours incohérents des préhistoriens, entre ceux qui prétendent abusivement que le « patriarcat » serait né en même temps que l’agriculture et ceux qui réfutent ces billevesées : « Les sociétés où il y avait des équilibres de pouvoir entre les hommes et les femmes ont existé même avec l’émergence des agricultures » (L’Obs). Tout et son contraire, donc. Alors maintenant, le mieux serait que vous cessiez tous de vous (et de nous) saouler avec votre « patriarcat », ce concept insane qui ne sert plus qu’à vous estampiller pour la postérité comme des benêts. J’avais déjà abordé ces questions ici :

Je constate donc avec consternation que Pascal Picq vient encore de remettre une pièce dans la machine (à sornettes). « Entre biologie et culture, les sciences humaines ont du mal à s’y retrouver », conclut France Inter et en effet, comme on vient de le voir, les noyades corps et âmes sont nombreuses !

[à suivre…]

  • Voir aussi :

… Et parce qu’on peut encore rêver d’une préhistoire qui ne soit pas polluée par le féminisme, quelques images mises en musique de la Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud :

Laetitia Strauch-Bonart – Pourquoi « patriarcat » ne veut plus rien dire (Le Point, 15/09/20)

Laetitia Strauch-Bonart, « Pourquoi « patriarcat » ne veut plus rien dire », Le Point, 15 septembre 2020

ÉDITO. Récemment, le secrétaire général de l’ONU expliquait que la pandémie de Covid-19 était le révélateur de « millénaires de patriarcat ». Vraiment ?

« La pandémie ne fait que démontrer ce que nous savons tous : que des millénaires de patriarcat ont produit un monde dominé par les hommes avec une culture dominée par les hommes qui nuit à tous – les femmes, les hommes, les filles et les garçons. » Cette phrase prononcée par le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres le 31 août 2020, lors d’un discours à de jeunes femmes de la société civile, n’a pas été tirée de son contexte pour ridiculiser son auteur, mais tweetée par les Nations unies elles-mêmes. Elle défie pourtant les lois de la logique : à première vue, faute d’arguments à l’appui, on ne comprend guère en quoi la pandémie a un quelconque rapport avec le patriarcat, on ne saisit pas non plus comment on peut affirmer la prééminence en tous lieux de la « domination masculine », et on ne voit pas pourquoi cette « culture masculine » nuirait forcément « à tous ». Bref, Guterres a peut-être raison, mais rien ne permet, dans cette affirmation, de le savoir.

Quand on lit le discours dans son entièreté, on comprend mieux ce que Guterres veut dire : que les femmes ont été particulièrement impliquées dans la lutte contre la pandémie, puisqu’elles sont majoritaires dans le secteur du soin; qu’elles ont souffert économiquement, car elles sont aussi majoritaires, dans le monde entier, dans le secteur informel, et qu’elles ont endossé une part plus grande encore du travail non rémunéré; que la fermeture des écoles et le repli sur le foyer les ont exposées à davantage de violence. Mais on ne voit toujours pas en quoi c’est une preuve convaincante que le monde entier est patriarcal. En effet, d’un côté, comme l’ont montré de nombreuses études de psychologie comportementale, les femmes sont majoritaires dans le secteur du soin car elles sont plus intéressées par les professions liées aux « personnes » qu’aux « choses ». Le mot « intéressées » est important : il ne s’agit pas de compétences, mais de préférence. D’un autre côté, la discrimination et la violence à l’égard des femmes – bien plus forte dans certains pays en développement que chez nous – sont une manifestation évidente de systèmes patriarcaux. Le cas de l’activité économique est, lui, plus ambigu : que les femmes s’occupent davantage du foyer et des enfants que les hommes peut être autant le résultat d’un choix authentique que d’une contrainte.

Le danger des formules toutes faites

La pandémie de Covid-19 n’a donc pas révélé l’existence d’un omniprésent patriarcat, mais celle d’une division des tâches millénaires entre les deux sexes, qu’on peut ensuite discuter, voire contester. Pour certains, elle est une organisation archaïque à démanteler. Pour d’autres, comme le chercheur en psychologie devenu superstar Jordan Peterson, il s’agit d’une stratégie conjointe de survie face à l’adversité du monde. Pour d’autres encore, elle est à conserver quand elle relève du libre choix des individus, et à combattre quand elle revient à discriminer et violenter les femmes.

Ce tweet et plus généralement les affirmations de ce genre, qui sont récurrentes, ne posent pas problème en raison des idées qu’ils suggèrent, mais parce que leurs auteurs s’estiment dédouanés de justifier leurs dires par des arguments. Ils se contentent de répéter des formules toutes faites sans jamais les interroger, préférant l’automatisme de la parole à la compréhension du monde réel. Selon la dernière étude du Monde avec Ipsos-Sopra Steria sur les « Fractures françaises », 69 % des Français sont ainsi convaincus de « vivre dans une société patriarcale » où « patriarcal » signifie « une société où le pouvoir est détenu par les hommes. » Il est pourtant évident que le terme « patriarcat » n’a pas le même sens en Iran qu’en France, et même qu’il décrit bien mieux le premier pays que le second.

La prévalence de la parole automatique n’est pas seulement un problème intellectuel, c’est un obstacle à l’action, car quand on pense de travers, on agit rarement droit. Il suffit de constater que l’autoflagellation de Guterres est en totale contradiction avec ses actes : si la domination masculine dans les lieux de pouvoir le gêne tant, pourquoi ne laisse-t-il pas sa place à une femme ?

  • Voir aussi, sur la baudruche idéologique du « patriarcat » :

[Patriarcat imaginaire] – L’Obs veut nous vendre à tout prix la « domination masculine »

… mais c’est raté ! Leurs propres articles se contredisent et font surtout ressortir une chose : la « domination masculine » est objectivement indémontrable. Féminisme et histoire ne font décidément pas bon ménage…

Une docte assemblée, apparemment toute membre de la confrérie bourdieusienne – ceux qui pensent que la « domination masculine » est l’alpha et l’oméga de la compréhension extensive du monde (« Tu es constipée, ma sœur ? As-tu pensé à blâmer le patriarcat ? ») – vient d’être réunie par L’Obs pour, s’imaginent-ils, clouer le bec à tous ceux qui remettent en question ce paradigme boiteux.

Ce gros dossier de pas moins de 27 articles, « Peut-on échapper à la domination masculine ? » (27 juin 2019), déroule son unique credo : il n’y a pas d’autre explication à l’histoire du monde que la « domination masculine » – option marxisto-bourdieusienne donc, c’est-à-dire opposant un oppresseur (de type blanc et capitaliste si possible) à sa victime universelle féminine. Le victimisme étant une drogue dure, on n’hésite pas à faire entrer au chausse-pied toute l’histoire de l’humanité dans la complainte victimaire. Le parti-pris rédactionnel, 100% idéologique, ne prévoit évidemment pas de place pour les contradicteurs – ainsi, les spécialistes de l’évolution sont-ils non seulement absents, mais attaqués à plusieurs reprises.

Problème : les faits ne vont pas dans le sens de l’idéologie – et on sait qu’ils sont têtus, les faits. Pire, dès qu’on cherche les preuves, qu’on travaille sur les témoignages écrits, archéologiques ou historiques précis, les détails de l’histoire… ils vont toujours dans l’autre sens ! Le plus amusant, dans ce lourd dossier, a été de relever les contradictions, les raisonnements circulaires, les absences de preuves et donc, le témoignage des faits invalidant les montages idéologiques.

On notera d’emblée, fait intéressant, qu’aucun auteur ou presque ne glose sur le « patriarcat » en tant que tel ; ce terme leur semblant sans doute trop vérolé ou trop peu sérieux. Seules les idéologues et militantes pures et dures, comme Eva Illouz ou Manon Garcia, ont recours à cette chimère intellectuelle dont l’acception n’a jamais été définie scientifiquement. L’emploi de ce terme peut d’ailleurs être considéré comme un indice d’endoctrinement caractérisé – excepté dans le domaine des études religieuses et de la théologie, où il est attesté depuis longtemps.

Je vais aborder les diverses contributions les unes après les autres (sauf la dernière sur le vocabulaire, pour laquelle j’aurai d’autres occasions).

  • Préhistoire. Jean-Paul Demoule, dans « La domination masculine est la plus ancienne forme de pouvoir », mentionne des faits et témoignages archéologiques bien plus nuancés que ce titre racoleur : « Au paléolithique, on n’observe aucune différence entre leurs tombes [des femmes] et celles des hommes. » « Au néolithique (à partir de – 9000 au Moyen-Orient), les signes de richesse sont réservés aux hommes qui disposent du pouvoir. Bien sûr, on trouve parfois des tombes de femmes riches. »

Élaborer tout le montage intellectuel de la « domination masculine » à partir de si peu de matériel archéologique me semble particulièrement douteux et périlleux.

Il rappelle qu’on a rejeté unanimement l’hypothèse féministe d’un matriarcat primitif idéalisé. Il va de soi (ça c’est moi qui le rappelle) que le modèle de toutes les sociétés anciennes est le modèle dit « patriarcal », non pas au sens d’une domination oppressive d’un sexe sur l’autre, mais d’un échange de pouvoirs pour permettre à l’humanité de survivre et de se reproduire (voir par exemple Paula Wright). Qui pourrait sérieusement croire que les femmes se seraient laisser traiter en serpillières et en esclaves pendant des millénaires ? Les mammifères en captivité deviennent stériles ou fous et se reproduisent difficilement voire pas du tout spontanément. Si les humains ont continué leur marche commune vers le progrès et le développement, ils l’ont forcément fait en association. Il n’y a que la vision névrotique du monde des féministes pour imaginer le contraire et se raconter des histoires à dormir debout. Le « patriarcat » n’est pas un concept péjoratif en soi.

Un invariant du discours féministe est son obsession pour la prise de pouvoir – au point que je parlerais maintenant de tentation suprémaciste féministe. Comme si les sexes ne partageaient pas les pouvoirs depuis toujours… L’idée du win-win semble inaccessible aux féministes, enfermé(e)s dans un univers binaire désespérément archaïque où si l’on ne mange pas l’autre, c’est lui qui nous mangera.

« De tous les primates, l’humain est le seul chez qui la sexualité n’est pas marquée par des moments de pause. Elle peut être pratiquée à tout instant, ce qui est une source de satisfaction mais aussi d’angoisse et de tension sociale. Les femmes sont pour les hommes des objets permanents de désir. Peinant à contrôler leurs pulsions, ils en rejettent la responsabilité sur les femmes et leur prétendue concupiscence. »

Ce passage est intéressant, car on peut le mettre en lien avec la pulsion de viol, pulsion sexuelle avant toute chose, ce que contestent les féministes (voir Le viol est-il une affaire de sexe ou de pouvoir ?)

« Depuis la lointaine préhistoire d’Homo sapiens, une partie au moins de la domination masculine et de la répression des femmes s’explique par la peur masculine devant la sexualité féminine. Cette crainte est sans doute celle du mystère de la maternité, devant laquelle les hommes peuvent se sentir dépossédés sinon impuissants. Ce sont les femmes qui font les enfants, et on ne peut se passer d’elles. »

Eh oui, la puissance des femmes a toujours été dans la maternité – n’en déplaise aux néo-féministes que cette idée rend malade (pour des raisons qui ont quand même un peu à voir avec la psy…).

« Dans Lysistrata, le dramaturge grec Aristophane met en scène une révolte imaginaire dans l’Athènes du Ve siècle avant notre ère. Les femmes font la grève du sexe pour mettre fin à la guerre. C’est très révélateur de l’importance de la sexualité dans le monde grec antique. »

Tout à fait. Comme aujourd’hui, donc. Nous n’avons pas changé.

  • Préhistoire toujours. Claudine Cohen, « La femme préhistorique, ni chef ni soumise » souligne, derrière ce titre pondéré, que les choses ne sont pas aussi binaires qu’on l’a dit, tout au moins au Paléolithique, avant de glisser dans l’idéologie : « Chez les chasseurs-cueilleurs, les rapports hommes-femmes n’étaient pas si déséquilibrés qu’on ne l’a longtemps cru. C’est au néolithique que la condition féminine s’est dégradée ».

… Comme on le serine faussement en raison de l’actuelle emprise idéologique du féminisme sur l’université. C’est faux. Le mythe de la domination masculine apparue au néolithique est encore un fake féministe : dans Eros Capital. Les lois du marché amoureuxParis, Flammarion, 2019, François de Smet explique clairement que l’échange économico-sexuel (des ressources masculines contre l’accès au sexe féminin) est une réalité très antérieure à l’entrée de l’homme dans les périodes paléo- ou néolithiques. Et que ces échanges de ressources procèdent d’une volonté commune aux deux sexes. Il n’y a PAS de réelle domination d’un sexe sur l’autre, il n’y a que des stratégies reproductives développées de concert.

« depuis la fin du XXe siècle, préhistoriens et anthropologues s’accordent à dire que le matriarcat préhistorique est un mythe. Et la thèse du rôle central de la « femme rassembleuse » au paléolithique a été abandonnée par les anthropologues féministes elles-mêmes. »

Eh oui, les féministes ont une tendance lourde à forcer le trait… Pour ma part, je ne découvre rien.

Elle rejette arbitrairement les hypothèses de la biologie évolutionniste : « Je n’adhère pas du tout aux thèses, très répandues aujourd’hui, des sociobiologistes et autres spécialistes de la psychologie évolutionniste, qui font intervenir des facteurs biologiques, des déterminismes génétiques, pour expliquer les comportements sociaux ».

Il s’agit là typiquement du positionnement victimaire et idéologique du genre, qui non seulement ferme arbitrairement des portes, mais n’est absolument pas une attitude scientifique. Rejeter a priori des pans entiers de la recherche historique, anthropologique, biologique ou génétique n’augure pas de conclusions très sérieuses.

« Très tôt dans les sociétés humaines, les hommes se sont arrogé le pouvoir de choisir les femmes ».

C’est faux. Les évolutionnistes montrent au contraire que ce sont les femmes qui choisissent les pères de leurs enfants et elles sont trèèèès difficiles (relire Peggy Sastre, François de Smet, Philippe Gouillou…). On sait aussi que des mécanismes inconscients et hormonaux entrent en jeu. Ainsi, une étude de l’université de Liverpool a démontré en 2008 que la prise de pilule, par les dérèglements hormonaux qu’elle induit, empêche les femmes de « sentir » le partenaire génétiquement compatible. D’où les difficultés à concevoir et les ruptures conjugales pour incompatibilité profonde.

Les Vénus préhistoriques figurent parmi les plus anciennes productions « artistiques » en trois dimensions. Elles doivent beaucoup irriter les féministes, car elles leur mettent sous les yeux que les plus anciennes œuvres d’art de l’humanité sont des nus féminins. Plus irritant encore, ce sont probablement des femmes elles-mêmes qui les ont taillées dans l’ivoire des défenses de mammouth : « Mais il y a aussi les petites figurines de Grimaldi au corps en forme de losange représentant des femmes enceintes, qui semblent avoir été portées en pendentif ou fichées en terre, sans doute avec une intention apotropaïque, pour protéger la grossesse des femmes enceintes. Il est fort possible qu’elles aient été fabriquées par des femmes. On admet d’ailleurs plus volontiers, aujourd’hui, que l’art du paléolithique n’était pas le monopole des hommes. Parmi les mains dont les empreintes négatives décorent les parois de certaines grottes, par exemple au Pech Merle, dans le Lot, ou à Gua Tewet, à Bornéo, on a ainsi montré que certaines appartenaient à des femmes. » Et où est la « domination masculine », là-dedans ?

« Sans remettre en question le pouvoir masculin, les préhistoriens tendent aujourd’hui à repenser leurs rôles et leur statut. Cette inflexion est notamment due aux importants progrès, au cours des dernières décennies, de l’ethnoarchéologie, qui s’appuie sur l’étude des sociétés contemporaines de chasseurs-cueilleurs pour interpréter les vestiges du paléolithique. On s’est rendu compte, en étudiant par exemple les groupes de Bushmen en Afrique du Sud, que le rôle des femmes dans cette économie traditionnelle de prédation est loin d’être négligeable ».

Donc on ferait bien de remettre en question le pouvoir masculin. Mais quand les croyances féministes enferment…

« De plus, un consensus existe désormais autour de l’idée que les sociétés nomades du paléolithique étaient moins inégalitaires que les sociétés sédentaires apparues au néolithique, pratiquant l’agriculture et l’élevage. Ce qui vaut notamment pour les rapports entre hommes et femmes. »

Donc, le « patriarcat du steak » de Priscille Touraille est bien une vue de l’esprit. Le paléolithique n’était pas inégalitaire (voir plus bas).

« Pourquoi la domination masculine s’accentue-t-elle au néolithique ?
– Le développement des cultures sédentaires, qui apparaissent il y a dix mille ans au Proche-Orient, se traduit par de nouvelles formes de division du travail. Dans la domestication des plantes à l’origine de l’agriculture, les femmes, qui s’intéressent traditionnellement aux végétaux, ont probablement joué un rôle initiateur. Mais avec l’apparition d’instruments agricoles assez lourds, dévolus aux hommes, elles ont sans doute été vite dépouillées de leur maîtrise technique. »

Donc, les hommes se chargent des travaux pénibles. En quoi est-ce une mise en en coupe réglée pour les femmes ? Elles auraient préféré manier les instruments agricoles ?

Et « L’enfant est une richesse, et c’est à lui qu’on transmet ses biens. Dans ces sociétés agropastorales, les femmes sont ainsi chargées d’enfants à soigner et éduquer, et donc davantage immobilisées au foyer. Il ne faut pas généraliser, car les sociétés néolithiques étaient fort diverses, dans l’espace et le temps. Nous savons que certaines d’entre elles ont pu mettre les femmes en valeur, comme le montrent par exemple les « statues menhirs » du pourtour méditerranéen de l’âge du bronze : les héros qu’elles représentent pouvaient être féminins autant que masculins. Plus tard, à l’âge du fer, la « princesse de Vix », en Côte-d’Or, a été enterrée avec de nombreuses richesses et ornements, signes d’un statut social éminent ». Les faits, toujours les faits…

Mais comme il faut conclure négativement, féminisme victimaire oblige : « Reste que, dans l’ensemble, le passage à la sédentarité a sans doute marqué une détérioration de la condition féminine. »

« Sans doute ». Donc, on n’en sait rien. Je déplore également cette manière de cracher sur le passage au néolithique, sous couvert de féminisme. Faire des enfants et s’en occuper, quel recul pour l’humanité dans son ensemble !

  • On convoque ensuite Priscille Touraille et son hypothèse farfelue, « Les femmes sont-elles plus petites parce qu’on les a privées de viande ? », diffusée par Françoise Héritier et moquée par Peggy Sastre (dont le nom est ignoré dans le dossier). Partant du fait que les femmes plus petites auraient plus de mal à accoucher, mais que la sélection naturelle les a conservées, elle en déduit que ce sont les hommes qui les ont privées de protéines pour grandir… Claudine Cohen a pourtant expliqué que « par l’archéologie,  (…) on se rend compte de l’importance du charognage dans l’alimentation humaine pendant une grande partie du paléolithique : les femmes pouvaient tout à fait prendre part à la récupération de viande sur des carcasses d’animaux morts. »

Cette théorie a été critiquée par Peggy Sastre et également démontée par François de Smet qui rappelle que ce sont les stratégies sexuelles différenciées entre hommes et femmes chez Homo Sapiens qui, tout à la fois, favorisent des régimes polygéniques (un mâle féconde plusieurs femelles) et génèrent leurs différences de corpulences.

Mais il faut savoir que même ces prémisses sont fausses ! Les obstétriciens enseignent que ce n’est pas la taille d’une femme ni même la largeur extérieure de son bassin qui détermine sa capacité à accoucher mais celle de l’ouverture intérieure dudit bassin ! Lequel n’est pas corrélé à la largeur de ses hanches : une petite femme aux hanches étroites peut facilement donner naissance à une importante progéniture, plus facilement que certaines grandes femmes, du moment que l’ouverture intérieure de son bassin permet de faire passer la tête et les épaules. Dans mes familles bretonnes, les arrières grand-mères étaient très petites et accouchaient de très nombreux enfants, dans leurs fermes, qui plus est : aucune n’est morte en couches ! Si les petites femmes ne pouvaient pas accoucher, comment se seraient-elles reproduites comme des lapins ?

Voilà ce que c’est que de mépriser la maternité… On a là un exemple de pensée corrompue par le féminisme. Enfermée dans les postulats de Françoise Héritier,  Monique Wittig et donc du féminisme radical, P. Touraille croit que les femmes souffrent de « l’obligation de se reproduire ». Ce féminisme névrotique est définitivement incapable de s’affranchir du problème que lui pose la maternité, incapable d’imaginer que pour la très grande majorité des femmes, la maternité n’est pas un problème mais une des plus grandes joies de l’existence.

« La chercheuse reconnaît volontiers que ses conclusions ne peuvent pas être étayées par des données paléoanthropologiques »…

Tu m’étonnes… Des élucubrations, autrement dit. Même la directrice de thèse de P. Touraille a déclaré : « J’avoue être perplexe quant à l’idée d’une domination masculine systématique dans l’alimentation, mais je suis une scientifique, j’attends les données. » On ne saurait mieux dire.

  • Préhistoire toujours, avec Pierre-Henri Gouyon, « Dans la nature, la séparation mâle/femelle est loin de constituer la règle » et toujours cette question lancinante : « Pourquoi, dès lors, la différence de taille penche-t-elle parfois en faveur du mâle ?
    -Il semble que cela se produit notamment lorsque les mâles se battent entre eux pour pouvoir s’accoupler avec des femelles ».

Le sexe comme motivation première, donc, une fois de plus, et pas le pouvoir.

« Avant l’ère moderne, les morts en couches étaient, on le sait, très fréquentes et elles touchaient surtout les femmes petites. On est donc en droit de se demander pourquoi la sélection n’a pas favorisé une plus grande taille chez la femme, facilitant la naissance des enfants et diminuant leur mortalité. La biologie n’a pas de réponse convaincante à offrir, d’autant que la génétique n’est sans doute pas seule en cause. »

C’est parce que la question est mal posée – voir plus haut !

« Ce dimorphisme sexuel a-t-il évolué depuis l’apparition de l’homme ?
On n’a pas retrouvé un nombre suffisant de squelettes anciens pour constituer un corpus représentatif de l’évolution de l’être humain – sans parler du fait qu’il est en réalité assez difficile de distinguer un squelette féminin d’un squelette masculin. À ce stade de nos connaissances, on peut seulement faire l’hypothèse qu’il existait à l’origine un dimorphisme entre l’homme et la femme, mais que celui-ci a pu être renforcé par des pratiques socioculturelles ainsi que par des éléments biologiques et environnementaux. Ce que semble confirmer le fait que, si le dimorphisme existe aujourd’hui dans toutes les populations humaines, son intensité varie d’une région à l’autre. »

Bref, on ne sait rien.

  • Temps bibliquesAnne Soupa, « Non, la Bible n’est pas sexiste », reconnaît pour sa part que la procréation féminine est quelque chose de très important pour les femmes : « Mais Israël est un tout petit pays, coincé entre deux géants, l’Égypte et la Chaldée. Son histoire n’est pas une histoire militaire, mais une histoire de famille, faite d’« engendrements ». Quand on a de tels voisins, il est important d’assurer la continuité des filiations et de croître en nombre. Le rôle des femmes y est donc très important. »

Elle dit ensuite que « les femmes jouent auprès de Jésus un rôle très important et souvent minoré par la tradition. »

Non, justement ! C’est même toute la spécificité du christianisme que d’avoir donné une place primordiale et exceptionnelle aux femmes. La Vierge, le saintes, les reines, les abbesses, les mystiques, les héroïnes littéraires… la culture chrétienne est entièrement peuplée de femmes de premier plan, comme nulle autre. Ne pas vouloir le reconnaître, c’est de la mauvaise foi, pour le coup. Sans le christianisme, le féminisme et l’égalité des sexes n’auraient jamais émergé.

Quand A. S. parle de Paul, elle oublie de citer ce passage anticipateur de l’égalité des sexes : « Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme » (Galates 3, 28). Et tout à coup, la fonction reproductrice des femmes redevient un problème alors que pour les juifs, elle ne l’était pas : « La femme y est réduite à sa fonction reproductrice ». Féminisme anti-maternel, quand tu nous tiens…

  • Grèce antique. Alors que la Grèce antique est toujours citée pour sa misogynie incurable, la philosophie platonicienne s’avère plutôt égalitaire, nous apprend Nathalie Ernoult, « Platon, une voix singulière dans la misogynie de la Grèce antique » : « Dans la cité idéale qu’il décrit dans La République, les femmes participent activement à la vie publique. Elles ne sont pas confinées à des rôles genrés, domestiques, mais peuvent prétendre à la fonction de magistrat, et même de soldat. (…) Les deux sexes doivent donc recevoir la même éducation et il ne doit pas y avoir d’occupation propre aux hommes parce qu’ils sont hommes, ni aux femmes parce qu’elles sont femmes. Chacun doit être employé en fonction de ses seules qualités, et une femme peut aussi bien qu’un homme prétendre à faire partie des gardiens, les dirigeants de la cité, et même à intégrer l’élite des philosophes-rois… »

Il ne s’agit pas ici d’un texte secondaire de Platon… Il est difficile de croire que ces paroles n’aient pas influencé, ne serait-ce que dans l’inconscient, la culture chrétienne.

« Si l’enseignement platonicien a profondément imprégné la pensée occidentale, ce n’est pas vraiment le cas de cette idée en particulier… »

Et pourquoi pas, justement ? L’égalité des sexes n’est pas apparue ex-nihilo !

Dans Les Lois, Platon « réaffirme l’égalité des sexes, la nécessité d’une éducation identique pour garçons et filles, y compris à l’art de la guerre. Mais il précise que cette éducation leur sera donnée séparément, dans des écoles distinctes, de même qu’il y aura des banquets pour les femmes et d’autres pour les hommes. » Très bien !

Quant à ce que Platon dit dans le Timée, on ne peut pas vraiment lui donner tort : « Dans le Timée, on lit par exemple que les hommes lâches ont vocation à se réincarner en femmes – un lieu commun de la pensée grecque veut que la lâcheté, notamment à la guerre, soit un signe de féminité. »

Je regrette de le rappeler aux féministes, mais c’est un invariant : les femmes ne veulent pas verser leur sang sur les champs de bataille. Si les féministes vivent libres et prospèrent aujourd’hui, répandant partout leur misandrie revancharde, c’est bien grâce aux millions d’hommes jeunes qui ont sacrifié leur vie à Verdun et ailleurs. Il n’y a pas de femmes dans les cimetières militaires !

« Un certain nombre d’indices laissent penser que la  femme était sans doute plus valorisée, plus considérée dans les siècles précédant l’âge classique, à l’époque dite archaïque. Dans les poèmes homériques, sans doute rédigés autour de 800 avant J.-C., des femmes jouent ainsi un rôle important, à commencer par Hélène et Pénélope, sans parler de la puissance d’Athéna et d’Héra parmi les dieux. Les archéologues spécialistes de cette période ont par ailleurs mis au jour des tombes de femmes enterrées avec beaucoup de biens. »

Tiens tiens ! Mais « L’historienne Claudine Leduc a émis l’hypothèse que l’apparition de la démocratie, à partir du VIe siècle avant J.-C. à Athènes, a contribué à renforcer l’exclusion des femmes. »

Après avoir tapé sur la révolution du néolithique, on tape maintenant sur la démocratie, toujours au nom du féminisme… Y a pas à dire, quelle belle idéologie !

  • Haut Moyen Âge. Un aspect très significatif de ce dossier est l’envie de démolir la civilisation occidentale et toute l’histoire de l’humanité qui ont conduit à notre société… en ne disant pas un traître mot des « dominations masculines » extra-européennes, mais alors rien… Ah si ! On en parle, mais pour célébrer le Coran et l’absoudre de tout péché patriarcal… Quelle  délicate attention ! Quelle soumission, pour le coup !

« Le Coran a été marqué par les moeurs tribales de son époque. Pour Jacqueline Chabbi, « Le Coran, les femmes et l’Arabie du VIIe siècle », une lecture anthropologique montre que les passages les plus machistes reflètent avant tout ce contexte particulier. »

La polygamie, c’est égalitaire : « Le Coran rappelle aussi que les contrats matrimoniaux doivent être respectés, et que la polygamie suppose égalité de traitement entre les épouses. En cas de répudiation, qui demeure à la seule initiative de l’époux, elles doivent recevoir l’intégralité de leurs douaires. On peut voir dans cette forme de sollicitude et cette insistance sur le respect des engagements un trait personnel de Mahomet, dû à sa naissance défavorisée. »

Battre sa femme ? Mais ce n’était pas bien méchant, voyons, en contexte !  « C’est encore au prisme de l’anthropologie qu’il faut considérer les passages médinois qui font aujourd’hui le plus scandale, comme celui qui autorise à battre son épouse indocile. Si cela symbolise effectivement la domination de l’époux, dans les faits cela ne pouvait pas aller bien loin, toute atteinte physique déclenchant automatiquement la peine du talion par le clan de l’épouse ». On ne va quand même pas en faire tout un plat ! La galanterie occidentale dans les salons du XVIIIe siècle, c’était autrement plus oppressif !

« Quant au voile qui fait l’objet de tant de controverses, il s’agissait simplement de l’habit citadin des épouses tribales qui leur permettait d’être reconnues et respectées comme telles ». Ben oui, forcément…  Manon Garcia ira aussi de sa défense du voile, comme il se doit : « À y réfléchir, le voile ne semble pas pire que des talons obligatoires de 12 centimètres ! ». C’est sûr…

Et même, « on doit malgré tout relever un trait spécifique sans doute rare à l’époque : la compassion du Coran pour les filles, même si, à l’occasion, elles sont déclarées sans cervelle. » Ah ben oui alors, si c’est le Coran qui le dit,..

Alors, s’il va de soi qu’il est normal et même impératif d’aborder un objet historique en lien avec son contexte de production, je continue de trouver étrange que la seule « domination masculine » qui soit vilipendée dans ce dossier soit celle de l’homme occidental. En même temps, pas tant que ça… On est dans L’Obs, ne l’oublions pas.

  • Moyen Âge et Temps modernes. Françoise Perrot, « Aucune société n’échappe vraiment à l’hégémonie masculine », s’en remet un peu trop à Françoise Héritier : « Pourquoi cette domination-là est-elle à l’oeuvre sous toutes les latitudes et à toutes les époques ?
    – La question des causes est très difficile, parce que cette histoire plonge dans la nuit de temps indiscernables. (…) Les élucidations les plus convaincantes viennent des anthropologues. Françoise Héritier, successeur de Claude Lévi-Strauss au Collège de France, a clarifié les choses, avec sa conception d’une structure fondamentale (…). Je pense, comme Françoise Héritier, qu’aucune société n’échappe vraiment à l’hégémonie masculine ».

Donc à nouveau, on ne sait rien, mais on croit en la *révélation* de sainte Françoise Héritier, pure féministe militante et idéologue du genre.

Comme toute féministe d’obédience marxiste, elle tape sur la famille et la civilisation occidentale : « Comment ces représentations s’expriment-elles aujourd’hui ?
– Par l’importance donnée au mariage, aux alliances, à la famille comme cellule fondamentale de la société… Les sociétés veulent des enfants et préfèrent les garçons. » De plus, c’est faux, car en France et en Occident, les femmes préfèrent majoritairement mettre au monde des filles.

« Les historiennes de la femme sont-elles d’accord avec les anthropologues ?
– Pas toutes. Des féministes soutiennent par exemple qu’en Bretagne, le véritable pouvoir est entre les mains de ce que certains appellent « les matrones ». Pour ma part, je ferai une distinction entre pouvoir et influence. Ces matrones bretonnes peuvent être extrêmement influentes, mais je ne pense pas que cela change la nature du système familial, qui est et reste androcentré. De même, on peut parler de la place éminente que certaines aristocrates ont pu avoir à la cour. Mais ces femmes ont du pouvoir, elles n’ont pas le pouvoir. »

Revoici la vulgate féministe et son obsession du pouvoir ; ce féminisme revanchard et suprémaciste qui veut LE pouvoir et rien d’autre. Et qui renie toutes les formes de pouvoir féminin qu’on leur met sous les yeux. Je suis bretonne, d’ailleurs, ce qui explique peut-être qu’en matière de pouvoir féminin, j’en connaisse un rayon et que les pitreries victimistes me fassent bien rire…

« Vous dites que la preuve de cette domination, c’est que les femmes ont longtemps été « dans l’ombre de l’histoire ». L’ont-elles été plus que d’autres catégories défavorisées ?
Je le crois. »
Le féminisme victimaire est bien de l’ordre de la croyance.

« Que faire quand les traces manquent ?
– Les chercher avec obstination, ingéniosité, et imaginer. L’histoire des femmes est un appel à l’imaginaire. »
Justement… Comment dire…

En réalité, l’époque moderne a accouché de l’égalité des droits. C’était inéluctable, car c’était en germe dans la civilisation occidentale depuis les Grecs, voire avant.

« Mais le XIXe siècle est aussi le siècle du féminisme. Car la promesse de la révolution, non tenue pour les femmes, se répercute dans les décennies suivantes et résonne dans de nouvelles protestations de plus en plus bruyantes et articulées. Et chaque fois qu’une brèche s’ouvre dans les systèmes de pouvoir, comme en 1830, en 1848, en 1871, on entend des femmes dire : « Et nous ? ».

De même : « Cela se fait graduellement, et le christianisme, malgré tout son machisme, a joué ici un rôle en disant que les hommes et les femmes sont égaux devant Dieu, et en exigeant le consentement des femmes dans le sacrement du mariage dès les XIIIe-XIVe siècles. Dans la pratique, on marie les filles sans leur demander leur avis. Mais devant le prêtre, il faut qu’elles disent oui. C’est une forme d’avènement du sujet, et qui entraînera, aux XVIIIe-XIXe siècles, une revendication nouvelle : puisque nous sommes obligées de nous marier, nous y consentons, mais nous voulons le mariage d’amour. Le rôle des femmes dans l’apparition du mariage d’amour a été capital, et cette revendication est profondément subversive. Le protestantisme a également joué un rôle important, à la Renaissance, (…)  mais pour lui [Luther], tout le monde doit lire la Bible. Il faut donc que les filles apprennent à lire. C’est pour cela que dans les pays protestants ainsi que dans la France huguenote, les filles étaient beaucoup plus avancées que dans les régions catholiques, où l’accès à la Bible et le libre examen n’étaient pas encouragés. »

Alors, au lieu de se plaindre tout le temps, pourquoi ne pas voir le verre à moitié plein et reconnaître la grandeur de la civilisation occidentale, la seule sur la planète à avoir théorisé et acté juridiquement l’égalité des sexes ?

« À toutes les époques, on voit des femmes protester. Dans les monastères des XIIIe-XIVe siècles, des femmes instruites chargées de copier des manuscrits se rebiffent contre le manque de considération à leur égard. Une mère abbesse conteste le pouvoir du confesseur et se déclare la véritable patronne du couvent. » « Au XVIIe toujours, des femmes de l’aristocratie vont même prendre les armes. La Grande Mademoiselle de Montpensier, à cheval, casquée, l’épée à la main, combat le roi, à la tête des frondeurs. » « Poullain de La Barre écrit un livre très novateur, De l’égalité des sexes, en même temps que Marie de Gournay. Au XVIIIe siècle, ces idées font leur chemin. En 1790, Condorcet écrit Sur l’admission des femmes au droit de cité. Il trouve absurde que les femmes ne puissent voter. Les idées font leur chemin à condition d’être reprises. Elles le sont davantage par les femmes, mais également par des hommes féministes, cela existe. »

Voilà les faits, donc.

La conclusion, qui rejette au passage l’argumentaire de Manon Garcia et sa « soumission », est juste et honnête : « Comment l’historienne voit-elle la soumission féminine ?
« Soumission » est trop connoté. « Acceptation », « consentement », sont plus justes. Au fond, les sociétés ont fonctionné sur l’acceptation. Les femmes acceptent les situations dans lesquelles elles ont été élevées, souvent elles ne pensent pas même à les contester. Et d’ailleurs, ce n’est pas toujours un enfer. Les hommes ne sont pas nécessairement des salauds et les femmes des esclaves ! Il n’y a pas de complot des hommes contre les femmes. Il y a un système plurimillénaire qui façonne les conditions de leur coexistence. L’acceptation peut apparaître comme la seule façon de vivre. Il y a eu beaucoup de femmes heureuses, et plein d’histoires d’amour. D’autre part, les femmes n’ont jamais été passives ; elles savaient s’accommoder, jouer, détourner, résister aussi. C’est un des aspects les plus passionnants de l’histoire des femmes que celui de leur manière de vivre au quotidien. »

  • Temps ModernesElsa Dorlin, « Comment la médecine a fait de la femme une créature inférieure », révèle aussi en creux que jusqu’au XVIe siècle, les femmes avaient une réelle maîtrise de leur corps et de la procréation : « Dans l’un des textes les plus connus de cette médecine féminine, écrit par dame Trotula de Salerne, jugée hérétique parce que laïque, on trouve les multiples « secrets des femmes » : une connaissance du corps féminin, des remèdes à ses maux mais aussi des recettes de décoctions abortives, des conseils obstétriques transmis de génération en génération ».

On en déduit que la  situation n’était pas si catastrophique que cela au Moyen Âge !

« Dans les multiples traités des maladies des femmes qui, de la fin du XVIe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle, ne cessent de spécifier les maux typiques des âges de la vie féminine (maladies des jeunes filles, maladies des femmes, maladies des femmes grosses, maladies des femmes à la cessation des règles, etc.), le corps féminin est représenté comme un corps qui fuit, qui coule, qui saigne, qui délire, qui agonise, qui croupit dans les vapeurs vicieuses d’humeurs en excès. Les femmes sont ainsi sous l’emprise d’un naturel moribond, incapables de se maîtriser, soumises à leur Sexe (comme il est de coutume alors de qualifier les seules femmes). L’hystérie devient la maladie des femmes par excellence. »

Eh bien, ce ne sont pas les neofem avec leur précarité menstruelle qui démentiront, parce que pour couler, ça coule ! Difficile aussi de ne pas penser à l’hystérie devant ces comportements…

« L’Église, par exemple, a longtemps tenu un discours égalitaire tout en considérant qu’hommes et femmes devaient assumer des fonctions distinctes. Le regard des clercs sur le statut de la femme est alors très positif, à la condition qu’elle fasse ce à quoi elle est selon eux destinée : être une mère et une épouse, chargée du foyer ».

« dans les milieux artisans et paysans, les femmes travaillent, et souvent en collaboration avec leur mari. Depuis toujours, les couples sont associés et partenaires dans les affaires : commerce, artisanat ou agriculture. À la mort du mari, les veuves reprennent la plupart du temps l’entreprise familiale et démontrent leur capacité à la gérer. »

« les précieuses, dans la première moitié du XVIIe siècle. Leur discours est très moderne puisqu’elles veulent s’affranchir de la domination masculine, certaines refusant même le mariage. »

« Ce qui est sûr, c’est qu’il existe toutes sortes d’accommodements au sein des familles. (…) Enthousiasmé par l’intelligence de sa femme, le marquis la laisse libre d’agir à sa guise. Émilie du Châtelet devient la maîtresse de Voltaire et ainsi établit un ménage à trois. (…) On voit ainsi, tout au long de l’époque moderne, des situations individuelles qui montrent que les femmes ont su trouver des espaces de négociation au sein des familles et du couple. »

Avant le Code civil instauré par Napoléon, « l’on pouvait, avec l’aide des notaires, déroger au cadre légal. Les couples mariés pouvaient ainsi, d’un commun accord, insérer dans leur contrat de mariage des clauses instaurant une relative égalité entre les époux quant à la gestion des biens. Le notaire était créateur de droit, ce qui ouvrait bien des possibles. » ».

Et de conclure : « Par certains aspects, nous avons vécu des époques plus modernes que la nôtre ». Eh oui !

  • Eva Illouz, « Presque tous les populismes sont des réactions au féminisme », donne sans doute l’interview la plus idéologique et militante de tout le dossier, avec un positionnement ouvertement néo-marxiste anticapitaliste – ce qui, sous la bannière de l’EHESS n’est pas pour surprendre, mais tout de même… Il est évident que tout chercheur est marqué par son idéologie, que l’objectivité n’existe pas, mais militer à ce point-là… Elle mérite « le bouclier d’or Gilbert Bourdin », puisqu’elle avoue combattre un ennemi devenu invisible : Il y a bien eu « des progrès » en matière d’égalité, concède-t-elle, mais il faut continuer le combat car « il doit y avoir des mécanismes de reproduction de la domination puissants et invisibles ».

Elle déroule ensuite l’argumentaire féministe rebattu, notamment au sujet des STEM, dont on sait qu’ils ne répondent en réalité pas à des processus sexistes. Elle reconnaît ensuite que les femmes sont majoritaires dans les sciences humaines et la sociologie à l’université, tout en déplorant le manque d’attractivité de ces filières… mais sans faire le lien entre les deux…  Pourquoi donc les facs de socio sont-elles si unanimement caricaturées, mmmhhh ? Le gauchisme culturel et le féminisme outrancier qui y règnent en maîtres n’y seraient-ils pas pour quelque chose ? En voilà, un bon sujet de thèse !

Le suprémacisme féministe s’exprime ensuite car la seule chose qui la préoccupe, c’est que les femmes prennent le pouvoir. Alors qu’elle le reconnaît : « bien souvent la femme d’un ouvrier gagne un peu plus que lui, et occupe un poste plus stable dans le secteur hyperféminisé du « care » et des services (aide-soignante, secrétaire…) ».

Les vieilles lunes féministes tournent à plein régime : rejet de la maternité, rejet de la famille, de l’hétérosexualité, du mariage, de la procréation. C’est-à-dire le mauvais pain des féministo-gauchistes : déconstruire tout ce qui leur a permis d’exister, ce en quoi elles sont profondément nihilistes.

Le néo-racisme s’invite aussi, car elle s’en prend à la race blanche : « C’est la haine des femmes qui revient, (…) par le biais de la défense de la famille, des valeurs traditionnelles ou de la race blanche ». Et bien sûr, l’anticapitalisme primaire : « Le patriarcat est premier, il est au fondement des structures sociales qui datent de l’ère de l’agriculture, d’après les anthropologues. »

Alors non, déjà, les anthropologues ne parlent pas de patriarcat, eux. Et la « domination masculine » au néolithique, en l’occurrence, n’est pas démontrée non plus (voir plus haut).

Elle divague ensuite : « [Les femmes] sont réassujetties au pouvoir patriarcal traditionnel dans une économie fondée sur le désir et le regard des hommes ». Alors que les femmes ont investi massivement le marché du travail, souvent aux postes de cadres, qu’elles travaillent dans la publicité, les agences de communication, les médias, qu’elles sont prescriptrices de tendances dans les magazines féminins, sur YouTube… elles n’auraient rien à voir avec l’évolution de l’économie, de la société et du regard des hommes ? À d’autres ! Le patriarcat a bon dos !

Quant aux féministes, ce sont elles qui ont imposé (et imposent toujours) la libération et la consommation sexuelles effrénées, la destruction des valeurs, de la famille, de la galanterie, des bonnes manières ; ce sont elles qui conchient le « sexisme bienveillant », les hommes qui leur tiennent la porte, etc. Et maintenant les mêmes viennent pleurer que leurs filles de 15 ans se fassent dire « Wesh, salope, suce ma bite dans les toilettes » au collège, alors qu’elles ont TOUT FAIT pour qu’on en arrive là, qu’elles ont elles-mêmes sacrifié leurs propres filles et celles des autres femmes (qui ne leur avaient rien demandé) ?

Et quand on pousse les femmes à être mères célibataires, qu’on les accable quand elles se marient, fondent des familles et s’occupent le mieux possible de leurs enfants, il ne faut pas faire mine de venir pleurer quand elles paient ces discours au prix fort. La précarisation des mères célibataires est d’abord l’oeuvre des féministes, alors ces larmes hypocrites sont insupportables. Le féminisme n’a pas libéré ces femmes, il les a condamnées au malheur et leurs enfants avec elles.

Elle rêve enfin d’un parti politique 100% féminin, donc 100% sexiste et suprémaciste, mais se lamente que les femmes « se conçoivent encore comme mère, fille, femme, amante… ». En effet, c’est mon cas. Où est le problème ? C’est quoi ce féminisme dictatorial et névrotique qui veut m’imposer de cracher sur ma condition de femme, de mère, etc. ? Elle continue : « C’est le grand problème politique des femmes, et c’est pour cela qu’il est si difficile d’avancer. (…) la femme est la seule catégorie sociale qui soit totalement imbriquée avec celle de son dominateur. »
– …
Allô, Sainte-Anne ?

  • L’article sur les Boy’s Clubs, « Les « Boys’ club » ou le machisme en bande organisée », s’inscrit dans le même féminisme misandre et paranoïaque, avec la touche de racisme anti-blanc et d’hétéro-phobie. Martine Delvaux fait un lien plus que douteux avec le harcèlement scolaire, car elle oublie que les filles sont les principales harceleuses en milieu scolaire (expérience vécue par moi-même et mes enfants : nous n’avons toujours été harcelés que par des filles). La violence (psychologique) des filles et leur importance dans le harcèlement scolaire sont des phénomènes bien connus mais systématiquement balayés sous le tapis par les féministes.

Elle généralise aussi sur ces hommes : « On est un objet, on est ramenée à notre corps, les hommes sont faussement non sexistes, on ne fera jamais le poids, et, en général, ils sont prêts à nous sacrifier rapidement ».

Du victimisme en perfusion, donc. Elle fait le lien avec la Ligue du LOL, alors que cette affaire est une mystification (voir cet article qui revient objectivement et avec du recul sur cette affaire : « Ligue du LOL : la fabrique des 30 salauds »).

Gna gna gni, « la vie des hommes se déroule sur la toile de fond du privilège masculin. Ils ne se mettent pas dans la même situation de vulnérabilité que les femmes », gna gna gna : « Les femmes savent bien qu’elles seront valorisées si elles jouent le jeu du patriarcat. Si on est jolie, mince, sexy et bonne cuisinière, miser sur ces atouts plutôt que d’entreprendre de longues études peut paraître beaucoup plus payant ».

Ah oui ? On ne peut pas faire les deux ? Les femmes ne sont-elles pas davantage diplômées que les hommes et n’occupent-elles pas majoritairement l’université ?

« Les femmes remettent trop souvent leur vie entre les mains de l’homme aimé, avec des conséquences concrètes catastrophiques en cas de séparation ». Oui, en effet, grâce à la promotion du divorce par les féministes, justement.

Et le mot fatal est lâché : « une domination n’en est une que si elle suscite des complicités ». Eh oui, la femme est naturellement la complice de l’homme. Quelle horreur !

  • Avec Mélanie Gourarier, rien qu’avec le titre : « Aucun espace de la vie hétérosexuelle n’échappe aux rapports de domination », l’hétéro-phobie est en roue libre. Il s’agit d’un recyclage de la bonne vieille névrose anti-pénétration des radfem des années 70, tout en subtilité et sens de la nuance. Le reste est à l’avenant : « la drague reste régie par des rapports de pouvoir », gna gna gna.

Elle aussi déplore que la libération sexuelle (pourtant voulue par les féministes) des années 60-70 se soit retournée contre elles et croit que la sexualité des femmes se libère maintenant pour le meilleur : « On assiste aujourd’hui à une révolution féministe de grande ampleur qui se manifeste par une libération de la sexualité féminine – cette fois par et pour les femmes. Ce qui n’était pas le cas dans l’épisode précédent des années 1960-1970, qui a, on le sait, surtout bénéficié aux hommes. »

Elle n’a sans doute pas entendu parler de l’état des relations sexuelles chez les 18-25 ans aujourd’hui : un champ de ruines. Entre la pornographie, les viols, l’absence totale de relations et les poupées sexuelles, c’est un grand succès, en effet.

Elle essaie d’excuser les comportements des populations allogènes en niant les spécificités françaises et en démolissant la galanterie : « C’est ce qu’on retrouve par exemple dans le débat sur la galanterie, et spécialement la défense d’une « séduction à la française ». Une masculinité civilisée incarnant la supériorité du modèle français est opposée à une masculinité jugée barbare, reléguée de ce fait dans une altérité culturelle infériorisée. Or, ce modèle glorifié dont on s’inquiète qu’il disparaisse n’a en fait jamais existé. » Bien sûr. L’homme blanc occidental est historiquement le seul et vrai barbare, tout le monde a compris.

  • L’article sur Jordan Peterson, « Jordan Peterson, le pape du masculinisme bon teint », me fait sourire. Les féministes de L’Obs se cassent les dents sur lui et ne savent pas trop par quel bout le mordre. C’est que le bougre est malin, très malin et qu’il ne leur laisse pour ainsi dire aucune prise.

Peterson raille le « patriarcat » : « Je ne suis pas convaincu que nous vivions dans une hiérarchie patriarcale. Cela voudrait dire que les femmes n’ont aucun rôle dans l’organisation de notre société ? » répète-t-il, citant comme contre-argument l’invention par des hommes de la pilule contraceptive et du tampon hygiénique : « Ces hommes faisaient-ils partie d’un patriarcat oppresseur ? ».

Un peu de bon sens, en effet.

Conclusion (provisoire) de tout cela ?

On papote, on papote, et au final… on papote. Les féministes du Mandar’Obs auront beau actionner leur bouclier psychique anti-lémuriens (Gilbert Bourdin, sors de ce corps !), rien à faire :  la « domination masculine » et le « patriarcat » font bien partie de ces chimères (ou ces entités psychiques) qui n’existent que dans la cervelle en surchauffe des féministes.

Tout comme le « patriarcat », la « domination masculine » devrait prendre des guillemets car il ne s’agit, quand on gratte un peu, que de constructions idéologiques et d’interprétations du monde qu’aucune preuve archéologique ni historique ne viennent corroborer.

« Aucun indice ne nous permet à l’heure actuelle de penser que les sociétés paléolithiques étaient patriarcales. On sait par contre que les femmes étaient mobiles, participaient activement à la vie et à la survie du groupe –bien plus actives que ce que l’on a pu supposer par le passé. Dès lors, on peut penser que les relations entre hommes et femmes étaient plutôt équilibrées », reconnaît Claudine Cohen.

  • Pour aller plus loin :

[à suivre…]

. Image de couverture :

Édouard Manet, Le Déjeuner sur l’herbe, 1863 (Paris, Musée d’Orsay)

Strauch-Bonart – Fin du patriarcat : Les hommes font l’expérience d’une forme de déclin

. Laetitia Strauch-Bonart : Fin du patriarcat 5 | 5 « Les hommes font l’expérience d’une forme de déclin » 

De nombreuses recherches scientifiques démontrent qu’un nouveau fossé se creuse entre les sexes au détriment des hommes, remarque l’essayiste Laetitia StrauchBonart

Article paru dans Le Monde du 19 juillet 2018

Entretien. Laetitia Strauch-Bonart est essayiste, chroniqueuse au Point et rédactrice en chef de la revue Phébé . Elle est notamment l’auteur de Les hommes sont-ils obsolètes ?, (Fayard, 220 p., 18 euros), et de Vous avez dit ­conservateur ?, (Cerf, 2016)

Propos recueillis par Marc-Olivier Bherer

Vous affirmez dans votre livre « Les hommes sont-ils obsolètes ?» ­que la condition masculine vit en ce moment une « transformation radicale » dans le monde occidental. Qu’entendez-vous par là?

Les anglophones ont une expression qui dit bien les choses, ils parlent d’un new gender gap, un nouveau fossé entre les sexes qui se creuse à l’école, au travail, dans la vie de famille, etc. Cet écart est défavorable aux hommes. Son existence est ­démontrée par de multiples rapports et études issus de l’économie et de la sociologie quantitative. Il y a quelques décennies, nous n’aurions jamais imaginé un tel ­retournement. Les femmes ne faisaient pas d’études, elles travaillaient peu ou pas, et leur autorité était limitée à la maison. Aujourd’hui, tout cela nous semble appartenir à un passé lointain. La position des hommes a également changé. On garde cette image de la prééminence masculine mais, quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que les hommes font l’expérience d’une forme de déclin. Et, parallèlement, on voit une ascension féminine.

Les adeptes du masculinisme diront sans doute que le relatif déclin masculin est de la faute des femmes. C’est absurde. Il est important de comprendre que l’ascension féminine n’est pas la cause du déclin masculin. C’est plutôt que les mêmes changements structurels, économiques, technologiques, sociétaux, etc., ont un impact différent sur les deux sexes. Pourquoi? En partie parce qu’il existe des différences, comportementales et cognitives, entre les hommes et les femmes par exemple dans la maîtrise du langage, l’empathie ou le ­niveau d’agressivité. Si, hier, ces différences, dans un monde plus physique et moins verbal, favorisaient les hommes, aujourd’hui, elles favorisent les femmes. Ces différences sont établies par la psychologie comportementale et les sciences ­cognitives, donc des travaux sérieux.

Beaucoup de sociologues français ­estiment que les différences entre les sexes sont construites par l’environnement. Je me démarque de cette approche, car elle n’est pas expérimentale. Les ­travaux auxquels je me réfère que de grands scientifiques tels Steven Pinker, ­professeur de psychologie à Harvard, et Franck Ramus, chercheur au sein du Laboratoire de sciences cognitives et psycholinguistique, CNRS-ENS, ont aidé à diffuser, et qui sont publiés dans les meilleures revues internationales mettent au jour une origine partiellement naturelle de ces différences et s’appuient, eux, sur des expériences.

Par exemple, certaines d’entre elles ­consistent à tester auprès de nourrissons et d’enfants leur préférence pour les « choses », s’avérant en moyenne plus fréquente chez les garçons, et pour les « personnes », plus fréquente chez les filles. D’autres établissent un lien entre le niveau de testostérone, bien plus élevé chez les hommes, et l’agressivité. Tous ces travaux permettent d’établir des comportements moyens pour chaque sexe, mais il faut garder à l’esprit que, justement, ce ne sont que des moyennes et qu’il y a, forcément, toujours des exceptions.

Notez, enfin, que mes observations sur les hommes ne visent pas à relativiser l’exclusion et la violence que subissent un grand nombre de femmes en Occident sans ­parler d’autres régions du monde. Je les condamne fermement. Je crains toutefois que l’on ne soit pas suffisamment attentif à la situation des hommes.

L’école est, pour vous, l’un des ­lieux de ce malaise masculin. Pouvez-vous nous dire pourquoi?

Quand les filles n’allaient pas à l’école, on ignorait qu’elles étaient aussi douées. En quelques décennies, elles sont parvenues à dépasser les garçons. Les études du ­Programme international pour le suivi des acquis des élèves [PISA], conduites par l’Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE] auprès des élèves de 15 ans, le démontrent. Par exemple, selon PISA 2012, les adolescents de l’OCDE ont en moyenne 50 % de chance de plus que les adolescentes d’avoir des difficultés à l’école dans tous les domaines testés (sciences, mathématiques, compréhension de l’écrit). Ou encore, en 2015, 24,4 % des garçons se situent parmi les moins bons en compréhension de l’écrit ceux qui ont des difficultés à bien comprendre un texte contre 15,5 % des filles. Le retard en compréhension de l’écrit se constate dans tous les pays industrialisés, membres de l’OCDE. En moyenne, à l’écrit, il est presque égal à une année scolaire.

Les études conduites par la direction de l’évaluation de la performance et de la prospective du ministère de l’éducation nationale, réitérées chaque année [Filles et garçons sur le chemin de l’égalité, de l’école à l’enseignement supérieur] montrent la même tendance. Pour ce qui est de la maîtrise du langage, on constate ce ­décalage entre les deux sexes dès le ­primaire, ce qui est très important, car c’est ce qui détermine la réussite scolaire à long terme.

L’école est-elle inadaptée aux garçons?

Dans une certaine mesure, oui. On dit trop souvent, en France, que si les garçons ne se débrouillent pas bien à l’école, c’est parce qu’ils sont trop agités, ou parce qu’ils ont intériorisé des stéréotypes de masculinité et qu’ils préfèrent ne pas travailler en classe par crainte de ressembler aux filles. Comme l’école est bien adaptée aux filles, il faudrait faire en sorte que les garçons ressemblent aux filles.

Il faut aborder la question autrement. A l’étranger, des travaux de recherche arrivent à d’autres conclusions : c’est l’école qui se serait éloignée des garçons et non l’inverse. Ne faudrait-il pas prendre en compte le retard relatif des garçons dans la maîtrise du langage, et donc redoubler d’efforts en la matière? Ne faudrait-il pas faire bouger davantage les garçons pour qu’ils acceptent plus facilement de rester assis pendant des heures à tracer des lettres? En outre, donne-t-on à lire des livres mettant en scène des personnages auxquels les garçons peuvent s’identifier?

On doit aussi insister sur l’importance de la discipline. Les garçons, particulièrement dans les milieux défavorisés, sont les premiers à en souffrir lorsqu’elle se dégrade. Il faut donc la renforcer, dans une atmosphère d’autorité bienveillante.

Certes, les garçons ont de moins ­bonnes notes, mais cela n’est pas ­nouveau et n’empêche pas les hommes d’occuper les meilleures places ­dans la société…

Les hommes continuent en effet de se maintenir à une place enviable, mais il faudra voir comment les choses évolueront. Je dirais aussi que la réussite, à l’âge adulte, de nos garçons ne nous autorise pas à ne rien faire pour nos enfants.

Il faut être attentif au fait que ce sont les garçons issus des classes populaires qui ont le plus de mal à l’école, et qu’eux n’occuperont pas demain les meilleures places. Ils s’en sortiront même moins bien que les filles des mêmes milieux. On a tendance à juger de la santé des sexes en ne regardant que les gens qui sont tout en haut. Je ne crois pas que ce soit un bon indicateur, puisqu’il s’agit d’une minorité.

Vous dites que l’évolution de ­l’économie fait mal aux hommes. ­Pouvez-vous préciser?

L’économie se tertiarise et repose de plus en plus sur des capacités relationnelles. L’étude des différences de comportement entre les sexes que j’évoquais tout à l’heure montre qu’en moyenne les femmes maîtrisent mieux le langage et font preuve d’une plus grande empathie : elles sont plus à l’aise que les hommes dans les métiers relationnels. Mieux : elles les préfèrent aux autres métiers. Pour lutter contre les conséquences de cette transformation sur les hommes, il faudrait déjà en prendre conscience. Notez cependant que la tertiarisation n’empêche pas que plusieurs secteurs restent très masculins, comme les métiers techniques et scientifiques.

La place du père est-elle aussi fragilisée?

Les pères passent en moyenne plus de temps avec leurs enfants qu’auparavant. Ils jouent avec eux, participent à leur éducation. Mais on constate une divergence en fonction du milieu socio-professionnel. La présence accrue des pères ne vaut que pour les classes moyennes et supérieures.

En outre, dans ces milieux, on se marie toujours, ce qui est moins vrai dans les milieux défavorisés, alors que cela permet de stabiliser la famille. Le mariage diminue le risque de séparation et, si le couple se défait, le fait qu’il y ait eu mariage aide à ce que les liens entre le père et les enfants restent plus étroits. Il y a plus de familles monoparentales dans les milieux défavorisés, et les enfants qui ne voient jamais leur père ont plus de chances de se trouver dans ces milieux. Les hommes peuvent donc y être pris d’un sentiment d’inutilité qui peut être aggravé s’ils n’ont pas de travail.

Certains estiment que père et mère ont le même rôle, que les divorces ne sont pas si graves. Je ne suis pas d’accord : la stabilité et la présence du père prédisent un certain nombre de choses concernant l’avenir des enfants la réussite scolaire, la santé mentale, la capacité à fonder une famille. Les dommages de l’absence du père sont importants. On s’inquiète des fractures au sein de la société, des tensions révélées par des événements comme l’élection de Donald Trump ou le Brexit. Mais n’oublions pas que la vie de famille est aussi un des éléments qui distinguent aujourd’hui de plus en plus les classes sociales et qui collaborent à creuser un fossé entre elles. En promouvant le mariage, j’ai l’air ringarde, mais je pense que le mariage est l’équivalent d’un actif! Les familles de couples mariés sont plus fortes pour affronter l’adversité. Des études de l’Insee (par exemple, « Les couples sur le marché du travail », France, Portrait Social, Insee, 2012), mais aussi les travaux de l’économiste américain Nicholas Eberstadt (par exemple le livre Men Without Work) montrent que, pour les hommes, il y a une corrélation entre le statut marital et l’emploi.

Est-on en train de vivre, selon vous, la fin du patriarcat?

Si vous entendez par patriarcat le fait qu’il existe en Occident une oppression systématique des femmes par les hommes, et que les hommes sont responsables de tous les malheurs des femmes, j’estime que ce n’est le cas ni aujourd’hui ni hier. Hier, la situation des femmes était très dure parce que nos ancêtres hommes et femmes vivaient dans des situations de grande insécurité, aggravées pour les femmes par le fait qu’elles n’avaient pas la force physique des hommes et couraient les risques liés à la maternité qu’on pense seulement à celui de mourir en couches. Mais les hommes n’étaient pas les premiers responsables de ce malheur. Les femmes ont été délivrées par le progrès technique. Si vous entendez par patriarcat le fait que le pouvoir était, encore récemment, exclusivement aux mains des hommes, car les femmes en étaient systématiquement exclues dans la loi et la pratique, alors oui, nous en vivons la fin. Et je m’en réjouis!

***

. Sur la situation des garçons à l’école, on pourra aussi se reporter à cette conférence sous-titrée de la philosophe américaine Christina Hoff Sommers qui alertait sur cette question il y a plus de 5 ans déjà :

. Sur la baudruche idéologique du « patriarcat », voir aussi : 

Le mythe du « patriarcat »